Genre : Black Metal Progressif
Note : 95 / 100 (LB D)
Label : Archaic Sound
Sortie : 15 juin 2025
Purée, déjà vingt-quatre ans d’existence pour Ars Moriendi, vingt-quatre ans et quatorze albums au compteur. Enfin, le total s’élève à huit albums officiels, si l’on considère les six premiers comme des démos principalement orientées vers la Dark Ambiant.
C’est en 2008 qu’Arsonist, l’homme derrière cette entité, a amorcé une bascule vers le Black Metal avec son septième opus intitulé L’Oppression du Rien. Depuis lors, il n’a cessé de faire évoluer sa musique, progressant dans tous les aspects, que ce soit au niveau du chant ou de la production en général, n’hésitant pas même à prendre place derrière les fûts afin de remplacer la batterie électronique par un vrai son de batterie.
La musique d’Ars Moriendi ne se consomme pas comme une musique ordinaire ; ce n’est pas celle que l’on met pour éplucher des patates, par exemple. Non, il faut s’installer confortablement dans son canapé, le livret du CD et l’ordinateur à portée de main. C’est du moins ma démarche car il est évident qu’il faudra consulter Wikipédia ou autres sites spécialisés pour des recherches supplémentaires sur les thèmes abordés. En effet, à travers ses albums, Arsonist, en tant que professeur d’histoire, nous invite à la découverte de personnages et autres événements historiques dont lui seul connaît l’existence. C’est ainsi que nous prenons connaissance de François-Jean Lefebvre de La Barre, condamné à mort pour blasphème et sacrilège, ainsi que de Jérôme Savonarole, prédicateur et réformateur actif dans la Florence de la Renaissance. À titre d’exemple supplémentaire parmi tant d’autres, l’histoire connue sous le nom de « sac de Brescia », lorsque cette ville s’est insurgée contre l’occupation française en 1512. Ces trois récits, parmi tant d’autres, sont particulièrement pointus et témoignent avec éclat de la richesse et de l’étendue de ses connaissances en matière d’Histoire française. Non, Ars Moriendi, ce n’est pas simplement écouter de la musique : c’est également une immersion totale dans un manuel d’Histoire.
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Ce nouvel album respecte pleinement la tradition : notre artiste s’est intéressé cette fois-ci au massacre de la Saint-Barthélemy, un épisode sanglant survenu dans notre pays en 1572 dans le contexte des guerres de religions opposant catholiques et protestants. À travers cet album, on découvre également la famille Sanson, dont la profession consistait à exécuter des condamnés et qui s’est transmise de père en fils, avec cette illustre Abbaye de Monte-à-Regret, autre appellation donnée à la guillotine. La seule exception notable à cette évocation de l’Histoire de France pourrait être le titre “Sur la lune ou aux enfers”, où Arsonist aborde l’enfer des goulags, mettant en lumière quatre éléments particulièrement représentatifs de cet univers : la glace, le feu, le fer et le sang.
L’album débute par un extrait du discours du poète français Pierre de Ronsard annonçant cette nuit tragique sur le morceau éponyme. Arsonist y intègre plusieurs autres extraits tout au long de ses compositions constituant ainsi l’une des particularités de cet opus ; ainsi, et toujours sur ce morceau éponyme, on peut également entendre une citation de “La Henriade”, un poème de Voltaire. De même, des passages du poète André Chénier figurent sur “L’abbé de Monte-à-Regret part.I”, tandis qu’Alfred de Vigny est présent sur “Puisqu’elle est éternelle”. Je vous avais prévenu qu’il y avait matière à effectuer (ou pas !) des recherches supplémentaires sur la toile.
Tous ces énoncés visant à renforcer la dimension historique des textes ne seraient rien sans la musique qui les accompagne. Depuis plusieurs albums, Arsonist propose une musique à la fois riche, complexe et audacieuse, reposant sur un Black Metal oscillant entre l’atmosphérique et le symphonique. Chaque composition est élaborée selon un principe de «chanson à tiroirs », où rien n’est laissé au hasard. Les passages purement Black sont fréquemment entrecoupés non seulement par les citations mentionnées plus haut, mais également par de nombreux passages parlés, réalisés par l’auteur lui-même, conférant ainsi aux œuvres une dimension plus théâtrale ou cinématographique selon votre préférence. Cette caractéristique se manifeste particulièrement sur les deux premiers titres, qui constituent véritablement la pierre angulaire de cet album.
L’artiste n’hésite pas à transgresser les codes afin de créer son propre univers, faisant ainsi évoluer son style vers une approche plus progressive en puisant ses influences dans le Metal, notamment auprès de groupes tels que Dream Theater ou Iron Maiden qu’il affectionne tout particulièrement. Il apprécie également de franchir les frontières qui le séparent de la Techno, en intégrant des boucles électro que l’on peut entendre à divers moments, par exemple dans “Trouver la fontaine” ou encore dans la base rythmique de “Puisqu’elle est éternelle”.
À propos de ce dernier titre, il est important de souligner la présence des deux invités intervenant sur cet album. Tout d’abord Maryline, sa compagne chargée de le seconder sur ce morceau en y apportant une touche féminine tout en chant clair, à la fois sensuelle et très aérienne. Le second intervenant n’est autre que Julien Hovelaque, une figure bien connue dans le milieu du Black Metal français, puisqu’il est l’homme à tout faire derrière le projet L’Eclat du Déclin. Lui, il a pour mission de donner vie à “L’abbé de Monte-à-Regret” en apportant, dans cette seconde partie du titre, tout son registre vocal varié et si particulier, qui diffère nettement de celui d’Arsonist. L’inspiration peut parfois provenir d’horizons divers, en témoignent ces deux morceaux entièrement réinterprétés qui concluent avec brio cet album. En premier lieu, “First Snow”, œuvre du compositeur Clint Mansell tirée du film The Fountain, utilisée ici en tant qu’outro. Ensuite, “The Reign of Chaos and Old Night”, du groupe franco-autrichien Elend, une reprise si habilement adaptée qu’elle pourrait être considérée comme un véritable titre d’Ars Moriendi.
Finalement, la seule véritable surprise réside dans cette pochette quelque peu déconcertante : réalisée par son ami Christophe Goncalves, elle illustre le massacre de la Saint-Barthélemy avec des couleurs très vives et un trait inhabituel pour les artworks d’Ars Moriendi. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, une chose est certaine : elle ne laisse personne indifférent.
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Arsonist a une fois de plus accompli un travail remarquable, tant sur le plan musical que lyrique. Il nous propose ainsi, pendant quarante-cinq minutes, un voyage captivant à travers l’Histoire de France, sans jamais susciter la moindre lassitude. Cette œuvre pourrait représenter un aboutissement dans la carrière d’Ars Moriendi tant elle est élaborée avec un soin minutieux dans les moindres détails ; seul l’avenir pourra nous le dire. Malgré ses vingt-quatre années d’existence et ses quatorze albums à son actif, l’inspiration est toujours au rendez-vous et ses créations ne faiblissent pas d’un iota, à tel point que l’on a du mal à imaginer qu’il n’y ait qu’une seule tête pensante derrière ce projet. Et ceci, n’est vraiment pas donné à tout le monde.
En guise de conclusion personnelle, je dirai que j’ai été encore une fois bluffé par cette nouvelle offrande. Mais suis-je vraiment crédible si je vous dis que je suis un fan absolu depuis de nombreuses années ? Une chose est certaine, je prends toujours autant de plaisir à écouter et mener à bien mes recherches sur les personnages et autres thématiques proposées par Arsonist. Cet exercice s’est progressivement mué, d’album en album, en un rituel auquel je me consacre avec un enthousiasme et une passion constants. Et je vous assure que cela n’est pas près de s’arrêter.
Tracklist :
01 – Leur esprit marche dans les ténèbres
02 – L’abbé de Monte-à-Regret part.I
03 – L’abbé de Monte-à-Regret part.II
04 – Trouver la fontaine
05 – Puisqu’elle est éternelle
06 – Sur la lune ou aux enfers
07 – Outro
08 – The Reign of Chaos and Old Night (Elend cover)
Line-up :
Arsonist – Tout
Guests :
Maryline – Chant sur “Puisqu’elle est éternelle”
Julien Hovelaque – Chant sur “L’abbé de Monte-à-Regret part.II”
Liens :
https://www.facebook.com/arsmorie

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