Catégorie : Billets d’Humeur

Billets d’Humeur, Edito, Réflexions….

  • Du premier degré…

    Du premier degré…

    Réflexion par WvG

    A partager, savourer et débattre

    … au 666ème degré

    Dernièrement, j’ai eu une discussion rationnelle, raisonnable et raisonnée avec une nana à qui j’expliquais à quel point elle était stupide et que seule ma vision était la bonne, en bon mansplainer qui se respecte un tant soit peu… Aussi en suis-je venu à la réflexion suivante : faut-il ou doit-on prendre le Metal au premier degré ? La réponse est indiscutablement oui, et je vais vous le démontrer en quelques points suivants, si ce n’était pas encore une évidence pour vous.

    *

     In life I have no religion besides the Heavy Metal gods” (“The Book of Heavy Metal”, Dream Evil). Le Metal est une religion et c’est naturellement qu’il prêche la bonne parole, comme toute religion et ses prophètes amènent de manière sensée à réaliser à quel point leur mode de vie est dénué de sens sans une pensée unique à suivre. Aussi, si un groupe vous invite à aller cramer des églises, c’est d’une évidence atterrante qu’il faut le faire, si un groupe vous intime de vénérer Satan et sacrifier une vierge sur un autel, il ne peut qu’avoir raison (puisqu’il porte la bonne parole) … Ils avaient bien tort, les détracteurs du genre, avec leurs autodafés de vinyles de AC/DC ou Iron Maiden ; ce manque d’ouverture culturelle est symptomatique de gens obtus et intolérants, ignares dirais-je même… Et puis bon, des églises, c’est pas ce qui manque, une de plus ou de moins… Quant aux vierges… bon, là, c’est un mauvais exemple… C’est d’autant plus ennuyeux quand d’autres essaient de convertir avec leurs paroles insipides, allant jusqu’à parodier un TRVE genre qu’est le Black Metal en le salissant de leur appellation de White Metal, Stryper pour ne pas les citer en fer de lance de cette croisade absconse… Que nenni, boutons ces hérétiques : “Lay down your souls to the gods rock ‘n roll!

    *

    Mais puisque les dieux du Metal parlent, il faut suivre leur voix et leur voies : si vous entendez qu’il faut aller buter des gens tel un Ramirez et son « Night Prowler », c’est tout naturellement qu’il faut savoir entendre cette relation avec votre Seigneur. D’autant quand c’est un morceau plutôt cool, au rythme chaloupé et au mid tempo langoureux…

    Si vous entendez un murmure dans « Better by you, better than me » de Judas Priest vous disant de vous mettre une balle, c’est que c’est le bon moment pour vous mettre du plomb dans la cervelle et vous vider la tête à la fois… S’aérer les idées, c’est vital.

    D’ailleurs, quitte à parler suicide ou TS, si Ozzy Osbourne écrit un morceau intitulé « Suicide Solution », Ozzy étant un dieu, on se doit de l’écouter sans le contredire…

    D’ailleurs Pantera également vous y convie, à juste titre…

    Et quoi de mieux qu’afficher sa piété en se tatouant ou se scarifiant pour afficher fièrement cette ferveur sans ambages ?

    undefined

    *

    Tout ça pour dire que, oui, le Metal, c’est pas pour la bien pensance : c’est LA pensée ! Comme je le spécifiais en préambule, je m’évertuais à faire comprendre ma pensée à un être de sexe féminin. Mais cette créature est-elle douée de la capacité de compréhension nécessaire ? Non, bien sûr !

    Homme, la femme est ton inférieure, « le fruit d’une côte surnuméraire » pour citer Bossuet et, subséquemment, te doit respect, fidélité et soumission… Manowar dans sa grande justesse en a fait un hymne que voici :

    Quand sa place n’est pas à la couizine, elle peut aussi se montrer comme un partenaire jovial d’exhibition de ses charmes à but coïtal, copulatoire éventuellement, car c’est avant tout pour la distraction qu’elle a été créée, et Steel Panther n’a que trop bien compris qu’une pétasse a cette vocation naturelle.

    Certaines de ces sorcières méritent-elles le respect ? Possiblement mais encore faut-il qu’elles adoptent les codes acceptables de leurs mâles alpha ! Est-il dieu possible qu’il en soit autrement : honni soit qui mal y pense !

    Le Metal est la sensualité du bout des doigts, quelle que soit la partie du corps sur laquelle on les pose, et place la femme avec un grand F comme un étendard de la féminité à tout âge. Cela est juste et vous, en vérité, je vous le dis…

    Virgin killer de Scorpions, CD chez solarfire - Ref:119759850

    *

    Et quitte à partir en guerre plus ou moins sainte, il est normal de véhiculer et arborer la symbolique qui va de pair ou être fasciste-né par une idéologie qui lave plus blanc que blanc, mieux que Omo.

    Jeff Hanneman, un des grands apôtres du Metal a fait preuve de ses convictions en mettant en exergue les talents notoires dans l’aboutissement des travaux de Joseph Mengele :

    Marduk a proposé également une vision aussi mélodieuse qu’angélique des bienfaits des rapports belliqueux.

    Et que dire des plus célèbres représentants, les plus disponibles pour porter haut la bonne parole en cas de désistement de confrères, Sabaton, qui n’ont que cette obsession de véhiculer la connaissance historique par la narration, tels des Alain Decaux de cuir et de clous ?

    « La guerre, c’est fantastique ! » pour promouvoir les sages paroles du “sabotageur” Arbinger dans Hot Shots 2. Et c’est surtout du sérieux…

    Panzer Surprise

    *

    Vous l’aurez aisément compris – puisqu’on est entre gens intelligents – que le Metal est éminemment dans la vérité car, comme chacun le sait, c’est du sérieux… du lourd !

    Merci à vous qui avez lu cette chronique jusqu’au bout, en bonne intelligence et au premier degré évidemment… 

    ***

    Pour ceux qui ont tenu aussi longtemps sans éteindre leur smartphone ou PC et le balancer loin, loin, loin, voire sans le brûler simultanément à se rincer les yeux avec de la javel (qui soigne le Covid, vous le savez tous, hein…), entamons la deuxième partie de ce laïus : NON, évidemment qu’il ne faut surtout pas le [le Metal] prendre pour parole d’évangile ; non, comme beaucoup de préceptes déraisonnables et éloignés d’esprit critique pour les bas du front, il est insensé de suivre les idées plus ou moins nauséabondes (mais quand même premier degré pour certains, particulièrement dans le NSBM, que je n’ai pas traité dans ce sujet pour éviter de faire de la promo à des gros cons malsains – oui, j’ai le droit d’être subjectif un peu quand même, merde !) d’un genre qui est avant tout grand-guignolesque et outrancier, provocateur, jouant sur des codes borderlines, particulièrement pour ceux qui cherchent à voir et trouver des choses (messages subliminaux ou autres théories complotistes… il y en a qui en cherchent même dans les clips de Beyoncé ou Taylor Swift… et en trouvent), un exutoire voire une catharsis pour certains… « Les bonnes manières », quoi, pour citer de grands penseurs comme Ultra Vomit… Et au-delà même du bon sens, j’en fais appel à votre esprit critique et votre notion de tempérance – mais c’est peut-être aussi mon côté anarcho gauchiasse qui parle.

    Les exemples divers proposés plus haut avec le choix thématique lui-même basé sur le surcroît d’absurdité sont pour partie démonstratifs de la nécessité absolue de prendre le Metal au second voire six-cent-soixante-sixième degré, ce qui n’a pas été toujours le cas, et ne l’est toujours pas encore… Rappelez-vous il n’y a pas encore si longtemps la team Boutin (Chrétiens démocrates… oxymore, en somme) contre vents et marées anti Hellfest, ce même lieu saccagé il y a quelques années seulement lors de sa préparation par les mêmes croisés… Les autodafés qu’on attribue aux « heures sombres » de l’Histoire ne sont pas qu’à attribuer à ceux qui ont une tendinite au coude au point de lever le bras à (trente-neuf/) quarante-cinq degrés – tout en étant premier, ce qui est balaise d’un point de vue géométrique et chaud si c’est en Celsius – puisque les Beatles y ont eu droit dans les sixties, Iron Maiden y a eu le droit à la sortie de The Number of the Beast, le groupe ayant dû faire son coming out « non, on ne défend pas le satanisme », sachant qu’une grande partie de ceux qui véhiculeraient des messages anti-christianiques sont soit croyants soit pratiquants (Rob Halford, Tom Araya ou d’autres).

    AC/DC a eu aussi droit à sa renommée sulfureuse quand le skeud de Highway to Hell (aussi considéré comme l’œuvre de vilains satanistes prosélytes par la f(r)ange la plus subtile de l’évangélisme made in USA) a été retrouvé sur une scène d’homicide de Richard Ramirez. Judas Priest a eu droit à un procès en 1990 de parents (et leurs avocats bien intentionnés, avec des dollars dans les yeux, of course) qui cherchaient à justifier le mal-être de leurs gosses non par leur incapacité à communiquer avec eux mais en cherchant des pseudo messages subliminaux dans une respiration de Rob Halford

    Quant à la censure, n’en parlons même pas… « Suicide Solution » a eu le droit à son ‘Parental Advisory’, suite à la création du PMRC en 1985 (Parents Music Resource Center, comité de lecture/censure US créé par Tipper Gore, femme du candidat à la présidentielle Al Gore, reconverti depuis dans le documentaire vidéo politique). 

    Et c’est aussi le problème de fond avec le Metal : un genre outrancier qui joue avec les limites et la provoc’ dans son approche ou son imagerie… ce qui risque de passer de moins en moins avec l’évolution des mœurs, les radicalisations et le backlash des révolutions culturelles, au point de devoir s’adapter et se censurer au risque de devenir insipide et édulcoré, donc sortir de ce qui a fait ses « lettres de noblesse » via son aspect sulfureux – mais ceci est un autre sujet, dont on discutera peut-être une fois prochaine… La problématique se pose alors sur un genre victime de son/ses image/s, au point de risquer de se faire ressortir des sarcasmes lointains – internet n’oublie jamais et ceux qui ne l’oublient pas aiment à ressortir des archives, souvent hors contexte pour servir leur mode de pensée… Quand des groupes border à la Nokturnal Mortum se retrouvent face à une vindicte lors de leur annonce à un Ragnar Rock Fest, est-ce mérité ? Probablement pas mais les idées sous-entendues attirent également le public idoine… Quand des Destroyer 666 se font virer d’un running order, est-ce légitime ? Probablement pas mais on est dans des temps qui préfèrent éviter les risques, même quand les arguments à défense tiennent la route. Quand George “Corpsegrinder” Fisher se prend un flot de merde de la part de cette même génération aux abois de sensationnalisme, est-ce mérité ? Probablement voire certainement pas… mais à force de jouer sur les limites, l’image reste, que ce soit pour les personnes mal intentionnées en manque de visibilité (d’existence ?) ou la cour qui suit, voire le troupeau qui bêle sans regarder autour et se mue en meute qui hurle…

    Nombre de bouquins, chez Camion noir éditions ou autres plus accessibles chez Cultura ou la FNAC – c’est dire si le sujet et son explicitation ont fait couler de l’encre – ont été écrits, de documentaires ou biopicsvidéo/streamo/télévisés ont été réalisés (de nombreux épisodes de Tracks sur ARTE, leur Heavy Metal Kingdom de 2024, ainsi qu’un documentaire diffusé sur cette même chaine dans les mid nineties, dont je suis incapable de retrouver le titre, et ce n’est pas faute de l’avoir chiné sur internet ; mais aussi un Lords of Chaos romancé sur l’histoire de Mayhem), jusqu’à une exposition explicative (mais en survol grand public, ce que je trouve dommage mais cohérent pour ne pas prendre un ton élitiste et sectarisant vis-à-vis du néophyte qui s’aventurerait en ces lieux) qui a pris place à la Philharmonie de Paris…

    Exposition Metal, Diabolus in Musica - Cité de la Musique-Philharmonie -  Musée de la Musique | L'Officiel des spectacles

    *

    Oui, le Metal joue sur des codes à prendre avec distance et recul, au point d’en avoir fait des parodies assez nombreuses dans le domaine cinématographique (Airheads, Spinnal Tap, Heavy Trip… Pop Redemption… ok, pour celui-ci, c’est vraiment pour le quota d’œuvres françaises…) voire dans son propre genre (Nanowar, Ultra Vomit, Massacration), ce qui est pour moi une démonstration d’échec quand des groupes se sentent limite obligés de justifier que « non, c’est pas sérieux, les gars », en se parodiant eux-mêmes ; je pense particulièrement aux groupes de Power ou de Sympho… par peur de manquer de la crédibilité qu’on leur refuse depuis la création du genre parce que « c’est pas du Métol » ? Peut-être… mais c’en est navrant autant que pathétique, hélas…

    Car malheureusement, on a le public qu’on mérite : ceux qui ont pleine conscience du côté dérisoire de l’image mais viennent parce que c’est distrayant, le tout n’empêchant pas de pratiquer une musique tout à fait acceptable voire intelligente – musicalement parlant ; les autres… bah, c’est les autres, l’ « enfer » selon Sartre, et c’est là que se situe mon « malheureusement » d’incipit : cohabiter et tenter d’expliquer que « noooon, c’est pas bien de traiter une fille/femme comme une esclave sexuelle ou une pouffiasse… gnééééééé… hé ! Éteins cette allumette, la cathédrale à l’entrée de ce festival n’est pas une vraie, dugland ! » Que faire dans ce cas de figure, excepté mettre à l’énergumène suscité un petit coup derrière la nuque, comme on fait pour anesthésier les huîtres, ce qui n’est pas si éloigné d’un point de vue encéphalogramme ? Tentez l’approche pédagogique : peut-être que votre interlocuteur n’est pas forcément qu’un amas de chair et de bave et que les quelques neurones qui lui servent à secouer la tête d’avant en arrière feront des petits et lui permettront de rationaliser son point de vue et ouvrir à discussion voire à débat, à défaut de convaincre de manière argumentée, ça aura fait avancer la réflexion. Si celle-ci [l’approche pédagogique, pas la réflexion] s’avère vaine, anesthésie selon la méthode explicitée ci-avant (voir figure 2).

    Et effectivement, si vous avez pris toute ma première partie pseudo pamphlétaire au premier degré malgré la volonté affichée d’accumuler des aspects argumentaires absurdes avec des clichés too much, c’est que vous méritez de faire partie des personnes qui vont malencontreusement décéder accidentellement d’un léger œdème au niveau de la nuque, et vous avez du bol que monsieur Duçon ait inventé la cédille.

  • Clap de Metal – Metal et Cinéma

    Clap de Metal – Metal et Cinéma

    Metal et Cinéma

    Réflexion par WvG

    La régie, on est bons ? On peut lancer ? Et c’est parti dans 5… 4… 3…

    Prologue/accroche :

    {Décor de plateau sombre, cercle lumineux sur fond noir au sol [le même que Nikos et Tatiana Silva].}

    • Caméra une, traveling avant avec déplacement de la louma sur arc rotatif de 90° vers gauche pour arriver sur PRT.

    « Madame, mademoiselle, monsieur, bonsoir… J’avais évoqué dans une précédente émission des liens ténus et intriqués entre le Metal et le cinéma. »

    • Caméra deux, plan fixe sur profil du présentateur.

    « Et ils sont nombreux depuis la reconnaissance du genre musical pour ses atouts, l’intérêt stratégique dans un film, ou simplement pour trouver un nouveau panel de consommateurs « de niche ». »

    • Caméra une, lent volet vers droite.

    « Mais qu’en est-il du vrai rôle du Metal au sein de l’industrie cinématographique ? Quelles réelles perversions se cachent derrière l’ingénuité de ce décor musical idyllique et paradisiaque pour tout démon de basse extraction ? »

    • Caméra deux, fixe, profil en pied.

    « Nos équipes ont enquêté pour vous… Qui se cache réellement derrière ce business lucratif et quelles en sont les premières victimes à part le 7e Art lui-même ? »

    • Caméra une face cam, PRT.

    « Putes, drogue, alcool… la face cachée du Metal au cinéma, c’est tout de suite ! Partytime Wayne !!! »

    > Caméra une, traveling arrière rapide.

    ***

    Scène 1 :

    Le Metal, c’est du son, certes, mais aussi du visuel… et quel visuel : du choquant, tant qu’à faire ! On a déjà vu les dérives et le premier degré à porter à celles-ci précédemment [si, si, consultez les pages de Memento, vous trouverez…] et les conséquences tant sur l’image que le backlash à ce « passé sulfureux », je ne vais donc pas vous faire un dessin. Par contre, je vais commencer par parler dessins, animés en l’occurrence, pour ouvrir cette petite présentation générale. Quand je dis « petite », vous vous doutez maintenant que si la liste d’exemples thématiques ne sera éminemment pas exhaustive, elle n’en sera pas pour autant moins garnie qu’un panier gagné au loto du dimanche chez mémé.

    J’enfonce des portes de la perception déjà ouvertes à la masse avec le bien nommé Heavy Metal (Métal hurlant en VF), bien nommé parce que la bande son découlait de source pour un film animé avant tout SF (et bordélique, parce que mettre bout à bout différentes séquences-historiettes tirées des magazines éponymes pour en faire un scénario improbable et foutraque, c’était pas gagné…) mais au titre du genre musical. On va dire que l’opportunité s’est présentée de mettre pêle-mêle Black Sabbath, Trust, Nazareth, Journey et d’autres groupes de cette époque, sans réel lien avec les images… Pourtant, ça en fait un film fondateur pour nerds.

    Heavy Metal (1981) - IMDb

    Puis, quand les nerds ont grandi, ils ont pris les rênes pour proposer Dethklok, groupe de Metal animé pour la série Metalocalypse, qui donnera par la suite le long métrage The Doomstar Requiem en 2013 (puis sa suite dix ans plus tard, Army of the Doomstar). Sans grande surprise, les stéréotypes bre-som y sont légion dans un film pas franchement politiquement correct, avec un casting vocal plutôt sympa cependant puisque Jack Black (dont on reparlera plus loin, vous pouvez imaginer… comme Muriel Bolle, toujours dans les mauvais coups…), Mark Hamill (Luke Skywalker était déjà rodé au doublage, puisqu’il est la VO du Joker dans les animés Batman), Malcolm McDowell (déjà habitué aux « méchants badass » un peu tarés dans sa filmographie, depuis Caligula…) ou Georges Fischer (de Cannibal Corpse, en effet). 

    Le metalleux est donc conçu comme un bourrin, dans sa musique et son mode de vie. Je place alors brièvement cette dualité dans Ronal le Barbare, film d’animation danois dans lequel, même s’il [le Metal] est popularisé à une échelle bien supérieure à la nôtre dans ce pays scandinave, conserve quand même sa petite dose de clichés manowaresques, se devant d’être musculeux et beauf dans son slip moulax en peau de bête. Et quand la direction artistique du doublage français confie le personnage principal à un Kev Adams post-pubère face à de l’humour bite-couille-poil-nichon, autant dire qu’on tient un chef-d’œuvre ! (Mais classé « pour enfants » en France pourtant… comme quoi, la géométrie variable…)

    Ronal le Barbare un film pas pour les enfants pour quel âge ? analyse dvd

    *

    Scène 2 :

    Ah… Le métalleux… Ce gentil débile pataud qui secoue la tête au moindre riff…

    De manière assez évidente, quand ce n’est pas le mal-être étalé sur une couche de drame social, c’est forcément le gentil crétin qui reste la thématique consensuelle de l’archétype metal. Et là, on a pléthore de films sur ce même axe, à commencer par Wayne’s World, 1 & 2, comme vous le voulez ; mais parlons déjà du premier volet avec Cassandra (la bassiste qui est « top bonne ») et le secouage de cheveux sur « Bohemian Rhapsody » de Queen. En effet, ça en fait un film cultissime et générationnel dans ses clichés, même si celui-ci en joue pour les descendre aussi (le laïus d’Alice Cooper sur l’origine de Milwaukee, en algonquin « la bonne terre ») bien qu’ils restent assez marqués (entre autres quand Meat Loaf, en guest, est Tiny, le videur mononeuronal). Pour anecdote, ce film et cette scène de la voiture ont boosté les ventes du single (et album) de Queen, au point que c’est un Mike Myers méconnaissable qui a été invité pour interpréter le rôle du boss de la maison de disques de laquelle Queen se barre dans leur biopic Bohemian Rhapsody (avec beaucoup d’erreurs en effet mais tout à fait correct sur d’autres points) de Brian Singer.

    Dans la continuité de cette image de benêt au grand cœur cependant, on peut tout de suite placer Airheads (Radio Rebels en… français) avec le trio Brendan Fraser/Adam Sandler/Steve Buscemi, dans lequel le premier est chanteur-guitariste metal wannabe et qui cherche toutes les astuces pour faire diffuser sa musique au point de prendre avec force quiproquos et enchainements de situations merdiques une station de radio en otage. Bien sûr la « rock and roll attitude » sera de mise durant le film, avec un metalleux un peu lover [Tiens ? J’en aurais pas parlé dans un sujet précédemment, aussi ?] soutenu par des fans chevelus qui secouent la tête au moindre riff, dans une manif à laquelle Lemmy « Dieu » Kilmister prend part.

    Airheads (1994) - IMDb

    Quand il n’est pas teubé, il est flemmard (donc chômeur) et le sujet est abordé par deux fois dans des films mettant en scène Jack Black. Le plus premier degré – avec un sens du premier degré très relatif, hein – serait School of Rock (dit Rock Academy en… français… oui, je sais…) dans lequel un loser patenté qui abuse tellement des clichés du hardos à l’égo XXL se fait jeter de son groupe, sa réputation de trouduc à l’égo démesuré (Jack Black, en gros… subjectivité passagère) ne l’aidant pas à former un nouveau groupe, il va trouver par opportunisme une place de prof dans une école guindée, ainsi que ses futurs comparses de scène. Ce film deviendra par la suite une comédie musicale typée Broadway, à succès.

    School of Rock - Wikipedia

    Le second, à prendre pour le coup avec des pincettes et un second degré très lointain, serait une sorte de film méta mockumentaire parodique sur son groupe Tenacious D, The Pick of Destiny, avec sans grande surprise la totale pour les clichés et la musique dédiée à Satan (Dave Grohl interprétant ledit Satan, mais plein d’autres guests viennent se marrer avec le duo Black/Gass comme feu-Ronnie James Dio, feu-Meat Loaf, Tim Robbins, Ben Stiller, etc.), gaguesque de son préambule à sa scène post-générique…

    *

    Scène 3 :

    La dérision va pousser les réalisateurs et scénaristes toujours plus loin, au point de créer un genre cinématographique parodique : le « mockumentaire ». Et forcément, on ne pouvait pas ne pas parler de Spinal Tap.

    This Is Spinal Tap (Special Edition) [Import USA Zone 1]: Amazon.fr:  Domingueza, Chazz, Hall, Shari, Parnell, R.J., Kaff, David, Hendra, Tony,  McKean, ...

    Pourquoi ce film est inéluctable ? Parce que c’est la parodie méta par excellence : qui pourrait prendre ce genre de film réalisé comme un vrai documentaire au sérieux ? Une série de batteurs décédés dans des conditions toujours plus absurdes… Un guitariste qui s’est fait construire un ampli avec le volume à 11… Un « John Lennon » qui se fait manipuler par sa Yoko… Un bassiste qui a besoin de dévoiler une turgescence phallique proéminente – aka « grosse bite » – au tout venant, au point de trouver des prothèses improbables… Sérieusement… qui pourrait gober un tel niveau d’outrance, même en 1984 ? Hein ?…

    Et cependant en véhiculant ce genre de stéréotypes, la team premier degré n’y a rien vu d’autre – que ce qu’elle voulait voir… oups… pardon, je digresse (et des fois, je dis « bite » aussi, cf. plus haut) – qu’une réalité palpable, tangible et tenace au fil du temps, au point qu’on ne sait plus qui est le plus cynique dans l’industrie : ceux qui y croi(v)ent et font du prosélytisme ou ceux qui le sa(ch)vent mais en jouent pour se faire du biff.

    *

    Scène 4 :

    Victime du succès de ses clichés, et tendant le bâton pour se faire battre par la dérision générale où l’outrance fait mouche pour flirter avec le pathétique, le Metal va osciller entre le « putain, c’est nawak » et le « ils sont bizarres, ces gens, ils font peur » (pour en arriver au « ils ne doivent pas bien aller, dépression ou autre… c’est sûrement le Malin qui les empêche d’aller bien… » mais on en parle aussi plus bas…)

    Associer Metal et cinéma de fiction au sujet Dark (avec des scènes d’action quand même). Je vous passerai tout de suite les adaptations d’Uwe « Murielle » Boll dans lesquelles les morceaux typés metal au générique ne sont là que pour relever le niveau des foirages en masses – ou massacres, selon – d’adaptations de licences vidéoludiques et ne sont que des sorties de secours à une heure et demie (en général et en moyenne) de daube intersidérale, quasi le seul intérêt (exemple : « I wish I had an Angel » de Nightwish pour Alone in the Dark).

    Non, je vais entrer dans l’iconographie des ténèbres dépressives avec The Crow, bien entendu ! Si la trame avec Eric Draven adaptant le comics de James O’Barr a fait couler beaucoup d’encre avec la mort – réelle – de son acteur principal Brandon Lee sous la caméra d’un jeune Alex Proyas qui ne pondait pas encore des daubes insipides comme Gods of Egypt, la musique est nettement plus intéressante puisqu’elle suit le destin d’un musicos, gratteux, compositeur… donc dans un univers gothique, autant accommoder avec les groupes de son époque et dans une même teinte désespérée, au temps de l’avènement du Grunge…

    Pourtant, ce genre est quand même bien pratique, dans ses stéréotypes, pour être associé à des bonnes grosses scènes d’action, au point de devenir un cliché d’association image/musique, ironisé dans Last Action Hero, deux heures et demie de film totalement méta de John McTiernan (le réal des Die Hard 1 et 3 et de Predator, dont la carrière sera coulée par ce film un peu trop critique sur les actionners) par le jeune protagoniste : « La décapotable, le Hard Rock, les punchlines débiles… je suis dans le film ! » 

    Last Action Hero - Film 1993 - AlloCiné

    Ironie, ce film qui déjoue/dénonce les stéréotypes va – espérer – signer la fin d’un genre cliché avec des clichés, une sorte de making of introspectif du déclin d’une industrie tout en rendant le film culte… Mais quand le vice est poussé, par-delà la kyrielle de stars du Hard Rock et Metal qui sont au générique (Alice in Chains, Megadeth, Queensryche, Aerosmith…) à faire adapter des morceaux (« Last Action Hero » de Tesla, chanté avec les paroles « Jack Slater », personnage principal du film interprété par Schwarzenegger) voire à s’en faire composer un dans le clip duquel Schwarzy intervient in persona (« Big Gun » de AC/DC), autant dire que Maurice a poussé le bouchon très loin dans la blague, plus imprévisible que « le babil débile des babouins nubiles ».

    Et McTiernan, s’il donnait l’impression de cracher dans la soupe, n’ironisait pas sans raison puisque cette association de type Team Rocket fonctionne toujours, le Metal étant utilisé comme renfort de propos illustratif d’une tournure vers le Mal ou évoquant la puissance (du Mal en général, hein… faut pas déconner, on ne parle pas de Napalm Death en BO de Peppa Pig). Aussi pour évoquer la mutation de Angel en Arkangel dans X-Men Apocalypse, quoi de mieux que d’étayer sa transition de genre vers le côté obscur en appuyant la scène avec « The four Horsemen » de Metallica ? Quoi de mieux pour illustrer la réincarnation de Jennifer Tily en poupée tueuse dans La fiancée de Chucky que de diffuser « Living dead Girl » de Rob Zombie ? Quoi de mieux que « Feuer Frei » de et joué par Rammstein live dans xXx pour un personnage qui passe son temps à jouer avec le feu ? Quoi de mieux qu’un concert de Cannibal Corpse (et re-Georges Fischer) qui interprète « Hammer smashed Face » en live dans Ace Ventura pour appuyer sur le… le… le rien en fait, puisque le film est un joyeux bordel de pur n’importe quoi, vulgos avec les curseurs poussés au max tant que c’est insolent…

    Ace Ventura: Pet Detective (1994) - IMDb

    *

    Scène 5 :

    Il arrive parfois néanmoins que le Metal ait un rôle. Je parle de personnage dans le film… Tantôt de figuration mais intégré dans la réalisation, tantôt comme personnage secondaire voire argument du film.

    Si l’on retrouve l’association d’idée « Metal + horreur » dans Bienvenue à Zombieland, au moins, c’est visuellement intéressant d’avoir une scène d’introduction/générique esthétique montrant des zombies se faire fracasser la tronche sur fond de « For whom the Bell tolls » de Metallica.

    Mais le rôle du Metal (pas du métalleux) prend davantage de place dans des films comme La main qui tue, teen movie pseudo horreur débile (avec Jessica Alba en nymphette presquàpoilesque) mais culte dans lequel le protagoniste a une main « oisive » possédée par le diable et qui se décontracte et cesse de tuer des gens en visionnant du Strapping Young Lad sur MTV.

    La Main Qui Tue

    Et pour revenir sur les clichés associatifs Metal/actionner dont je parlais ci-dessus, il en est un, imparable par sa frénésie, ses punchlines, son Metal, qui est Shoot’em up, avec un Clive Owens tireur d’élite vivant en SDF marginal de son plein gré, qui se retrouve à essayer de sauver un bébé abandonné, secondé par une Monica Belluci maman-putain, film dans lequel ledit nourrisson se calme à l’écoute de morceaux de Death Metal. Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler mais je vous invite vivement à laisser votre neurone vagabonder dans ce film whadafuck.

    Et quoi de plus naturel que de donner le premier rôle à la musique que dans… une comédie musicale. Aussi Rock of Ages (donc en français… Rock Forever… original, hein ?) fait forcément la part belle à la bande son, avec un casting de toute beauté – et pas seulement Catherine Zeta-Jones, bien sûr – qui joue et chante une bande musicale principalement faite de medleys de chansons de Rock/Hard Rock qui scénarisent le film. Mention spéciale à Tom « actor studio » Cruise qui joue un Stacee Jaxx glameux totalement décomplexé, enfonçant le clou avec son interprétation de « Dead or alive » de Bon Jovi et poursuivi par le comité de censure des culs-béni de la Cité des Anges pour pratique de la musique de la tentation, du vice, du stupre, bref, du Diable. 

    Rock Forever - Film 2012 - AlloCiné

    *

    Scène 6 (ou 666, je demanderai au monteur) :

    La « musique de Satan » va forcément se retrouver associée à tout ce qui découle du satanisme, du surnaturel et/ou paranormal, bref des trucs pas bien dans une Amérique puritaine dont l’influence va se déverser, transportée outre-Atlantique vers nos contrées. Logique donc que le genre soit associé au cinéma… de genre… à échelle plus ou moins réussie tant dans la réalisation que le scénario. 

    Puisque le Metal, c’est cliché, et kitsch, autant en faire… des nanars ! Hard Rock Zombies, Rock n Roll Nightmare, Hard Rock Nightmare… chefs-d’œuvre intemporels dont vous n’aviez probablement jamais entendu parler (sauf les abonnés à Escale à Nanarland), parfait pour égayer vos soirées entre potes (che)velus ou glabres en se disant que « votre » Metal est nettement plus sérieux, n’est-il pas ? En bref, on débranche les neurones dès le visionnage au moins autant que pour un Piranha 3D d’Alexandre Aja…

    Rock N Roll Nightmare: Amazon.fr: DVD et Blu-ray

    Mais parfois, et bien que le résultat ne soit pas si éloigné que ça du nanar, parce que conçu comme un film premier degré par ses auteurs, on se retrouve avec des groupes et membres de groupes qui s’investissent dans la production des films. Le premier exemple serait celui de Dark Floors (ou Étages sombres en français… Naaaah, je déconne… mais le Québec aurait pu nous gratifier de ce genre de traduction) avec le groupe finlandais Lordi aux manettes. Pourquoi, quand les membres sont grimés en monstres perpétuellement, ne pas en faire un film d’épouvante dans lequel les membres du groupe joueraient… des monstres ? Je vous le demande…

    Cradle of Fear, qui comme son nom le laisse présupposer est l’œuvre de Cradle of Filth, groupe jouant également sur son esthétique gothico-horrifique sera mon second exemple. Mais là où la troupe finlandaise précédente va aller dans le jumpscare (raté), Danny et ses potes vont aller dans le malaisant tendance SM qui a dérapé avec un film malade, gore et plutôt régressif, il faut avouer.

    Les incursions dans le genre cinématographique de stars du genre Metal sont légion et, histoire de ne pas trop s’étendre, je ne ferai qu’un rapide coucou à la Troma et Lloyd Kaufman pour un film de James Gunn (qui a fait ses armes dans cette société de prod à petit budget newyorkaise de films gore foireux mais hilarants d’autodérision et devint par la suite tête « pensante » de DC Studios… même si on cherche encore à quoi il pense) intitulé Tromeo & Juliet dans lequel Lemmy Kilmister est le narrateur de cette version trash du classique de Shakespeare… Être ou ne pas être ? Ne pas être…

    Le teen movie, cf. La main qui tue, n’échappe pas à cette volonté de s’associer au genre Horreur avec Deathgasm qui pousse pas mal les curseurs dans ce sens. On reste sur des classiques : de jeunes métalleux jouent du BM et invoquent un démon qui butte tout le monde, avec une bonne dose de gore porte nawak comme la Nouvelle-Zélande sait nous le proposer depuis les premières amours de Peter Jackson (Bad Taste et Braindead) ou Sam Raimi (Evil Dead) auquel s’ajoute les archétypes de la bonnasse en cuir mi-déesse mi-pute mi-soumise blonde. Comme quoi, le cliché a la vie dure ([CMB].

    all

    *

    Scène Sept :

    Le/la teen, c’est la bonne cible à racoler pour faire adhérer au cinéma… Alors forcément, ceux et celles qui ne se retrouveront pas dans les parodies décérébrées ou autre (b)romance iront chercher dans leur niche, en bon toutous pavloviens, ce qui va les rassembler autour du grand écran – ou du petit, maintenant… Merci qui ? Merci Netflix et leurs potes. Et quand tu es/deviens/est en devenir d’être un/e métalleux/se, bah on te calibre des films qui parlent de toi et tes sentiments de doute de genre… que ça soit dans le genre cinématographique (Deathgasm) comme musical et plus si affinités avec des films comme Metal Lords dans lequel le jeune héros embrigadé par un ultra metalleux se tâte entre être humble et respecter les autres [genres musicaux] y compris la nana qu’il kiffe en secret, elle-même en plein questionnement… Le film a quand même reçu les participations de Rob Halford, Kirk Hammet, Tom Morello et Scott Ian.

    Metal Lords - Film 2022 - AlloCiné

    Mais si jamais, jeune, tu t’en fous de te poser des questions existentielles, tu peux débrancher le cerveau et regarder un film soit parce que tu t’identifies comme dans un shonen au parcours de réussite du protagoniste, ou simplement parce que « le chanteur il est trop booooo » en bingeant consécutivement Heavy Trip si tu es plus BM norvégien, puis Pop Rédemption si tu es plus français fan de Julien Doré.

    [Ça, c’était pour voir si vous suiviez encore…]

    *

    Scène 8 (ou 888, parlons de l’Homme et ses déboires maintenant) :

    Pour finir sur cette thématique, abordons le concret, le non scénarisé, le vrai, le TRVE en somme… Je pourrais parler ici de la foultitude de documentaires autour du sujet du Metal (Heavy Metal : Louder than Life, Metal : Apocalypse ?, Story of Metal, etc.) mais je préfère rester dans le domaine du cinéma divertissement avant tout. Le seul, vraiment encensé, parce que construit davantage comme un film biopic, qui peut être intéressant présentement est Anvil !, qui retrace l’ascension du groupe canadien. Et encore, on reste avant tout sur un documentaire un peu plus scénarisé…

    Disons que je vais finir sur un film « polémique » … Par son sujet mais aussi par ses raccourcis voire le tendancieux sous-jacent : Lords of Chaos. Le slogan est pourtant assez clair : « basé sur des vérités, des mensonges et le chaos », ce film retrace l’histoire du groupe Mayhem, avec une vision toute aussi subjective que celle de Brian Singer pour Bohemian Rhapsody qui fait hérisser le poil et grincer des dents les « purs » qui n’y voient que des partis pris et des résumés sans fond, avec un Rory Culkin plutôt perché dans le rôle d’un Euronymous future « victime » du grand méchant Varg Vikernes, et le fils d’Attila Csihar qui joue le rôle de son père. Je vous laisse à l’occasion vous faire une idée.

    Acheter LORDS OF CHAOS - Microsoft Store fr-FR

    Le Metal, c’est bien évidemment le mal-être, la dépression, le suicide ou toute autre pensée soit négative soit néfaste, soit malveillante, pourquoi pas… Aussi, ne cherchez plus : le drame social à son must (du prosélytisme « pour ton bien ») ; il est islandais, c’est Metal Head ! On a tout le panel du poncif : l’attraction morbide, la misère sociale, la délinquance qui en découle, le gentil prêtre qui ramène vers la lumière pour éradiquer le mal qui coule dans tes oreilles, une « héroïne » baptisée Héra (quand son frère mort s’appelle Baldur) … Ma-gni-fique… On n’en parle pas assez de celui-ci je trouve…

    Metalhead (2013) - IMDb

    ***

    {Retour en plateau.}

    • Caméra une, traveling avant vers PRT.

    « Vous en savez désormais plus sur ce genre musical ô combien décrié mais riche via son approche dans le cinéma, »

    • Caméra deux, trois quarts profil gauche, en pied

    « un genre au ton tragicomique avec ses zombies assoiffés de sang et ses individus perdus dans leur mal-être et qui ne demandent qu’à exister par leurs excès ».

    • Caméra une, face cam, PRT

    « Dans la prochaine édition, nous évoquerons la vie des éboueurs, entre prostitution, maladies vénériennes et abus de gaz carbonique. Merci à toute l’équipe qui a réalisé ce numéro et à bientôt ».

    • Caméra une, traveling arrière. Extinction des spots.

    ***Générique de fin/Crédits***

    Clap de fin et… c’est dans la boite. Vas-y, coco, tu peux aller me retirer ce corpse paint…

  • Les metalleux, ces grands romantiques

    Les metalleux, ces grands romantiques

    Texte de WvG

    Les metalleux sont de grands romantiques… Voui, voui, voui, il y a un petit cœur d’artichaut qui bat sous cette pilosité – plus ou moins – abondante… Sinon comment expliquer que les plus grandes balades et slows soient signés par des groupes connus pour leur gros son ? Est-ce par manque d’inspiration, par volonté de toucher un public plus vaste ou… simplement pour éviter de tomber dans les clichés du zicos stéréotypé du genre bre-som, voire exprimer sa nature duelle ?

    C’est en jetant un coup d’œil au live report des collègues et tombant sur Extreme, groupe qui porte peut-être bien son nom mais est aussi auteur d’une des plus célèbres ballades du genre, « More than Words », que m’est venue l’idée de disserter sur ce sujet, en complément avec une discussion avec Mémé Migou sur ce que peut rechercher un metalleux dans le genre musical idoine. Petit tour d’horizon de cette dualité, justement, en survolant différents aspects de cette création musicale…

    Pin page

    *

    Commençons par les plus célèbres, celles pas forcément destinées « à tout le monde, à tous mes amis » mais celles où rien d’autre n’importe…

    La petite histoire veut que James Hetfield était au téléphone avec sa dame, sanglé guitare au cou et s’est mis à jouer les cordes à vide, s’empressant de s’écrier « Eurêka »… ou alors c’est Archimède, mais il m’arrive de confondre… Metallica étant quand même connu pour être le groupe instigateur du Thrash Metal, les aficionados en ont conclu que c’était le début du déclin de l’empire américain, le Black Album étant le point de non-retour du groupe vers la popisation de leur musique… et pourtant le groupe continue d’assumer ce morceau qui les a fait connaître d’un plus large public et désaimer des « true ».

    *

    Un autre groupe à renommée internationale a subi ce même jugement de valeur : « L’amour, ce n’est pas un homme… fuck, un ami, ce n’est pas… » en disait Bruce Dickinson sur le Real Live One.

    Et pourtant, présent sur l’album Fear of the Dark – album célébrissime et surestimé du groupe, dans lequel seuls quelques titres valent le détour, y compris celui éponyme, mais que j’affectionne quand même –, qui débute quand même par « Be quick or be dead », on ne s’imagine pas que va se retrouver un morceau aussi exceptionnel en termes de musicalité, même si les guitares harmonisées et le solo made in Maiden y sont toujours présents, quand le groupe nous a habitués à son riffing tagadesque trademark et reconnaissable entre tous.

    *

    Ce qui fait la puissance d’une ballade Metal, c’est justement sa brutalité inhérente au Metal : passer des arpèges en son clair vers du lourd au son saturé, ça semble tellement évident dans le Metal qu’on se demande pourquoi ça ne tombe pas sous le sens. Et même Pantera dans l’album qui les a révélés – non, je ne parle pas de leur glamouze Power Metal 😉 – n’échappe pas à cette règle de composition avec un « Cemetary Gates » qui envoie son pesant de technique mais aussi de sensibilité typée Pink Power. Mais ce n’est pas le morceau le plus intéressant… Attardons-nous sur celui-ci :

    Les chansons d’amour, c’est bien… mais quand ça évoque la frustration, le post-rupture plutôt que la drague ou la déception, c’est d’autant plus intéressant parce que la colère s’exprime légitimement plus aisément avec un riff sale et distordu…

    *

    Certains hits sont des attendus, une fois accepté le concept qu’un groupe de Hard Rock ou Metal peut se permettre de faire de la « chanson à l’eau de rose » … et quand on est un groupe en pleine ascension, c’est limite une obligation… donc quand on est un groupe « sulfureux » comme les Guns and Roses, ça semble évident… Et là, vous vous dites « et merde, il va nous poser un « Don’t cry » prévisible ou d’un « Sweet Child o’ mine »… » Que dalle ! Jetez votre oreille sur celui-ci :

    N’en déplaise à mon confrère JP, c’est le seul morceau vraiment sauvable de cette Arlésienne qu’a été Chinese Democracy… et aussi la démonstration, si elle était encore nécessaire – quoique, à cette époque, elle l’était – qu’Axl W Rose était (est ?) une grande voix de la scène et apte à vous coller les poils sur un morceau aussi bien foutu, avec une thématique bien plus sensible et honnête qu’un mièvre « pleure pas parce que je t’ai quittée » mais un « je ne trouve un sursaut de self esteem que dans le regard que tu me portes », d’autant quand tu as des facilités à te comporter comme un gros crétin égocentrique. Ce morceau est à la limite d’être entendu comme un « All Apologies » de Nirvana combiné à un « Si j’étais moi » de Zazie, dans deux autres univers musicaux.

    *

    Il y a celles qui annoncent les mauvaises nouvelles. J’en avais parlé précédemment dans un article sur le Memento mori avec Architects et ce morceau éponyme à la thématique artistique… Il fallait que j’en parle avec Queen. Et, non, perdu ! Pas avec « The Show must go on », qui est en effet une ballade, probablement la plus noire du groupe eu égard à son contexte en corrélation avec les sous-entendus de ses paroles. Noooon… je vais parler (rapidement, hein) de celle présente sur la bande originale de Highlander, « Who wants to live forever ».

    Ce morceau a de nombreuses particularités puisque derrière sa logique inhérente à sa présence sur la BO de ce film, le fait d’être condamné à l’immortalité… pour un immortel, tel que le veut le scénario, il y a aussi un sous-texte et commencer le morceau comme un requiem, avec l’omniprésence d’un orgue et d’un orchestre à cordes quand tu es un initié à la musique « classique » et l’opéra, ça n’annonce rien de bon… d’autant quand tu sais que Freddie Mercury avait déjà connaissance de sa contamination au HIV.

    *

    De manière imparable, il y a les « classiques », justement, tellement devenus des stéréotypes qu’on en oublie que leurs auteurs sont avant tout des techniciens Hard Rock et Metal. Si je vous dis « ce soir, j’ai les pieds qui puent », ça vous parle ? Si oui, vous avez reconnu « Still loving you » de Scorpions ; si non, vous ne pourrez plus jamais l’écouter sans entendre cette hallucination auditive…

    En effet, Scorpions, groupe de Hanovre (Allemagne), même s’il est auteur de nombreuses ballades comme « Holiday » ou « When the Smoke is going down » (qui traitent davantage de la distance avec leur foyer/femme que d’amour en soi), ce titre des plus célèbres de leur discographie voire la plus célèbre des ballades est sur la même thématique mais avec la notion de couple qui part en cacahuète… Hé oui, c’est dur, la vie d’artiste…  « Always somewhere »… « missed you where I’ve been » chante Klaus Meine dans cet autre morceau… Ce qui est intéressant, c’est quand un autre groupe célèbre (mais plus récent) reprend ce tube qu’est « Still Loving You » en lui ajoutant une pointe d’ironie simplement en transformant un pronom, « remake OUR (notre) love », en « your »…

    *

    Ce groupe en question, c’est Sonata Arctica, sur leur EP Successor (avec « Full Moon » entre autres), puis l’album Ecliptica. C’est assez ironique de mettre de l’ironie dans cette reprise, le groupe étant fréquemment dans la première partie de sa carrière torturée par une certaine Dana :

    Là, l’ironie fait place à la fragilité… la timidité… Ce personnage aussi récurrent que Charlotte la courtisane dans la discographie d’Iron Maiden revient sous la forme de lettres envoyées et non lues dans « Letter to Dana ». Cette idée générale va se commuer au fil des albums sous les traits d’un Caleb et une Juliet qui tels, les Capulet et Montaigu, vivent des amours mortes qui n’en finissent pas de mourir.

    *

    Quoi de mieux qu’une scène Speed Melodic (AKA par la suite « Power Metal ») pour trancher nettement sur le tempo tout en restant droit dans ses bottes de mélodistes… et c’est sans difficulté que la transition se fait avec les mentors de Sonata Arctica, à savoir Stratovarius. Les scandinaves ont beau affronter le froid, le chaud est dans leur cœur (j’aurai l’occasion d’en reparler plus bas) et ce groupe finlandais ne déroge pas à la règle. Si la distance est évoquée également dans « A million Light Years away », il y a pléthore de ballades dans leur discographie, en particulier une sur le même sujet :

    Outre les standards de la thématique amoureuse dans des « Forever » et son quatuor à cordes en accompagnement ou un « Black Diamond » – oui, Visions est empli de ce type de morceaux – ce qui change ici est la dualité sonore entre la douceur acoustique et ce crescendo émotionnel qui amène au climax d’une guitare lead qui virevolte en arrière-plan, d’abord harmonique sur les refrains puis solo puis en perpétuel fill jusqu’au climax et au fade…

    *

    Le plus risqué quand on entre dans le domaine de la ballade est de toucher des sujets moins « accessibles » que la relation amoureuse. Ici, on est sur le deuil avec « Dead Boy’s Poem » sur le Century Child de Nightwish.

    Difficile de ne pas avoir les poils dès les premières notes vocales de Tarja, a cappella, en sanglots. On sait que l’auteur de ce morceau, Tuomas Holopainen, ne respire pas la joie de vivre mais davantage la mélancolie ; il réussit avec ce titre à faire la démonstration de ses talents de compositeur en sachant que ses comparses interprètes vont en faire un morceau essentiel de l’album voire de leur discographie.

    *

    Quant à parler de deuil, si je vous dis Paradise lost, vous me dites… ? Oui, évidemment, l’album de Symphony X, inspiré du Paradis perdu de Milton, probablement le plus dark du groupe, qui pourtant avait déjà habitué son public à des ballades sombres (« Lady of the Snow » sur Twilight on Olympus, par exemple). Voici donc « The Sacrifice » :

    Ce morceau sombre, dans une ambiance elle-même pas très joyeuse pour le groupe (qui n’ira pas en s’améliorant, le bassiste Michael Lepond ayant été diagnostiqué de la maladie de Crohn, s’ensuivra leur batteur Jason Rullo et ses problèmes cardiaques…), voit surtout son évolution tantôt dans l’espoir puis le désespoir s’épanouir avec la voix très crunchy de Russel Allen, dans la brutalité jusqu’à son dernier sotto voce sur le mot « love ».

    *

    Des voix intenses, il y en a évidemment beaucoup dans le sous-genre Sympho/Mélo/Prog… Si les cadors du style sont assez rares en France (Heavenly, Dream Child), on y trouve le projet solo de Stephan Forte, Adagio, et surtout un morceau extrêmement puissant. « Kissing the Crow » est un exemple dans le genre, sur l’album Dominate… Mais celle-ci est d’autant plus évocatrice :

    Ce cri du cœur, ce « I love you » (2’43 pour les analystes qui se dispenseraient de la partie ressentie) dépasse toute puissance émotionnelle envisageable quand la partie de piano n’est pas sans évoquer le tragique d’un « Il mio refugio » de Richard Cocciante ou « Un homme heureux » de William Sheller.

    *

    Je ne sais pas si on peut considérer le « Orgasmatron » de Motörhead – superbement repris par la suite par Sepultura – comme une ballade. Toujours est-il qu’elle sera moins encline à soulever votre cœur d’airain sous la veste à patches que votre doigt de métal dans ce jean slim. Pour transiter, je pourrais parler de l’ode à la nécrophilie qu’est « Je ne t’ai jamait autans aimée » des troubadours modernes que sont Ultra Vomit, mais je vais rester dans la poésie et les grandes voix puissantes en jean slim et veste en jean patchée : Skid Row, avec non pas « 18 and Life » ou « Wasted Time » mais « Quicksand Jesus », sur le même album Slave to the Grind.

    On pourrait presque mettre en lien cette chanson sur la perte de foi avec « The Darkness within » de Machine Head, même si le ton de cette dernière est nettement plus véhément, Rob Flynn n’ayant que rarement caché son désamour pour la religion catholique.

    [On bâtit des cathédrales pour notre douleur, établit des monuments pour atteindre la libération de nos cicatrices et péchés… Pour qu’au final on se noie dans les ténèbres intérieures.]

    *

    Nous arrivons sur la fin, non pas de l’histoire mais de cet article et c’est donc maintenant qu’on peut aborder les ballades assez inattendues – déjà, Machine Head en soit, c’est pas forcément des plus évidents. Par exemple, chez Cradle of Filth, plutôt connu pour la voix criarde de Danny Filth, on n’imagine pas entendre ceci :

    Alors évidemment, ce n’est pas tout naturel dans le langage musical du groupe, plutôt axé BM sympho mais le choix est judicieux cependant pour clore l’album Nymphetamine : un morceau en duo avec Liv Kristine sur une ambiance gothique et fond de romance et de drogue, plus ou moins dans la thématique vampirique du Only Lovers left alive de Jim Jarmusch, lui-même une adaptation (très très personnelle, hein) du bouquin éponyme de Dave Wallis (qui est autant une bible pour les nihilistes que l’est la littérature de Bukowski pour les épicuriens ou On the Road de Kerouac pour les hippies).

    *

    Pour rester dans la « Beat Generation », faisons le lien avec… Judas Priest… « Hmmm ? » me ferez-vous… et à tort : le lien est Joan Baez, particulièrement « Diamonds and Rust », reprise par Priest.

    • Hé maaaaais… c’est pas une ballade !

    Alors en fait, à l’origine, oui… puis la team Halford l’a métallisée sur l’album Sin after Sin… puis en fait, ils se sont rendu compte qu’en ballade, bah, ça passait nettement mieux :

    Et c’est toujours le même refrain/this is the same old song : la thématique de la distance, celle de Joan Baez originale dans la génération beatniks, « sur la route » pour citer Kerouac, ou en tournée pour Judas Priest. Une chanson qui a donc elle-même vécu son voyage intérieur.

    *

    Qui s’attendrait à ce que Candace Kucsulain de Walls of Jericho vous fasse verser une larme autrement qu’en vous balançant un genou dans les testicouilles ? Et pourtant la dame à la voix qui ferait fermer sa grande bouche au premier mâle sigma en vue est aussi capable de vous retourner par sa tendresse et sa profondeur sur deux morceaux à thématique similaire, la dépression, l’un sur With Devils amongst us, « No saving me », l’autre sur No One can save you from youself, « Probably will ».

    Enjoy [NB : à ne pas écouter si vous êtes déjà en bad…]

    Si la première laisse encore une once d’espoir, la seconde est un signal d’alarme. La santé mentale devenant un sujet de plus en plus présent dans la société et ses artistes, rien d’étonnant à ce que la ballade Metal ait petit à petit pris cette tournure, de plus en plus éloignée – elle aussi – des premières amours thématiques.

    *

    Pour finir ce petit voyage cardiaque, cette balade des gens heureux au petit cœur tout mou de velours mais tenu dans un gant de cuir clouté, je vous propose, pour rester dans les voix féminines puissantes, un voyage dans le Nord, pas celui des chti mais des Vikings, avec un groupe… italien, White Skull et un album très Power Metal dans le style et très particulier dans le fond, Tales from the North, dans lequel la chanteuse (de l’époque) Federica De Boni pousse sa voix rocailleuse (et son accent improbable) sur des tempi plutôt enlevés… à l’exception de ce « The terrible Slaughter » narrant l’histoire d’une Grimhilde/Kriemhild/Gudrun bien vénère qui défonce tout le monde après la mort de son cheum Siegfried.

    Et la chanson est puissante et va parfaitement dans ce sens : la douceur de la jeune ingénue se mue en colère puis en rage au fil du morceau, totalement raccord avec l’interprétation de Federica…

    ***

    L’horizon étant infini par essence, il était difficile de faire court, vous vous en doutez bien, donc merci d’être resté jusqu’au bout : « la lumière revient déjà et le film est terminé » … À défaut de convaincre ceux qui seraient d’une grande mauvaise foi, les moins psychopathes d’entre vous ne sauront qu’admettre aussi leur fragilité, que vous soyez auteur, compositeur ou simplement auditeur. Pourtant, tous les groupes ne jouent pas ce jeu artistique… par peur de passer pour des baltringues ? Que sais-je… Nonobstant, j’avoue que j’aurais aimé soutenir ce propos avec une ballade de Slayer mais ça n’aura jamais lieu… Dommage…

    On aurait pu s’étendre plus loin, parler de « My Immortal » d’Evanescence (Amy Lee, grande voix aussi), « The Idol » sur le Crimson Idol de WASP (que dire de Blackie Lawless si ce n’est vanter sa puissance vocale ?) – intéressant aussi sur la thématique de la solitude/dépression – ou autre, mais à défaut de vous faire remuer la tête, je voulais vous proposer pour une fois de remuer vos tripes, quelques grammes de finesse dans un monde de brutes… Et si vous connaissiez déjà tous ces titres, c’est que vous êtes un true romantique…

  • Memento Mori

    Memento Mori

    Par WvG – 24/10/24

    Je ne fête pas mes anniversaires… ni ceux des autres d’ailleurs… Non, je ne suis pas témoin de Jéhovah ; simplement, je dois inconsciemment attacher de l’importance au message profond de la locution latine qui sert de patronyme au webzine dans lequel vous pouvez lire ponctuellement mes conneries (et plus régulièrement les choses sérieuses des autres auteurs), Memento Mori, un webzine qui gagne à être plus connu, reconnu voire révéré (n’est-il pas ?) Je trouve ça déplacé voire impoli de (me faire) rappeler que le temps passe et que je suis, tout comme vous, destiné à en finir un jour ou l’autre, de la terre à la terre, de la poussière à la poussière. Aussi aujourd’hui, je vais m’attacher à faire une (brève) présentation du « Memento mori » dans l’Art car, comme dirait mémé (Migou, peut-être aussi) : « nul n’est éternel » ; la postérité ne m’intéressant pas et la conscience de la vacuité de ces monologues écrits étant actée, autant que le temps passé ne soit pas totalement perdu et que je vous apporte quelques connaissances que vous n’auriez pas encore en quelques œuvres qui me sont marquantes.

    *

    « Cueillez vostre jeunesse : comme à ceste fleur la vieillesse fera ternir vostre beautez ». Pourquoi citer Ronsard, qui plus est son « Ode à Cassandre » ? Pour commencer parce que j’ai vu passer une information sur Joachim du Bellay (sa tombe et son corps auraient été retrouvé par des archéologues sous Notre Dame de Paris), considéré comme fondateur de la Pléiade avec Pierre de Ronsard, et que ça m’a motivé et inspiré pour débuter cette page initialement blanche. D’autre part, même si ce poème est considéré comme un chef d’œuvre et une référence de la poésie française, bien que dans le sous-texte et dans le contexte on y lirait plutôt de la psychologie inversée #cé1PN (parce que, oui, la poésie, c’est le plus beau mensonge de la littérature : tu peux y dire toutes les saloperies que tu veux tant que les tournures sont belles… un peu comme la chanson, en somme), on peut mettre en relation ces deux valeurs pas du tout antithétiques : cueillir sa jeunesse (donc profiter de la vie) et « souviens-toi que tu vas mourir » (donc profite de la vie). Vous allez me dire que, oui, je « fais des raccourcis, c’était (parait-il, je n’y étais pas) une locution latine glissée à l’oreille des généraux romains lorsque qu’on les adoubait » (ce qui pouvait à la fois être un moyen de les redescendre illico de leur piédestal de vanité, tout comme une menace implicite sur leur proche assassinat). C’est exact ! Mais avouez qu’il est délicat de ne pas faire un parallèle tant on en revient à la même notion : celle du temps, court, qui passe, qui a un début mais surtout une fin, car tout a une fin (sauf la banane qui en a deux). Et c’est le temps qui court, court, qui nous rend sérieux ; la vie nous a rendus plus orgueilleux. On avait un relationnel très différent avec la mort autrefois : la conscience que du jour au lendemain, finie par accident, meurtre, maladie, épidémie (la peste noire n’avait jamais vraiment disparu, le taux de mortalité infantile était XXL, c’est pas pour rien qu’on faisait des gosses à la louche, loin des 1.8 enfant par famille !) Et hop, 21 grammes de moins…

    les amours de cassandre,les amours de marie,...

    *

    Tiens, la vanité, on en parlait ci-dessus ! C’est un peu une marotte de la peinture ; on y considère que la nature morte sous toutes ses formes – que l’on dénomme comme des « vanités » dans l’art pictural – est une vision du Memento mori : des choses autrefois vivantes, objets animés et destinés à se faner (comme la rose de Ronsard) parce que c’est le chemin naturel des choses, l’histoire de la vie, le cycle éternel… On considère tout autant la « Corbeille de fruits » du Caravage de la fin du XVIème siècle ou la célèbre « Vanité » de Philippe de Champaigne (illustration plus bas) de la première moitié du XVIIème siècle comme des représentants de cette locution. Si la vanité, le mot, se traduirait par la frivolité voire la futilité et l’intérêt qu’on accorde à celle-ci (en gros les broutilles à vue égocentrique, ce que je définirais comme cet objet « inutile, donc essentiel » qu’il nous faut posséder à tout prix), le fait de vouloir échapper à la fatalité et la finalité est aussi une vanité, littéralement une chose vaine que d’essayer de lutter ou passer outre cette fin annoncée par le début et dès le début. C’est intéressant – et ironique – qu’une période comme celle de la Renaissance [j’ai dit « période », pas « parti »] se soit tant intéressée à ces notions de mortalité, d’éphémère et donc de vanité. Certes, comme je l’évoquais au-dessus, la rencontre avec la Faucheuse était plus facile que d’obtenir un conseiller clientèle quand la Box internet est en rade (et à l’époque, tu pouvais toujours essayer de débrancher et rebrancher, ça ne marchait pas davantage) mais c’est intriguant quand on voit que les deux siècles précédents ont vu naître des grivoiseries rabelaisiennes ainsi qu’une pléthore de chansons paillardes qui parlent d’aller fourrer des nez dans des entrejambes (voire autre chose que des nez) en se foutant royalement de Metoo. Allez savoir… un jour prochain, je vous proposerai peut-être un article sur le lien ténu entre les comptines de votre enfance au sous-texte très sale et le glam Metal et ses sous-entendus… Hé, hé, hé…

    Vanité (de Champaigne) — Wikipédia

    *

    Je vous parlais plus haut de poésie et faisais un parallèle entre le fait que la vie soit courte et celui de « cueill[ir] dès aujourd’hui les roses de la vie » (encore Ronsard mais cette fois pour draguer Hélène [et non Sophie] de Fonsèque, fille d’un baron, après avoir fait de même avec Cassandre Salviati, fille d’un banquier italien…) Je pourrais donc vous citer directement une autre locution latine, Carpe diem, des « Odes » d’Horace, poète romain antique et aller sur le terrain du cinéma en m’attelant au « Cercle des Poètes disparus » de Peter Weir (avec les jeunes Ethan Hawke et Robert Sean Leonard, mais aussi Robin Williams dans un de ses meilleurs rôles, inspirant ou polémique selon le point de vue, surtout celui des pédagogues qui débattent encore maintenant, s’en inspirant ou le conspuant à souhait, de son opportunité), voire, pour revenir sur le cycle éternel du « Roi Lion », vous inviter à chanter « Hakuna matata », ce qui n’est pas évident quand on n’a pas une mangouste et un phacochère à proximité. Eh bien, non, que nenni : je vais vous parler de « Memento », le film qui a révélé Christopher Nolan. Qu’il en ait conscience ou pas, Nolan est très inspiré par l’Antiquité et particulièrement la tragédie et le péplum ; vous pouvez chercher, pas de comédie à son actif mais toujours des structures de tragédies grecques dans ses films, voire la mythification du héros/gladiateur dans l’arène (regardez la trilogie Batman) ancrée dans le contemporain et dans l’air (comme l’ère) de son temps. Le carré Sator qui sert de base à son « Tenet » est aussi éloquent, une référence à Pompéi. Mais puisque c’est « Memento » qui nous intéresse présentement, faisons un petit décryptage rapide ; en effet, le lien est direct avec la traduction de la locution puisqu’on connaît la fin dès le début. La spécificité de ce film, c’est son montage, à rebours : on connaît la fin et l’intrigue repose sur l’origine et les questions trouvent leur réponse avec non la fin du film (puisqu’on la connaît déjà, je ne spoile même pas) mais le début ; les « Qui ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ? » ne seront résolus qu’au début… enfin à la fin… Bref, vous avez compris, je pense. L’intérêt ici est de faire une allégorie avec les pertes de mémoire du protagoniste (Guy Pearce, très bon aussi dans ce film) obligé de se tatouer des reminders, aussi appelés memento (pour se souvenir) et la proximité permanente et incohérente dans sa situation initiale avec la mort. Je pourrais tout à fait reporter cette analyse sur son « Interstellar » qui traite aussi, en seconde lecture du Memento mori, avec son protagoniste (interprété par Matthew McConaughey) qui cherche à comprendre le début et la fin tout en sachant qu’il va/doit mourir, avec cette perpétuelle notion du temps qui passe, chronométré jusqu’à la BO de Hans Zimmer mais restons dans le sujet initial.

    Memento en Blu Ray : Memento - AlloCiné

    *

    Vu qu’on est dans le domaine des arts visuels, parlons de photographie. Quand j’étais gamin, la photo ci-dessous m’avait pas mal fait cogiter : elle ornait l’intérieur de la porte des toilettes chez mon père ; les chiottes, ce lieu propice à la réflexion sur l’être et le néant, la nausée puis les mains sales, clairement le spot pour philosopher dans la posture du « Penseur » de Rodin. Quand on est gosse, on réfléchit souvent à la mort (dixit les psys, c’est l’âge qui veut ça, la fameuse question enfantine du « toi aussi tu vas mourir ? » et « c’est quoi mourir ? »). Cette photo a ceci d’intéressant que, même si j’y voyais un brûlot politique (très clairement anti guerre du Vietnam), je pense que c’était surtout le « memento mori » paternel qui s’y cachait car par-delà la question, ce « pourquoi ? », il y a surtout l’idée que cette anonyme photo, comme toute photo d’ailleurs, arrête net le temps : ce soldat EST mort, on le sait, sa chute est annoncée, c’est déjà une nature morte avant de toucher le sol… C’est aussi « le choc des photos », ce temps figé qui est à lui seul un « memento mori ». C’est aussi ce qui est important et nécessaire dans le témoignage des reporters de guerre qui, eux aussi, vivent perpétuellement leur Memento mori (c’est le contrat tacite avec leur profession) : quelque biaisé et subjectif soient-ils, on tombe inéluctablement sur du factuel dans l’image. Tel une miss France, je suis contre la guerre mais, vu que c’est la nature humaine de vouloir aller déféquer sur le terrain du voisin avant de chercher à agrandir le sien, autant que les Arts s’en mêlent au préalable.

    WHY ? VIETNAMAffiches anciennes par ANONYME ANONYM

    *

    Comme je tarde sciemment à le faire, je vous vois déjà venir, grommelant et arguant que « Memento mori, c’est un webzine musical et metal d’abord ! Qu’est-ce qu’il nous prend la tête avec ses trucs de ieuv qui parlent pas de notre musique ?! » On se calme ! Oui, toi aussi, là-bas au fond : j’y viens… Je vous gardais le « meilleur » pour la fin : la Musique… Alooooors… Depeche Mode et son album de 2023 ? Nooooon… Le morceau de Lamb of God ? Le groupe de Metalcore suédois Memento Mori ? Hmmmm… Pourquoi pas… Mais non, tiens : parlons de « Memento Mori » de Architects. Quand un Freddy Mercury agonisant chante la chanson la plus noire du répertoire de Queen, « The Show must go on », personne, auditeurice, ne lit le sous-texte de son SIDA en phase très avancée voire fatale… Ce morceau de Architects, c’est le “show must go on” de Tom Searle, guitariste du groupe, atteint d’un cancer en phase terminale… Un ton général qui passe du déni à la colère au marchandage à la dépression pour finir sur l’acceptation, des paroles qui fleurent bon l’espoir, le tout étendu sur huit minutes. Un chant du cygne (pour citer littéralement les paroles) à l’instar de celui de Freddy Mercury. Ironique ? Hmmmm ? Bref, enjoy en cliquant sur le lien ci-dessous :

    *

    Voilà, un petit article en cinq visions artistiques différentes comme les cinq étapes du deuil. Mon message est le suivant : profitez que vous êtes encore vivant pour lire de la Poésie, aller à des expos photos, des galeries, mater des films, des photos, écouter de la musique… « Aimons nous vivants, n’attendons pas que la mort nous trouve du talent » … parce que vous ne savez pas si le soleil va se lever ou même si vous aurez l’occasion de le voir. Je vous souhaite donc une bonne soirée en vous rappelant que l’essentiel sera que demain soit un nouveau jour.

  • Chef d’œuvre?

    Chef d’œuvre?

    Qu’est-ce qui fait qu’une œuvre est ou devient un chef-d’œuvre ? Vous avez quatre heures ! Nah, je déconne, vous avez bien plus de temps… C’est une nouvelle énième réflexion que je me suis faite en réécoutant un album « oublié » depuis un moment sur une étagère de ma discothèque (pas de boule à facettes, tu peux rentrer même si t’as des baskets…)

    Pourquoi cette question, me direz vous (et je vous remercie d’avoir posé la question) ? Parce que ce CD, cet album redécouvert EST un chef d’œuvre ! Pardi ! Mais surtout parce que personne n’est à l’abri de tomber sur un chef d’œuvre, de ressentir ce petit truc en plus que n’ont pas d’autres œuvres. Pour éviter de me disperser, je ne vais traiter présentement que de cet aspect dans le domaine métallistique, puisque cette notion pourrait s’étendre à toute autre forme artistique, selon les affinités bien sûr. Tout comme moi, j’imagine que vous ne vous bornez pas à n’écouter que du metal ou qu’un seul genre voire sous-genre de metal. Inéluctablement, cette (petite) dissertation, pas du tout au format thèse-antithèse-synthèse pour les lauréats de Khâgne qui pourraient se perdre dans cette logorrhée hasardeusement, sera éminemment subjective, vous vous en doutez, puisque l’Art en lui-même EST subjectif, le Beau EST subjectif ; quant à l’objectif, à défaut d’objectivité, de ce laïus, à part occuper votre temps de cerveau disponible, user votre forfait internet et avoir des anecdotes à raconter aux copains, c’est aussi de vous aider, peut-être et en toute mesure et humilité à trouver VOTRE chef-d’œuvre, si ce n’est pas encore le cas… parce qu’on n’est jamais à l’abri.

    Déjà, je vais de suite annihiler cette notion temporelle des « quatre heures ». Pourquoi ? Parce que malgré l’intemporalité relative du chef-d’œuvre stricto sensu, vous avez le temps d’en voir venir, voire d’en découvrir dont vous ignoriez l’existence, au hasard d’une playlist random sur votre plate-forme d’écoute préférée ou parce qu’une connaissance vous l’a suggéré « et on sait jamais… » Et puisque la vie « c’est comme une boîte de chocolats », je vous souhaite une bonne crise de foie, et plus d’une fois !

    *

    On va commencer par le chef-d’œuvre « parce que c’est un chef-d’œuvre ! », vous savez celui que tout le monde aime et qu’il faut absolument que vous aimiez en ponctuant de « on a-dore ! ». Ou « on va-lide ! » selon votre entourage et son empreinte carbonée dans le monde des fashionistas. Est-ce vraiment un chef-d’œuvre auquel vous êtes exposé ? Probablement, mais le fait qu’on vous l’impose comme tel n’aide pas forcément à l’interpréter comme tel parce qu’il dépend surtout de votre place et rôle au sein du groupe et n’amène pas à faire jouer votre libre arbitre. Le nombre de fois où j’ai entendu « tu ne peux pas ne pas aimer » ou « ça va forcément te plaire, c’est tout toi ! », bah… en fait, si : ça ne me parle pas et, finalement, peut-être que tu ne me connais pas autant que tu penserais (un peu comme les cadeaux qu’on fait à Noël en se faisant ce même genre de réflexion biaisée par le fait que si ça nous plait, on pense que ça va plaire à l’autre, influencé(e) par notre propre affect… et qui finissent direct sur BackMarket, Vinted ou pour les boomers, Ebay, dans la catégorie « canards »). C’est d’autant plus ballot quand tu ne cherches qu’à faire plaisir, mais finalement à qui : à toi parce que ça a fait/aurait dû faire plaisir, ou à celui à qui était destiné ledit cadeau ? Bref, possibilité d’échec certaine du forcing, comme toutes les fois où chacun d’entre nous s’est efforcé pour faire plaisir quand c’est contre sa propre nature, pour appartenir au groupe, à la tribu, au couple pourquoi pas – je vous invite à (re)lire Bourdieu et réfléchir Sociologie au cas où, ça remet des choses en place quand on voit et pense à ce qu’on fait pour appartenir à un groupe, ce qui dans notre cas métalleux peut aller d’un extrême à l’autre depuis payer son cul devant les caméras de Quotidien jusqu’à sacrifier des vierges sur un autel parce que Satan l’a exigé poliment, dans le respect de la personne humaine (bon, on n’en est peut-être pas à ce niveau-là mais la team Mayhem a des anecdotes croquignolesques de trucs bien cringe à son actif, si vous avez la flemme de vous taper leur bio officielle, regardez celle pas mal romancée dans Lords of Chaos).Par-delà l’influence de la tribu, il y a aussi et surtout celui qu’on vous conseille sans vous forcer la main et qui s’avère devenir « votre » chef-d’œuvre malgré tout. Chez Memento Mori (et d’autres ‘zines aussi, hein, pas de sectarisme), on vous propose des chroniques subjectives, sans vous forcer à écouter (putain, j’ai l’impression d’être un VRP qui fait sa com’) et, sait-on jamais, vous offrir la possibilité de découvrir ce chef-d’œuvre… Ça m’est arrivé plus fréquemment de découvrir des pépites par ce biais… le hasard… le « on sait jamais » … Pour ma part, je vais revenir sur une découverte marquante, le groupe de Death Mélo Mors Principium Est, découvert parce qu’un gratteux avec qui je devais – et ça n’a pas pu se faire – bosser l’avait lui-même découvert par hasard et avait oublié un CD gravé dans mon bureau (acte manqué ? je ne saurai jamais et OSEB), celui de l’album Inhumanity… Une tarte ! Boudiou, c’te tarte ! J’écoutais pas mal de choses diverses et variées, avais déjà quelques chefs-d’œuvre dans ma besace d’auditeur mais mon conduit auriculaire est passé en état de turgescence… donc naturellement envie d’en découvrir davantage, achat du VRAI CD (parce que c’est sympa d’aider les petits artisans en les finançant), puis de son prédécesseur, Pure, lui-même excellent… et on arrive à ce que je considère comme leur chef-d’œuvre, Liberation = Termination. Autant j’ai du mal avec le concept de perfection, autant je le trouve parfait : une teinte particulière, une carritude exemplaire, un juste équilibre de brutalité et de mélodie, de saturation et de clarté… une sorte de Caravage metal dans sa claire-obscurité. D’autres groupes possèdent également ces caractéristiques (je pense à Fleshgod Apocalypse, qui a été également une bonne baffe d’une main italienne gantée de velours et d’acier dans ma tronche, particulièrement Agony et Labyrinth, voire King puis ça s’est affadi) mais pour moi, cet album reste inépuisable malgré le fait que je l’ai sur-écouté. Et même si son successeur, And Death Said Live (dont je parlerai plus bas), est d’une qualité également excellente, il n’arrive pas à un tel niveau de grandeur selon mes normes.

    D’ailleurs ! Il y a aussi le chef-d’œuvre qu’on (re)découvre perpétuellement, avec des petits détails insignifiants et qui pourtant se dévoilent encore à votre oreille malgré le fait que vous ayez poncé l’album de long en large… et pourtant… Ça tombe tellement « sous le sens » que certains albums sont des chefs-d’œuvre, des albums qu’on a usé jusqu’à la corde au point que le saphir de la platine saigne encore des croches-deux-doubles (je dis ça parce que je pense à The Number of the Beast et le « tagada » maidenien, on pourra en reparler plus tard parce que ça cumule les qualités, même pour les aficionados de la mauvaise foi et leur « c’est surcoté ») et malgré tout, en réécoutant, on trouve une nouvelle subtilité, même au bout de l’ixième écoute, une harmonie, une respiration qui ajoute une émotion, que sais-je… Je vais prendre l’exemple tout récent (pas plus tard qu’il y a une heure) du Operation : Mindcrime de Queensrÿche. Encodage oblige parce que plus de lecteur CD dans les voitures actuelles, je me le suis mis dans ma looooongue liste de « tiens, je vais mettre ça sur ma clé USB pour la route ». Et alors, redécouverte ! Il va de soi que malgré l’affect « chef-d’œuvre » qu’il avait déjà pour moi et malgré la kyrielle d’écoutes plus ou moins successives, j’ai noté de nouveaux petits détails insoupçonnés alors que, pourtant, je pensais l’avoir épuisé au fin fond de mon conduit auriculaire. Un soupir de Geoff Tate, une ghost note dans un fill de batterie qui change un élan, un phrasé mélodique initié par un bend et… ça me confirme ce que j’en pensais préalablement : chef-d’œuvre.

    Est-ce que, finalement, le chef d’œuvre ne serait pas celui dont on ne se dit ou ne se dira jamais « j’aurais pas fait comme ça ! » ? Dans lequel on considère qu’il n’y a rien à jeter ? Ça fonctionne notamment pour les concept albums, comme le Crimson Idol de WASP, ou le Symphony of enchanted Lands part II de Rhapsody. Au risque de faire une généralité voire une banalité, il vaut mieux qu’un concept album soit bien chiadé, même s’il y a des instants moins intenses que d’autres, des respirations dans le rythme ou l’avancée de l’histoire… Ça doit s’équilibrer, évidemment et nécessairement, mais c’est un réel effort de composition et de réflexion de sa propre œuvre comme un tout. [NB : je défends et défendrai toujours le CD ou Vinyle parce que le mode de consommation au format single actuel fait qu’un album devient un enchaînement et plus une entité propre, avec ses transitions piste à piste, tout se perd, que voulez-vous…] Dans ces deux exemples, on se trouve face au travail de composition qui semble le plus abouti car réfléchi, à la manière d’un compositeur de l’époque Romantique, avec des leitmotivs et des thèmes récurrents, des plages ambiantes, des récitatifs et des narrations comme auraient pu le faire des Wagner, Verdi ou Prokofiev. Même si beaucoup d’albums fonctionnent sur un « simple » enchaînement de morceaux [je mets ce terme entre guillemets parce que l’équilibre d’un album est toujours précaire, surtout s’il n’est pas réfléchi comme un tout], l’atout de création artistique que suppose le concept album, c’est son entièreté. Mon contre-exemple serait (et malgré toute l’affection voire l’adoration que je lui porte, entre autres pour la nostalgie de réentendre la voix de feu Andre Matos) le Avantasia premier du nom de Tobias Sammett, excellent album/opéra metal mais auquel il manque cette conception totale, cette vision d’ensemble qui aiderait à appréhender l’œuvre comme un tout indissociable et pas une piste excellente, puis une autre un peu moins, puis une autre, puis une autre (ad lib).

    « Des fois, on croit que c’est les bons gens… et en fait, c’est pas les bons gens… » (Kyan Khjandi) Il en va de même pour le chef-d’œuvre : des fois on croit que c’est un chef d’œuvre mais en fait non, mais quand même, et on le défend parce qu’on l’aime bien quand même aussi, avec une dose plus ou moins assumée de mauvaise foi ou de démonstration scientifique, voire de circonstances atténuantes. Tout comme on peut trouver d’une laideur incroyable un Guernica de Picasso mais comprendre le pourquoi du comment en contextualisant et se rendant compte que la force de l’œuvre est sa laideur pour traiter de la situation (dé)peinte, on peut se faire défenseur d’un œuvre, voire d’un chef-d’œuvre, qui nous parle très personnellement parce que… sons sens… sa signification… l’échec à exprimer du Beau mais la réussite à le faire dans l’erreur ou l’imperfection. Je parlais plus haut de And Death said live de Mors Principium Est ; cet album est loin d’être mauvais, pire il est même très bon et sa hargne et sa haine et sa solidité tiennent au fait que le groupe a partiellement splitté après Liberation… ce qui est peu ou prou relaté dans le morceau d’ouverture « Departure », avec sa dose de fiel nécessaire. Si on vous a fait croire que seuls les sentiments positifs peuvent faire accoucher d’une œuvre voire d’un chef-d’œuvre, remettez en question cet axiome : Les Fleurs du Mal ne sentent pas la rose mais la Charogne, et cet album sent la rancœur et la rancune, ce qui en fait une œuvre avec un ton très différent, pas loin du chef-d’œuvre mais avec ce petit manque lié à l’impulsivité qui anéantit la capacité de recul. Peut-être que les membres du groupe, auteurs de cet album, se diraient eux-mêmes que ce « j’aurais pas fait comme ça, avec le recul » était de bon aloi. Malgré ceci, je continuerai de défendre aussi cet album parce que cet état d’esprit en fait un album à part dans leur discographie et, à défaut d’égaler le précédent, vaut quand même son poids en excellence et en satisfaction. Dans la continuité de cette approche « je prends la défense », on va parler d’un groupe qui me parait pas mal bipolaire (du moins son leader assurément) : Machine Head. Et je vais faire le focus particulièrement sur Catharsis, le mal aimé, à tort ou à raison en tout cas je vais vous expliquer pourquoi je le soutiens, sans mauvaise foi et pourquoi, sans être un chef-d’œuvre pour moi à proprement parler, il tient une place spéciale. Car en effet, il y a des raisons de ne pas aimer cet album décousu, qui passe du phoque à l’âne, qui semble ne pas avoir de ligne directrice, d’une direction artistique bancale voire d’une production inégale… Bah oui mais se trouver face (ou pas) à un chef-d’œuvre, c’est aussi se demander pourquoi. Pourquoi on arrive à ce résultat, pourquoi l’auteur en a fait ce démiurge, cette créature difforme quand il avait l’habitude de quelque chose de plus cohérent, comme si Monnet était passé de son Impressionnisme usuel (et avec sa myopie et sa future cataracte… escroc !) à du Réalisme des plus pointilleux et tatillons sur le sens du détail (merci Zeiss pour sa correction optique). J’ai fit parti du peu de personnes qui ont défendu Catharsis parce que ça m’a semblé bizarre… inhabituel… incohérent… et pourtant, si on regarde le contexte, et même le titre de l’album, on comprend ou finit par comprendre où voulait aller Rob Flynn ; c’est sa propre catharsis, sa séance de psychanalyse qu’il a partagé, et tout l’album prend une couleur différente et même prend sens, de l’alpha à l’oméga, comme une sorte de Requiem avec son Introit, son Dies Irae, son Lacrymosa et pour finir, son Libera me…

    *

    Ça va vous paraitre d’autant plus étrange que je défende Catharsis juste au-dessus quand je vais parler d’un autre album, de Machine Head itou, qui fait partie des chefs-d’œuvre que je qualifierais de « tardifs », AKA « l’album de la maturité ». Techniquement, c’est censé être le troisième album, running gag d’intervieweurs… J’imagine que, de toute façon, on ne peut vraiment faire le point que quand arrive ledit point, celui final, celui qui signe la terminaison, l’achèvement d’une vie, le « the end » d’une carrière… Que nenni ici puisque c’est, pour moi, Unto the Locust, septième (!) album, qui tient cette place dans mon petit cœur (de) fragile fait d’alliage (celui de métal, hein, pas le boys band) It ain’t ironic ? Oui, en effet, c’est d’ailleurs ce qui est intéressant ; je reviens sur The Number of the Beast évoqué plus haut, troisième album donc de Iron Maiden et qui tient lieu de chef-d’œuvre, ordre que je pourrais reporter à moults groupes de Metal (Metallica et son Master of Puppets, Slayer et son Reign in Blood, Guns n Roses avec les Use your Illusion, Megadeth avec… ah non, merde, ça marche pas : Rust in Peace, c’est le quatrième…) A l’instar de NumberLocust contient tout : un équilibre, une patte, un son, une qualité, une réflexion d’ensemble, un savoir-faire, du talent… de la maturation voire de la maturité. Si l’âge n’attend pas le nombre des années (ou celui de la Bête… lol), il fluctue inévitablement en fonction des décisions ou choix avec un impact variable sur l’avenir voire la longévité d’un groupe… et probablement qu’on est passé à côté d’une multitude de chefs-d’œuvre à cause de ces choix approximatifs… et Machine Head en a faits… et a réussi à pondre CE chef-d’œuvre, probablement le plus abouti de leur carrière – même si Bloodstones and Diamonds est une pépite, je le place un peu en dessous du piédestal.

    Il va de soi que je n’aurai pas abordé le sujet en profondeur, limite seulement effleuré ou survolé, en me servant d’exemple personnels (et subjectifs, en toute logique) mais, bon… votre temps de libre est une chose, en perdre quand on a suffisamment de clés pour continuer son intime réflexion est fort inutile. Aussi, et pour finir – et pour contrer aussi ce raisonnement dont je vous abreuve depuis plusieurs lignes voire pages… et aussi parce que la contradiction avec soi-même apporte du sel à sa propre réflexion –, je vais donc aborder une ultime question, que chacun peut se poser vis-à-vis de sa propre consommation [qu’est-ce que j’exècre ce terme !] de musique, metal en l’occurrence : le « chef-d’œuvre » qui s’use à force de trop l’écouter, dont on a fait le tour, est-il vraiment un chef-d’œuvre ? Je vous invite à consulter un autre de mes très (trop ?) longs baratins sur la notion de péremption d’un groupe et/ou sa musique, son œuvre. Est-ce qu’on ne continue pas à aimer et porter aux nues une œuvre dont on s’est convaincu de sa qualité inaliénable de « chef-d’œuvre », avec son préfixe bien marqué et affirmé, comme on continuerait d’aimer la personne avec qui on est depuis des années parce que « c’est plus de la passion mais de l’affection, les relations changent » ou cela amène-t-il à revoir sa façon de considérer l’amour, l’adulation, l’affection et les remettre à leur niveau hiérarchique sans pour autant les dénigrer, dans la perfection de leur imperfection (coucou Painkiller, album parfaitement imparfait de Judas Priest), avec ces petits défauts qui font leur personnalité – voire forgent leur statut de chef-d’œuvre – tout comme la femme de Robin Williams dans Will Hunting et ses pets, le détail le moins intéressant mais le plus mémorable d’une vie, et qui fait qu’on glorifie un album comme un enfant qu’on aurait soi-même fièrement porté ?

  • Péremption

    Péremption

    Puisque l’Art est devenu un produit de consommation, j’en suis venu à la question suivante : y a-t-il une DLUO, une DLC… voire une date de péremption ? Une réflexion d’ensemble qui m’est venue ces derniers jours en étant obligé d’encoder des CDs parce que… bah parce que pas le choix, en fait…
    « Haaaan mais naaaan t’abuses, c’est pas vrai, c’est pas de la consommatioooon… » Bien, bien, bien… attaquons dans le vif du sujet. Au-delà des grandes réflexions philosophiques sur la subjectivité de l’art, du beau VS l’esthétique et autre sujet qui pourrait éventuellement tomber au bac, je vais commencer liminairement par la définition de ma prime affirmation : l’art est un produit de consommation, du moins le serait devenu. Nombre de personnes se revendiquent « artistes », ce à quoi je réponds (au même titre qu’on m’a déjà affublé de ce qualificatif) « non, je suis/tu es soit un artisan, soit un pratiquant d’un art ». Déjà par modestie ou humilité, si l’on considère que l’Art, ou du moins LES ARTS sont quelque chose qui t’élève et non qui fait que les autres t’élèvent, voire t’érigent sur un piédestal. Ensuite parce que c’est un peu comme la notion du Bonheur, avec un grand B comme… bref… Comment savoir qu’on a atteint le bonheur, tout comme comment savoir qu’on est artiste ? « Tu sais créer ? Super… donc ton truc est tout nouveau tout beau jamais vu jamais entendu ? » Bah… non, déjà tu es bercé d’influences diverses et variées, de par ta culture (ou ton accès à celle-ci, et plus elle est diversifiée et tu es rusé, plus tu peux dissimuler ces références… sauf si tu cherches à ce que ça se voit). Et puis, pour ne parler que Musique, « y a 12 demi-tons, après quelques millénaires, on risque de tourner en rond » … ou de redonder… ou de faire du remake… ou… Non, en fait, tu crées soit du « contenu » pour citer la génération RS/Youtube, soit tu repompes et adaptes… Pour ne parler que Musique, Euterpe ne se sent pas vénérée et adulée quand tu fais une reprise de « Zombie » ou que tu arranges « Le papa Pingouin » à la sauce deathcore… D’ailleurs… pourquoi ou pour quoi tu le fais ? Ne le fais pas… vraiment…
    Arrivé à ce point (que j’ai tenté de ne pas étendre sur douze pages ou je ne sais combien de caractères), et après avoir déjà vexé une partie des lecteurs qui se considèrent comme « artistes », les autres, ceux qui ont du recul ou ne sont pas « choquééééés » par mes propos de « okééé, boomer », vous pouvez rester et disserter avec moi ; venons-en au fond de ma question : la péremption et sa date limite… et est-ce qu’on peut considérer qu’il y en a une.
    Évidemment, on va parler metal, un peu plus tard – c’est un peu le topic général de Memento Mori Webzine – mais pour faire des similitudes entre arts, allons vers un autre qui me parle : le cinéma. Quel réalisateur/metteur en scène/scénariste voire acteur ne fait pas de copier-coller de ses actes passés ? On nous parle par exemple ces derniers temps de « super hero fatigue » … bah, oui, mon gars : à la longue, c’est un peu toujours la même formule ! Là, je prends un exemple de grande consommation, puisque c’est l’objectif commercial tellement peu dissimulé, mais prenons d’autres membres de ce milieu. Un Besson ne ressemble-t-il pas à un autre Besson (un taxi, une baston d’arts martiaux avec des mecs pseudo badass qui marchent au ralenti, une nana qui se transforme en… bah en ce que vous voulez, même en clé USB s’il le faut) ? Un Cameron ne ressemble-t-il pas à un précédent Cameron (avec de la technologie upgradée, certes, mais comparez le scénario d’un Terminator et d’un Avatar…) ? Nicolas Cage ne fait-il pas du Nicolas Cage (à outrance parfois, cf. « Un talent en or massif ») ? Il y a une recette évidemment, qui marche, forcément… mais à la longue… qu’est-ce que ça apporte (à eux créateurs comme nous spectateurs/auditeurs/lecteurs) et est-ce nécessaire de continuer à le perpétrer et perpétuer au point de tomber dans ses propres stéréotypes voire d’en devenir un… ? On pourrait parler aussi de cette même dénomination de « l’industrie du cinéma », pas au sens « qui engage plein de corps de métier » (que je respecte chacun dans ses qualités du plus bas au plus haut de l’échelle, c’est-à-dire avant le producteur) mais qui fait un film non pas pour créer une œuvre mais pour faire du rendement (logique majors : si tu ne triples pas le coût de production, ton film est un échec… commercial), allant jusqu’à désacraliser le lieu de (re)présentation de ladite œuvre, la salle de cinéma (siège confortable, grand écran, colorimétrie respectée, son 7.1 pour plus d’immersion) au profit de ton salon avec une plateforme de A à Z (ton canap’ plus ou moins dans un état sanitaire correct, ton popcorn en sachet réchauffé au micro-ondes parce que flemme d’en faire un vrai, ton écran plat au contraste fadasse, ta barre de son achetée en fonction de ta capacité financière, avec une qualité très variable et au détriment de tes connaissances d’expert-ingénieur-son qui sache…) parce que « tu comprends ça coûte moins cher… et puis faut se bouger… » En effet, se faire un cordon bleu Père Dodu, c’est moins contraignant que de se préparer une petite bouffe avec une recette sur Jow… quant au rapport qualité-prix, à chacun de calculer…
    Le monde métalleux est un perpétuel et infini paradoxe. Pour ne citer que le premier, le crédo, « on en a marre que le genre de ne soit pas reconnu ou bashé… mais on ne veut pas qu’il devienne mainstream et commercial ! » Les groupes, les artisans, les diffuseurs, le monde metal est confronté perpétuellement à ça : on veut de la nouveauté voire du changement… mais sans que ça change… Et sur ce même modèle que celui évoqué ci-dessus du cinéma, qui ne « consomme pas » de la musique sur Youtube, Bandcamp, Deezer, Spotify, etc. ? Qui ne préfère pas (/plus) le format numérique parce que « le CD, c’est chiant, ça prend de la place, et je peux plus le mettre dans ma voiture ? et pis en plus, j’ai trouvé un Torrent où je peux avoir mes albums gratos, donc…» Oui, oui,… mais ton CD/vinyle/autre support physique, bah, c’est de nombreux corps de métiers qui sont éradiqués aussi, du gars qui fait l’artwork, le livret, à celui qui se prend la tête à te faire un boitier particulier, en adéquation avec la thématique dudit album, de l’auteur ou du compositeur qui t’explique partiellement sa démarche artistique dans ce même livret voire y cache des easter eggs… tout ce qui propose un semblant de créativité est estompé voire oublié pour faire du chiffre et de l’économie d’échelle. Le cynisme est poussé des fois très loin puisque l’« artiste » est même obligé de sur-créer quitte à en devenir insipide et médiocre pour pouvoir vivre de son art ; je ne pourrai que m’extasier des années durant en évoquant les propos tenus il y a un (petit) moment par le boss de Spotify à qui les créateurs reprochaient de ne toucher que 0.000041 centimes sur une écoute d’un morceau quand lui se fait des nouilles encore : celui-là même qui a répondu « bah… vous avec qu’à créer davantage… » Eh oui, quand tu ne vas pas au concert, que tu ne prends pas de merch, un CD ou autre goodie, ton groupe préféré s’assoit sur sa capacité à toucher de l’argent pour créer de nouvelles œuvres ou encore, soyons fou, simplement bouffer… et se retrouve dans ce cercle vicieux : si tu veux en vivre, faut que tu vives pour ça, et tu seras pas franchement aidé ni par au-dessus ni par en-dessous…
    Qu’est-ce que vous aimez dans un groupe metal ? Son identité ? Son incarnation ? Son « son » ? Qu’est-ce qui fait qu’un groupe doit être considéré comme « artiste » et jusqu’à quel point, en gros jusqu’à quand ? Est-ce qu’un groupe/musicien qui n’a fait qu’un album exceptionnel n’est pas un artiste ? Est-ce qu’un groupe qui fait toujours la même chose reste un « artiste » ou un artisan/appliquant/stéréotype ? A contrario, est-ce qu’un artiste qui se renouvelle au péril de sa notoriété reste un artiste ou n’est soumis à cette catégorisation que par le nombre de ses fans/followers ? Oui, ça fait beaucoup de questions d’un coup mais toutes corrélées et dont les liens se tissent et s’entrechoquent parfois, ou plutôt souvent.
    *
    DLC, date limite de consommation ; DLUO, date limite d’utilisation optimale ; péremption, c’est foutu, tu peux jeter… J’utilise à dessein ces termes de l’agro-alimentaire. J’en ai parlé plus haut : que reste-t-il des arts si ce n’est une industrie non pas liée au beau mais au bénéfice financier ? Même ceux qui souhaitaient ou souhaiteraient devenir « artistes » sont piégés dans ce choix microcosme (mais liberté et créativité au prix de l’underground et la méconnaissance les plus totales du péquin) versus macrocosme (exploitation d’un filon et plein de fans parce que plus de diffusion mais à quel prix ?), avec un complexe du Messie plus ou moins prononcé.
    Entendons nous bien : je ne jette la pierre sur personne, quel que soit le choix de celui qui fait que vous entendez des sons qui vous plaisent et vont titiller votre tympan. Mais vous, lecteurs, et donc auditeurs, qu’est-ce que vous en attendez, de facto ? Une copie d’un truc que vous aimez bien ou quelque chose qui vous surprenne, pas forcément au niveau d’un syndrome de Stendhal, mais qui vous sorte des sentiers déjà tellement battus que les ornières du niveau de celles d’un tracteur ne permettent même plus de circuler sans s’enliser ? Les groupes aussi sont confrontés à ce questionnement entre « est-ce que je le fais parce que ça me plait ou est-ce que je le fais pour plaire ? » et tombent inévitablement dans l’Ouroboros « besoin de de fric > besoin de vendre > besoin d’acheteurs… pardon, auditeurs/fans > besoin de publicité [ad lib] » et donc comment rester créatif quand tu sais que l’épée de Damoclès va te tomber sur la tronche selon le parti que tu prends entre faire ce qui fait/a fait ton identité, te renouveler et faire ce qu’« on » attend de toi… surtout avec un public qui est lui-même bipolaire. Est-ce qu’on attend d’AC/DC qu’il fasse autre chose que du AC/DC ou est-ce qu’on ne va pas leur reprocher de faire du AC/DC ? Pourquoi Iron Maiden ne joue quasiment que des anciens titres qui ont fait sa renommée au lieu de nouveaux, même quand ils viennent de sortir un album ? Est-ce qu’un Rammstein qui irait flirter avec Universal plutôt qu’un label qui ne lui mettrait pas un cahier des charges XXL dans les pattes peut redevenir ce qui a fait du Rammstein et pas ce qui va faire vendre DU Rammstein pour alimenter les comptes de Universal, quitte à perdre son intégrité ? Est-ce qu’un In Flames qui ferait du Metalcore ou un Metallica/Machine Head qui ferait du Néo Metal prennent des risques pour évoluer ou pour vendre davantage, avec la sanction de perdre leur auditoire, celui qui a apprécié leur identité musicale différente des autres ? Est-ce qu’un Dimmu Borgir passé chez Nuclear Blast va pouvoir évoluer (pas seulement dans les moyens technologiques… Coucou Æonian sans orchestre symphonique mais avec des banques de son compressés) ou péricliter ?
    Évidemment, dans cette réflexion générale, je ne vais évoquer que les groupes déjà bien implantés dans la scène Metal, avec en sous-texte l’idée du recul sur sa place dans les Arts. Et pour continuer chez les « gros », est-ce que le recul sur son travail est possible quand tu as le nez dans le guidon AKA des tournées interminables avec des concerts à la chaîne au point que c’est ta seule vie, que chaque lieu porte un nom interchangeable au point que tu puisses te gourer puisque tu n’as même pas eu le temps de mettre le nez dehors pour voir à quoi ressemble la ville/le pays dans lequel tu vas jouer ? Est-ce que tu arrives encore ou as encore envie d’apprécier le soutien d’un public ou est-ce que c’est le seul lien humain qui te reste avec des personnes et leur degré de gratitude variable parce que par exemple, t’es claqué et t’as pas envie de faire un selfie et qu’on te dise « j’aime beaucoup ce que vous faites » pour la énième fois de la journée/semaine/mois, ce qui te sauve de la dépression dans laquelle tu vas t’enfoncer à force de ne plus surnager ? Comment un groupe peut avoir le recul nécessaire ou même le TEMPS de songer à de nouveaux morceaux, sans se copier-coller également, en étant le nez constamment dans le volant du tour bus ? Et aussi, LA grande question en tant qu’« artiste » : est-ce que j’ai encore des choses à dire ? Est-ce que je n’ai pas fait le tour ? Pour vous donner un exemple précis, je songeais à Arch Enemy (il s’agit d’UN exemple, je ne mets pas tous mes médiators dans la même poche) … Le groupe a commencé en faisant ce qu’on appellera par la suite du SwedDeath, en gros du Death Mélo suédois, un peu comme nombre à l’époque mais avec une petite patte spécifique, un mode de composition personnel, mais « comme les autres » dans la grande majorité. Puis arrive Angela Gossow au chant ; au-delà de cette particularité, le son et la composition évoluent et ils perdront bien évidemment les fans de la première heure parce que « c’est trop mélodique » … Mais, et c’est là ou je trouve cet exemple particulier : Angela Gossow « prend sa retraite ». J’imagine que Michael Amott avait encore des choses à dire et Alissa White Glusz prend la place de sa consœur au chant, dans un style vocal similaire… ce qui est inepte pour moi à l’époque, connaissant les capacités sous exploitées de la diva aux cheveux bleus du temps où elle exerçait dans The Agonist. Paraît alors War eternal, probablement pas le meilleur album du groupe même s’il contient pas mal de pépites mais il manque un truc, et ce malgré une évolution dans la forme (plus d’orchestre… donc trop mélodique pour certains, donc départ des autres fans). Les derniers parus sont pour moi assez insipides, Deceiver portant le nom le plus adéquat. Je les ai vus quelques fois, avec les deux chanteuses suscitées… mais pour les avoir vus lors d’un Hellfest, ma déception a été grande devant si peu d’interaction et l’impression de « date comme une autre » sans plus de contact avec le public, sans réelle part à l’improvisation… Péremption ou DLUO ou DLC, selon vous ?
    Il y a aussi les groupes qui vont essayer de surfer sur la vague et la corde nostalgique (disons celle de Mi, par exemple) … Les reformations de groupes, parlons en justement… Oasis se reforme ! Youhouuuuh ! Mais pourquoi ? Qu’est-ce qu’ils ont de plus à apporter ? Slayer pourrait se reformer ! Youhouuuuh ! Même question… Dans quel but ? Est-ce que vivre de leurs « royalties » n’est pas mieux que de tenter de revenir avec une image écornée par le temps, avec l’usure assurée du « Et merde, on va encore rejouer Wonderwall/Angel of Death ce soir, et avec une poker face en plus » dissimulée derrière une absence de communication avec le public présent ? Un Klaus Meine plus foutu de chanter juste son « Still loving you » mais qui le fait quand même, ou un Ozzy en déambulateur, est-ce qu’il ne valait pas mieux savoir dire stop avant et se contenter d’être des légendes plutôt que de retomber dans une volonté d’exister qui ne fera que montrer la déchéance ? Ou pire, une caricature… Certains groupes, pour faire une analogie avec Nicolas Cage dont je parlais plus haut, sont tellement devenu leur propre cliché qu’ils essayent de faire croire qu’ils l’ont fait exprès depuis le départ, « maaaaais non, on déconnait depuis le débuuuut… et pour le prouver on va se parodier à outraaaance ». Qu’un groupe spécialisé en parodie invite un voire des acteurs de genre stéréotypés (je pense à Nanowar qui fait un morceau Sabaton-like avec Joakim Brodén en guest ou un autre Rhapsody-like avec Fabio Lione en guest) est logique… mais qu’un groupe n’assume pas ce qui a fait sa notoriété, en infantilisant par ce biais son auditoire passe moins bien auprès de moi ; si je suis la logique, en écoutant du BM qui te parle de sacrifier des vierges blondes au nom du grand Cornu, j’aurais dû devenir sataniste premier degré ? Bah… non, je ne suis pas forcément influençable à ce point… ou j’ai du recul… ou je sais que tout ceci est un grand cirque et qu’il faut prendre de la distance, tout comme je ne vais pas devenir un pervers en matant un minou poilu de Courbet (Gustave, hein… pas Julien) … Finalement, est-ce respecter son public que de vouloir en faire trop ?
    *
    Mon objectif durant ce laïus n’est pas de faire un pamphlet, loin de là, mais d’exacerber vos talents de schizophrènes aux goûts changeants tel un chat qui voudrait « sorter » ou « rentrir » quand on lui ouvre la porte et vous proposer une réflexion sur le crédo Metal (voir plus haut), que je partage évidemment avec vous : on aimerait tous de la reconnaissance mais pas trop non plus parce que ça sonnerait faux. C’est un petit tour non exhaustif de pensées… Et je tiens à dire que j’aime les groupes dont j’ai parlé, tant qu’ils restent intègres, ce qui peut se ressentir même quand un groupe évolue dans son style. J’aurais pu citer bien des groupes, que j’aime ou ai aimés bien entendu et je respecte encore une fois leur choix tout en restant pragmatique ; je n’ai choisi que les plus marquants dans ma vie d’auditeur et de « suiveur » qui aime avoir ses madeleines de Proust mais n’est pas forcément passéiste, qui aime aussi être surpris en découvrant de nouveaux groupes (ça m’est arrivé encore récemment… c’est aussi ce qui fait que j’ai repris ma « plume » pour pondre les diverses bêtises que je vous narre sous couvert narquois de « je vous invite à réfléchir avec un max de recul »). Mais par-delà toute cette couche de blabla, et pour finir sur un point d’orgue, qui pourrait faire un autre long sujet de discussion : est-ce que le Metal n’a pas lui-même atteint sa date de péremption ?

  • Du metal en Slovaquie.

    Du metal en Slovaquie.

    Je dois être un peu taré, ou maso, voire les deux, mais quand on m’a dit « Hé ! Tu ne m’accompagnerais pas en Slovaquie ?! Y a des forêts, des montagnes, des ours, des Skoda, c’est près de la frontière ukrainienne, trop cool, blablabla… », bah j’ai dit oui…
    Bon, je vous passe les détails d’un mode de vie assez chelou : oui, y a des ours (dont un qui a bouffé quatre touristes trois semaines après mon retour, à un endroit que je suis allé visiter), y a des Skoda (avec les phares toujours allumés, qui roulent comme des barjots sur des sorties d’agglo qui passent de 50 à 130 km/h, pire que des immatriculés dans le Calvados), y a des gens bourrés à 17h (tout ferme et ils carburent à toute sorte d’alcool, autre que le calvados, eux), y a des trams de l’époque soviétique (avec un système de tickets assez sophistiqué pour le coup) à l’image des bâtiments, y a des MacDo qui font encore les trucs frits aux pommes (chacun sa madeleine de Proust) ; un mélange curieux de présent, passé et futur… Mais le réflexe que j’ai en visitant un pays étranger, c’est (dans l’ordre ou le désordre) bouffe, télé, musique/arts. Rien de mieux pour s’intégrer à une culture locale que d’appréhender son patrimoine et sa linguistique (elle aussi chelou, mélange de vocabulaire slavo-germanique et de déclinaisons latinos-germaniques).
    Au-delà d’avoir considéré l’histoire austro-hongroise du pays, mon intérêt était évidemment métallistique : un pays qui a retrouvé l’Occident depuis 1991 doit forcément avoir (essayé de) rattraper le temps perdu en danses traditionnelles, clichés des amateurs de Tintin et le Lac aux Requins et de vidéos Youtube lollantes assimilant Slovaquie et Bavière, avec tenues à bretelles/bermuda et accordéon. Tremblez, Bratislaboys !
    Alors, oui, il y en a une, qui copie, vire, plagie allègrement celle occidentale interdite durant la période du bloc URSS VS USA. On y trouve pêle-mêle un Scorpions/Poison/Motley Crue-like, un John Lennon slovaque (Miroslav Zbirka, à qui on a créé une mythologie et un packaging similaires), du BM, du Death, etc. Et, franchement, autant on peut rire des français qui ont tenté d’assimiler avec plus ou moins de succès le Rock puis le Metal en francisant tout, autant des Slovaques qui le font dans leur langue natale, ça donne des pépites un peu déroutantes, pas moins qualitatives (loin s’en faut) mais surprenantes, eu égard justement à la linguistique nationale.
    On passera évidemment à côté des nationalistes (dont je me fous royalement, sans être royaliste) qui cachent sous leur Metal Black ou Pagan ou Folk des relents un peu trop d’extrême droite dans un pays qui a mis à sa tête un président du même bord politique ; je vais davantage (vous ?) m’intéresser à la diversité de la scène et à des talents mal exportés selon moi.
    *
    Au regard de la scène généraliste et assez passéiste au final, le Metal, bien que présent, n’est pas si prégnant dans le pays. Pour exemple, les magasins de musique sont peu courants (on n’est pas dans la profusion du quartier Pigalle de Paris non plus, mais s’il y en a un par métropole, c’est déjà bien) et, quand on joue, pour tester une guitare, un riff plus ou moins connu ou technique, on te regarde comme si tu étais un guitar hero quand tu es, modestement, confirmé sans plus. Les disquaires (metal ou généralistes) sont rares également (pas de grande structure type FNAC ou Virgin), enclavés (en tout cas, là où j’étais, i.e. Kosice) et mettent beaucoup en avant leur(s) star(s) locale(s), légitimement, vous me direz. Pour vous dire, j’ai fait le chiffre – je pense – de la semaine du petit disquaire local, Peter Lenek, qui m’a longuement parlé de ses ancêtres bretons Laennec (ce sur quoi je l’ai maudit en l’enduisant de beurre salé et de chouchen) et qui m’a regardé avec des Euro €€€ dans les yeux quand je lui ai fourni ma liste de « je voudrais ça… non, non, que du slovaque en slovaque, je connais déjà Slayer… »
    Évidemment, fers de lance et têtes de gondole, deux groupes : Elàn et Tublatanka.
    Le premier étant davantage pop-rock-variété, je ne vais pas m’étendre ; je vous invite juste à aller écouter sur ce lien :



    Mais parlons de Tublatanka. Alors, oui, j’abusais un peu en parlant d’un mur pas totalement berlinois dans la musique occidentale ; les murs ont des oreilles et « les oreilles n’ont pas de paupière » (P. Quignard, La haine de la musique). Et les oreilles du groupe se sont tournées vers Iron Maiden, Scorpions et Van Halen, assurément.


    Fondé en 1982 et officiellement encore actif (enfin pas depuis 1992 environ), c’est un peu la fierté nationale metal.

    Depuis la fin de la Perestroïka, le panel de groupes de Metal, dans sa diversité, s’est élargi considérablement. Ce qui fait que je ne vais m’arrêter que sur certains qui correspondent soit à un sous-genre qui me convient soit sont de qualité subjective suffisante pour en parler.
    Sur la scène slovaque on trouve donc Lunatic Gods (Peter Lenek me l’a vendu comme « putain de trop cool » (sic) donc je lui ai fait ouvrir son tiroir-caisse), un groupe d’atmo BM avec la fameuse étiquette des bacs des années 90, décennie de son essor « Black/Doom/Death » qu’on trouvait dans les bacs des inclassables en grandes surfaces. Le groupe est toujours actif et a viré vers une espèce de Folk Metal teinté Death, assez éloigné du BM atmo de leur début, par le biais duquel je les ai découverts.


    On y trouve également mon favori, puisque Power Metal avec tonalités sympho : Signum Regis. Le groupe existe depuis 2007, quintette qui a signé son septième album l’an passé, Undivided, lui aussi a évolué d’un Power Metal (disons Speed melodic vu la période et l’état d’esprit) typé Gamma Ray/Stratovarius vers un gros Helloween/Hammerfall. J’avoue avoir une petite préférence pour Exodus ou Chapter IV : The Reckoning, plus sympho et speed, mais le dernier opus est de bonne facture, avec une prod digne du genre (Jacob Hansen, cœurs avec les doigts à toi).



    Dans cette même veine, on peut aussi noter RavenClaw (rien à voir avec la team Harry Potter, du moins je suppose), plus prog sympho avec des consonances Symphony X/Royal Hunt/Edguy, groupe adoubé par « Herr » Kaï Hansen (Helloween puis Gamma Ray). Bon… faut croire que les groupes aiment varier leur approche puisque depuis, on est davantage tombé dans le folk pouet-pouet Pirate Metal que la technicité précédente, à mon grand dam… Je préfère vous recommander Presage, nettement plus intéressant, à l’instar des groupes avec UNE bassiste (mais c’est mon côté mâle cis’ hét’ qui parle de concert avec Annie, qui elle aussi aime les cis’ hét’).


    Niveau mélodique, on a aussi April weeps, groupe qui est dans la trempe des groupes de « Metal à chanteuse » (ce qui ne veut rien dire si on compare, Epica à The Agonist ou Anneke Van Giersbergen à Maria Brinks). Bon, ici, on serait dans un mélange de Clémentine Delaunay et Vicky Psarakis par moments, sur des morceaux aux ambiances variées allant de plages planantes à de la grosse brutalité. Je vous recommande donc Cataclastic, présentement.



    Pour finir ce petit tour d’horizon tourné vers le levant, je vous propose celui dont le nom m’a le plus attiré à lui tant ça fait Wish/Temu de prime abord : Metalinda. Contrairement à son nom qui sonne comme celui d’un groupe de Thrash US qu’on ne cite même plus ni ne bitche gratuitement son batteur, on est ici face à du gros Rock Metal mélodique teinté Volbeat par moments, une sorte de gros foutoir fourre-tout qui passe de la power ballad au Johnny Hallyday et les orchestrations de Francis Lay, mais dans la langue de Janko Kràl’. En clair d’une piste à l’autre, on a diverses salles et ambiances allant du wall of death à son penchant calinou wall of love. Et comme je suis sympa, je ne vous mettrai que la version qui tape (gentiment, dans le respect de la personne humaine) son voisin.



    Voilà, j’espère avoir quelques instants fait glisser le rideau de fer pour vous apporter un peu de connaissances et de la variété. On ne sait jamais : si vous tentez l’expérience de Zdiar et son pont suspendu au-dessus des ours en espérant revenir entier, c’est que vous êtes prêt à affronter le gros son made in Slovakia. Et pis… allez faire coucou à Peter ; vous lui direz que vous venez de la part du chevelu fringué en noir… mwarf.
    Ďakujem, že ste ma čítali !

  • Essai –  Batman : Metal ?

    Essai –  Batman : Metal ?

    Réflexions de WvG

    Batman, qu’on le pense, dise, veuille ou non, c’est peu ou prou un membre de la famille Metal. Et quel metalleux serait incapable de fredonner le thème du Batman Series des 90’s composé par Danny Elfman pour le Batman de Tim Burton en 1989 (et repris, pour les moins connaisseurs, par Ultra Vomit sur Panzer Surprise) ?

    Si initialement le personnage de type « vigilante » créé par Bob Kane (et Bill Finger) en 1939 était pensé pour être « le plus grand détective du monde » (d’où sa place légitime dans le label d’éditions Detective Comics), un héros malin, avec une rationalité scientifique aussi rigoureuse que celle des Experts, et suffisamment riche pour se doter de gadgets bien pratiques à la résolution de ses enquêtes, l’homme chauve-souris va vite caresser la darkitude dont les metalleux sont plutôt friands du bord de son aile.

    On lui crée au fil du temps un background sinistre : oui, il est blindé de thunes, mais c’est l’héritage de ses parents tués dans Crime Alley par… bah, par on ne sait qui vraiment puisque les versions divergent (ce qui est énorme) entre Jack Napier, qui serait la némésis Joker, puis peut-être pas en fait… bref. L’orphelin a donc une raison de vouloir réguler le crime dans Gotham.

    Mais son univers peuplé de vilains de plus en plus retors et résistants (et souvent de retour parce que pas tués par le protagoniste, une de ses lignes de conduite) va tourner au sombre au fil du temps, flirtant perpétuellement avec le monde de la psyché du héros anti-héros, de sa place dans la société, de son complexe du messie en contradiction avec son syndrome de l’imposteur. Ce qui va amener le personnage à affronter de plus en plus de monde et de plus en plus d’extrêmes, tout en essayant de surmonter ses conflits intérieurs. Le passage au fil des années du design de comics vers un style plus réaliste allant même jusqu’au roman graphique ne va faire qu’accentuer ce trouble interne avec celui externe : la multiplication de vilains qui deviennent même des super-vilains acquérant des pouvoirs surhumains, quand ce n’est pas méta-humains, avec son intronisation au panthéon de la Justice League. Et où est-ce qu’on envoie tout ce beau monde une fois arrêté ? Dans un asile, bien sûr, celui d’Arkham, référence non dissimulée à Lovecraft, pape du genre horrifique.

    Beaucoup d’entre vous à ce stade de la lecture de ce prélude se diront « oui mais bon, des héros metal ou affiliés à l’état d’esprit, y en a des tas : The Crow (James O’Barr), Spawn (Todd McFarlane), Witchblade (Marc Silvestri), The Darkness (Silvestri encore et Garth Ennis, également auteur pour un autre personnage « sympa » de la team DC, John Constantine, le Hellblazer) » avec des charadesign ou des chartes graphiques de plus en plus bourrines et noires, mâtures dira-t-on. D’autres citeront la version Alice ultra sombre de la saga Wonderland de Raven Gregory qui vaut son pesant de ténèbres.

    C’est vrai… mais pas au niveau de pérennité ou de descente aux enfers du Chevalier noir. Car c’est depuis la relecture de Frank Miller en 1986, qu’il se voit affublé de ce surnom qui lui va déjà si bien, après presque cinquante années à en prendre plein la tronche pour rendre le monde meilleur. Car oui, on est passé du microcosme Gotham au monde entier puis au multivers depuis Crisis on infinite Earths qui ouvre les portes au gros bordel scénaristique actuel, avec des histoires dans l’Histoire et des arcs narratifs isolés, voire d’un Batman alternatif (dans lequel Ce ne serait plus Bruce Wayne, l’orphelin malgré lui mais son frère Thomas Wayne, le plus pas sympa des grands frères qui a fait buter toute la famille, le petit Bruce inclus).

    Cette progression vers le noir va prendre ses marques au début des années 80, donc, et devenir de plus en plus concrète ; pour exemple, le Killing Joke d’Alan Moore, pour rester dans la trame de Batman (parce que Alan Moore, c’est le scénariste qui ne prend pas de pincettes et propose de grandes réflexions sur le sujet du « héros » de comics entre le naïf, le fasciste, le calculateur froid limite psychopathe (tout ça dans Watchmen), le révolutionnaire vengeur (V pour Vendetta), la victime du système qui veut sauver son monde en destruction (Swamp Thing)…) Rien que dans ce tome, on flirte avec la noirceur du doppelganger, le reflet du miroir noir, le double/jumeau maléfique, le yin et le yang de la psychanalyse : on a un vilain qui est censé être l’opposé du chevalier noir, qui tue, viole mutile quand l’autre essaye d’épargner même si ça lui coute de le faire… mais les deux co-existent et aucun n’existerait sans l’autre (et je ne vous spoilerai pas la fin, pour celleux qui ne l’auraient pas encore lu). Ceci mènera d’ailleurs le Batman à aller de plus en plus vers le coté obscur de la farce que lui joue le Joker, dépassant toujours plus les bornes et les limites entre justice et vengeance, interrogatoire et torture, se rapprochant toujours plus de son double maléfique.

    « Il est le héros que Gotham mérite. Pas celui dont on a besoin aujourd’hui… Alors nous le pourchasserons. Parce qu’il peut l’endurer. Parce que ce n’est pas un héros. C’est un Gardien silencieux… qui veille et protège sans cesse. C’est le Chevalier Noir. » (The Dark Knight, Christopher Nolan)

    Ce titre de « Chevalier noir » est désormais vraiment bien ancré dans les consciences et, arrivé dans la période DC Rebirth en 2011, le label décide même de créer un sous label « Black Label » pour spécifier que les histoires dites plus adultes virent surtout de plus en plus vers l’obscurité, faisant la part belle aux spins off d’un Batmanverse tellement vaste que je ne vais pas vous le détailler ici parce que… 

    … parce que ce n’est pas le sujet, présentement, et qu’il me faudrait poster sur plusieurs pages (et pas sûr que les rédacs chefs soient opé pour tant de blabla) [NDLR : Si si ! Fais-toi et fais nous plez !]. La tonalité « adulte » (entendre par là « morbide » ou « glauque ») de la ligne éditoriale DC va s’amorcer d’ailleurs assez vite avec l’arc Blackest Night, mais ceci est une autre histoire que je pourrais vous narrer, tout comme je pourrais évoquer le travail de la boite Rocksteady sur la trilogie vidéoludique Batman Arkham (oui, je sais, y en a quatre voire cinq dans la série mais on va dire que les suivants sont des erreurs industrielles qui n’auraient jamais dû exister).

    Vous allez me dire que c’est facile de tisser des liens entre le Metal et les comics/BD. Le magazine Métal hurlant créé par Moebius/Druillet/Dionnet dès 1974 (et de nouveau édité depuis 2021) fait référence, même si sans attache particulière, avec le genre musical (jusqu’au film éponyme de 1981). Certains l’ont déjà fait et de manière pas subtile, faisant même intervenir des chanteurs ou groupes dans des séries du moment (pour exemple KISS dans Howard le canard de 1973) allant même jusqu’à avoir leur propre comics (KISS encore, mais aussi Iron Maiden via leur mascotte Eddie, elle-même typée comics dans le charadesign). Les musiciens également vont puiser aussi dans les comics divers et variés comme Les Contes de la Crypte ou The Vault of Horror, voire Judge Dredd (pour « I am the Law » de Anthrax) ou le Punisher, ou encore le Surfeur d’argent (pour Satriani) … Et je ne vous parle même pas des dessinateurs d’artworks de groupes qui ont bossé ou bossent encore comme illustrateurs chez DC, Image, Dark Horse ou Marvel

    Alors pourquoi parler de Batman plus que d’un autre ? On a vu précédemment que son storytelling, pas des plus enjaillants, créait des ponts avec la volonté bre-som du métalleux… Hé ! Je vous apprends rien, hein ! Dark Metal, Black Metal, Doom Metal, Death Metal… pas trop des dérivés qui inspirent licornes et petites fleurs. C’est là que je vous sors ma carte Batman Metal ! Celleux qui ont mis les pieds au Hellfest 2018 n’ont pas pu passer par le market sans apercevoir un stand Urban Comics faisant la promo de cette saga. Les ponts étaient déjà notables entre les deux univers mais là, on a passé un cap puisque la tête de gondole affiche le lien voire la parenté. 

    Si la trame en elle-même n’a aucun lien direct avec le genre musical (je résume : Batman fait des recherches sur les métaux et ouvre une porte sur un multivers où tout foire pour ses alter égo #abrègefrère), faire estampiller des versions alternatives d’éditions à l’effigie de groupes notoirement connus. On pousse le bouchon encore plus loin, Maurice, avec l’arc Batman Death Metal : les sept couvertures variantes, plus ou moins kitsch mais qui savent où chercher leur lectorat et le diversifier. Même si, encore une fois, la trame ne change pas d’un artwork à l’autre et c’est davantage un coup marketing puisque le pitch est le suivant : le « Batman qui rit » AKA une version alternative du Joker du Multivers règne sur une version infernale d’une terre dévastée et le/notre Batman va devoir botter des culs pour restaurer une version plus vivable. Les publications récentes reviennent davantage aux points communs, suggérant des visées moins mercantiles, avec des romans graphiques aux esthétiques gothique (Batman Noel et Cher Détective, Lee Bermejo) et impressionniste (Arkham Asylum, Grant Morrison) quand on n’entre pas sur des trames encore plus noires comme DC Vampires, DCeased Dark Night ou la série en cours Batman Nocturne (et là, y a un lien avec la musique, pas forcément le Metal mais… enfin bref, je ne vous en dis pas plus, à part que c’est très, très noir…). Quoiqu’il en soit, les auteurs et dessinateurs actuels (Scott Snyder, James Tynion IV, Ram V…) mériteraient de détailler dans un article connexe leur carrière et les univers qu’ils développent, tous autant raccordables aux goûts metalleux généraux. 

    A défaut de chercher à enfoncer une porte ouverte ou faire une démonstration scientifique que j’aurais raison (dans le cas du sentiment personnel, même partagé, on reste dans la subjectivité), je vous invite à lire ces derniers arcs, encore disponibles à la vente dans vos meilleures librairies locales (et au pire à la FNAC ou sur Internet), sachant que Urban Comics (donc DC en France) a réédité des anciens tomes/arcs narratifs en format pocket « Nomad » (Blackest Night (deux tomes) ou Killing Joke dont je parlais plus haut, mais aussi La cour des Hiboux (deux tomes aussi) et Batman Silence, pour rester dans le topic présent, ou encore mieux le crossover improbable Batman/Ninja Turtles – et j’attends avec impatience la réédition du Batman VS Predator, pour la déconne), la prochaine mouture est à paraître en août 2024. 

    Donc, profitez de votre été pour redescendre en pression (voire en pressions, celles ingurgitées en fest) et vous détendre, lecture en main, sur la plage dans votre plus beau T-shirt hawaïen et tongs… NAAAAAH, je déconne, rien ne vaut l’ombre et la fraîcheur d’une batcave en ces temps de canicules qui s’emballent !