Genre : Black Metal Atmosphérique
Label : Debemur Morti Productions
Sortie : 6 Mars 2026
Note : 90 / 100 (LB D)
Miserere Luminis est issu d’une collaboration entre deux formations emblématiques de la scène Metal Noir québécoise, à savoir Gris et Sombres Forêts. Ces deux entités ont rencontré un certain succès à leur époque, notamment le premier nommé avec son album Il était une forêt, sorti en 2007, considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs disques de Black Metal Atmosphérique/Dépressif. Cependant, toute bonne chose ayant une fin, Neptune et Icare (Gris) ont décidé de s’associer à Annatar (Sombres Forêts) afin de fonder en 2009 un nouveau groupe nommé Miserere Luminis.
Le trio avait pris soin d’informer ses fans, avant la sortie de leur premier album : “qu’il ne serait en aucun cas une copie conforme ni un hybride de leurs deux anciens groupes”. Cette précision revêt une importance particulière et avait surtout pour objectif de libérer les musiciens du poids que représentent les premiers albums des formations mentionnées plus haut. Préparant peut-être ainsi leur auditoire à une nouvelle direction artistique. Dorénavant, les musiciens s’attachent à créer des atmosphères moins dépressives qu’à l’accoutumée, en mettant particulièrement l’accent sur la beauté des ambiances, où l’instrumentation acoustique et le chant clair sont peu présents. C’est du moins ce que l’on ressent à l’écoute des deux premiers albums, et plus spécialement sur Ordalie, le second opus.
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L’idéal, chers lecteurs, serait d’écouter les deux premiers albums afin de se familiariser avec ce Sidera car il est essentiel de bien comprendre leur démarche ainsi que de suivre attentivement leur ligne directrice. En effet, si un gouffre existait en termes de compositions entre le premier album éponyme et le second opus. Cette différence se révèle nettement moins prononcée avec cette troisième galette, qui s’inscrit donc comme une suite logique à Ordalie. L’aspect cinématographique des compositions, déjà perceptible par le passé, demeure bien présent et, à mon sens, y occupe une place encore plus importante sur ce nouvel opus. Beaucoup de ces morceaux auraient parfaitement pu figurer dans n’importe quelle bande originale de films dramatiques.
Certes, Miserere Luminis se détache du Black Metal pour repousser davantage les frontières qui séparent notre musique de celle du Post-Rock. Un style musical qui est, et faut bien le reconnaître, un peu à la mode en ce moment. Mais il ne faut pas croire qu’ils cherchent à exploiter cette tendance à des fins lucratives ; au contraire, ce style apporte un vrai plus à leur composition : les riffs sont particulièrement posés et planants. Ces mêmes riffs prennent leur temps pour instaurer des mélodies plaintives, plongeant ainsi l’auditeur dans des atmosphères à la fois sombres et flamboyantes.Toutefois, rassurez-vous, chers Blackeux : on retrouve tout de même quelques éléments caractéristiques de notre musique préférée dans certains titres, notamment sur “Les fleurs de l’exil” et sur la dernière piste “Dans la voie de nos lumières”.
Le style vocal se situe principalement dans un registre émouvant, presque touchant par moment, où se manifeste une profonde tristesse, frôlant le mélodrame et l’angoisse sur certains passages. Il est d’ailleurs difficile de déterminer les rôles exacts d’Icare et Annator qui doivent normalement se partager le chant. Selon mes souvenirs, pour les avoir vus sur scène, c’est plutôt le batteur qui assume ce rôle de chanteur principal. On notera également l’apparition d’éléments acoustiques à divers moments, certes relativement discrets et parfois noyés parmi les riffs de guitare, mais ajoutant tout de même une certaine profondeur supplémentaire aux compositions. Mais ce sont les passages de piano plutôt dynamiques qu’on retiendra plus facilement, apportant sa petite contribution aux atmosphères mélancoliques que souhaite instaurer le groupe. C’est plus particulièrement réussi lors du final de “De cris & de cendres” ainsi qu’à l’introduction du mid-tempo “Aux bras des vagues & des vomissures”.
Il serait impardonnable de ne pas souligner le travail remarquable de la section rythmique basse/batterie. Très éloignée des standards habituellement observés dans le Black metal. Cette section adopte un tempo souvent qualifié de mid-tempo, bien qu’il puisse également s’accélérer considérablement à certains moments. Elle joue un rôle essentiel dans l’agencement des morceaux, et la qualité de la production y contribue fortement, offrant l’espace nécessaire pour une harmonie parfaite avec le chant et les guitares.
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Il subsiste toujours une part d’incertitude lorsqu’un groupe signe avec un label de plus grande envergure car il est impossible de prédire avec certitude le succès de cette collaboration. Toutefois, dans le cas présent, le risque était minimal lorsque les Montréalais ont signé chez Debemur Morti Productions, un label connu et reconnu pour son sérieux et le respect qu’il témoigne à ses artistes. Ce partenariat ne semble en aucun cas avoir constitué un obstacle, tant les Québécois ont su porter leur musique à son apogée en poussant leur propre son et leur personnalité à son paroxysme. Ils parviennent également à conserver l’ensemble des éléments qui ont contribué à la force et au succès de l’album précédent.
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Sur un plan plus personnel, j’ai trouvé cet album particulièrement captivant et émouvant. Certes, il ne réserve pas de surprises pour les connaisseurs d’Ordalie, mais il représentera néanmoins un sérieux outsider au moment du décompte final, cela ne fait aucun doute. Le pari est donc plus que réussi pour Miserere Luminis.
Trackslist :
01 – Les fleurs de l’exil
02 – De cris & de cendres
03 – Aux bras des vagues & des vomissures
04 – À la douleur de l’aube
05 – Dans la voie de nos lumières
Line-up :
Neptune – Guitares, Basse, Piano, Lyrics
Icare – Chant, Batterie
Annatar – Chant, Guitare









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