Genre : Metal
Note : 90/100 (WvG)
(progressif, électronique, symphonique et plein d’autres sous-genres)
Label : Nuclear Blast
Sortie : 23 Août 2024
Je dois l’avouer – il y a prescription maintenant –, j’ai longtemps été amoureux de Simone Simons. Je suis sûr que c’était réciproque mais comme elle ne me connaissait pas, elle ne m’a jamais appelé ; je ne lui en veux pas, de l’eau a coulé sous les ponts, avec les sanglots longs de l’automne qui ont blessé mon cœur d’une langueur monotone, eux aussi. Bref, c’est loin, tout ça… Mais est-ce vraiment si loin ? « Que reste-t-il de nos amours », pour citer Trenet ? Peut-être que sont-ce les regrets qui l’incitent à voir rouge, Vermillion en l’occurrence puisque c’est le titre de son album solo.
Je ne suis sensiblement pas le seul à l’avoir idéalisée, sanctuarisée voire béatifiée puisqu’elle a acquis avec le temps le statut de Metal Goddess. Mais je me souviens de ces jeunes années où nous étions fous : elle radieuse de beauté, d’un charme fou, d’un talent déjà affirmé, d’une détermination marquante sous sa fragilité s’exprimant avec sa voix d’ange déjà dans les 2Meter Sessies qui m’ont fait la découvrir (et craquer), à une époque de balbutiements du Metal symphonique, à chanteuse qui plus est, avec la déferlante des Nightwish, Within Temptation, After Forever et… Epica ; moi… bah… moi quoi.
Et les années sont passées, elle a fait sa vie, professionnelle et privée… Elle est devenue une daronne… dans la vraie vie et dans le milieu du Metal… et elle a perdu de sa superbe… vocalement, j’entends : j’ai lâché Epica après Design your Universe – album magnifique au demeurant –, puisqu’elle, de son côté, a lâché une partie de sa fougue simultanément à ma ferveur. Mais alors qu’attendre de ce Vermillion ? Une femme mature avec une voix mature et des illusions perdues ? Oui et non…
En effet, si le sujet est aussi rougeoyant que sa crinière de feu, il y a un fond noir. L’ambiance s’est nettement assombrie et la tracklist fait la part belle aux réflexions sur l’amour et la place dans la vie (du moins, je l’interprète ainsi). Par exemple, l’album commence par un « Æterna » électronique et syncopé tout en étant choral sur des ambiances et modes arabisants ; son sujet est celui d’une étoile qui va se muer en nova… en gros l’effondrement qui engloutira tout. Certes, le partenaire musical et compositeur de l’album, Arjen Lucassen, aura beau défendre les théories de Carl Sagan, ça sent quand même l’intime dans la réflexion.
D’autant quand s’enchaîne un « In Love we rust » mêlant espoir et désespoir tant dans l’interprétation que l’évolution de la grille harmonique des couplets vers la modulation mineure du refrain. Assurément, aucun doute sur le compositeur, on reconnait la patte de Lucassen, qui aime jouer sur les cadences rompues, les minorisations, les chromatismes… le progressif, quoi…
Ceci se confirme sur le (From the) « Cradle to the Grave” qui s’ensuit, avec une guest et non des moindres :
une autre Metal Goddess (et autant vous dire, je suis un cœur d’artichaut, les chanteuses talentueuses sont mon talon d’Achille, mes sirènes que tel un Ulysse je tente de ne pas remarquer en bouchant mes oreilles avec des watts à défaut de ouate), Alyssa White-Gluz. C’est de nouveau un succès ; un équilibre notable s’instaure entre les deux divas, tant dans leur timbre que leurs techniques sur un morceau progressif à souhait, littéralement, dans sa structure évolutive, comme une sorte de gros crescendo vers son climax – ironique quand la direction du titre indique le contraire, du haut vers le bas.
Et le choix esthétique du clip est tout à fait raccord : Simone rouge et Alyssa bleu, l’une le feu, l’autre la glace, à parts égales… Si j’avais l’esprit encore plus tarabiscoté qu’il ne l’est déjà – si, si… -, je verrais dans ce morceau de par sa construction, sa dualité, son titre et les choix esthétiques comme un passage de témoin mère-fille, une sorte d’héritage, mais je vais peut-être trop loin.
« Fight or Flight », de nouveau cette dualité et ce questionnement, que je traduis par rester « se battre » ou se barrer « l’envol », sur un titre planant et un accès de colère central… et Lucassen de nous balader encore harmoniquement sur « The Weight of my World » quand le « Vermillion Dreams » qui arrive ensuite est plus sage, posé et coquin à la fois…
Et pourtant, le compositeur sait aussi faire du sale, comme le démontrent le très swing « The Core » puis plus loin « R.E.D. » (Rise, evolve, dominate) avec en guest Mark Jansen (Epica encore), entrecoupés par un « Dystopia » et s’achevant sur un « Dark Night of the Soul »… J’ai beau ne pas être professionnel de la psychanalyse, ça sent quand même pas mal la thérapie sous l’aspect d’un album : je doute qu’elle ait accepté de chanter de telles paroles si ça ne la touchait pas personnellement, d’autant pour un album solo.
Maintenant que celui-ci a été décortiqué, et interprété par mes soins (subjectivement, certes, mais en essayant d’être impartial), passons à la partie « ressenti ». Pour moi, c’est clairement un album taillé sur mesure pour Simone Simons, composé par un Arjen Lucassen qui la connait bien, tant personnellement que musicalement, qui la fait osciller entre son style, à lui (on entend limite du Ayreon mais chanté par elle), et des teintes « Epiquesques ».
Et chaque titre est d’une qualité indéniable… et surtout Simone se donne ! Chaque morceau a son empreinte et son émotion propre, on sent le regain, comme une sorte de retour en grâce, de sa voix, sa palette de techniques (de la pop au lyrique), de ses talents, de la maturité et de la maîtrise, bref, de l’expérience. Et ça n’en est que meilleur car plus authentique et intime, et la superbe revient davantage en estime, voire en self-esteem.
Voilà… Ça faisait un bon mois que je ne savais pas sous quel prisme aborder cet album, pour rester le plus neutre possible vis-à-vis de ce qu’on nous donne à entendre et ce que j’y entends… et c’est dur. Une chose sûre, cet album est une réussite, que je vous engage à aller écouter, et regarder également vu que les clips sont d’une qualité certaine avec des choix thématiques qui tapent juste.
Allez, Simone, sans rancune, appelle-moi un de ces quatre. Xoxo
Tracklist :
1. Aeterna 6:02
2. In Love we rust 4:46
3. Cradle to the Grave (feat. Alyssa White Gluz) 3:59
4. Fight or Flight 5:24
5. The Weight of my World 4:20
6. Vermillion Dreams 4:36
7. The Core 3:55
8. Dystopia 4:44
9. R.E.D 4:03
10. Dark Night of the Soul 4:13
Line up :
Simon Simons – Chant / Arjen Lucassen – Guitares , Basse, Claviers
Guests : Rob Van Der Loo – Basse / Koen Herfst – Batterie / Ben Mathot – Violon / Alyssa White-Gluz – Chant / Jurriaan Westerveld – Violoncelle / John Jaycee Cuypers – Chœurs
Liens :
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