Style : Black Metal
Label : Primitive Reaction
Sortie : 25 septembre 2026
Note : 88 / 100 (LB D)
Windswept est un des projets de Roman Saenko. Bien sûr, je ne vais pas vous faire l’affront de vous présenter cet artiste, vu l’énorme impact qu’il a eu sur le Black Metal. Ses groupes emblématiques, comme Hate Forest et Drudkh, sont des incontournables de cette magnifique scène ukrainienne, et leur renommée dépasse largement les frontières de leur pays. En parlant précisément de ces deux formations et pour situer un peu Windswept, je dirais que, musicalement, il se trouve à la croisée des chemins de ces deux entités mais sans le côté Pagan qu’on peut retrouver chez un Drudkh par exemple. Ici, ce n’est pas Thurios qui chante mais Roman lui-même (sous le pseudo R) qui prend le micro. Quant au reste de l’équipe, elle reste fidèle depuis le début, composée de ses compagnons d’armes, à savoir T et V, respectivement à la basse et à la batterie. On les retrouve également dans d’autres collaborations, d’abord avec les groupes mentionnés plus haut ainsi que Precambrian et Rattenfänger, deux formations un peu moins connues mais tout aussi qualitatives. Autant vous dire que leurs coopérations ne datent pas d’aujourd’hui.

Alors que le dernier album en date avait été lancé sur la sous-division Underground Activists du label Season of Mist, Windswept fait machine arrière et retourne chez Primitive Réaction qui avait sorti le mini-album Der eine, wahre König en 2024. D’ailleurs, en renouvelant leur confiance au label finlandais, on aurait pu penser à une certaine évolution pour cette nouvelle offrande. En effet, les deux derniers morceaux de l’EP laissaient percevoir un changement radical, assez inhabituel pour les Ukrainiens. On remarquait un net ralentissement du tempo et surtout, une plus grande diversité dans le chant, avec notamment ces quelques passages de chant clair. Cela m’avait réellement surpris et je crois me souvenir que je n’étais pas le seul à l’époque.
Eh bien, pas du tout, c’est vraiment mal connaître la bande à Saenko. Soyons clairs dès le départ et pour être honnête : A Sign of the Cloven Hoof ne propose aucune évolution ni surprise. Cinq nouvelles pistes sont au programme et c’est un véritable retour aux sources qui ravira tous les fans du groupe. On retrouve ce Black Metal abrasif et puissant, cette agressivité intense, ces ambiances froides, sombres et ténébreuses. Mais ce qui a toujours fait la force de ce groupe, c’est leur capacité à ralentir le rythme avec une telle intensité qu’ils finissent par gagner encore plus en puissance. Ces éléments avaient déjà contribué au succès de leurs premiers albums et, il n’y a pas de doute là-dessus, tous ces ingrédients sont identifiés sur cette nouvelle œuvre.
Je le disais plus haut que Windswept était un hybride des deux groupes emblématiques de Roman ; ce n’est pas tout à fait le cas avec cette nouvelle galette car on remarque que l’influence d’Hate Forest est un peu moins marquée. Le premier morceau illustre parfaitement ce point, tout comme “Thieves of the Stars”, l’avant-dernier : ces deux compositions auraient très bien pu se retrouver sur n’importe quel album de Drudkh, tant la structure des morceaux s’intègre parfaitement à son univers. D’ailleurs, tout laisse à penser qu’ils ont été directement créés à partir de chutes de studio, voire de compositions qui n’ont pas été retenues pour les derniers travaux de leur groupe principal. C’est
particulièrement flagrant sur la deuxième partie de “Behind the Masks of Piety”, qui est totalement envoûtante et emprunte de noirceur. Ou encore, les riffs et les quelques notes de guitare à 4’28 du quatrième morceau : écoutez et dites-moi ce que vous en pensez.
Pour le reste, nous avons droit à un Black Metal brutal et sans concession où l’énergie repose essentiellement sur le jeu de guitare, qui livre ici une performance solide voire même mémorable. On notera également que deux des morceaux de cet album de trente-cinq minutes atteignent ou dépassent les dix minutes ; c’est du jamais vu pour le groupe et, qui sait, ça ouvrirait peut-être de nouveaux horizons à l’imagination du trio à l’avenir.
A Sign of the Cloven Hoof est un long voyage, brutal et sans fioriture, mais vraiment captivant du début à la fin. Certes, le concept est un peu surexploité mais il s’adresse clairement à un public spécifique en quête de sensations fortes. Ce n’est pas un chef-d’œuvre mais plutôt un album mature qui montre bien la progression et la confiance de Roman Saenko en tant qu’auteur-compositeur. Les fans du groupe y trouveront leur bonheur, mais cela ne suffira peut-être pas à convaincre ceux qui ne sont pas déjà fans. Bien sûr, j’espère vraiment me trompe
*
Sur un plan plus personnel, j’ai trouvé l’écoute de cet LP fort agréable. C’est vrai qu’il ne révolutionne en rien le genre mais, au fond, c’est tant mieux, surtout si vous êtes comme moi : un adepte des créations de Roman ; alors, cet album vous plaira. Parfois, c’est justement ce que je cherche afin de varier les plaisirs : du pur Black Metal, déchaîné, passionné, sans concessions et sans temps mort, et, bon sang, vous savez quoi ? Eh ben, ça fait du bien, par où ça passe.
Tracklist :
01 – Behind the Masks of Piety
02 – Goat-footed
03 – Buried Face Down
04 – Thieves of the Stars
05 – Towards the Abandoned Church
Line-up :
R – Guitare, Chant
K – basse
V – Batterie









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