LA CARÈNE (Brest, 29)
Vendredi 14 et samedi 15 novembre 2025
Texte : Seb D
Photos : Mémé Migou
Vidéos : Bruno Guézennec
Mon premier est un style musical rassembleur où les décibels font la loi.
Mon second est le mot anglais pour désigner le caillou perdu dans l’univers qui accueille nos misérables vies.
Mon troisième est une manifestation festive au cœur de laquelle la musique est reine.
Mon tout est un rendez-vous automnal devenu un incontournable de la scène brestoise.
Eh oui ! Vous l’avez deviné ! C’est bien du Metalearth Festival dont il s’agit.
De retour dans la cité du Ponant pour sa quatrième édition (sa deuxième au Club de La Carène) avec toujours pour but de rassasier un public assoiffé de Metal tout en le sensibilisant à l’écologie et la protection de la nature. Cette année, les associations “Eau et Rivières de Bretagne” et “Bretagne Vivante” tenaient deux stands durant les deux jours de festivité afin de mettre en lumière la préservation des cours d’eau bretons. Des bénévoles ainsi que des panneaux d’affichages explicatifs étaient disposés pour renseigner au mieux les festivaliers les plus curieux sur les moules perlières du massif armoricain ou sur la vie des saumons sauvages. Pour illustrer le tout, des mini-films sont diffusés durant les inter-concerts sur les deux thèmes évoqués plus haut, ainsi que sur les Monts d’Arrée ou encore sur le projet Qualiplage qui continue à contrôler la qualité de l’eau durant toute l’année, même lorsque la saison estivale est terminée et que les touristes ont quitté le littoral breton.


Il est regrettable que ces instants instructifs ne soient pas plus suivis : en effet, les films étant projetés dans le hall de la salle où se trouve le bar, on se sent presque gênés de voir les intervenants des associations expliquer leurs actions devant une poignée de personnes dans un brouhaha qui couvre presque leurs discours. Mais on ne peut pas en vouloir non plus au public voulant se désaltérer le gosier en débriefant sur le concert qu’il vient de voir.
Pour la prochaine édition, il faudra peut-être réfléchir à une solution alternative afin d’éviter des frustrations chez les uns ou les autres.
Venons-en maintenant à l’autre poumon du festival : les concerts !
La formule reste inchangée cette année, à savoir trois groupes par soirée. L’accent est mis sur le Black Metal le vendredi et sur un Metal plus moderne le jour suivant.
Vendredi 14 novembre 2025
À genoux devant ton gourou !
Ce sont les Bretons de Ǥứŕū qui ont l’honneur d’ouvrir le bal de cette quatrième édition. La jeune formation ayant cinq ans d’existence au compteur et deux albums dans la besace, dont un solide Revel in the End of the World sorti en avril dernier, n’a que quarante minutes pour convaincre un auditoire qui remplit timidement le Club en ce début de festival. Habitué aux longues pièces ne descendant que rarement sous les sept minutes, cela veut dire qu’ils n’ont que cinq titres pour emporter le public dans leur univers. Et ça, le groupe l’a bien compris puisqu’il met de côté les accessoires et le côté théâtral que j’avais pu voir lors de leur prestation lors du Rituel Noir (faux boyau ensanglanté, pancarte portant le slogan “Hourra”). Seule rescapée, la canne surmontée d’un crâne aux orbites bleues donnant au chanteur Jerry l’aura du gourou tentant d’hypnotiser l’audience. Le Black Doom de la formation envoûte et transporte tant il joue sur les ambiances. Celle-ci n’hésite pas à sortir de l’étiquette qui lui a été affublée pour aller piocher dans des sonorités plus Heavy Metal par moment afin d’enrichir son lexique musical. En clair, ils ne se posent aucune barrière tant que cela sert leurs compositions, à l’image d’un “Initiation Ritual of the Burning Rope”, titre immersif au possible, pilier d’un set qui sera passé à la vitesse de la lumière. Au sortir du concert, les avis sont mitigés : soit on a adoré, soit on n’est pas rentré dedans. Pour ma part, je fais clairement partie de la première catégorie. À revoir d’urgence !
Lien vidéo Ǥứŕū :
Crédit vidéo : Bruno Guézennec





























Comme une flesh en plein cœur !
Grosse attente de ma part concernant le show des Calaisiens. Je les ai pourtant vus l’année dernière dans leur fief, mais depuis, un élément non négligeable est venu titiller mon impatience : un nouvel album. Et quel disque, mes aïeux ! Avec Metempsychosis sorti moins d’un mois avant ce concert, Bliss of Flesh nous a offert ce que je considère être la pierre angulaire de sa discographie. Ni plus ni moins. Avec ce nouvel opus, le groupe a enrichi son Black / Death Metal en osant mettre en lumière ses émotions. En résulte une musique qui prend au tripes. Et l’effet est amplifié lorsque la formation joue ses morceaux en live : on sent que les cinq musiciens ne feignent pas et insufflent cœur et douleur dans chaque note, chaque parole. Au-delà de la violence s’expriment des sentiments jusqu’ici jamais ressentis dans leur musique. Le chanteur Necurat attire naturellement les regards tant il est charismatique mais le reste de la bande n’est pas en reste, ne jouant pas à l’économie. La formation marque les esprits tant au niveau auditif que visuel. Il faut dire que le moment où le vocaliste lève une couronne d’épines pour se la poser sur la tête, se muant en un Jésus-Christ maléfique portant la Sainte Couronne est un instant clé du set des nordistes. Mais pour moi, le pinacle est l’interprétation du titre “If Only”, tiré du nouvel opus, qui va devenir à coup sûr un des indéboulonnables de leurs futures setlists. L’émotion est telle que des frissons me parcourent le corps du début à la fin de ce morceau. Bliss of Flesh n’a pas fait tous ces kilomètres pour rien car il a donné le meilleur concert de ce festival selon moi.
Lien vidéo BLISS OF FLESH :
Crédit vidéo : Bruno Guézennec










































Welcome to hell !
Avec cinq albums et trois EP sous les bras, c’est à un poids lourd de la scène Metal Extrême française que nous avons affaire pour clôturer cette première soirée en beauté. Necrowretch est fin prêt à vomir son Death / Black Metal haineux sur un public qui n’en demande pas moins. La majeure partie de la setlist se concentre sur son dernier méfait en date, Swords of Dajjal. Comment peut-il en être autrement lorsqu’on a pondu l’un des chefs-d’œuvre de l’année 2024 dans le style ? Ce concert ne comporte aucun temps mort. C’est bien simple, dès le premier au dernier accord de guitare distordue lâché, on se fait littéralement rouler dessus par une violence indescriptible parfaitement mise en son. Les seuls instants de répit que veut bien nous accorder la formation pour que nous puissions reprendre notre souffle de temps en temps sont les annonces de morceaux que Vlad, le chanteur / guitariste, déclamant avec une telle rage qu’on pense qu’il va se déchirer les cordes vocales à tout moment. Je suis certain qu’on sera accueillis ainsi par le diable lorsque nous pousserons les portes de l’enfer. Pour sublimer l’ensemble, le guitariste W. Cadaver, nous éclabousse de son talent en nous décochant des soli que n’aurait pas renié un certain Trey Azagthoth. En une heure de temps, la messe (noire) est dite, Necrowretch n’a pas fait le chemin jusqu’à la pointe bretonne pour enfiler des perles mais bien pour nous donner une leçon de violence comme on aimerait en voir plus souvent à l’heure où certains groupes édulcorent leur propos pour flatter l’algorithme.
Lien vidéo NECROWRETCH :
Crédit vidéo : Bruno Guézennec









Samedi 15 novembre 2025
De retour à La Carène pour cette deuxième journée où un détail interpelle d’entrée de jeu : le rajeunissement massif du public par rapport à la veille. Il faut dire que la programmation du jour cible une audience différente. En effet, bien qu’extrême, nous passons d’un Metal dit “traditionnel” hier à un Metal plus moderne aujourd’hui. Même si les chapelles divergent, il est à noter que la relève est là et que le jeune public peut encore se déplacer en masse. Pour preuve, cette soirée affiche complet ! Et si l’orga avait pu pousser les murs, il est certain qu’elle aurait pu combler les malheureux qui ont attendu le dernier moment pour se décider à venir.

Déesse core !
C’est à March of Scylla de donner le top départ de la soirée. Les Amiénois doivent avoir une certaine pression sur les épaules car c’est une salle pleine à craquer qui les accueille chaleureusement. On sent le groupe rodé à l’exercice et très à l’aise sur scène. Le son est clair et puissant, parfait pour mettre en valeur leur Post-Metal sombre, classique mais efficace, auquel je trouve de fort relents Metalcore. Le groupe a quarante minutes pour convaincre ; c’est court mais c’est aussi long lorsque la recette est certes élaborée mais assez redondante sur la durée. En effet, bien que techniquement irréprochable, les gars ont du niveau c’est certain, nous avons ici affaire à un Metal moderne qui respecte les codes à la lettre et ne s’éloigne guère des sentiers battus. Non pas que ce soit mauvais, loin de là : leur musique est agréable à écouter et visuellement parlant, les musiciens ne restent pas statiques sur scène. Heureusement, une basse ronde et groovy permet d’apporter de la lumière et de la chaleur à un Metal clinique. Une jeune formation qui a encore le temps de peaufiner sa formule et qui devrait, comme elle le fait avec le son de basse, humaniser son propos au risque de rester noyée dans un style surpeuplé.
Lien vidéo MARCH OF SCYLLA :
Crédit vidéo : Bruno Guézennec









Un rêve pas si noir !
À moins d’avoir vécu isolé dans une grotte au fin fond de la Lozère ces derniers mois, vous n’avez pas pu passer à côté du phénomène Revnoir. Jeune groupe à l’ascension fulgurante, le combo français qu’on a vu sortir de nulle part en 2023 fait parler de lui partout. Non contente de remplir les salles où elle passe, la formation a raflé le trophée de la révélation de l’année lors de la première cérémonie des Foudres et a réussi à épingler son nom à l’affiche de la prochaine édition du Hellfest. Pas mal, non ?
Mais comme vous le savez, votre serviteur se méfie des groupes qui font le buzz trop vite et c’est avec quelques réticences que j’entre dans la salle. Il est évident que la majeure partie du public est venue pour eux. Je mets deux titres avant de rentrer dans le set car, de là où je suis placé, je trouve que le chanteur est le sosie de l’humoriste Hakim Jemili et, disons-le, ça casse un peu le truc. Chassant cette image de mon esprit, je me laisse porter par leur Metalcore qui ose piocher autant dans le Rock que l’Électro, mettant cette recette au service de compositions plutôt bien troussées. On sent que tout est ultra pensé et calibré, des chansons aux lights, pour plaire au plus grand nombre. Et ça fonctionne à merveille ! Même moi qui ne suis pas forcément client, je me laisse embarquer dans un set qui fait plus que le job. On n’a pas fini de voir ce nom fleurir sur les affiches de festivals en France comme à l’étranger. Il y a les suiveurs et il y a les autres ; Revnoir fait clairement partie de la deuxième catégorie, traçant sa route dans le sillon de Novelists et Landmvrks.
Lien vidéo REVNOIR :
Crédit vidéo : Bruno Guézennec






On en redemande engore !
Est-il encore utile de présenter les patrons français du Death Metal Technique et Progressif de Gorod ? Je ne le pense pas ! Les Bordelais traînent une réputation de bêtes de scène bien au-delà des frontières hexagonales. Pour les avoir vus à de nombreuses reprises en live, je sais d’avance que l’on va passer un très bon moment. Et vous savez quoi ? Autant vous spoiler tout de suite : c’était génial ! C’est aussi bon pour les oreilles que pour les yeux. Les musiciens nous blastent la tronche pendant une heure mais on en aurait bien pris une bonne demi-heure de plus. Gorod, ce n’est pas qu’un bourrinage en règle car les gratteux nous régalent les esgourdes et les mirettes de leurs soli ultra techniques tout en mettant la mélodie au centre du débat. Branlette de manche, oui, mais avec classe. Je vais vous avouer quelque chose : à chaque fois que je vais voir le groupe, je me focalise sur le bassiste Benoît Claus la majeure partie du set car, tout en étant un monstre de technique, il insuffle à l’ensemble un groove irrésistible et surtout, il a le smile tout le long du show. Ça fait tellement de bien de voir des musiciens comme lui s’éclater et être heureux de faire ce qu’ils font. Ses partenaires de jeu ne sont pas en reste tant ils respirent la joie et le plaisir d’offrir au public un concert de qualité. Et force est de constater qu’ils ont tout compris tant l’osmose entre le groupe et l’audience est palpable. En bref, un concert monstrueux et qui passe à une vitesse folle. Toujours un bonheur de les voir en live.
Lien vidéo GOROD:
Crédit vidéo : Bruno Guézennec











Grâce aux billets de chaque spectateur, du vestiaire et du merchandising du festival, le Metalearth a pu reverser 941 € aux associations présentes lors de ce week-end.


Avec 300 entrées (dont 260 payantes) le vendredi et 380 entrées (dont 335 payantes) le samedi, cette quatrième édition s’est soldée par un succès, donnant certainement des idées de grandeur à l’orga. Et si elle avait raison de rêver ?









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