Furya – Eternal Fight (2025)

Genre : Power Symphonic Metal
Label : M&O Music
Sortie : 14 Novembre 2025

Note :   80/100 (WvG)

Avant de commencer toute présentation du sujet du jour, je me dois de faire une première constatation, puis une assez longue introduction : est-ce que je dois remercier M&O d’avoir les cojones de distribuer l’album Eternal Fight de Furya ou y voir une forme d’opportunisme dans la probabilité d’un revival ?

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Pourquoi ce questionnement me direz-vous ? Parce que Furya fait dans le Metal symphonique (sic), genre souvent décrié dans la « grande famille », ce qui m’a très souvent fait sortir de mes gonds, je l’avoue. Et souvent les critiques m’ont fait rire jaune, appartenant également à cette mouvance : quand un « c’est de la merde » provenait de greuhgreuhs infoutus de comprendre et produire une harmonie ou même une harmonique (ce qui donc crée un growl dégueulasse et pas maitrisé) ou savent taper comme Animal dans le Muppet Show mais sont incapables de tenir un 4/4 régulier ; quand un « de la musique de pédés ! » venait tinter à mon oreille, je m’esclaffais devant la débilité profonde (et homophobe) du propos face à des hurluberlus maquillés et grimés comme le seraient des travelos de chez Michou (sauf que les transformistes assument leur aspect spectaculaire et je les en respecte d’autant).

On n’est plus à un paradoxe près et une démonstration de connerie profonde mais le Metal est une « grande famille », hein, et on a tous le tonton un peu con qu’on n’a pas envie d’écouter nous transvaser son ignorance crasse du sujet comme une vérité absolue. 

Vous vous doutez bien que quand le genre musical honni est apparu dans les diverses demandes de chroniques, personne de l’équipe de MMW ne s’est étouffé d’étonnement en recevant mon « bon… sans grande surprise, je prends ». Vous vous doutez bien que ce sous-genre étant mon domaine de prédilection, je risque d’être très critique, surtout quand les heures de gloire passées, donc le début des années 2000, ont écumé et éculé le genre malgré les vents et marées et le fait de ne pas l’avoir en poupe mais plutôt en proue, particulièrement quand il s’agit d’un mode de composition qui ne souffre aucune médiocrité sous peine de tenter l’expérience désagréable de l’ambition démesurée réduite à néant, le « nous ne faisons que passer dans l’ombre et la lumière » pour citer Gaétan Roussel – cherchez pas, ça n’a rien à voir avec le Metal mais c’est la citation qui m’est venue en tête…

Bien ! Ayant posé ces bases, on s’attaque au sujet !

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Quitte à aborder tout de suite la médiocrité, parlons d’abord de la vie passée de Furya, les toulousains (à ne pas confondre avec les mâconnais ayant exercé sous un patronyme homonyme, Furia, mais dans un registre plus brutal), puisque ce projet renaît de ses cendres lointaines ramassées à la balayette en 2021 pour former le nouveau quintette, le dernier EP avant le split datant de 2006 présentait un Heavy Metal vaguement mélodique, mauvais clone de Manigance (dont je vante les qualités de leurs défauts, la langue française qui sonne mal, pour moi, dans ce courant musical mais que ce groupe a su habilement manier) avec un riffing fait à la truelle tout comme l’édition et le mixage, surplombé par des paroles du niveau d’écriture de celles de Kyo, mal branlées tant dans la prosodie que les sonorités linguistiques, d’une banalité aussi attrayante qu’un mur en crépi dans un réfectoire. Effectivement, ça ne vend pas du rêve.

Mais que vaut le cru 2025 représenté par Eternal Fight ? Déjà, sans être radicalement différent dans le style, on n’est pas sur le même esprit, une sorte d’update 3.0 : du chant en anglais avec une voix féminine, davantage tourné vers le Power Metal (déjà, ça pique quand on me vend du « sympho » mais admettons, on n’est pas si éloigné, d’autant quand certains arrangements sont symphonisés par un petit orchestre à cordes).

Je vais commencer par mes critiques, qui sont nombreuses (oui, cf. plus haut, exigence absolue dans un genre qui ne souffre pas la médiocrité). Déjà le coté patchwork des compositions, particulièrement sur « Ashes of Time » et son intro et outro au piano hors tempo comme si on avait voulu coller une intro et une outro. Ensuite, la pauvreté rythmique, singulièrement celle du main riff qui cherche, semble-t-il, désespérément à conserver son identité Heavy Metal plutôt que de faire un choix stylistique tranché, ce qui fait qu’on a l’impression perpétuelle que chaque morceau s’améliore au fil des secondes mais donne toujours une première impression « bof » : les gars (je parle aux compositeurs, là, Benoît Trevise et Nick Dawson), c’est chiant de se dire que chaque morceau pourrait être un « banger » mais que cette entrée en matière ne donne pas envie… Parlons maintenant technique d’enregistrement puisque la batterie ainsi que les renforts de cordes dans l’orchestration ont été mal travaillés (ou approfondis) sur le DAW, particulièrement dans la vélocité et le legato ce qui uniformise de manière audiblement et ostensiblement synthétique la batterie (si celle-ci n’est pas elle-même électronique, d’ailleurs, ce que je pense être le cas) et pourrit le timbre orchestral (et c’est pas faute d’avoir des VST tellement plus proches du grain d’un vrai orchestre si tant est qu’on sache vraiment les manier, les construire et les travailler pour qu’ils sonnent ainsi de manière assez proche du naturel et de l’authentique) ; le mixage aurait mérité aussi qu’on se penche davantage dessus car irrégulier soit dans son égalisation, soit dans sa compression (oui, je sais, les parties vocales, c’est toujours la galère). Enfin, parlons justement des performances vocales de la chanteuse, Marjorie Bevon, qui, loin d’être limitées, sont inégales et/ou pas exploitées de manière optimales (un grain de mezzo avec du coffre mais un vibrato mal distribué et réparti, tant sur son ambitus qu’en fonction de la puissance qu’elle va développer, ce malgré la diversité des nuances (du sotto voce au fortissimo) ; cette remarque est un point noir minimal mais quitte à être jusqu’auboutiste… Je le serai d’ailleurs avec l’accent anglais à retravailler un peu, et je relativise : ça se cache mieux quand on fait greuhgreuh que dans le cadre de la voix claire.

La démonstration de mes propos critiques peut se faire sur le single éponyme de l’album, paru récemment :

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C’est pourtant sur la base de ce même morceau que je vais soulever tout le bien que je pense de ce groupe : si le négatif a été posé ci-dessus, dans les aspects positifs, on note la régularité et l’efficacité de la rythmique, la pertinence des soli et leur arrangement, la puissance et la rondeur de timbre de Marjorie Bevon qui la distingue largement des diverses voix féminines fades que l’on peut trouver dans le Power/Sympho (je ne citerai pas de noms mais il y en a beaucoup, des voix lisses… et malheureusement qui font des premières parties de pointures internationales), l’écriture harmonique tant vocale qu’instrumentale qui est très intéressante et diversifiée, et pas simplement banale, ne serait-ce que par les modulations et cadences peu fréquentes dans l’univers Metal actuel ; le mixage est quant à lui plutôt correct dans sa globalité, eu égard à la multiplication des pistes pour les parties harmonisées et la difficulté de les faire s’imbriquer sans que ça produise une bouillasse infâme de cacophonie et saturation.

Pour résumer, j’ai préféré les plus authentiques, diversifiés et puissants émotionnellement « Swallowed by the Night » et « Hope for a new Dawn », mais ai trouvé « Into the Shadows » trop proche du mime d’un Nightwish période Anette Olzon que d’une innovation personnelle tellement ça se ressent de manière flagrante.

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Si le groupe en son état actuel semble ne pas avoir encore su trouver son « identité de genre », son potentiel, bien exploité, pourrait faire des étincelles dans un univers réduit à peau de chagrin, peut-être par l’usure du dénigrement précédent.

Tracklist :

01 – Twilight

02 – Let me rise

03 – Eternal Fight

04 – Ashes of Time

05 – Burn my Pain

06 – Swallowed by the Night

07 – Hope for a new Dawn

08 – Into the Shadows

09 – Lost in the Night

Line up : 

Marjorie Bevon – Chant + paroles

Benoît Trevise – Guitare + Composition

Nick Dawson – Basse + Composition

Paul Via – Guitare lead

Johann Brassac – Batterie

Liens : 

https://www.youtube.com/@furyaofficial

https://furyaband.bandcamp.com/track/ashes-of-time

https://www.facebook.com/furyaband

https://www.instagram.com/furyaofficial

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