Genre : (définitivement) Metal avant-garde
Label : Holy Records
Sortie : 29/05/2026
Note : 90/100 (WvG)
Est-il encore besoin de présenter Misanthrope ? Oui… bon !
Effectivement, je vais… ne pas vous présenter ce quatuor ; c’est pas comme si pléthore de documents écrits, audio ou vidéo existaient sur ce groupe français fondé à la fin des 80’s et tellement exceptionnel voire inclassable (ou disposés dans les bacs Doom/Death/Dark des Virgins et FNACs de l’époque) qu’on a fini par leur coller l’étiquette de « Metal avant-garde », ce qui est bien pratique quand tu ne sais pas trop quoi dire ou qu’en dire (surtout quand tu es face à des artistes de l’esbroufe, ce qui n’est pas le cas de ceux sur lesquels nous allons disserter, loin de là). Misanthrope, c’est un groupe que j’aime, que j’ai aimé souvent, que j’ai adoré par au moins trois occasions, que j’ai moins aimé d’autres fois, qui parfois m’a déçu ; bref, Misanthrope, c’est un bon ami, de ceux que tu ne vois que de temps en temps, avec qui tu as toujours quelque chose à raconter pour te marrer ou être sérieux, ou cogiter ensemble, que sur le fond tu ne vas pas juger parce que tu l’acceptes tel quel et que toi aussi tu es imparfait et que tu ne cherches pas forcément à plaire à tout le monde mais te plaire (et du moins te supporter) toi-même. Et donc, sans être expert – qui l’est vraiment à part ceux qui s’en targuent ? –, Misanthrope est un de mes bons amis, que j’aime à revoir souvent, à en entendre parler (en bien, tant qu’à faire), à l’écouter ME parler…
Et puis arrive un moment où, à défaut de redonder ou ressasser des souvenirs, tu fais le bilan, même si tu n’es pas encore au crépuscule de ta vie mais a assez vécu pour te considérer comme un Père Castor digne et légitime à raconter des histoires, voire l’Histoire. C’est un peu de ça que je vais vous parler, à l’aune de mes connaissances de mon ami que j’ai toujours suivi de loin…
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Je ne vais pas faire du piste par piste. Déjà parce que je trouverais ça malvenu : un album de Misanthrope n’est pas une collection de single, n’en déplaise à ces gens qui vous prennent pour des bons gros cons-sommateurs en singueulisant tout pour mieux vous faire raquer et moins vous faire réfléchir sur un aspect entitaire qu’individuel voire individualiste. Un album, c’est une vision globale, une production globale, une entité globale, et Embrasement, onzième album de Misanthrope, n’échappe pas à ce principe : c’est un tout indissociable.
Et quand je dis que c’est un tout, c’est parce que c’est l’addition de ce qui fait que Misanthrope est unique, inclassable, a sa propre identité, sa propre personnalité, pour lequel on ne peut pas dire : « Boarf, c’est comme les autres ». Forcément qu’on trouvera des influences de ci de là, personne n’est dupe ou assez naïf pour ne pas savoir qu’il y a du Death (littéralement, je parle du groupe), du Black, du Doom, du Dark (encore un peu de Paradise Lost, même dans la composition, voire du Samael par moments), de l’électro voire de la pop (ça étonne encore quelqu’un cette reprise de Mylène Farmer ?), du Thrash, du Heavy, et personne n’est exempt d’une pureté virginale d’inspirations… Mais si c’en est la somme, c’est le tout en imprimant leur patte sonore et vocale : aucun auditeur assez honnête (sauf si vraiment ignorant total de l’existence du groupe) nierait reconnaitre la basse virevoltante de Jean-Jacques Moréac, le timbre de voix de Philippe Courtois AKA SAS de L’Argilière, le riffing initié dès Visionnaire avec des quintes et sixtes parallèles et perpétué par Anthony Scemama, la frappe brute mais incisive de Gaël Féret. Et en effet, cette patte personnalisée est présente dans l’album.

J’ai énuméré plus haut mon affection toute particulière pour la musique de ce groupe : je n’en reste pas moins pragmatique ou objectif dans ma subjectivité, je n’aime pas tout. Nonobstant, Embrasement, avec son artwork d’une qualité indéniable (de Giannis Nakos), contient surtout ce que j’aime le plus dans Misanthrope : de la diversité, du mouvement, de l’instabilité, du texte qui dépasse de loin le monosyllabique… ce que j’aime chez ce bon ami et les conversations que nous pouvons avoir. Et ce bon ami me fait plaisir à revoir après m’avoir déçu avec Alpha x Omega, puis les divers EP de reprises : j’attendais qu’il me raconte sa vie plutôt que me faire du shit talk ou me parler des autres. Et c’est le cas présentement : Misanthrope me raconte ce qu’il ne m’a pas raconté depuis des années, me parlant du bon temps (en replaçant des arrangements de clavier ou même les patches utilisés entre Libertine Humiliations et IrréméDIABLE), me narrant son amour pour Death (au point de faire coïncider son mode d’écriture musical avec celui de feu Schuldiner), en me sortant la hargne qu’il a su déployer sur Métal hurlant, en me susurrant des insanités à l’oreille dans des textes ambigus digne du Romantisme noir tout en me rappelant son amour pour Baudelaire déjà esquissé dans IrréméDIABLE pour les damoiselles lesbiennes ou joliment fessues, en me parlant du Comte d’Anjou après avoir écumé les Chouans… Mieux, on peut discuter du Léthé en prenant un café tout en fredonnant des mélodies vocales harmonisées : comme quoi Misanthrope avait encore des choses à me dire et à me révéler…

[Être ou ne pas être, telle est la question sinusoïdale de l’anachorète hypocondriaque…]
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Misanthrope est redevenu cet ami perdu de vue, qui a tracé sa vie en m’oubliant un peu. Mais c’était pour mieux revenir et me raconter son passé, ce qu’il en trace et retient, son présent, et son avenir aussi, pourquoi pas – non, SAS, ton pronostic vital n’est pas engagé… Voilà pourquoi j’aime Misanthrope et le considère comme un ami indéfectible.
Tracklist :
01 – Le diagnostic des aiguilles
02 – Helloïse
03 – Édificateur de l’Anjou
04 – À nos fils vainqueurs
05 – Rapaces
06 – Trismégiste
07 – Ancrage
08 – Embrasement
09 – Comtesse Vampyr
10 – Le couvent des maudites
11 – Sous moi coule le Léthé
12 – L’affrontement
13 -Aube nouvelle
Line-up :
Philippe Courtois / SAS de L’Argilière – Chant
Cyril – Guitares, Claviers
Jean-Jacques Moréac – Basse
Gaël Féret – Batterie









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