Catégorie : Chronique

  • Aran / Maahan Laskettu (2024)

    Aran / Maahan Laskettu (2024)

    Genre : black metal atmosphérique
    Label : Naturmacht Productions
    Sortie : 28 juin 2024

    Note : 85/100 (Seblack)

    Aran est un one man band mené depuis 2018 par le Finlandais Juhani K. Il est originaire de Oulu, au bord de la partie Nord du pays, ce qui n’est peut-être pas sans importance dans les inspirations et la musique qui sont proposées ici. La formation a déjà sorti deux albums, tous édités à un moment ou un autre par le label Naturmacht Productions.
    Le black metal atmosphérique composé par Aran cultive quelques similitudes avec d’autres one man band finlandais très inspirés aussi par les ambiances si particulières qu’offre la nature de ces froides contrées.

    Pour ce troisième chapitre, intitulé “Maahan Laskettu”, Juhani K poursuit en effet sur la voie d’un black metal atmosphérique à la fois contemplatif et éthéré.
    Adeptes de la brutalité et de l’outrance, passez votre chemin. Place ici à la mélancolie, à l’immersion dans une nature glaçante autant qu’envoûtante.
    La formule peut sembler connue, commune même, peut-être : guitares volontiers cascadiennes, chant glacial, le tout enveloppé dans des nappes généreuses et brumeuses de claviers. Connu donc, mais magnifiquement investi par Aran qui parvient sans faille à dépeindre un paysage sonore où l’on ressentira tout à la fois, la morsure du froid, les dernières lueurs d’un soleil pâle cédant le pas à la grande nuit hivernale et la danse lente et langoureuse de la brume enveloppant ou révélant les ramures décharnées des arbres.

    A l’image de ce spectacle sans cesse répété mais toujours renouvelé, la musique de Aran n’étonne donc pas forcément mais procure ce sentiment très personnel, presque intime, et donc difficile à partager, d’une immersion au plus profond de soi, comme si toute sa personne se laissait gagner, comme la forêt, par l’hiver glacial et la longue nuit. Une forme de rituel presque, une source d’émmtion sans cesse réinvestie que Aran restitue pleinement et parfaitement dans “Maahan Laskettu”.

    Tracklist :

    1. Hiljaisuus
    2. Poltettu Maa
    3. Pinnan Alta
    4. Päättymätön Aika
    5. Viimeisiin Vesiin

    Line-up : Juhani K – Tous les instruments, chant.

    Liens :
    https://aranbm.bandcamp.com/music
    https://www.facebook.com/AranFin
    https://www.instagram.com/aranblackmetal
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/5XC7L2Izoe3vC1bjo2B54K
    https://www.youtube.com/channel/UC536-5nVywSQdPC5U1S52pA

  • Sear Bliss – Heavenly Down (2024)

    Sear Bliss – Heavenly Down (2024)

    Genre : Black Metal Progressif

    Label : Hammerheart records

    Sortie : 28 juin 2024

    Note : 90/100 (LB D)

       Purée, déjà 30 ans que ce groupe existe, 30 ans et neuf albums au compteur, 30 ans au service d’un black metal toujours fait avec sincérité et ne dérogeant que très peu à leur conception de la musique. Certes il y a eu des hauts et des bas, les hauts se situant plutôt dans les années 2000 en publiant cinq albums en l’espace de dix ans, tous aussi inspirés les uns que les autres ; des années fastes pour le groupe, qui a eu sa petite heure de gloire lors de la sortie de l’album ”The Odyssey” en 2007, encensé par la presse à l’époque. Puis après ce fut un peu la traversée du désert, très certainement due à la difficulté à stabiliser un line-up fiable. Pas deux albums consécutifs avec les mêmes musiciens, après 2012 je pensais même le groupe perdu à jamais. Mais non pas du tout il s’était juste mis en sommeil pendant quelques années car en 2018 c’est le grand retour des Hongrois avec la sortie de l’album “Letters From The Edge”, album qui, oui il faut le dire, me laissait un peu sur ma faim. Je le trouvais moins inspiré et surtout je ne retrouvais pas le Sear Bliss que j’aimais, celui de la décennie précédente.

      Il aura fallu encore attendre six ans et 2024 pour avoir un nouvel album et je ne vous cache pas que le scepticisme était de mise quand il a fallu écouter ce “Heavenly Down” pour la première fois. 

          Alors rassuré ou pas? eh ben, c’est un grand OUI, et déjà une touche d’originalité dès le premier titre, avec un black metal aux riffs influencé par le Hard Rock des années 70 qui, associé aux cuivres, le rendra incontournable. Sear Bliss,  nous a toujours habitués à ce côté progressif dans sa musique et ce n’est pas cet album qui va me contredire. Tout d’abord, des parties électro, parfois discrètes sur certains titres mais qui accompagneront tout le long, le titre “Watershed”. Mais que dire du cinquième morceau “Forgotten Deities” qui fait ici office d’interlude, titre exclusivement Dark ambiant et que notre ami Varg de B*rz*m n’aurait pas renié en son temps, tellement ambiant qu’il aurait même pu figurer sur une de ses oeuvres.

         D’album en album, Sear Bliss nous a toujours habitué à surprendre son auditoire et ce sera aussi chose faite sur celui-ci, avec l’apparition du chant clair sur ”Chasm”. De mémoire je crois que c’est la première fois,c’est d’abord déroutant, mais au fur et à mesure des écoutes on s’y habitue et en y réfléchissant bien, les Hongrois ne font que repousser leurs limites du progressif, en s’ouvrant des portes vers d’autres sons, mais ça, seul l’avenir nous le dira. 

         Mais ce n’est pas pour autant qu’ils vont renier leur passé, avec les très black metal “The Upper World” ou “Feathers In Ashes” voir même “The Windir Path” celui-ci sera coupé en deux par une très courte partie électro, mais peu importe ces trois titres nous feront replonger directement dans leurs premiers albums et ce n’est surtout pas moi qui vais m’en plaindre.

    Je mettrai une mention spéciale à Zoltan Pal qui, encore une fois a effectué un travail éblouissant aux cuivres, principalement au trombone, véritable marque de fabrique du groupe, ces interventions sont toujours très inspirées, à tel point qu’elles sont essentielles pour le bon déroulement d’un album de Sear Bliss. Purée, écoutez moi ce passage presque cinématographique à 2: 50 min du titre “The Upper World”, on se croirait du temps des Romains, avec l’entrée imminente des gladiateurs dans l’arène.    

    On ne peut pas terminer une chronique d’un album de Sear Bliss sans mentionner les noms de trois personnages importants pour le groupe. Tout d’abord Kris Werwimp, célèbre illustrateur dans le monde du metal (Marduk, Absu, Afsky, Fellwarden, Horna, Moonsorrow et bien d’autres …) qui aura réalisé la majorité des artworks du groupe, dont cette magnifique illustration pour ce “Heavenly down”. Le deuxième est  Victor “Max” Scheer, producteur emblématique du groupe qui a produit sept des neuf albums dont ce dernier. Et le troisième, n’est autre que le Suédois Dan Swano qu’on ne présente plus, ici présent au mixage. Trois personnages qui gravitent autour du groupe depuis plusieurs albums et qui nous ont tous gratifiés d’un travail remarquable dans leurs domaines respectifs.

            Sear Bliss signe son grand retour avec un album brillant et très inspiré, sans aucun doute possible, on le classera à l’avenir parmi les meilleures productions du groupe. Par-dessus tout ce que j’espère, c’est d’abord de stabiliser le line-up et surtout de n’avoir pas à attendre aussi longtemps pour le prochain enregistrement.

    Tracklist  : 

    01 – Infinite Grey (06:16)

    02 – Watershed (04:42)

    03 – Then Upper World (05:55)

    04 – Heavenly Down (04:35)

    05 – Forgotten Deities (04:10)

    06 – The Winding Path (06:40)

    07 – Chasm (05:16)

    08 – Feathers In Ashes (06:36)

    Line-up : 

    Màrton Kertész – Guitare / Andràs Nagy – Chant, Basse, Clavier / Zoltàn Pàl – Baryton, Euphonium, Trombone / Gyula Csejtey – Batterie / Zoltàn Vigh – Guitare

    Liens : 

    https://searbliss.bandcamp.com/album/phantoms-20th-anniversary-live-at-kvlt-2016-official-bootleg

    https://www.facebook.com/searblissband

    https://www.instagram.com/searbliss

  • Vigljos – Tome I : Apidæ – 2024

    Vigljos – Tome I : Apidæ – 2024

    https://www.metal-archives.com/images/1/2/2/9/1229694.jpg?5211

    Genre : Black metal

    Label  : Duskstone

    Sortie  : 11 mai 2024

    Note : 80/100 (DLB)

        Non, Satan et ses acolytes n’ont plus la cote dans le monde du black metal, sujet qui appartient désormais au passé, à part peut-être quelques irréductibles dans le nord de l’Europe ou l’Amérique du sud. De nos jours on n’y parle plus de la nature, des légendes scandinaves ou des faits historiques comme la Première Guerre mondiale très à la mode en ce moment, mais alors là, si on m’avait dit qu’un jour on y évoquerait le thème de la vie ou la mort des abeilles je vous aurais bien ri au nez. Et pourtant, c’est bien le sujet qui a été abordé dans ce premier album des Suisses de Vigljos, (“la lumière” en vieux norrois), fallait quand même oser. Les puristes crieront peut-être au scandale mais moi je me dis, allez banco, pourquoi pas après tout.

        Ici le concept sur les bestioles est poussé jusqu’au bout, avec tout d’abord le titre de l’album “Tome 1: apidae”, apidés en Français – c’est une sorte de grande famille d’insectes qui se nourrissent en léchant exclusivement le nectar des fleurs -, puis il y a la pochette de l’album, un dessin de l’artiste peintre et graveur Brabançon Pieter Bruegel datant de 1568 et représentant des apiculteurs en pleine action. Et pour clôturer le tout, les musiciens arborent sur scène le costume d’éleveur d’abeilles médiéval, ce qui a le don de les rendre encore plus mystérieux et inquiétants, d’autant plus que vous ne connaissez ni les noms, ni les musiciens qui composent ce groupe. Alors certes, ce costume n’est pas inédit dans le black metal, puisqu’il est aussi utilisé par les musiciens du groupe Ukrainien They came from vision et d’ailleurs au passage, je vous invite à lire la chronique dans nos pages de notre ami Seblack, il y parle du dernier album sorti cette année.   https://www.memento-mori-webzine.fr/2024/02/23/they-came-from-visions-the-twilight-robes-2024/ .

          Le ton est donné dès le morceau d’ouverture, avec l’arrivée d’un essaim d’abeilles au son d’un orgue d’église. L’inquiétude est de mise et l’ambiance est posée . Musicalement on est dans un black metal des années 90 avec un son cru et old school, Darkthrone ou Satanic Warmaster ne sont pas loin. Le riffing est glacial, le chant est criard, mais voulu par le groupe. Certes il peut en déranger voire lasser certains, mais dans ce cas bien précis, il faut vraiment le prendre comme un cinquième instrument.  

         Au fur et à mesure des titres les ambiances changent, sur certains morceaux une petite mélodie en fond sonore apparaît et vous martèle la tête, tantôt à l’orgue, tantôt au mellotron ou différents instruments à cordes. Parfois ces instruments vous apporteront un peu d’air, surtout sur le quatrième titre “Swarming”, car l’ambiance est oppressante, on est proche de l’asphyxie. L’instrumental “Dance of the bumblebee” vous permettra de souffler un peu et vous fera presque sourire tellement il vous paraîtra joyeux avant de repartir dans un black metal old school pour les deux derniers morceaux.  Tout d’abord “Raiding the hive” avec l’impression d’un incessant bourdonnement dans vos oreilles où l’on retrouve d’ailleurs l’essaim d’abeilles du début, histoire de vous rappeler le thème de l’album. Puis viens ”Vigljos”, le meilleur titre pour moi, qui viendra conclure à merveille cette saga car en guise d’outro “To die in the flowerbed” (la mort dans un parterre de fleurs), nous avons droit à une sorte de vieille complainte aux accents folkloriques, qui est aussi un petit clin d’oeil à la chanson “The Sad Saga of the Boy and the Bee” d’un mystérieux groupe Anglais de prog-rock des années 70 appelé Gun.

        Le tout, est magnifiquement enregistré, mixé et masterisé dans les studios de Marc Obrist de Zeal & Ardor, avouez quand même qu’il y a pire comme référence. Le producteur suisse aura su trouver la bonne formule entre un son moderne et old school la fois, ce qui rendra cet album unique et se démarquera des autres productions sorties cette année.

    Tracklist :

    01 Rays of Light on Liquid Gold (01:29)

    02 – Sweet Stings (07:27)

    03 – The Apiarist (03:55)

    04 – Swarming (05:09)

    05 – Dance of the Bumblebee (03:50)

    06 – Raiding the Hive (07:22)

    07 – Vígljós (08:43)

    08 – To Die in a Flowerbed (04:11)

    Line-up  :  Inconnu

    Liens : 

    https://vigljos.bandcamp.com

    https://www.facebook.com/vigljos

  • Árstíðir Lífsins – Aldrlok

    Árstíðir Lífsins – Aldrlok

      Genre : black metal pagan
    Label : Ván Records
    Sortie : 31 mai 2024

    Note :  80 /100 (Seblack)

    Quelques mois à peine après  la sortie d’un EP déjà fort copieux, Árstíðir Lífsins est de retour, cette fois avec son sixième album ou pourrait on dire avec une nouvelle saga sous le bras. 

    En effet, le trio germano-islandais opte de nouveau pour un très long format qui dépasse les quatre-vingts minutes. Toujours dans la continuité de sa discographie, le groupe déploie son propos dans les temps anciens de l’Islande, dans un récit fictif ayant pour cadre le XIe siècle, période durant laquelle l’île de glace est en proie à de profonds bouleversements religieux avec l’effacement des anciennes croyances au profit du christianisme. Pour ce qui est du concept de cet opus, il faudra se contenter de cette brève présentation issue du groupe car étant toujours écrit en vieux norrois-islandais, « Aldrlok» s’entoure d’un voile trop mystérieux aux non initiés. On notera toutefois que pour ceux et celles qui se fendront de l’achat du superbe disque édité chez Ván Records, une traduction en anglais des textes est proposée.

    Musicalement, les compositions de  «Aldrlok» se distinguent par leur tonalité très sombre et un aspect narratif encore plus appuyé qu’à l’accoutumée. Est-ce lié à la thématique religieuse et à la tragédie de ce qui se trame dans ce récit ? Toujours est-il que les neufs compositions sont empreintes d’une certaine austérité que traduisent bien des voix très graves, presque chamaniques, qui vont se manifester à plusieurs reprises et ce dès les premières minutes.

    Par rapport à d’autres œuvres du groupe, les tonalités épiques sont moins marquées au profit d’une musique à la fois plus lourde, plus progressive avec des orchestrations ciselées et une richesse vocale qui va beaucoup aller puiser dans les tonalités basses.

    Atypique dans bien des aspects, le groupe nous donne donc à nouveau un album ô combien roboratif. Dans l’absolu peut-être est il un peu plus austère mais pas moins captivant. D’autant que si l’aspect épique est moins prégnant, il n’en est pas non plus absent comme peut en témoigner un titre comme « Er faðir kulda ok myrkrs hopar fyrir endalausum vegi Ránar ».

    Reste que pour pleinement apprécier cette nouvelle saga de Árstíðir Lífsins, l’auditeur devra s’affranchir des standards habituels avec, pour la plupart, de longs morceaux et une durée d’album inhabituelle de nos jours. Mais franchement ce serait dommage de s’en priver et de ne pas prendre ce temps. Bien plus black (et convaincant) que Wardruna ou Enslaved, «Aldrlok»  est de nouveau un album qui a de quoi emporter l’adhésion de nombre d’auditeurs  férus de culture Nordique et recherchant des albums exigeants et en dehors des normes.

    Tracklist :

    1. Hvítir hjorvar Heimdalls aldraðra fjallgylða (11:01)  

    2. Stormr, hvítundit grand grundar gjálfrs (10:21)  

    3. Er faðir kulda ok myrkrs hopar fyrir endalausum vegi Ránar (13:07)  

    4. Eftir bjartlogar hróts hreggs kveikja ógnarstríðan úlf storðar í grasinu (07:23)

    5. Nú er lengstu miskunndir dalreyðar ná hátindi (05:13)  

    6. Nauð greyprs élreka (06:55)  

    7. Ek sneri aftr til golfholkvis fleygra sárelda heiftar (05:45)  

    8. Fyrsta fonnin fellr úr hátunnu regns (09:09)  

    9. Ofsaveðrsgnýr ber auma bústaði (14:04)

    Line-up : Árni – Batterie, guitare, basse, instruments à cordes, chant, choeurs  / Stefán – Guitare, basse, chant, choeurs / Marsél – Chant, choeurs, narration

    Liens :

    https://arstidirlifsins.bandcamp.com

    https://www.facebook.com/arstidirlifsins

    https://www.deezer.com/en/artist/4953272?autoplay=true

  • Árstíðir Lífsins – Hermalausaz (2023)

    Árstíðir Lífsins – Hermalausaz (2023)

    Genre : Pagan black metal
    Label : Ván Records
    Sortie : 21 décembre 2023

    Note :  90 /100 (Seblack)

    Paru en décembre dernier, “Hermlausaz” marquait le retour du trio germano islandais Árstíðir Lífsins, trois année après le copieux « Saga á tveim tungum II: Eigi fjǫll né firðir ».

    Dans les faits, ce disque est présenté comme un EP mais il se compose de deux long titres pour une durée totale de… quarante minutes. C’est ainsi,  Árstíðir Lífsins n’a jamais vu les choses autrement que marquées sous le sceau d’une certaine grandeur. C’est un peu sa marque de fabrique, et pas seulement pour la durée de ses œuvres.

    Une nouvelle fois le groupe puise ses sujets au cœur des anciennes cultures nordiques. En effet, les titres de cette œuvre sont inspirés, d’une part, par une inscription figurant sur la pierre runique Eggja à l’ouest de la Norvège et , d’autre part, par une sélection de poèmes skaldiques. Le tout étant écrit en vieux Norrois, on ne pourra que noter le souci du détail et de la cohérence qui a, une nouvelle fois, prévalu lors de la composition de «Hermalausaz». Ce soin, le groupe et le label Ván Records le mettent aussi en œuvre dans l’aspect visuel comme toujours ciselé.

    Chaque médaille ayant son revers, on pourra aussi ressentir une certaine frustration à ne pas pouvoir véritablement accéder à davantage d’informations sur les concepts et les sujets développés par le groupe. C’est ainsi, pour ceux qui ne se fendront pas de l’achat du disque en version physique il faudra donc se contenter des seules impressions laissées par la musique. Mais c’est aussi là l’un des grands talents de Árstíðir Lífsins que de  parvenir à suggérer beaucoup de choses par l’instrumentation et les différentes formes de chant.

    Malgré la longueur des titres, malgré une certaine forme d’hermétisme savamment entretenu, la magie opère très rapidement. S’ouvrant sur des sonorités océanes, « Ýrr » nous arrache au présent et nous emmène dans un univers imprégné de mystère et de grandeur. On y retrouve la signature si particulière du groupe où se succèdent de lourdes vagues d’un black épais et mélodique et des interludes de cordes. Pas de grandes envolées ici, Árstíðir Lífsins est davantage tourné vers une introspection spirituelle du passé que vers l’exubérance folkloriste de certaines formations pagan. Cela n’empêche en rien le groupe de marteler des passages épiques qui vont déboucher sur diverses respirations enveloppées de violons ou de chœurs graves et solennels. Comme toujours aussi, les différentes lignes de chant se succèdent et donnent vie à un récit qui restera certes bien  mystérieux mais prenant malgré tout.

    Avec « Hermalausaz », Árstíðir Lífsins régale donc une nouvelle fois son auditoire avec un disque riche, profond, plein de force, de subtilités et de beauté. Tout ce que l’on attend d’un disque signé Árstíðir Lífsins en somme.

    Tracklist :

    1. Ýrr (22:10)

    2. Þistill (20:53)  

    Line-up : Árni – Batterie, guitare, basse, instruments à cordes, chant, choeurs  / Stefán – Guitare, basse, chant, choeurs / Marsél – Chant, choeurs, narration

    Liens :

    https://arstidirlifsins.bandcamp.com

    https://www.facebook.com/arstidirlifsins

    https://www.deezer.com/en/artist/4953272?autoplay=true

  • Blóð / Mara

    Blóð / Mara

    Genre : Blackened doom / Sludge
    Label : Talheim Records Germany
    Sortie : 21 Juin 2024

    Note : 90/100 (Gévaudan)

    Cette journée avait pourtant si bien commencé… Il faisait beau, et j’avais eu l’idée saugrenue de fêter mon entrée dans Memento Mori par une soirée à la maison.

    Mais alors que j’accueillais les premiers invités, un message de Mémé Migou fit irruption sur mon téléphone, heureusement à portée de main.

    « Il faut que tu chroniques cet album ! », lisais-je sur la conversation.

    Juste en dessous, figurait un lien vers cet album.

    Le groupe ? Blóð.

    Je ne connaissais pas, mais « c’est du blackened doom/sludge« , me disait Migou.

    Pile poil ce que j’aime ! L’album s’appelle Mara.

    Je décidais alors de tenter le diable et mettre l’album en écoute pendant la soirée, afin d’en écrire la chronique une fois les invités partis. Je prétextais alors un besoin pressant pour aller discrètement me renseigner sur Blóð.

    Première info : Blóð, c’est l’islandais pour « sang ».

    J’en étais déjà à peu près sûr, mais il faut toujours se méfier des faux-amis.

    Deuxième info : il s’agit d’un duo ! 

    Ulrich W. qui s’occupe de la musique, et Anna W. au micro. Ma curiosité fut alors renforcée.

    Troisième info : ils ont déjà deux albums à leur actif (l’un en 2019 et l’autre en 2021).

    Pourquoi les avais-je loupés jusqu’alors ? Peut-être que la réponse à cette question m’apparaîtra outre-tombe.

    En attendant, il fallait rejoindre les invités et attaquer les hors-d’œuvre sur la première chanson …

    Track 1 : « Gehenna ».

    Le temps de brancher la clé USB sur l’ampli Hi-Fi, de mettre « play » et de me retourner, le nombre d’invités avait soudainement doublé. 

    Au son d’une intro sous forme de musique folklorique avec un air chanté fort entêtant, voilà que deux jeunes filles assises sur le canapé à côté de mes deux autres invités me regardaient fixement en souriant. D’où venaient-elles ? Comment étaient-elles entrées ? Je n’en savais rien. Mon regard se baladait entre leurs deux magnifiques visages au rythme des tambours qui annonçaient la venue de quelque chose d’horrible.

    Le sourire des jeunes filles se transforma brusquement en un rictus affreux, et la chose horrible attendue prit alors la forme de guitares distordues, accompagnées d’un rythme lent. Un riff aux notes bendées, une tension, une pression bien dosée.

    Aurais-je dû avoir peur ? Bien sûr que oui.

    La voix d’Anna, calme au premier abord, semblait nous communiquer une énergie. Le temps était comme figé.

    J’eus alors la force de demander à mes potes d’où venaient ces étranges « invitées », mais trop de temps s’était en fait déjà écoulé à la seule écoute du premier couplet pour que cette question paraisse naturelle. Rien ne justifiait un tel temps d’inaction de ma part. Cette voix puissante et lourde d’émotions avait créé un espace-temps tout à fait étrange.

    La réponse que j’entendis soudain fut un cri. Déchirant, éraillé, maîtrisé, magnifique.

    Venait-il de la musique ? 

    Bien sûr que oui.

    Il n’y avait plus que la musique.

    Je posais ma question à nouveau devant mes convives, desquels je me rendais progressivement compte de l’absence totale de mouvement.

    Les filles avaient toujours ce rictus hideux, leurs yeux regardant fixement droit devant elles.

    Mes potes étaient, quant à eux, comme prostrés. Les avaient-ils amenées avec eux ?

    Le rythme se fit alors plus martial. Le temps semblait reprendre son cours avec une voix douce, comme angélique.

    Je posais ma question derechef.

    Oui, ils les avaient rencontrées sur la route, me répondirent-ils.

    Soit.

    Les filles avaient enfin quitté leur rictus et pouffaient de rire. Tout en me demandant ce qu’il pouvait bien y avoir de si désopilant, j’apportais les hors-d’œuvre et les premières bouteilles de champagne. 

    À ce moment, la chanson se terminait sur un riff répété doté d’une tension à couper au couteau.

    Les têtes bougeaient.

    La mienne aussi. 

    Si l’on exclut le moment légèrement « paranormal » induit par l’écoute de la première chanson, la soirée commençait plutôt bien.

    Je n’aurais jamais tiré cette conclusion si j’avais eu le moindre signe avant-coureur des évènements qui allaient suivre.

    Au tour de la deuxième chanson …

    Track 2 : « Malignant ».


    Cette fois-ci, on rentrait dans le vif du sujet : tout démarre d’un seul coup. Toujours lent, toujours sombre, toujours kiffant. La maîtrise des instruments n’était plus à prouver : Ulrich nous faisait là une démonstration magistrale de son talent !

    Le chant clair de Anna arriva, avec une partie un peu plus atmosphérique, lancinante.

    Une des filles sortit une espèce de petit sachet plastique de sa besace, et le posa sur la table.

    Sans y faire plus attention, mon regard se détourna plutôt vers l’ampli.

    Était-ce du OTEP que j’entendais là ? 

    Non, c’était la voix de Anna qui venait de passer dans un registre bien plus torturé. Drôle de sensation.

    Je me retournais alors pour constater la présence de deux filles supplémentaires.

    Alors que je sursautais de frayeur, la voix claire était revenue. Hypnotisante, peut-être presque trop littéralement. Un chant d’une justesse à toute épreuve.

    Des traces de poudre blanche étaient maintenant visibles sur la table.

    Sans même m’inquiéter davantage de la présence des deux autres invitées surprise, j’ordonnais aux coupables de nettoyer ce chantier.

    Ordre qui ne fut accueilli par guère plus que des rires étouffés.

    Je ne relevais pas, car la musique venait de commencer à s’intensifier, annonçant une partie très lourde et encore plus torturée.

    Hors de question de rater un tel passage pour de vulgaires querelles !

    Alors que je fus happé par des cris que l’on croirait sortis d’un four crématoire dans lequel on aurait accidentellement placé une personne vivante, un verre me fut proposé. Je l’acceptais avec joie.

    Puis d’un seul coup, tout s’arrêta pour laisser place à une note froide, oppressante… Note qui marquait alors la fin du morceau en baissant graduellement en intensité. Voilà qui annonçait du très lourd pour la suite.

    Et voici venir …

    Track 3 : “Martyr”.

    Une sacrée entrée en matière avec une mélodie écrasante, presque un mantra, le genre bien malsain. Puis vint une voix semblant provenir d’une crypte toute proche.

    C’est alors que ma vision commença à se déformer.

    Tout le monde semblait suinter un liquide abominable par tous les pores de leur peau.

    Deux des filles invitèrent mes potes à danser, la troisième me dévisageait. Un rythme lancinant à grands coups de toms, une voix tantôt plaintive, tantôt hurlante, tantôt déchirée, sur des guitares qui montaient toujours plus en intensité sous une basse pachydermique. Le moment était électrisant.

    Les deux autres filles se touchaient en me regardant ostensiblement.

    Les hallucinations devenaient de plus en plus informes, les couleurs se mélangeaient.

    À mesure que la chanson se terminait dans un fade-out qui n’en finissait plus de finir, la noirceur de nos êtres devenait de plus en plus tangible.

    De plus en plus … Palpable.

    Track 4 : “Mara”.

    La chanson éponyme.

    “Une gratte en 3, un rythme en 4.

    Pourquoi pas ? C’est bien fat !”

    On avançait dans l’abîme. La soirée devenait vraiment bizarre. Un de mes potes s’effondra d’un seul coup. Je paniquais alors, incapable de bouger, comme envouté par ce chant qui semblait doté d’un puissant pouvoir de suggestion. Il nous poussait aux pires péchés.

    Le décor de mon salon semblait s’être mué en une grotte cathédralesque. Des voix se faisaient entendre. Des voix fantômatiques qui nous sussuraient à l’oreille que si Kurt Cobain avait été une femme, elle s’appellerait Anna W.

    Toujours plus profond.

    Un rythme au tempo immuable, lent, oppressant, toujours plus oppressant, toujours plus au fond, toujours plus vers l’abîme qui nous emporte, qui nous prend. Le son voulait nous faire embrasser le grand néant.

    Une flaque rouge.

    Mon pote était raide mort sur le tapis.

    J’étais sacrément emmerdé, je l’aimais bien, ce tapis.

    Track 5 : “The White Death”.

    Une note lugubre qui ne discontinue pas, comme un grognement poussé au fin fond d’un égout, se fit entendre avec la plus grande clarté. Le visage des filles se mua alors en monstruosité innommable.

    Une voix lyrique, aérienne, succéda à la sorcière du bois d’à côté. Des transitions à la limite du croyable. C’était un cycle entre l’acceptation de la mort et la colère, mais bloqué dans une horrible boucle infinie : on n’en finit plus de braver la mort. 

    Mon autre pote gisait inanimé dans le canapé, une épaisse écume encerclant ses lèvres.

    J’espérais seulement qu’il n’avait pas gerbé dessus.

    Track 6 : “Chthonia”.

    Ce que j’aurais aimé pouvoir demander à Google comment prononcer la moindre syllabe de ce titre ! Mais mon corps se refusait toujours à tout mouvement.

    Les filles, ou plutôt les créatures difformes qui avaient maintenant pris leur place, me dévisageaient avec bien plus d’yeux que je ne pouvais en compter.

    Ça allait être mon tour.

    Mais pourtant, avant même qu’elles ne fussent sur moi, ma vision revint à la normale. Qu’y avait-il donc dans ce verre que l’on m’avait donné ?

    D’un seul coup, c’était comme une remontée des abysses.

    La tonalité changeait. L’émotion changeait. Le tempo augmentait un peu…

    On distinguait la lumière.

    Le sombre décor cathédralesque était désormais éclairé de grands vitraux. Une prêtresse chantait devant un autel d’ossements humains. 

    Puis elle se mit à hurler.

    Sa silhouette se flétrissait alors que la lumière des vitraux devenait rouge sang.

    Des voix, gutturales cette fois, vinrent renforcer les cris effroyables qui succédaient aux chants cristallins dans un cycle dont on ne se lassait désormais plus.

    Puis la distorsion s’arrêta net, pour laisser place à une guitare claire qui disparut petit à petit. 

    Mais où étaient donc passées les filles, me demandais-je perplexe ?

    Track 7 : “Frost”.

    Un autre air en guitare claire commença. Avec un chant une fois encore très aérien.

    Une tension se construisait.

    Alors que je reprenais pleinement mes esprits et que je constatais avec horreur l’ampleur de la gravité de ce qu’il venait de se passer, l’air se faisait plus menaçant.

    Comme un silence, mais qui accélère.

    Track 8 : “Covenant”.

    Voilà le nom de la chanson qui avait interrompu le buildup.

    Après une calme introduction, nous étions replongés dans les abysses.

    … Nous ?

    Suis-je bête, il n’y avait guère plus que moi en vie dans mon salon maintenant maculé de sang. 

    Je me relevais, porté par ce riff qui vous soulèverait la montagne inversée de Bugarach pour y trouver des plantations de beuh extraterrestre en dessous.

    Le rythme dictait mes actes.

    Chaque articulation, chaque partie de mon corps était mue par cette ritournelle abjecte.

    La musique érigée à l’état de possession démoniaque dans sa forme la plus pure.

    Alors que le rythme accélérait, droit dans le mur du néant, un bruit sourd se fit entendre.

    Track 9 : “Queen ov Hades”.

    Non sans rappeler quelque peu Flower of evil (aka Malfiore) d’ Electric Wizard, les riffs de départ avaient su ranimer quelque peu les phénomènes étranges qui se déroulaient dans ma demeure.


    Le bruit sourd n’était autre que l’une des filles qui venait de réapparaître devant moi, avec cette fois-ci un visage angélique. La musique s’adoucit alors.

    Une voix quelque peu radiophonique vint porter une mélodie sourde et tranquille.

    Je dévisageais cet être magnifique qui m’enlaçait de ses bras, puis lui demanda son nom…

    Mais sa réponse fut noyée dans la reprise brutale d’un riff plus lourd encore que le précédent. 

    L’ambiance était très vite devenue pesante. Vraiment pesante. Un mantra répété inlassablement.

    Avec une lenteur quasi surnaturelle, un sourire se dessina sur son visage, puis elle se pencha pour m’embrasser.

    Pourquoi m’étais-je laissé faire ?

    Pourquoi cette situation me laissait-elle si indifférent ?

    Je devais avoir été transporté dans une autre dimension…

    Une dimension où les riffs hypnotisants donnent vie à vos pires cauchemars.

    Track 10 : “Mother ov all”.

    Des coups de cordes surpuissants, semblables à des coups de tonnerre.

    Une lourdeur toujours plus intense, venue des tréfonds de l’enfer.

    Le riff promettait d’être entraînant.

    Alors que j’étais plongé dans un interminable baiser, le monde s’effritait autour de moi. Le décor de mon salon refaisait petit à petit surface.

    Tout était saccagé.

    Un spectacle de désolation pire encore que la scène de crime sous mes yeux.

    Je m’écartai soudain, hurlant de terreur face à l’abomination.

    La fille se mit à convulser, vociférer inintelligiblement dans ma direction.

    Non, ce n’était pas la chanteuse, cette fois-ci.

    Le volume diminua, le rouleau-compresseur s’éloignait.

    Anna ne nous a pas dit “au revoir”, elle a laissé Ulrich le faire à sa place. Un adieu solennel adressé sous la forme d’une complainte répétitive qui s’en va au gré du potard de volume.

    Mais la sono m’indiquait clairement que ce n’était pas fini.

    La durée du morceau augmentait toujours sur l’afficheur, dans un silence assourdissant …

    Épilogue

    Mesdames et messieurs, croyez-en le seul rescapé de ce triste fait divers, le voyage vers le fond de l’abysse n’en était alors qu’à ses balbutiements.

    J’ai réussi à m’échapper, par je ne sais quel miracle.

    Vous, qui me lisez … Je me dois de vous prévenir.

    Cet album … Il n’est pas à mettre entre toutes les mains.

    Vous risquez d’y perdre votre âme à tout jamais ! Et de devoir rejoindre la grandissante armée d’esclaves zombies de ce duo maléfique dont les mélodies diaboliques parasiteront encore et encore les pensées, dictant leurs actes contre leur gré pour l’éternité !

    Vous, qui me lisez, pouvez encore vous sauver.

    Mais pour moi, à l’heure où j’écris ces lignes, il est sûrement déjà trop tard. Les succubes démoniaques ayant répondu à l’appel d’Anna et Ulrich sont encore à mes trousses. 

    Et ce n’est plus qu’une question de minutes avant qu

    Tracklist

    1. Gehenna
    2. Malignant
    3. Martyr
    4. Mara
    5. The White Death
    6. Chthonia
    7. Frost
    8. Covenant
    9. Queen ov Hades
    10. Mother ov all

    Line-up : Ulrich W. : Tous les instruments / Anna W. : chant

    Liens

    http://blod-music.bandcamp.com/

    https://www.facebook.com/blodband

    https://youtube.com/@blod_doom

  • Ernte –  Weltenzerstörer

    Ernte –  Weltenzerstörer

    Genre : black metal
    Label : Vendetta Records
    Sortie : 7 juin 2024

    Note :  85 /100 (Seblack)

    Ernte ne perd pas de temps et c’est avec un rythme de métronome que ce duo suisse enquille les albums depuis 2022. « Weltenzerstörer », que l’on peut traduire littéralement par destructeur du monde, constitue donc déjà le troisième album du groupe. Comme pour les efforts précédents il sort sous les auspices du label allemand Vendetta Records.

    Alors que jusque là, les visuels des divers opus de Ernte mettait en avant Witch N. (qui maintenant se fait appeler Askahex), «  Weltenzerstörer » opte pour un visuel très différent mais plus menaçant, plus sale serais-je tenté de dire.

    Cette impression de crasse, de quelque chose de plus sombre et terrifiant encore se confirme en partie dans les sept compositions proposées ici. Bon il faut bien le rappeler, la musique de Ernte n’a jamais rien eu de joyeux avec un black metal volontier mid tempo et reptilien. Mais là où le précédent album, « Albsegen », laissait entrevoir quelques rondeurs dans le son, voire quelque raies de lumière, «  Weltenzerstörer » est implacablement noir.

    Plus organique, avec une basse bourdonnante et des guitares un poil plus grésillantes, ce troisième opus exhale de miasmes sombres avec un petit côté régressif ma foi fort agréable. 

    Passé cela il n’y a pas forcément non plus de grands bouleversements à relever et pour tout dire c’est très bien ainsi. V Noir et Askahex continuent de tracer leur chemin au milieu de mid tempo poisseux et inquiétants, à l’image des deux premiers morceaux qui nous placent d’emblée dans de sinistres ambiances. Pourtant comme pour les opus précédents, l’ennui ne pointe pas son nez, le groupe sachant aussi placer quelques sévères accélérations au sein de compositions qui s’étirent toutes au-delà des cinq minutes. La troisième piste «Silent Bleak » s’avère même très enragée quand « Trip to a Solitary » nous fait passer par tous les états avec ses changements de rythmes taillés dans le vif. Avec ce chant qui vous saute à la gorge, ces riffs acérés et ses mélodies tantôt maladives ou agressives, Ernte continue de proposer un black metal de facture, certes classique, mais prenant et incarné. 

    Par ailleurs sans non plus en abuser, le groupe sait glisser quelques petites respirations que ce soit quelques notes acoustiques par ci par là, quelques tristes notes de violon sur « Vessel of Sacrifice » et même une timide pointe chant clair sur « The Fire Lake : Death of Souls ».

    Rien à redire donc, avec « Weltenzerstörer », Ernte réunit tous les sombres ingrédients pour un black metal solide dans sa construction et captivant par ses ambiances résolument obscures. Une valeur sûre.

    Tracklist :

    1. The Witch (Was Born in Flames) (06:57)  

    2. Ruler of Chaos, Bringer of Storm (06:16)  

    3. Silent and Bleak (05:39) 

    4. Trip to a Solitary Moon (05:48)  

    5. Vessels of Sacrifice (06:04)  

    6. The Fire Lake: Death of Souls (06:25)  

    7. Profound Eyes (05:18)

    Line-up : V Noir – Guitare, basse, batterie / Askahex – chant, basse, violon.

    Liens :

    https://ernteblackmetal.bandcamp.com

    https://www.facebook.com/ernteblackmetal

    https://www.instagram.com/ernte_blackmetal

    https://www.youtube.com/channel/UCvQAZ6U11gi_VpmRW3nQCHQ

  • Fellwarden – Legend : Forged in Defiance   

    Fellwarden – Legend : Forged in Defiance   

    Genre : Epic Folk Black Metal
    Label : Eisenwald
    Sortie : 14 juin 2024

    Note  :  90/100 (LB D)

     FELLWARDEN s’est formé en 2014 en tant que projet solo de Franck Allain alias “The Watcher”, plus connu pour sa participation dans le groupe Anglais de Black Metal Atmosphérique FEN. Sauf qu’ici, il se lâche totalement sur le côté épique, ici tout est plus théâtral, plus lyrique, plus atmosphérique, poussant les curseurs à leur maximum de façon à se différencier de son autre groupe.

     Sur les deux premiers albums sortis en 2017 et 2020, les thèmes étaient plutôt axés sur les vraies ou fausses histoires de l’Angleterre, la montagne du Nord Est de la Perfide Albion ou des récits de braves chevaliers. Pour son troisième enregistrement, intitulé “Legend: Forged in Defiance”, l’Anglais nous propose un concept album basé sur le roman “Légende” du très regretté DAVID GEMMELL, écrivain Britannique d’heroic fantasy décédé en 2006. On peut y suivre les aventures de Druss, un guerrier chargé de défendre la forteresse Dros Delnoch. FRANCK ALLAIN a pensé son album de façon à ce que chaque titre soit un chapitre de la saga et représente un mur de cette forteresse. Pour l’aider dans cette tâche ardue il fera appel à ses compatriotes et musiciens de FEN, Alasdair Dunn (batterie), Mark Harrington (basse), Adam Allain (chœurs), seul Sean Darling, chargé de la narration, n’appartient pas à ce groupe.

    Musicalement parlant, le Londonien nous propose un Epic Folk Black Metal de haute volée, mais à la différence des deux premiers albums, ici point de claviers ni de synthétiseurs, tout est axé sur les riffs de guitare et les voix. Le troisième morceau en est la parfaite illustration, véritable pierre angulaire de cet album, car après celui-ci l’atmosphère change (mais j’y reviendrai plus tard). Il concentre toutes les idées de Franck Allain, tout d’abord, ces influences Heavy Metal typiquement année 80, en faisant référence à nos glorieux anciens comme Judas Priest ou Manowar, particulièrement flagrant sur le début du titre, puis s’ensuit un break acoustique agrémenté d’une narration terminant par une fulgurante accélération Black Metal. Les chœurs sont magnifiques et l’imagerie est forte, vous avez l’impression d’être avec le guerrier Druss au milieu des combats et qu’il faut défendre la forteresse coûte que coûte. Vraiment le meilleur titre pour moi.

    Mais la vraie force de cette œuvre ce sont les chœurs omniprésents sur cet album et qui viennent soutenir tout le long le chant black, apportant littéralement plus de profondeur. Ils sont les véritables métronomes, tantôt joyeux et grandiloquents au début, mais au fur et à mesure et surtout après ce fameux troisième titre, les chœurs se veulent plus sombres, plus mélancoliques, engendrant de l’inquiétude et du désespoir, aidés sur certains passages par une narration froide de Sean Darling. L’autre point fort de cet album, ce sont les interludes à la guitare, parfois acoustiques, parfois folkloriques, mais toujours bien senties et idéalement bien placées, généralement annonciatrices d’une déferlante Black Metal derrière. 

    FELLWARDEN signe avec ce troisième album son œuvre la plus aboutie et très certainement l’un des meilleurs albums d’Epic Folk Black Metal de l’année. Ici, tous les titres sont des hymnes en puissance dont on retiendra aisément les mélodies mais surtout, ils ont cette capacité à vous transporter dans un univers rempli d’heroic fantasy. Alors certes, je n’ai pas lu le roman de David Gemmell, mais rien qu’en écoutant sa musique, Franck Allain aura réussi à me convaincre de le lire, car j’ai le sentiment qu’il a réussi le pari de mettre en musique le récit et qu’elle respire complètement cette œuvre littéraire.

    Tracklist

    01 – Exultance (10:04)

    02 – Despair (09:01)

    03 – Renewed hope (10:42)

    04 – Desperation (09:32)

    05 – Serenity (08:37)

    06 – Death (08:30)

    Line-up : Franck Allain – Chant, Guitares Lead, Rythmique et Acoustique ; Chœurs.

    Guests : Alasdair Dunn – Batterie / Mark Harrington – Basse / Adam Allain – Choeurs / Sean Darling – Narration 

    Liens

    https://fellwarden.bandcamp.com/album/legend-forged-in-defiance

    https://www.facebook.com/fellwarden

    https://www.metal-archives.com/bands/Fellwarden/3540428173

  • Cult of Erinyes  –  Metempsychosis  (2024)

    Cult of Erinyes  –  Metempsychosis  (2024)

    Genre : black metal
    Label : Amor Fati Productions
    Sortie : 24 mai 2024

    Note : 85 /100 (Seblack)

    Cinquième album de Cult of Erinyes, « Metempsychosis » se présente sous un format assez différent par rapport aux précédentes réalisations de la formation belge signée chez Amor Fati Productions : deux titres fleuves de vingt minutes chacun, le tout pour un black metal ô combien labyrinthique.

    Conçus comme une vaste introspection autour de la mort, les deux compositions dessinent ce chemin d’après la vie, long et tortueux : la mort, le voyage d’abord et enfin l’éternité.
    Conformément à ce à quoi Cult of Erinyes a pu nous habituer par le passé, on est face à un black metal complexe qui requiert la pleine attention de l’auditeur. Les leads mélodiques et acérées y côtoient un assemblage de riffs glaçants et puissants. Les ambiances lourdes et austères qui dominent l’opus peuvent se muer à tout moment en déchaînements furieux aussi bien qu’en atmosphères éthérées presque « ambient ».
    A chaque minute Cult of Erinyes peut opter pour une ambiance ou pour une autre usant aussi bien de dissonances plaintives que de blast beat appuyés. Dans ce dédale, le fil d’Ariane qu’est la voix de Déhà a des accents de rage, de folie, de délire autant que de désespoir.

    Il va donc sans dire que « Metempsychosis » est un album qui nécessite à la fois du temps et certaines dispositions d’esprit pour être pleinement abordé et apprécié à sa juste valeur. Sa seule évidence est qu’il dégage cette aura propre aux opus qui ne laissent pas aller à la facilité. Cela peut intimider autant qu’attirer. Passé ce cap, ce cinquième opus de Cult of Erinyes déploie une musique et des ambiances puissamment immersives durant lesquelles le temps semble s’arrêter ou au contraire se dilater à l’infini. Un album dans lequel il fait bon se perdre, ce qui en fait, dans son genre, une œuvre hautement recommandable.

    Tracklist :

    1. Death and the Voyage (22:23)
    2. Eternity in a Second (21:09)

    Line-up : Corvus – Guitares, basse, claviers / Déhà – Chant / Algol – Basse / Baron – Guitare (lead)

    Guest(s) : Ahephaim – Batterie

    Liens :
    https://cultoferinyes.bandcamp.com/album/metempsychosis
    https://www.facebook.com/cult.erinyes
    https://soundcloud.com/cultoferinyes

  • Insect Ark – Raw Blood Singing

    Insect Ark – Raw Blood Singing

    Genre : Doom atmosphérique
    Label : Debemur Morti Productions
    Sortie : 7 juin 2024

    Note :  80 /100 (Seblack)

    Fondé en 2011, Insect Ark est un duo d’artistes américains installé à Berlin. La formation se compose de Dana Schechter (Swans) et de Tim Wyskida (Khanate, Blind Idiot God). Le groupe officie dans un doom que l’on pourrait volontiers qualifier d’ambient et expérimental. Intitulé « Raw Blood Singing », cet album constitue le cinquième du duo et s’il n’était pas sorti chez Debemur Morti, je dois avouer que je n’aurais probablement pas eu l’occasion de jeter une oreille dessus. 

    Honnêtement je ne savais pas forcément trop à quoi m’attendre en découvrant la musique de Insect Art. Pour tout dire, même, je craignais même d’avoir droit à une musique outrageusement expérimentale avec des morceaux longs et ennuyeux.

    Expérimentaux, les univers sonores le sont, mais pas outrageusement. Oui la musique de Insect Ark n’est pas banale et on sent bien tout le travail d’exploration du groupe pour aboutir à ces sonorités et ambiances à la fois douces et inquiétantes.  Mais le tout sait rester malgré tout accessible et intelligible. Longs, les morceaux ne le sont pas tant que ça finalement et surtout, plus important, ils ne souffrent d’aucune longueur, ce qui balaie la crainte de l’ennui qui n’a jamais pointé le bout de son nez lors des écoutes de « Raw Blood Singing ».

    Loin de sombrer dans des excès expérimentaux confinant à l’abstraction musicale, le duo Insect Ark développe au contraire des atmosphères plutôt prenantes qui nous portent de morceaux en morceaux et maintiennent l’attention autant que la curiosité. Cela peut passer par de lourdes parties de cordes comme par des ambiances mystérieuses de synthétiseurs. Le jeu subtil de la batterie et les diverses percussions est à relever car jouant un véritable rôle dans les sonorités inquiétantes des huit compositions de cet opus. Mais l’intérêt passe aussi par ce qui constitue apparemment la nouveauté de cet album : le chant.

    En effet les œuvres précédentes de Insect Ark étaient essentiellement instrumentales. Pour « Raw Blood Singing », la voix de Dana Schechter vient enchanter ou hanter un certain nombre de morceaux. Loin d’être omniprésente, cette voix contribue beaucoup à l’ambiance spectrale et onirique du groupe. En bref, il s’en dégage quelque chose de spécial qui colle tout à fait à la musique et aux atmosphères mystérieuses et participe à l’ensemble de l’intérêt que l’on peut porter à cet album plaisamment immersif.

    Tracklist :

    1. Birth of a Black Diamond

    2. The Frozen Lake

    3. Youth Body Swayed

    4. Cleaven Hearted

    5. The Hands

    6. Psychological Jackal

    7. Inverted Whirlpool

    8. Ascension

    Line-up : Dana Schechter – Basse, synthétiseur, lap steel, chant / Tim Wyskida – Batterie, percussions.

    Liens :

    https://insectark.bandcamp.com/album/raw-blood-singing

    https://www.facebook.com/InsectArk/?locale=fr_FR

    https://www.insectark.com/?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTAAAR0iUcfzIF2zhaHj5C6_ffc0eJ-enPxjXMJBhlTEFpHQgIzUwweZhdsb1oQ_aem_ZmFrZWR1bW15MTZieXRlcw

    https://www.instagram.com/insectark