ALCATRAZ FESTIVAL 2025 (Courtrai, Belgique)
Texte et photos : Seb D
Du 08 au 10 août 2025
Vidéos : Once Upon a Live
Depuis l’année dernière, je me suis fixé comme objectif de faire au minimum un festival par an à l’étranger. Après le Beyond The Gates en 2024 en Norvège, mon dévolu s’est porté cette fois-ci sur l’Alcatraz Festival. Cela faisait déjà quelque temps qu’il me faisait de l’œil et 2025 m’a paru être le bon moment pour y participer.
Pour sa dix-septième édition, le festival belge a fait résonner les guitares saturées du jeudi 7 au dimanche 10 août dernier, sur le complexe sportif Lange Mute à Courtrai. Cet événement continue de faire se déplacer les foules un peu plus chaque année, le bouche à oreille faisant son effet. Il faut dire qu’une programmation des plus alléchantes associée à une organisation au cordeau en font une des étapes incontournables pour les amateurs et amatrices de gros sons durant la saison estivale. Ça vous dit que je vous raconte mon expérience ? Alors, allons-y, je vous embarque avec moi !
Rendez-vous à l’aire de covoiturage de Landivisiau avec une partie de mes codétenus pour un départ matinal en direction du pénitencier qui va nous accueillir durant ces quatre prochains jours. Sur place, nous retrouverons nos autres compagnons de cellule partis de région parisienne dans un autre convoi. Au menu du week-end : travaux forcés ! Mais ici point de caillasses à casser mais plutôt tenter d’enchaîner un maximum de concerts. Une peine que j’accomplirai sans broncher et avec le plus grand des plaisirs.
Dès l’arrivée à Courtrai, il n’y a qu’à suivre les indications qui nous invitent à nous garer sur l’immense parking d’une zone d’activités. De là, des navettes, tournant dans un flux discontinu du matin au soir, nous mènent à l’entrée du festival. Après un temps d’attente relativement court, je me retrouve avec mon bracelet de prisonnier au poignet. Celui-ci n’est pas électronique. Comprenez par-là qu’en ces terres, la cashless ne fait pas loi. Il faudra faire avec les bons vieux jetons (ou “coins”) de couleur rose pour pouvoir se sustenter en nourriture et breuvages houblonnés. Peu pratique, certes, mais on s’y fera. Il faut suivre un long chemin délimité de barrières avec de multiples affiches de festivals avant d’arriver sur l’aire de jeu.

Je profite de cette première soirée, faisant office de warm-up, pour visiter et me familiariser avec les lieux. On y trouve quatre scènes : trois sous tentes (la Morgue, la Helldorado et la Swamp) et la principale, en open air, la Prison Stage. Cette dernière ne sera active qu’à partir du lendemain. Un autre espace, El Presidio, logé dans une sorte de grand hangar monté pour l’occasion avec bar attenant (c’est là que se trouvent les meilleurs bières 😉), verra s’enchaîner des DJ sets durant toute la durée du festival, faisant de cet endroit un lieu de détente ou de fiesta, en mode boîte de nuit Metal, selon l’heure de la journée.
On y retrouve aussi les habituels stands de merchandising divers et variés et de nourriture – avec un large choix et d’excellente qualité pour la majorité d’entre eux. Il y a même un coin chill où des coussins et bancs sont posés en cercle autour de quatre grandes statues de bouddhas. Tout près de là, un bar avec de vieilles tables et chaises, comme chez mémé, qui devient instantanément notre camp de base pour les instants de pause.
Une de mes priorités est de récupérer mon t-shirt à l’effigie du festival que j’ai pu précommander sur le site de l’Alcatraz en amont. Très bon système afin d’éviter de perdre du temps à faire la queue.
La décoration, entre éléments faisant écho au milieu carcéral et décors ambiance Mad Max, permet de vivre une expérience immersive, aidant à la déconnexion totale durant ces quatre jours.
La Légende Ozzy Osbourne nous ayant quittés il y a moins de trois semaines, de nombreux hommages lui seront rendus tout au long du week-end. Il est même possible de laisser un petit mot ou un dessin en son honneur sur deux grands panneaux dédiés à cet effet.









Lien vidéo Extrait spectacle pyrotechnique :
Crédit vidéo : Once Upon a Live

Dans son ensemble, le festival est extrêmement bien organisé. Mais deux points négatifs sont tout de même à soulever. D’une part, des publicités intempestives sur les écrans géants durant les concerts, ce qui a pour effet d’attirer l’œil et de potentiellement couper l’effet envoûtant de certaines prestations. D’autre part, le chevauchement des sets entre les différentes scènes, ce qui force à rater le début ou la fin d’un show si on veut en voir un en entier. Et c’est bien dommage.
Et la musique dans tout ça ? En ce jeudi soir, sous la Swamp, c’est le bal des tribute bands d’excellente qualité. Ceux-ci rendent hommage à Motörhead (Motörheads), Status Quo (The Belgian Quo Band) ou encore aux Ramones (Ramones Alive). Mais c’est la Helldorado qui m’attire le plus ce soir car c’est le Thrash Metal qui y est à l’honneur. Je vais vite déchanter car le son y est abominable. Difficile d’apprécier quoique ce soit dans cette bouillie sonore. Et pourtant, il y a du beau monde : Exhorder, Evil Invaders ou encore Overkill. La déception est encore plus grande pour ce dernier car je n’ai jamais eu l’occasion de les voir sur scène jusqu’ici. J’écoute donc la tête d’affiche de l’extérieur de la tente, en dilettante, en discutant avec des amis. En espérant que le son soit meilleur le lendemain.
Vendredi 8 août 2025
Allant au Motocultor Festival le week-end suivant et les deux événements ayant un tronc commun de groupes, j’ai tenté de construire le plus intelligemment possible mon running order afin d’éviter de voir deux fois les mêmes groupes deux week-ends d’affilée. Pari tenu, sauf pour un groupe. A vous de deviner lequel 😉
COFFIN FEEDER
Quelle meilleure façon de se mettre dans le bain, pour démarrer réellement le festival, que de se faire violenter les oreilles à 12h35 par le Brutal Death des Belges de Coffin Feeder ? Cela me permet de me rassurer immédiatement sur la qualité sonore de la Helldorado qui n’a plus rien à voir avec le gloubi-boulga d’hier soir. Ouf ! La formation menée par Sven de Caluwé d’Aborted ainsi que d’autres sommités de la scène brutale belge (des membres de Leng Tch’e ou de Fleddy Melculy entre autres) va nous rouler dessus durant quarante-cinq minutes, sans temps mort, mettant en avant leur premier album, Big Trouble, sorti en avril dernier. Le chanteur va nous régaler de ses vocalises de phacochère enragé reconnaissables entre mille. Un concert où les maîtres mots sont énergie et bonne humeur. Parfait pour commencer la journée.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
CHEMICIDE
J’enchaîne avec Chemicide qui a déjà entamé son set sous la Swamp. Tout droit venus du Costa Rica, nos quatre latinos proposent un Thrash Metal somme toute assez classique, comme peuvent le proposer nombre de groupes de la vague revival Thrash. Ça ne réinvente pas la roue mais ça fait le job et le set est plutôt agréable. Pour le dernier titre, ils nous décochent une reprise bien exécutée du « Arise » de Sepultura se mettant ainsi le public dans la poche. Ce dernier reprenant, comme un seul homme, les paroles de ce classique incontournable.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
MESSA
Je zappe volontairement le concert d’Heriot afin de me placer suffisamment tôt et correctement pour assister au set des Italiens de Messa. Et j’ai bien fait car cet après-midi, la Morgue sera pleine comme un œuf. J’ai dû faire un choix cornélien car au même moment, les Anglais de Winterfylleth se produisent sous la Helldorado. Choix payant car d’après les potes qui y sont allés, le rendu sonore était abominable. Ne rendant pas grâce à leur Black Metal d’une richesse mélodique absolue. De mon côté, c’est tout l’inverse. Le son est puissant et propre, sublimant le Scarlet Doom de nos amis transalpins. Depuis la sortie de leur dernier album en date, The Spin, la hype autour d’eux ne fait que grandir un peu plus chaque jour. Il faut dire qu’ils nous ont offert un des bijoux de l’année 2025. Le concert est à l’avenant : la charismatique chanteuse Sara, sous des airs faussement nonchalants, et ses camarades de jeu dégagent une classe folle, collant parfaitement à l’ambiance désabusée de leur musique. La formation met l’accent sur son dernier effort, interprétant six des sept titres qui le composent. « Rubedo » extrait de l’album Close sorti en 2022, est le seul rescapé de l’ancien répertoire. La basse claque, les mélodies de guitares s’envolent et Sara, de sa voix puissante et ensorcelante, envoûte totalement la foule. Un concert d’une beauté rare.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
WEDNESDAY 13
Wednesday 13 a déjà entamé son set lorsque je rejoins la scène principale, la Prison Stage. N’ayant absolument pas suivi la carrière solo de l’artiste, j’assiste à la prestation dans l’espoir d’avoir un maximum de titres du projet qui l’a révélé au grand public : Murderdolls. Seules deux chansons de son ancien groupe seront interprétées : « Summertime Suicide » et « Nowhere ». Dommage que nous n’ayons pas eu le droit à un « Dead In Hollywood ». Mais bon, ne faisons pas la fine bouche car la formation ultra lookée nous sert un très bon concert de Hard Rock énergique doté d’un son impeccable.
Je m’accorde une pause d’un peu plus d’une heure pour me restaurer et passer du temps avec les amis autour d’une bière car c’est aussi ça, les festivals.
DYING FETUS
Vous prendrez bien une petite douceur ? Je vous propose une bonne part de gratin de graisse au gras avec les Américains de Dying Fetus. Ici, pas de chichi, le trio est là pour nous broyer les os avec leur Brutal Death Grind bourrin, mais pas que. Si le régal est auditif, il l’est tout autant pour les yeux tant les trois musiciens sont des bêtes de technique. Ça blaste la tronche et ça tricote sévère sur les manches. En cinquante minutes, la messe est dite, c’est la mandale. Comme d’habitude j’ai envie de dire.
ABSU
Attention, légende ! Le pionnier du Black Metal made in USA est actuellement en tournée en Europe et honore Courtrai d’une escale. Impossible de rater ça ! Proscriptor, maître à penser de l’entité, habituellement à la batterie et au chant, ne se charge aujourd’hui que du micro. Les musiciens évoluent devant un immense backdrop reprenant la pochette de l’album The Sun Of Tiphareth qui est bien entendu mis à l’honneur avec pas moins de cinq titres. Et oui, c’est que ça fait trente ans que cette pierre angulaire est sortie. Ça se fête ! Le leader, à l’instar d’un King Diamond, fait le show et attire tous les regards. Il faut dire que le bougre occupe l’espace et ne laisse personne indifférent avec son accoutrement, chemise à manches amples et petit gilet, bien loin des codes habituels de ce style musical. Il s’agite, grimace, frôlant parfois le ridicule mais ne bascule jamais dans la caricature. Sa voix criarde reconnaissable entre mille électrise l’assistance couplée à une exécution impeccable de la part de son backing band. Un très bon concert qui aurait mérité une meilleure mise en son. Je quitte malgré tout la Swamp avant la fin car je ne veux pas louper une miette du suivant. Direction donc la Prison Stage.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
W.A.S.P.
N’ayant jamais eu l’occasion de voir le groupe de Blackie Lawless, il était inconcevable que je ne sois pas présent pour assister à ce show. Même si j’avoue avoir un peu peur du rendu vocal, le leader de W.A.S.P. n’étant plus tout jeune. Crainte qui se confirme sur le premier titre « I Wanna Be Somebody » (mon préféré) où le chant déraille un peu par moment mais tout rentre très vite dans l’ordre dès le deuxième titre. C’est comme pour un vieux diesel, il faut que les cordes vocales s’échauffent. Là aussi, nous fêtons un anniversaire : les quarante ans de l’album éponyme de la formation (quarante-et-un ans en vrai car il est sorti en 1984). Celui-ci est donc interprété en intégralité et dans l’ordre, s’il vous plaît. Un pur régal ! Et en guise de cadeau, les Américains nous gratifient de deux titres bonus, « Wild Child » et « Blind In Texas », tous deux issus de l’album The Last Command. Une heure de show qui file à la vitesse de la lumière. Un très bon moment.
MASTODON
Je reste posé devant le Prison Stage durant les trois quarts d’heure séparant la fin du set de W.A.S.P. et la prestation suivante car je veux bien me positionner pour le concert de Mastodon. Les enceintes crachent le « Crazy Train » de qui-vous-savez, le refrain étant repris à pleins poumons par la foule présente en nombre devant la scène. Les Américains déboulent sur scène en décochant un « Tread Lightly » qui permet de constater immédiatement que le son est puissant et ultra propre. On va prendre cher ce soir. Le groupe va nous saisir à la gorge pour ne jamais nous relâcher jusqu’à la dernière note de ce show. L’écran géant derrière la formation habille à merveille la scène. Le rendu se faisant de plus en plus percutant au fur et à mesure que la nuit tombe. Troy Sanders (chanteur / bassiste) s’impose en véritable chef de meute depuis l’éviction de Brent Hinds (chanteur / guitariste) cette année. Qui aurait pu penser à cet instant que ce dernier allait perdre la vie douze jours plus tard, anéantissant à tout jamais un possible espoir de réconciliation et un retour au bercail pour le tatoué guitariste ? La Faucheuse ne nous fait aucun cadeau cette année.
Le set pioche dans une grande partie de la riche discographie des Georgiens faisant de ce set un joli best of que chacun pourra critiquer en râlant de ne pas avoir eu son titre préféré joué ce soir. Le temps alloué au groupe (une heure quinze) passe très vite. J’ai envie de quitter les lieux avant la fin car je veux bien me placer pour le concert suivant mais je n’y arrive pas. Après un « Blood and Thunder » final, ils nous réservent une dernière surprise en reprenant le « Supernaut » de Black Sabbath. Un show phénoménal qui sera l’un des meilleurs du week-end.
DOOL
Je n’ai que cinq minutes pour rejoindre la Morgue. Je ne traîne pas et arrive juste à temps avant que les musiciens ne montent sur scène. J’arrive à me placer correctement. Dool démarre son set de manière tonitruante par le morceau qui donne le titre à son dernier album en date, « The Shape of Fluidity ». Le groupe est dans une très grande forme. Cela peut s’expliquer par le fait que c’est le deuxième concert qu’il donne ce jour, ayant joué un peu plus tôt dans un autre festival au Pays-Bas. Les titres s’enchaînent sans temps morts mettant en avant son dernier bébé représenté par cinq morceaux sur les huit jetés en pâture à un public totalement conquis. L’intensité de la prestation, où l’émotion est à fleur de peau mêlée à l’énergie folle des zicos (ils ont bouffé du lion ce soir ou quoi ?), crée une bulle suspendue hors du temps. Ce concert est tout simplement exceptionnel. Je ressors de là complètement sonné, à la limite des larmes. Il me faudra un moment pour redescendre.
KREATOR
Kreator n’est pas mon groupe de Thrash Metal favori. Loin de là. Paradoxalement, c’est certainement celui que j’ai vu le plus souvent en live dans ce style musical. Ce soir, il assure la place tant convoitée de headliner du jour. Le son et la production sont colossaux. Mille Petrozza et sa bande ont mis le paquet ! Le public est au rendez-vous, vu la masse de monde agglutiné devant la scène principale. La setlist en forme de best-of tape dans le mille (Petrozza, hu hu hu…) à chaque fois car le groupe sait ce que leurs fans veulent entendre. Et je dois bien avouer que ça fonctionne puisque je me laisse prendre au jeu et trouve la prestation plus intéressante que celle du Zénith de Paris en novembre dernier. Les Allemands n’ont clairement pas usurpé leur place et remplissent parfaitement le rôle de tête d’affiche.
Je me dirige vers la sortie en n’omettant pas de faire une petite halte au niveau de la Morgue qui dégueule de monde de tous les côtés. Normal, la sensation Stoner du moment, Slomosa, a déjà entamé son set depuis une bonne vingtaine de minutes. La fatigue commençant à me gagner et les ayant déjà vus au Hellfest au mois de juin, je ne reste que le temps de deux titres. C’est qu’il y a une navette à prendre et une bonne demi-heure de route pour rejoindre notre logement.
Samedi 9 août 2025
VULTURE
Notre hôte profite de notre venue dans le Nord et la Belgique pour nous faire faire le tour des caves à bières, histoire de ramener à la maison quelques potions houblonnées du cru. Nous profitons donc de la matinée pour explorer les richesses que peut nous offrir la région. Cela nous fait arriver sur site à 14h30, pile poil pour assister au set des Allemands de Vulture. Ici on prend la machine à voyager dans le temps pour se replonger au cœur des années 80 avec un Speed / Thrash Metal hargneux qui sent bon la nostalgie. Et niveau look, les curseurs sont poussés au maximum avec le combo cuir / moustaches et les guitares BC Rich aux formes géométriques aussi piquantes que le logo du groupe. L’énergie et la conviction délivrées par la formation est tellement communicative que la fosse se transforme très rapidement en une grosse marmite en ébullition. Ça pogote, ça lève le poing en réponse aux invectives du chanteur et chaque fin de titre est saluée avec force et cris. Un démarrage de journée pied au plancher avec cette excellente prestation qui restera comme l’une des meilleures de ce week-end. Très belle découverte.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
DROWNING POOL
J’arrive sur la Prison Stage où Drowning Pool balance déjà son Néo Metal depuis une bonne vingtaine de minutes. En ce samedi après-midi, les Texans font revivre à un public assez massif les plus belles heures de ce courant musical qui régna en maître entre la fin des années 90 et le début des années 2000. Le groupe est en forme, aidé d’un très bon son, décoche des brûlots d’une efficacité redoutable. La palme revenant au dernier titre, le tube du groupe, « Bodies », qui fait jumper l’assistance jusqu’à très loin, comme ça se faisait à l’époque où l’on portait des baggys et des chaussures de skateurs. Un très bon concert. Comme la veille, j’enchaîne avec la petite pause bouffe et houblon avec les amis.
VADER
Une fois rassasié, je me place sous la Swamp pour assister à la prestation des Polonais de Vader. Groupe culte de la scène Death Metal européenne, la formation est une véritable légende dans le style. Ces vieux routards écument les scènes du monde entier sans relâche depuis bientôt quarante ans et ont encore la santé pour coller des raclées aux jeunes loups aux dents longues. Là aussi, on fête un anniversaire (on pourrait croire que c’est le thème du week-end) puisqu’il y a vingt-cinq ans sortait l’album Litany. Celui-ci sera représenté par sept titres sur les quatorze interprétés. Les musiciens déroulent le set à la cool en mode Death old school faisant le bonheur d’un public qui aurait mérité d’être plus nombreux. Hommage oblige, le set se termine par la reprise du « Black Sabbath » de… eh bien devinez, tiens 😉
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
WOLFMOTHER
J’enchaîne avec les Australiens de Wolfmother, qui est désormais plutôt le projet solo de l’excellent Andrew Stockdale qu’un véritable groupe à part entière, tant l’entité a connu une valse incessante de musiciens depuis de nombreuses années. Qu’importe, c’est la musique qui compte. Et dans ce domaine, le leader est un artiste complet et talentueux. Néanmoins, je ne rentre pas du tout dans le concert. Passer du Death Metal de Vader au Hard Rock de Wolfmother aurait mérité un sas de décompression pour pouvoir apprécier pleinement ce set.
CRYPT SERMON
Petit tour sous la Morgue pour aller découvrir les Américains de Crypt Sermon dont j’ai entendu beaucoup de bien. Leur Doom épique avec des petites notes de Heavy est plutôt bien foutu mais ne me touche pas plus que ça. Un concert pas désagréable mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable en mémoire. Next.
DORO
Retour à la Prison Stage où la daronne du Heavy Metal va bientôt entrer en scène. Et elle est attendue de pied ferme par un public bien fourni. Du haut de ses soixante-et-un ans, Doro a toujours la Pesch. La belle va nous délivrer un set de pur Heavy Metal composé de quatre titres de sa carrière solo et sept de Warlock, groupe qui l’a fait connaître au monde. C’est carré, pêchu et le son est très bon. L’immense back drop sur écran géant, reprenant la pochette de son dernier album en date Conqueress – Forever Strong and Proud, habille le fond de scène. Les musiciens font le show et brillent par leur maîtrise. Vers la fin du set, elle nous offre un petit cadeau en reprenant le « Breaking the Law » de Judas Priest. Un très bon concert.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
THE NIGHT ETERNAL
Direction la Morgue à nouveau pour me faire une idée sur The Night Eternal dont j’ai entendu beaucoup de bien. J’y vais les oreilles vierges, n’ayant rien écouté de leur répertoire avant ça et ne connaissant pas le style joué par le groupe. Les Allemands donnent dans un Heavy Metal rendant hommage aux pères fondateurs en y incorporant beaucoup de modernité. Il serait réducteur de les cloisonner à ce simple style musical tant les mélodies de guitares jumelles sont riches et piochent dans d’autres genres avec des touches empruntées au Rock sombre et mélancolique. J’y ai retrouvé des sonorités me rappelant les premiers efforts de groupes comme Editors ou Interpol. Et que dire de Ricardo Baum, son chanteur dreadlocké, dont la voix hypnotise l’assistance. Quel vocaliste ! Quel talent ! La mise en son est impeccable et l’énergie délivrée sur scène embarque la foule présente. Une très belle découverte et un des concerts marquants de cette édition.
HELMET
Petit tour sous la Helldorado où je n’ai pas encore eu l’occasion de traîner les pieds aujourd’hui. C’est que Helmet va s’y produire et il fait partie des immanquables du festival. La setlist fait la part belle à son répertoire des années 90. Plus de la moitié du set est consacrée aux albums cultes que sont Meantime (1992) et Betty (1994). Page Hamilton et sa bande ont les crocs et nous avoinent la tronche avec leur mélange de Hardcore et de Metal Alternatif si typique qui a fait leur gloire. Ils n’en oublient pas pour autant de mettre la lumière sur leur dernière offrande avec trois extraits de l’album Left. Le public mange dans la main du groupe et ne tient plus en place lorsque la formation joue « Just Another Victim », mythique morceau qu’ils avaient sorti en duo avec les rappeurs de House Of Pain en 1994, sur la non moins mythique bande originale du film Judgment Night. Quelle claque !
CANDLEMASS
Un concert de Candlemass, c’est toujours bien. Ne cherchez pas à me contredire, c’est une règle d’or, une table de loi. C’est comme ça, on ne peut pas y déroger. Mais comme toute règle, elle a ses exceptions. Et aujourd’hui, comment dire, les Suédois ne me paraissent pas aussi percutants qu’à l’accoutumée. Pourtant la setlist est top, les classiques sont là (« Bewitched », « Mirror Mirror », etc.) mais la mise en son n’est vraiment pas bonne et n’aide pas à l’immersion dans ce Doom si caractéristique. Et c’est un défaut de la Swamp où une bonne partie des prestations sont impactées par une sonorisation parfois hasardeuse. De plus, je trouve que Johan Langquist n’est pas particulièrement en voix ce soir, comme s’il était enroué. Bref, je lâche l’affaire à mi-parcours, déçu par ce concert. J’en profite pour aller me placer tout devant, sous la Helldorado, pour la suite du programme.
LEPROUS
Clivante. C’est assurément ce qu’est la formation norvégienne pour le commun des mortels. Leprous, soit on déteste, soit on adore. Personnellement, je trouve ce groupe extrêmement talentueux et ayant raté leur passage lors du dernier Hellfest, c’est une bonne occasion de me rattraper. Je me place aux avants postes, tout proche des crash barrières. Les musiciens arrivent sur scène sous une ovation, signe que les fans sont présents en nombre sous la Helldorado ce soir. La setlist va balayer les cinq derniers albums sortis entre 2015 et 2024. Les lights et le son sont somptueux aidant à l’immersion totale dans l’univers musical des Norvégiens. Einar Solberg nous éblouit par ses capacités vocales passant d’une voix de tête puissante (« Below ») à des vocaux plus posés et quelques passages plus rageurs. Un seul mot d’ordre : l’émotion. Des jets de flammes appuis les moments plus rythmés et les chorégraphies désarticulées de la formation. L’énergie est bien présente malgré une musique technique et exigeante. Le show se termine sur l’outro de « The Sky is Red » que j’aurai bien aimé voir interprété en entier. Pour dire vrai, j’aurai adoré que cet instant ne s’arrête jamais. Un superbe moment.
OBITUARY
Le temps de rejoindre la Swamp qu’Obituary a déjà entamé son set. La tente est très garnie pour ce dernier concert de la journée. Je reste donc dans le fond, à l’extérieur. Je regarde de loin ce qu’il se passe sur scène mais qu’importe, le son est très bon même là où je suis placé. La setlist se concentre en grande partie sur l’album Cause of Death avec sept titres (dont la reprise « Circle of the Tyrants » de Celtic Frost) car cela fait trente-cinq ans que ce disque légendaire, pilier du Death floridien, est sorti. Les Américains sont des tueurs en live et le show de ce soir ne déroge pas à la règle. C’est lourd, ça groove, bref, tout ce qu’on aime chez eux. Malgré ça, je ne rentre pas dedans car ils ont l’air de faire face à des petits problèmes techniques. Les pauses plus ou moins longues entre chaque titre cassent le rythme et n’aident pas à se plonger pleinement dans le concert.
Dimanche 10 août 2025
GUTALAX
Dernier jour et arrivée encore plus tardive sur site. Normal, il serait malpoli de quitter un apéro en cours avec notre hôte. Nous savons respecter les règles de bienséance. C’est donc vers 15h30 que nous sommes attirés sous la Helldorado par une douce sérénade exécutée par les poètes tchèques de Gutalax. Une foule immense (la plus grosse affluence qu’aura connu cette tente de tout le week-end) est venue faire la fête avec nos déboucheurs de chiottes préférés. C’est la foire à neuneu et le niveau de gogolerie est poussé au max. Des objets gonflables en tout genre (licornes, WC, crocodiles…) virevoltent au-dessus des têtes des spectateurs et on ne compte plus le nombre de rouleaux de PQ déroulés tels des serpentins dans une soirée du nouvel an. Tout l’abécédaire de la scatologie est passé à la moulinette du Goregrind de nos trublions en combinaisons blanches. C’est lourdingue, certes, mais l’ambiance est folle et une fois qu’on a éteint le cerveau, on passe un très bon moment.
PIG DESTROYER
On reste dans la poésie avec les Américains de Pig Destroyer. Là, on ne fait pas dans la dentelle. Le groupe nous envoie de la violence, sans sommation, en pleine tronche et tant pis pour ceux qui ne sont pas réveillés ou qui auraient voulu faire une petite sieste. Les titres sont courts mais intenses. Alex Cha, l’un des vocalistes, triture son sampler pour en sortir des sons barbares. Je ne tiens pas la totalité du set car il faut bien l’avouer, cela peut s’avérer difficile à digérer sur la longueur.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
DOPE
La suite se passe sous la Helldorado où les Américains de Dope se produisent devant un immense backdrop reprenant la pochette de leur troisième album Group Therapy sorti en 2003, dont trois extraits sont joués sur les neuf interprétés. La formation délivre une belle énergie et Edsel Dope, en vrai leader charismatique, sait mettre un public clairsemé dans sa poche. Je ne reste pas tout du long car le groupe suivant m’intéresse davantage. Un concert agréable mais guère transcendant.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
TSJUDER
Ah ! Enfin du Black Metal ! C’est sous une Swamp moyennement garnie que se produisent les Norvégiens de Tsjuder. Corpse paint de sortie, la formation nous offre une interprétation dans la plus pure tradition du Metal Noir. La quasi-totalité de la discographie du groupe est survolée, allant même jusqu’à exhumer un « Possessed » issu de sa toute première démo sortie en 1995, Div Gammelt Stasj, ainsi qu’une reprise du « Sacrifice » de Bathory. La prestation est bonne mais il manque un truc, je ne saurais dire quoi. Peut-être le fait que le groupe se produit de jour (même si nous sommes sous une tente), que les publicités intempestives sur les écrans ne m’aident pas à me plonger totalement dans le set, ou bien encore un son qui aurait mérité d’être un peu plus propre. Bref, un bon concert mais je m’attendais à mieux.
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DOWNSET.
Le 3 août, soit quatre jours avant le début du festival, le groupe Ill Niño annonce sur ses réseaux sociaux l’annulation de sa tournée européenne estivale. Cela ne laisse que peu de temps aux différentes orgas pour se retourner et trouver un autre groupe capable de remplacer les Latinos-Américains. L’Alcatraz a misé sur les Californiens de Downset. pour tenter de contenter les éventuels déçus et il a eu le nez creux. Le groupe de Hardcore / Rap Metal qui a eu son heure de gloire dans les années 90 avait un peu disparu de mes radars depuis tout ce temps. Et c’est avec un immense plaisir que je me dirige encore une fois sous la Helldorado (scène où je passe le plus de temps aujourd’hui). Le set de Tsjuder se terminant à l’heure où celui des Américains commence, je rate le premier titre (« Empower ») le temps de rallier la tente. Ce n’est pas la foule des grands jours mais le public présent est au taquet. Et il faut bien admettre que le quatuor ne joue pas à l’économie et donne tout pour que la fosse s’agite. Et ça fonctionne à merveille ! En cinquante-cinq minutes, la formation transforme le pit en un joyeux bordel. Le pinacle étant atteint sur le dernier titre « Anger », le tube qui les a fait connaître au grand public. Le chanteur va jusqu’à descendre de scène pour se coller aux barrières et aux premiers rangs qui ne se font pas prier pour chanter le refrain de cet hymne. Une réussite totale.
Lien vidéo 1 DOWNSET. :
Crédit vidéo : Once Upon a Live
Lien vidéo 2 DOWNSET. :
Crédit vidéo : Once Upon a Live
PRONG
Petite pause pad thaï pour reprendre des forces avant de s’engouffrer à nouveau sous la Helldorado afin d’assister à la prestation du groupe de Metal Indus le plus groovy de la planète, j’ai nommé Prong. Le pilier Tommy Victor et ses musiciens vont régaler une foule assez conséquente, preuve d’une notoriété toujours d’actualité pour cette formation qui a bientôt quarante ans au compteur. Le son est massif et le trio nous sert un set ultra solide qui monte en intensité, pour terminer en apothéose sur un « Snap your Fingers, Snap your Neck », toujours aussi efficace. Morceau extrait de l’album culte Cleansing qui est le plus représenté ce soir avec quatre titres. Un concert impeccable délivré par un groupe talentueux et à la classe folle.
STATIC-X
Il est toujours étrange d’assister à la prestation d’un groupe dont son créateur et leader est décédé. D’autant plus quand ce projet musical contient son nom. En effet, Wayne Static, chanteur / guitariste, nous a quittés en 2014 mais le line-up d’origine continue de perpétrer sa mémoire avec un nouveau membre pour le remplacer, rôle qui ne doit pas être simple à tenir pour ce nouveau venu (depuis 2018 tout de même) arborant le pseudo de Xer0. Mais qui est donc ce personnage, sosie vocal quasi parfait, portant un masque aux yeux lumineux, chapeauté de la chevelure dressée sur le haut du crâne, signature visuelle de Wayne ? Et bien, on l’a déjà vu sur cette même scène un peu plus tôt cet après-midi ,car il s’agit ni plus ni moins d’Edsel Dope, chanteur du groupe Dope. Static-X transforme la fosse de la Helldorado en véritable boîte de nuit géante tant son Metal Indus est aussi violent que dansant. Le son est phénoménal et le show est visuel tant au niveau des lights que de l’animation sur scène. Tel un Eddy pour Iron Maiden, les Américains disposent aussi d’une mascotte représentant un Wayne Static géant déambulant à plusieurs reprises sur les planches comme si celui-ci prenait part au show depuis l’au-delà. La formation ne sera pas avare en morceaux puisque nous avons le droit à dix-sept titres dont dix sont issus de leur premier album, le chef d’œuvre Wisconsin Death Trip. Un concert fabuleux et la belle grosse surprise de cette dernière journée.
EMPEROR
Lorsqu’il y a Emperor sur une affiche, il est difficile de résister à l’appel du Black Metal des Norvégiens car c’est l’assurance de passer un très bon moment. Et cette fois-ci ne déroge pas à la règle. On sait que la setlist ne comporte pas de surprises mais ce n’est pas grave car ces titres font partis du patrimoine de l’Art noir. La discographie est entièrement survolée et l’accent est mis, bien entendu, sur les deux premiers chefs-d’œuvre du groupe (neuf titres sur les onze proposés). Seul point négatif, le son, pas au top sous la Swamp ne permettant pas d’apprécier toutes les subtilités et la richesse de la musique du combo et un grésillement assez agaçant durant deux ou trois titres sur la première partie du set. Qu’importe, le concert est excellent (comme d’habitude). L’empereur a encore délivré une prestation transpirant la classe absolue.
MACHINE HEAD
Depuis peu, Machine Head a enfin atteint le statut de tête d’affiche. Et pour l’avoir vu au Hellfest l’année dernière, je peux affirmer que cette place n’est pas usurpée tant les Américains nous ont laminés la tronche et les oreilles avec un set époustouflant. La bande de Robb Flynn a la lourde tâche de clôturer ces quatre jours de festivités et on peut dire qu’ils sont attendus de pieds fermes vu la foule campant devant la Prison Stage. Le « Diary of a Madman » d’Ozzy s’échappe des enceintes avant que le quatuor ne prenne possession de la scène. Comme l’année dernière, l’entame du concert se fait sur la bombe « Imperium » montrant instantanément que le son est énorme. Les lights et les projections des écrans en fond de scène sont magnifiques. Ça enchaîne directement sur « Ten Ton Hammer ». La setlist est sensiblement identique à celle que nous a proposé le groupe l’année dernière mis à part l’ajout de deux extraits du nouvel album de qualité discutable. Je lâche l’affaire en milieu de set car Robb Flynn m’agace à trop parler et à en faire des tonnes. Pas mauvais mais l’impression d’un set trop bien rodé, tel une pièce de théâtre, où l’imprévu n’a pas sa place.
ROTTING CHRIST
J’en profite donc pour m’engouffrer une dernière fois sous la Swamp pour assister au rituel des Grecs de Rotting Christ. Ayant été frustré par les trois quarts d’heure qui leur avaient été alloués au Motocultor l’année dernière, je compte bien avoir ma dose avec un set d’une heure. Qui a déjà assisté à une prestation de l’entité des frères Tolis sait que celles-ci s’apparentent à de vrais cérémonials mystiques. Et lorsque la pyrotechnie s’invite à la fête, elle ne fait qu’appuyer le propos. Etrangement, la dernière offrande Pro Xristou n’est représentée que par un seul titre, là où Kata ton Daimona Eaytoy, album sorti en 2013, se taillera la part du lion avec cinq morceaux. Quasiment la moitié du set. Ce concert final est tout simplement excellent et me fait dire que j’ai fait le bon choix en ne restant pas m’éterniser devant la tête d’affiche du jour.

Avec près de soixante mille spectateurs, cette édition 2025 a tenu toutes ses promesses, tant au niveau de la richesse d’offres en termes de concerts qu’au niveau de l’organisation générale de l’événement. Pour celles et ceux qui hésitent encore à tenter l’expérience de bagnards le temps de quatre jours, je n’aurais qu’un mot à dire : foncez ! Vous ne le regretterez pas. Et quand on voit la programmation que le festival belge nous a pondu pour 2026, vous n’avez aucune excuse !


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