Catégorie : Chronique

  • Benighted – Ekbom (2024)

    Benighted – Ekbom (2024)

    Genre : Brutal Death Metal/Grindcore
    Label : Season of Mist
    Sortie : 12/04/2024

    Note :  95 /100 (Jp)

    Chronique : 

    Les gens qui nous suivent depuis quelques temps connaissent bien notre attachement au sein de Memento Mori Webzine pour notre scène nationale. Elle est riche, elle est pro et clairement, nous avons la chance d’avoir certains groupes qui se sont imposés au fur et à mesure du temps comme des ténors influents du genre. Et Benighted peut se targuer d’être clairement l’un des Boss dans sa catégorie.

    “Obscene Repressed” étant sorti en 2020, et malgré la sortie de 3 singles (“Serve to Deserve” et “Stab the Weakest” en 2020 + « A Personified Evil” en 2021), “Ekbom” aura mis 4 ans avant de sortir le 12 Avril 2024. Benighted étant un groupe particulièrement actif sur la partie Live, nous ne dirons pas que les 4 Stéphanois auront pris leur temps pour autant.

    On sait qu’à chaque sortie, on peut s’attendre à un nouveau concept ou lien dans les paroles grâce à l’inspiration venant du côté professionnel de Julien Truchan, le maître Es Bhuiwhuick du combo. Et ce coup-ci, on part encore une fois dans les tréfonds du psyché et des traumas pouvant bien pourrir la vie d’une personne dans l’histoire que nous raconte Ekbom. Attachez vos ceintures, c’est part’WHUIIIIIIIIIICK !

    Le syndrome d’Ekbom, ou délire d’infestation parasitaire, est une pathologie rare, caractérisée par la conviction inébranlable d’avoir une peau infestée d’insectes ou de parasites. Il s’agit d’un délire monothématique à mécanisme hallucinatoire qui touche typiquement les femmes d’âge avancé.”

    Ceux qui auront eu la possibilité de voir le clip “Scars” comprendront un peu plus l’ambiance ainsi que le visuel de l’album, qui a été réalisé par GrindDesign.

    Room 14, we have a 21-year-old woman, first hospitalization. She has no family, her mother raised her alone and died of cancer 4 years ago. She lived in foster care until she was 18,The onset of the disorders was brutal, she presents a psychotic crisis with a delirium centered on her body. She has visual hallucinations that evoke Ekbom’s syndrome, she sees insects running on and under her skin. She tried to cut herself several times to get them out. She tells us that the enemy is inside, that it’s always inside. Maybe she unconsciously refers to her mother’s cancer, she cared for her until the end. She also talks about a dark man who is present in every room she enters. He stands still, looks at her, she doesn’t describe him as a threat. He just smiles as soon as she starts cutting herself…

    Nous suivons donc par le biais des 12 titres d’”Ekbom” la descente aux enfers de cette jeune femme dans la 20aine, partie bien trop loin suite au trauma causé par le décès de sa mère et de cette fameuse personne en noir, souriante, qui l’accompagne dans sa vie de tous les jours. Et sincèrement, je crois que je n’ai jamais entendu un Benighted aussi malsain dans ses chansons tant l’atmosphère est pesante tout au long des chapitres !

    On retrouve toujours ces petites touches HardCore que j’appréciais déjà dans “Obscene Repressed” mais s’est ajouté à ça un côté clairement Crust et Black Metal (ce pont dantesque dans “Scapegoat” !!), le tout assaisonné par des parties instrumentales d’une efficacité redoutable et limite Tech Death (“Flesh Against Flesh” ou “Nothing Left to Fear”, par exemple), tout ça étant bien mis en avant par la prod made in Kohlekeller Studios. Nous noterons aussi le choix judicieux de remettre des paroles en français dans l’album, pas loin de 3 chansons quand même (“Morgue”, “Le Vice des Entrailles” et “Ekbom”) ainsi que 2 guests et non des moindres, Oliver d’Archspire et Xavier de Blockheads, groupe culte du Grindcore français ! 

    Ce qui est appréciable avec cet album, au-delà de la qualité des chansons, c’est cette faculté qu’à Benighted de nous surprendre encore ! Que ce soit dans la vitesse d’exécution (encore une fois “Nothing Left to Fear” et ses 402 Bpm) ou même dans les timbres de voix choisis par Julien qui n’hésite pas à prendre des voix bien vicieuses selon certains passages (“Prodrome” et ses DO IT, le pont de “Scars” ainsi que cette voix possédée dans le dernier titre “Mother Earth / Mother Whore”), vous vous retrouverez systématiquement balancé entre la volonté d’aimer vous en prendre plein les ratiches et de vous dire “Mais arrêtez ! Mais pourquoi vous m’jetez par terre !?” et malgré tout d’en redemander encore !  

    Nul doute qu’avec “Ekbom”, Benighted va encore en laisser plus d’un sur le carreau, agonisant et avec les dents éparpillées un peu partout, d’autant plus que le groupe va pas mal tourner ces prochaines semaines sous l’affiche du HellFest Warmup Tour 2024 ! 

    Tracklist

    1. Prodrome 

    2. Scars 

    3. Morgue 

    4. Le Vice des Entrailles 

    5. Nothing Left to Fear (Feat Oliver Peters – Archspire)

    6. Ekbom 

    7. Metastasis 

    8. A Reason for Treason 

    9. Fame of the Grotesque (Feat Xavier Chevalier – Blockheads)

    10. Scapegoat 

    11. Flesh against Flesh 

    12. Mother Earth, Mother Whore 

    Line-up : Julien Truchan – Chant / Emmanuel Dalle – Guitares / Pierre Arnoux – Basse / Kevin Paradis – Batterie

    Guest(s) : Olivers Peters (Archspire) – Nothing Left to Fear / Xavier Chevalier (Blockheads) – Fame of the Grotesque

    Liens : 

    https://www.facebook.com/brutalbenighted

    https://www.instagram.com/benighted_band

  • Merrimack /  Of Grace and Gravity  (2024)

    Merrimack /  Of Grace and Gravity  (2024)

    Genre : black metal
    Label : Season of Mist Underground Activist
    Sortie : 8 mars 2024

    Note :  90 /100 (Seblack)

    Non content de figurer parmi les pionniers et donc dans les rangs des vétérans du black metal à la française, voilà aussi sept longues années que Merrimack ne s’était pas manifesté avec un nouvel album. Et oui il faut remonter à 2017 pour trouver trace de « Omegaphilia », et quelle trace d’ailleurs car franchement il déboîtait autant qu’il dénotait dans une scène alors en pleine fièvre post black machin truc. Passons et revenons à l’essentiel car si quelques années ont passé depuis ce dernier opus, elles n’ont en rien érodé l’inspiration et la férocité de Merrimack qui remet le couvert avec Season of Mist de la plus belle des manières.

    Pourtant à dire vrai il n’y a pas vraiment de réelle surprise dans ce « Of Grace and Gravity » mais une grande satisfaction à trouver ce qu’on cherchait consciemment ou inconsciemment, à savoir un black metal acéré, une musique inspirée avec des compositions ciselées, variées même, comme en témoigne, entre autre, l’instrumental « Embalmer’s Wine ». 

    Dès « Sulphurean Synods », Merrimack met les choses au point avec une entame féroce suivie de multiples changements de tempo, tous aussi malsains et prenants les uns que les autres. La leçon est magistrale et la suite est à l’avenant avec toujours une certaine complexité des compositions. Loin de perdre l’auditeur, celle-ci le maintient au contraire en haleine, pour peu qu’on daigne lui donner l’attention nécessaire. Du chant en passant par tous les instruments, il n’y a rien à redire. Le groupe a travaillé son affaire dans les moindres détails. Agressif sans jamais tomber dans l’excès, mélodique sans jamais sombrer dans la facilité, le quintette parisien déroule, et quand il se risque dans des contrées plus atmosphériques en fin d’album, il ne se défait en rien de ce côté insidieux.

    Histoire d’enfoncer le dernier clou dans le cercueil de ce long silence, le travail d’orfèvre des arts noirs auquel se livre le groupe est totalement servi par la production. Ne cédant ni aux sirènes poussiéreuses du passé ni à ces productions contemporaines trop souvent aseptisées, le son de « Of Grace and Gravity » est remarquable par son côté très abrasif qui permet d’en apprécier les riffs, les mélodies ou les dissonances. La batterie claque comme un fouet et les vociférations criardes de Vestal et des ses invités n’en sont que plus délectables.

    En bref avec ce nouvel opus, Merrimack signe un retour des plus réussis et bâtit avec « Of Grace and Gravity » un pandémonium majestueux par sa noirceur magnétique. 

    Tracklist :

    1. Sulphurean Synods (06:42)

    2. Sublunar Despondency (07:07)  

    3. Dead and Distant Clamors (05:35)   

    4. Wounds That Heal (06:44)

    5. Starving Crowns (08:05)   

    6. Under the Aimless Spheres (07:01)  

    7. Embalmer’s Wine (06:59 )

    Line-up : Perversifier – Guitare / Daethorn – Basse /  Blastum – Batterie / A.K. – Guitare / Vestal – Chant.

    Guest(s) : Ur Èmdr Œrvn – Chant ( Embalmer’s Wine) /  D.G. – Chant ( Sulphurean Synods)

    Liens :

    https://merrimack.bandcamp.com/album/of-grace-and-gravity

    https://www.deezer.com/en/artist/99176

    https://www.facebook.com/merrimackofficial

    https://www.instagram.com/merrimack666

  • Severoth  /  Шляхом світла  (By the Way of Light)

    Severoth  /  Шляхом світла  (By the Way of Light)

    Genre : Black Metal Atmosphérique
    Label : Avantgarde Music
    Sortie : 22 mars 2024

    Note :   90/100 (Seblack)

    Quatre ans se sont écoulés entre « Vsesvit » et son successeur « Шляхом світла »  (By the Way of Light) qui sort de nouveau sur le label italien Avantgarde Music en ce printemps 2024. Quatre années, c’est inhabituellement long pour Severoth qui depuis 2015 décochait les albums avec une régularité de quasi métronome. Mais pour le one man band ukrainien ces quatre dernières années n’ont rien eu d’un fleuve tranquille. Vous comprendrez aisément pourquoi. 

    La composition avait pourtant rapidement commencé dans le sillage de la sortie de « Vsesvit ». Mais le 24 février 2022, l’attaque de la Russie contre l’Ukraine a quelque peu bouleversé la donne pour Severoth. Originaire de la ville de Dnipro, à l’Est du pays, la tragédie des combats a pu constituer une complication considérable tant au point de vue personnel que dans la limpidité du processus de création de « Шляхом світла ».

    Proposant des albums dont l’univers est davantage tourné vers les cieux et la nature que  vers les affaires humaines, l’irruption de cette terrible réalité qu’est la guerre se fait sentir avec la chanson “Сталевої волі сини”  (Sons of Steel will). Une composition fleuve, qui est une des plus épiques que Severoth ait proposé, avec des guitares aux accents « Saoriens », des claviers majestueux et des lignes de chant clair.

    Pour autant, Severoth reste Severoth et ce sixième album ne se départit à aucun moment de ce qui fait la magie de cet artiste qui, comme à son habitude, a tout composé, joué, enregistré et mixé. 

    Dans la continuité de cet univers à la fois sombre et lumineux,  Шляхом світла propose de longues compositions traversées de nappes de claviers voluptueuses. Plus enclin que jamais à dépeindre des atmosphères oniriques et poétiques, l’album fait la part belle à l’instrumentation avec des guitares aux accents mélodiques ou épiques. 

    Alors bien sûr le chant n’est pas absent ou négligé, loin de là, les nombreuses parties en chant clair, superbement intégrées au tableau en attestent.  Mais parfois, et même assez souvent, la voix s’éclipse pour laisser pleinement la parole à cette musique envoûtante, reflet d’un imaginaire où communient la forêt, les montagnes et la froide lumière de la lune et des étoiles.

    A l’image d’une longue nuit où les nuages n’auraient de cesse de voiler ou dévoiler la lueur des astres, la musique de Severoth prend le temps de s’absorber de ces atmosphères pour en restituer la grandeur que ce soit sous ses accents les plus mélancoliques ou les plus tempétueux. Animé par les bourrasques de l’âme autant que par un onirisme foisonnant, Severoth vient une nouvelle fois accrocher dans les cieux du black metal atmosphérique une étoile ô combien resplendissante. 

    Tracklist :

    1. Сонце зійде (Sunrise will Come) (14:22)   

    2. Сталевої волі сини  (Sons of Steel will) (12:50)  

    3. До зірок! (To the Stars!) (10:21)  

    4. …А на серці зима… (…And Winter in my Heart…) (13:43)  

    5. Застигла мить (A Frozen Moment) (08:46)  

    Line-up : Severoth – Tous les instruments.

    Liens :

    https://severoth.bandcamp.com

    https://www.deezer.com/en/artist/52556432

    https://www.facebook.com/severoth

    https://www.instagram.com/severothocculta

  • Ondfødt  /  Oldfodt

    Ondfødt  /  Oldfodt

    Genre : Black Metal
    Label : Black Lion Records
    Sortie :
    5 avril 2024

    Note : 90/100 (Seblack)

    Depuis leur album «Dödsrikets kallelse » sorti en 2019, voilà un groupe finlandais qui suscite chez moi, un intérêt grandissant. « Norden » paru en 2021 et plus récemment encore « Det österbottniska mörkret » n’ont fait que confirmer cette impression : Ondfødt est un groupe qui a de la ressource et leur musique est d’une puissance peu commune. On ne peut pas parler de black metal finlandais à la sauce traditionnelle, le son du groupe étant résolument plus moderne, mais la force qui s’en dégage n’en est pas moins impressionnante, avec parfois des petits airs de …And Oceans.

    Moins d’un an après la sortie de son dernier opus, Ondfødt est déjà de retour avec, cette fois, un EP de cinq titres intitulé “Oldfodt” qui sort chez Black Lion Records.

    Un Ep c’est souvent l’occasion pour innover ou proposer une démarche un peu différente. Pour ce disque, par exemple, le groupe ne propose pas de nouvelles compositions au sens strict du terme mais revisite quatre titres de son répertoire le plus ancien ainsi qu’une reprise. Ondfødt entend notamment donner toute leur puissance à ces compositions en les dotant d’un son se dirigeant davantage vers ce dont le groupe semble vouloir tendre en 2024.

    Dès l’écoute de la première chanson « Faensgyte » issue du premier album (Hexkonst, 2014), on retrouve ce souffle puissant qui caractérise Ondfødt. Les sonorités sont tout à la fois black mais avec une touche plus moderne dans le son, à la limite de quelque chose qui s’apparenterait à l’indus. Difficile de rester insensible à cette musique qui martelle sévère et de laquelle émerge un chant si ravageur que Owe Inborr semble y donner tout ce qu’il a, comme si sa vie dépendait de ce seul titre. Issu du tout premier opus du groupe, le titre connaît un coup de neuf fort agréable tout en confirmant la qualité de la composition d’origine.

    On parlait un peu plut tôt de …And Oceans, et bien il va en être pleinement question sur la deuxième piste où est invité Mathias « Vreth » Lillmåns pour la chanson intitulée « No ere jo Satan » tiré du deuxième opus de Ondfødt. Bon le résultat est décapant, le titre, déjà bref, subissant un coup de boost le faisant passer de 2:22 à 2:00 menées à fond de train. Un peu trop peut-être. Tout en appréciant la manière dont le groupe revisite ce titre, je dois confesser lui préférer sa première version plus organique. Le constat est différent pour «Midnatt», elle aussi tirée de l’album «Dödsrikets Kallelse ». Là le groupe va résolument piocher dans des sonorités toujours plus modernes mais qui cette fois enrichissent le son et les nuances du titre au lieu de le simplifier. La réinterprétation gagne ainsi en profondeur et s’avère très prenante.
    Un constat positif similaire pour « Den Sanna » dont la nouvelle mouture gagne en énergie et en variations, donnant au titre d’origine un petit coup de vieux.

    Décidément plein d’audace pour cet EP, Ondfødt clôt ce disque par la reprise de la chanson « Paradiset » de Rauli Somerjoki, un des airs les plus populaires en Finlande pour ne pas dire la plus populaire du l’histoire musicale du pays. Bien sûr, tout cela est fait à la sauce black metal, le groupe se fendant même d’un clip pour l’occasion.

    Alors au moment de refermer la chronique de cet EP, on sent que Ondfødt se fait plaisir sur ces cinq titres. Plaisir à revisiter son ancien répertoire avec son nouveau line-up et un nouveau son, plaisir à recevoir un invité de marque en la personne du chanteur de …And Oceans, plaisir même à revisiter le répertoire populaire finlandais. Et tout cela, ça fait bien plaisir. Du coup si vous voulez vous faire plaisir aussi, il ne vous reste plus qu’à écouter ce disque et ce groupe dont je ne dirais jamais assez de bien.

    Tracklist :

    1. Faensgyte
    2. No ere jo Satan
    3. Midnatt
    4. Den sanna
    5. Paradiset (Reprise de Rauli Somerjoki)

    Line-up : Tommi Tuhka La – Batterie / Joel Itkonen – Basse – guitare / Owe Inbord – Guitare, chant.

    Guest(s) : Mathias « Vreth » Lillmåns – Chant (No ere jo Satan).

    Liens :

    https://www.facebook.com/Ondfodt666
    https://www.instagram.com/ondfodt_official/?utm_medium=copy_link
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/5uTwxBGntF8CBbnElxZ0OG
    https://www.youtube.com/user/ondfodtofficial

  • Necrowretch  /   Swords of Dajjal

    Necrowretch  /   Swords of Dajjal

    Genre : black / death metal
    Label : Season of Mist Underground Activists
    Sortie : 2 février 2024

    Note :   90/100 (Seblack)

    Simple impression personnelle ou réalité, mais j’ai toujours eu le sentiment que Necrowretch était une formation injustement sous-estimée au sein de la scène extrême française et internationale. Pourtant quand on regarde la discographie du groupe, il n’y a pas de fausse note. D’autant que Necrowretch a su faire évoluer son univers musical en le noircissant d’influences black de plus en plus marquées. En 2020 enfin, les étoiles semblaient s’aligner avec la sortie de « The Ones from Hell » et l’annonce d’une grande tournée avec Taake et Kampfar. Las, le confinement et le Covid sont passés par là. Adieux vaches et cochons… Loin de sombrer dans le défaitisme, le groupe s’est vite employé à donner un successeur à « The Ones from Hell », sans pour autant se précipiter, et sortir à la hâte un de ces albums post covid un peu bancal ou bâclé.

    Ce cinquième opus s’intitule donc « Sword of Dajjal » et sort de nouveau sous les auspices de Season of Mist et de sa branche Underground Activist. L’artwork est à la fois sobre et très évocateur. Ce personnage avenant est une représentation de Dajja, considéré dans l’islam comme le faux prophète, une sorte d’antéchrist. Il est représenté avec un sabre à deux pointes, le  Zulfikar, qui est devenu un des symboles de l’islam puisque se rapportant à l’épée du prophète Mahomet trouvée par celui-ci lors de la bataille de Badr. Avec ses deux pointes (une pour le bien, une pour le mal dit-on) Mahomet aurait poursuivi ses conquêtes, et l’aurait donné à son gendre Ali lors d’une bataille, geste qui a pu être interprété comme une forme de transmission du pouvoir par certains penseurs de la branche chiite. 

    Avant même d’enclencher le bouton « play », on constate que Necrowretch a conçu son album avec le souci de l’ancrer dans une thématique à la fois précise et peu habituelle dans le metal extrême. Voilà qui a de quoi attirer, même si la musique peut aussi largement se suffire à elle-même pour apprécier « Sword of Dajjal ».

    Car là aussi, le groupe a accompli un sacré boulot en termes de composition. De « Ksar Al Kufar » à « Total Obliteration », il n’y a pas de temps faible. Chaque titre possède son identité propre tout en formant un tout cohérent. C’est un travail d’orfèvre et on n’éprouve à aucun moment le sentiment que Necrowretch s’est concentré sur deux trois titres phares et a fait du remplissage ailleurs. D’abord ce n’est pas le genre de la maison, mais ici cela saute aux oreilles plus encore que d’accoutumé. Franchement on se prendrait même à souhaiter une interprétation intégrale en live. Les riffs sont terribles, les leads précises et affûtés comme un sabre, la section rythmique est au cordeau. Quant au chant…bordel ! Il vous saute à la gorge comme c’est le cas sur l’introduction de « Dii Mauri ».

    Assez clairement le death/black de Necrowretch incline de plus en plus vers le black. Une évolution déjà perceptible sur « The Ones from Hell » et qui s’accentue ici. Cela est patent sur les brûlots incandescents que sont « Sword of Dajjal » ou « Vae Victis ». Mais cela se ressent aussi au travers des variations de rythmes car sur cet album il n’est pas question que de vitesse, les breaks sont nombreux et si certains morceaux ont un rythme plus modéré c’est pour développer des ambiances sinistres et pesantes que n’auraient pas reniés Marduk ou Dissection.

    Enfin là ou le fond rejoint la forme c’est quand Necrowretch glisse quelques motifs orientaux à sa musique. Oh il n’y en a pas partout mais suffisamment pour rappeler la thématique de l’opus et emmener un peu plus encore l’auditeur dans l’univers de « Sword of Dajjal ».

    On mentionnera enfin le soin apporté à la production qui met totalement en valeur le travail du groupe. Le son n’est pas artificiellement body buildé à grands coups de basses comme c’est trop souvent le cas pour cacher des compositions maigrelettes. Ici au contraire la production est toute en finesse et met un peu plus encore en valeur la qualité de la musique et son côté abrasif.

    Dense dans sa forme comme dans son fond, Necrowretch propose avec « Sword of Dajjal » son album le plus ambitieux et le plus abouti. Nerveux et patiemment aiguisé, voilà un album qui devrait faire date et imposer un peu plus encore Necrowretch comme une référence du metal extrême en France comme à l’international. Il serait, en tout cas, foncièrement injuste qu’il en soit autrement.

    Tracklist :

    Ksar Al-Kufar (4:22)

    The Fifth Door (5:30)

    Dii Mauri (5:07)

    Swords of Dajjal (4:56)

    Numidian Knowledge (4:12)

    Vae Victis (4:18)

    Daeva (2:49)

    Total Obliteration (6:13)

    Line-up :  Vlad – Chant, guitare / W. Cadaver – Guitare (lead), basse /  N. Destroyer – Batterie.

    Liens : 

    https://necrowretch.bandcamp.com/album/swords-of-dajjal

    https://www.deezer.com/us/artist/4265709

    https://www.facebook.com/Necrowretch

    https://www.instagram.com/necrowretch

  • Waidelotte  /  Celestial Shrine

    Waidelotte  /  Celestial Shrine

    Genre : Black metal avant-gardiste 
    Label : Debemur Morti Productions
    Sortie : 29 mars 2024

    Note :   80 /100 (Seblack)

    Waidelotte est une toute nouvelle formation formée en Ukraine par des musiciens d’horizons assez divers, à savoir : Andrii Pechatkin (White Ward),Oleksii « Zlatoyar » Kobel  (Soen) et Mykhailo Bogaichuk (I Miss my Death). Dans les faits le line-up est même beaucoup plus large encore, comme en atteste la liste conséquente des invités (près d’une douzaine) qui sont intervenus sur « Celestial Shrine ». On y retrouve notamment des membres de ТІНЬ СОНЦЯ, de Naoni Orchestra, de Casa Ukrania et de Gordiy Starukh. Le tout donne un mélange pour le moins étonnant et sort sur le label français Debemur Morti Productions.

    L’artwork réalisé par Serhii Kochmar pourrait laisser penser à une réminiscence de Cult of Fire, mais non Waidelotte n’a pas de vocation bouddhiste, quand bien même son chanteur concède, je cite : « Bien qu’il ne s’agisse pas d’un dieu hindou en particulier, nous avons cherché l’inspiration dans cette religion, en réinterprétant certaines de ses perles de sagesse du point de vue de nos origines. Mais chacun peut voir son propre sanctuaire sur la pochette. C’est juste un élément déclencheur qui peut pousser à une exploration et à des conclusions plus approfondies. ». 

    A l’aune de cette citation et du line up présenté plus haut, vous comprendrez aisément qu’avec « Celestial Shrine », on n’est pas avec un album tout simple qui va nous tomber tout cuit dans le bec.

    La description même de la musique est assez hasardeuse si ce n’est dire qu’elle est une combinaison de post black, de death metal avec des influences progressives et le recours ponctuel à des chants et instruments folkloriques (vielle à roue, bandura, tsymbaliy…).

    La première écoute s’avère d’ailleurs pour le moins déconcertante laissant l’impression d’un maelstrom stylistique dans lequel on se sent un peu perdu. Le même genre de sensation qu’on peut éprouver à l’écoute du dernier Thy Catafalque par exemple. D’emblée, on comprend donc que l’on est face à un de ces objets sonores plus ou moins identifiés et que ce « Celestial Shrine » ne va pas se laisser dompter facilement.

    L’affaire est complexe sans l’ombre d’un doute. En même temps avec des compositeurs comme Oleksii « Zlatoyar » Kobel de Soen ou Andrii Pechatkin, chanteur / bassiste de White Ward, il ne fallait pas s’attendre à autre chose. La voix, désormais assez familière, de ce dernier est d’ailleurs une des accroches de « Celestial Shrine » offrant une des premières branches auxquelles se raccrocher.

    Sur le plan thématique, l’album entend dépeindre le voyage d’un individu à travers le désespoir, la mort et finalement la renaissance. Un cheminement complexe donc, avec pour point de lumière une forme de catharsis. Là encore, la main d’Andrii Pechatkin est assez reconnaissable et ces quelques éléments de contexte permettent de mieux saisir les intentions de Waidelotte dont la musique semble chevillée aux paroles narrant le parcours chaotique de ce personnage fictif.

    Chaos. C’est bien le mot qui ressort aux premières écoutes. Mais ce chaos n’a rien de hasardeux. Quand bien même la musique de Waidelotte peut laisser une première impression de confusion ou de profusion, on comprend assez vite aussi que ce chaos est minutieusement orchestré et se met au service de la narration. A ce titre les intentions artistiques de la formation sont donc parfaitement transcrites même si l’album reste parfois difficile à suivre dans ses multiples changements de caps.

    Au fil des écoutes, « Celestial Shrine » se dessine comme un agencement complexe de fulgurances musicales se succédant les unes aux autres. J’ai déjà évoqué le chant d’Andrii Pechatkin, toujours aussi efficace pour dégager cette noirceur et cette rage, mais on pourrait aussi s’en tenir aux guitares qui savent s’aventurer aussi bien dans des contrées d’un post black débridé que dans celles d’un death metal solidement charpenté. La basse ?  Dans les mains de Oleksii « Zlatoyar » Kobel cet instrument fait déjà des merveilles dans Soen. C’est encore plus le cas ici. 

    Les passages où des sonorités traditionnelles viennent se greffer à cet ensemble ne manquent pas d’attirer l’attention, quand bien même ces moments arrivent souvent par surprise, amenant un subit rai de lumière sur un univers sombre et chaotique. 

    Que l’on parle des différentes irruptions de chants féminins ou de la vielle à roue sur «  Todestrieb » ou encore des sonorités de bandura sur l’intermède «Ascending», ce premier opus offre une large palette de respirations et finalement de couleurs. Le point d’orgue de tout cela est probablement constitué par le titre éponyme où les sonorités de ce magnifique instrument qu’est le tsymbaly se marient à merveille avec des guitares agressives pour un morceau tout en contrastes. L’outro ambient constituée par « Dissolving » relèverait du coup de l’anecdote, si ce morceau n’avait pas une fonction bien particulière pour clore le récit.

    Alors non, ce premier album n’est pas des plus faciles à aborder que ce soit du point de vue de l’auditeur ou plus encore du chroniqueur. Mais au-delà de cette complexité qui peut décontenancer, il se révèle au fil des écoutes comme une œuvre impressionnante par son ampleur et sa richesse aussi bien musicale que conceptuelle.

    Tracklist :

    01. Descending (00:44)

    02. The Era of Stagnant Gods (4:31)

    03. Todestrieb (5:11)

    04. Opulent Mirage (5:35)

    05. The Mortality Archway (3:33)

    06. Ascending (1:02)

    07. Lightkeeper (4:46)

    08. Celestial Shrine (4:25)

    09. Dissolving (feat. Solar Kollapse) (8:18)

    Line-up : Andrii Pechatkin – Chant / Mykhailo Bogaichuk – Guitares / Oleksii « Zlatoyar » Kobel – Basse

    Guest(s) : Cody Lee Ford – Guitare (track 8) / Nata Hrytsenko – Chants ethniques (track 2, 3) / Sofiya Ruban – Chants ethniques (track 2, 3) / Olena Pavlovska – chants ethniques (track 7) / Igor Roshenets – Chant (track 4, 8) / Anna Buziian – Chant (track 7) / Serhiy Vasyliuk – Voix (track 3) / Gordiy Starukh – Vielle à roue (track 3) / Vlad Vakolyuk – Bandura (track 6, 8) / Ivan Hnativ – Tsymbaly (track 7, 8) / Solar Kollapse – Compositeur (track 9)

    Liens :

    https://waidelottemusic.bandcamp.com/album/celestial-shrine

    https://www.debemur-morti.com/en/news/912_waidelotte-join-dmp.html

    https://facebook.com/waidelottemusic

    https://instagram.com/waidelotteofficial

    https://www.facebook.com/watch?v=902378604257356

  • Darkestrah  /  Nomad  (2024)

    Darkestrah  /  Nomad  (2024)

    Genre : Black metal pagan
    Label : Osmose Productions
    Sortie : 29 mars 2024

    Note :  90 /100 (Seblack)

    Originaire du Kirghizistan mais désormais établi en Allemagne, le groupe Darkestrah n’est pas le premier venu en matière de black pagan folk. Dans les faits, ses membres ont diverses origines (notamment l’Iran pour Charuk, la chanteuse, et Magus qui s’occupe des instruments traditionnels) mais l’Asie Centrale constitue la terre dans laquelle la musique de Darkestrah s’enracine. 

    Actif depuis 1999, «Nomad» constitue son septième album. Jusque-là, la formation a été cantonnée à des sorties plutôt discrètes et touchant un public de connaisseurs. Cet état de faits n’enlève rien aux qualités du groupe et ce statut devrait enfin pouvoir changer, puisque cette fois ce nouvel album sort chez Osmose Productions. Alors sans dire que cette signature sera une clef vers le succès, gageons qu’elle offrira à ce groupe une exposition et reconnaissance plus larges. Et disons le : à l’écoute de «Nomad», ce serait amplement mérité !

    Voilà en effet un album de black pagan ou de black folk entièrement à ma convenance : suffisamment folk pour avoir son identité sonore et culturelle, mais pas trop non plus, ne tombant pas ainsi dans un folklorisme parfois excessif et souvent inhérent au genre. 

    Prenant son temps, en s’ouvrant sur des atmosphères chamaniques, le groupe commence par évoquer le village kirghize de Kök-Oy. Le morceau est assez classique dans son instrumentation mais son côté épique et mélodique est déjà des plus séduisants. On relèvera aussi la prestation de la chanteuse qui est tout à fait prenante, avec ses inclinaisons à la fois de guerrière et de magicienne. 

    Mais la plus belle partie du voyage est encore devant nous et cela commence véritablement avec le titre éponyme qui s’ouvre sur des notes de temir komuz, instrument de bouche proche de la guimbarde. Ces sonorités, qui ne sont pas sans évoquer les Ouraliens de Всполох, se marient à des arrangements de cordes presque cinématographiques. L’ensemble  est vite épaulé par un chant et des guitares acérées qui donnent à ce morceau un contraste tout à fait saisissant pour neuf minutes d’un voyage sans temps mort.

    La cavalcade au cœur de l’Asie Centrale se poursuit de plus belle avec « Destroyer of Obstacles » et toujours ce mélange de black très tranchant et de sonorités traditionnelles aux arrangements subtils. On reconnaîtra cette fois des notes de tar ou de divan qui donnent au titre toute sa dimension orientale.

    Cet agréable équilibre, Darkestrah parvient à le tenir tout au long de l’album que ce soit à travers des morceaux d’épopée comme «Quest for the Soul» ou sur des ambiances plus chamaniques sur le morceau  «The Dream of Kojojash» inspiré d’un récit de la tradition kirghize. Fermant l’album de la même manière qu’il s’est ouvert, «A Dream That Omens Death» distille une dernière fois quelques notes mystérieuses.

    Ancré aussi bien dans un black metal épique que dans des sonorités typiques de l’Asie Centrale, Darkestrah délivre un album qui mérite l’attention. Porté par un esprit combatif puisé aussi bien dans la force des esprits que dans l’histoire, «Nomad» est un album conquérant. En tout cas, moi, il m’a conquis.

    Tracklist :

    1. Journey Through Blue Nothingness (02:12)

    2. Kök-Oy (08:00)  

    3. Nomad (09:35)  

    4. Destroyer of Obstacles (09:32)  

    5. Quest for the Soul (09:46 ) 

    6. The Dream of Kojojash (04:59)  

    7. A Dream That Omens Death (01:45)

    Line-up : Asbath – Batterie, Percussion, temir komuz / Resurgemus – Guitares, claviers / Cerritus – Basse, tambour de shaman, temir komuz / Magus – Tambour, Divan, Cuatro, tar azeri / Charuk – Chant, percussions.

    Liens :

    https://darkestrahofficial.bandcamp.com/

    https://www.deezer.com/en/artist/195268

    https://www.facebook.com/darkestrahofficial

    https://www.instagram.com/darkestrah_official

    https://www.youtube.com/channel/UCVrl7hi2dj8OWznGBz8HkPw

  • Givre  / Le Cloître  (2024)

    Givre  / Le Cloître  (2024)

    Genre : Black metal
    Label : Eisenwald
    Sortie : 29 mars 2024

    Note :  90 /100 (Seblack)
    Pochette

    « Cloître » est le troisième album du groupe québécois Givre. Ce troisième effort sort sur le label Eisenwald qui avait déjà publié le second, « Le destin messianique », et réédité le premier, « Le pressoir mystique ». A la lecture des titres de ces trois albums ressort l’une des particularités de cette formation pas comme les autres, qui s’empare et noircit sans vergogne différentes thématiques de la religion catholique. Pour autant, n’allez pas imaginer le moindre instant que Givre serait un groupe religieux. Non, mille fois non. Le groupe s’inscrit plutôt dans une démarche documentaire et historique. Il s’intéresse particulièrement aux aspects les plus sombres et austères du catholicisme : le dolorisme, l’expiation par la souffrance ou le mysticisme. La démarche est assez originale mais elle est bougrement intéressante et invitera l’auditeur un minimum curieux à aller à son tour se renseigner sur les faits ou personnages abordés par le groupe dans chacun de ses titres.

    Pour « Le cloître », un certain nombre d’évolutions ont été mises en œuvre tout en restant dans la continuité de ce que Givre a proposé jusque-là.

    Thématiquement, « Le Cloître » voit un resserrement autour du catholicisme. A ce titre les références à l’histoire du Québec ou les références à la littérature s’estompent. Cette fois, Givre centre son attention sur six figures féminines catholiques. Toutes ou presque sont des saintes ou considérées comme telles. Toutes ont également été habitées par une foi intense, extrême même. Visions, stigmates, énédie, leur existence est un mélange d’expériences religieuses extatiques ou douloureuses. Elles sont de diverses époques : de Sainte Hildegarde Von Bingen pour la plus ancienne à Marthe Robin pour la plus contemporaine. Tous les textes utilisés par le groupe sont de leurs mains ou de celles d’hagiographes mettant en avant leur foi prodigieuse.

    Musicalement, on observe également une sorte de resserrement et de plus grande cohérence dans les compositions proposées ici. Les progrès en termes de son avaient déjà été importants entre les deux premiers opus. Pour « Le cloître », Givre franchit de nouveau un pas considérable : l’album sonne mieux que jamais, offrant à l’auditeur un panel de sonorités contrastées : sombres et lumineuses à la fois et dans lequel tous les instruments sont mis en valeur et au service du propos. Coutumier de l’usage d’archives sonores ou de divers arrangements, le groupe utilisait jusqu’à maintenant ces éléments en les plaçant plutôt à côté de la musique. Dans « Le cloître » le groupe a réalisé un travail plus approfondi encore, les incorporant davantage au cœur de l’instrumentation. On retrouve ainsi des extraits du film « Le dialogue des Carmélites » (1960) ou d’une pièce de théâtre de Hildegard Von Bingen dans le morceau qui lui est consacré. Le résultat de tout ce travail est net et sans appel : « Le Cloître » est l’album le plus cohérent et le plus abouti du groupe à ce jour. Il plonge dans un univers qui, selon la vie des figures abordées, va être tantôt sombre et douloureux ou à l’inverse davantage baigné par la plénitude. 

    Chaque titre possède ainsi une coloration liée à la biographie de la personne évoquée. Prenons par exemple le second titre consacrée à Louise du Néant. Cette jeune noble, née en 1639 fut plongée dans une crise mystique confinant à une folie telle qu’elle fût enfermée à la Salpêtrière. Les textes utilisés sont probablement ceux que Louise de Bellère du Tronchay a écrit à ses confesseurs livrant un témoignage rare sur les conditions de vie à la Salpêtrière au XVIIe siècle où elle fut internée puis soignante. C’est cette existence pleine de contrastes que la musique retranscrit parfaitement au travers d’une musique qui commence dans une ambiance de folie furieuse avec des cris et des stridences. S’en suivent des passages qui ploient sous une noirceur et une lourdeur écrasante quand d’autres inclineront davantage vers des moments de grâce. Cette démarche de biographie mise en musique, Givre la déploie avec autant de réussite au travers des six compositions proposées dans « Le cloître ».

    Avec ce que l’on pourrait presque qualifier de concept album, Givre parvient une nouvelle fois à proposer un album passionnant par sa démarche aussi bien que par sa musique. Pour les moins curieux la musique se suffira à elle-même mais pour les autres elle constituera aussi l’occasion de se confronter à l’histoire de ces figures féminines catholiques. Progressant à chaque sortie, le groupe québécois s’affirme véritablement comme une des formations les plus intéressantes d’une scène qui ne l’est pas moins.

    Tracklist :

    1. Marthe Robin (1902-1981) (09:55)  

    2. Louise du Néant (1639-1694) (06:52)  

    3. Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) (05:04)  

    4. Marie des Vallées (1590-1656) (05:54)  

    5. Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179) (05:36)  

    6. Sainte Marguerite de Cortone (1247-1297) (08:11)

    Line-up : Mathieu Garon – Basse, chant / Jean-Lou David – Batterie, chant / David Caron-Proulx – Guitare, chant.

    Guest(s) :  Gaël Poisson-Lemay – Guitare sur «Marthe Robin »

    Liens :

    https://givremetal.bandcamp.com/album/le-clo-tre

    https://www.deezer.com/en/artist/104545312

    https://www.facebook.com/givreblackmetal/

    https://www.instagram.com/givre_archives/

  • Ecr.Linf  /  Belluaires  (2024)

    Ecr.Linf  /  Belluaires  (2024)

    Genre : Black metal
    Label : My Kingdom Music / Source Atone Records
    Sortie : 22 mars 2024

    Note :   90/100 (Seblack)

    « Ecr.Linf », tel était l’abréviation de « Écrasons l’infâme » avec laquelle Voltaire commença à signer ses lettres vers 1763 pour appuyer son combat contre l’obscurantisme et le fanatisme religieux. 

    Ecr.Linf  tel est, aussi, le nom que ce tout nouveau groupe français de metal noir s’est donné, reprenant, à sa manière, le flambeau voltairien. Et dans ce monde où le dogmatisme et les apparences sont des vertus de plus en plus en vogue, un album tel que celui proposé ici fait du bien. Tout simplement. Cela est d’autant plus vrai, que le groupe ne se pose pas en donneur de leçons et ne s’exclut nullement de son questionnement car à quoi bon combattre l’infâme autour de soi, si ce combat ne commence pas par soi-même ?…

    L’album est intitulé « Belluaires », du nom de ces gladiateurs qui combattaient les fauves dans les arènes romaines. Tout le monde saisira le sens de la métaphore qui se dessine ici et se décline sur un visuel sobre et élégant de Dorian Lairson. L’ensemble sort sur le label français Source Atone Records, il est aussi distribué à l’étranger par My Kingdom Music. Une version cassette est également proposée par Remparts Productions. De manière plus générale, on appréciera que Ecr.Linf se soit  aussi attelé à développer un univers visuel (photographique et vidéo) à l’esthétique sombre et travaillée.

    Si Ecr.Linf est un nouveau groupe, ses membres sont loin d’être des nouveaux venus, ses musiciens ayant officié dans diverses formations qui ne manqueront pas d’évoquer de bons souvenirs musicaux : Demande à la poussière, Jarell, No Return, Svart Crown, Hyrgal…

    Dans sa démarche musicale et thématique, le  groupe s’inscrit dans une voie qui va bien au-delà d’un simple black metal distribuant son lot de mandales. C’est pourquoi le terme de metal noir m’a semblé le plus approprié pour décrire la musique de Ecr.Linf. 

    Le groupe développe en effet un univers musical  et philosophique qui lui est propre. En cela il s’inscrit dans cette lignée de groupes français ou francophones qui se distinguent par une plus-value thématique et un côté littéraire assumé. De la musique aux visuels en passant bien évidemment par les paroles, Ecr.Linf est un tout où rien n’est là par hasard.

    Alors le black metal est bien évidemment très présent avec des riffs et des ambiances qui ne manqueront pas d’évoquer les morsures scandinaves de la grande époque. Nul doute, Ecr.Linf est féroce. Mais il n’est pas passéiste non plus et sonne de manière moderne si j’ose dire. Loin d’une quelconque forme de monolithisme, les touches de claviers qui se glissent habilement dans la musique lui confèrent une dimension supplémentaire de solennité et de grandeur. Plus encore, le groupe sait aussi bien puiser dans d’autres styles pour trouver la lourdeur et l’épaisseur qui vont  lui servir à noircir plus encore son propos. Le tout est martelé par une batterie où la puissance de feu Rémi Sefarino fait des merveilles. 

    Dans cet ensemble des plus vigoureux le chant résonne de manière bien particulière. Bien que très rauque, celui-ci est parfaitement articulé permettant de saisir la plus grande partie des paroles en Français. 

    Ce travail de diction du chant permet pleinement d’apprécier celui qui a été mené sur l’écriture des paroles. La langue est ciselée et tranchante à la fois, cela tant dans ce qu’elle dit que dans la forme dont elle le dit. A ce côté littéraire des lyrics, on ne peut enlever à Ecr.Linf la volonté de lui donner un fond riche de sens. Oui il y a un côté philosophique et spirituel dans chacun des titres de « Belluaires ».  Mais s’il est question de spiritualité c’est dans une inclinaison areligieuse ; et c’est bien ici que l’on retrouve l’ombre de Voltaire. 

    Il est beaucoup question de lutte dans ces paroles, mais celle-ci n’est pas forcément dirigée contre la religion ou la spiritualité en tant que telles mais plutôt contre ses dérives les plus récurrentes : dogmatisme, puritanisme, obscurantisme…Employant plus souvent qu’à son tour le « je », le groupe ne s’exclut nullement de la problématique puisant au contraire dans ses contradictions ou ses luttes intérieures une source d’inspiration.

    Il se dégage de cet album une puissance et une forme de résonance assez prodigieuses. Bien sûr, cela tient à des parties musicales des plus furieuses mais pas seulement. Plus encore, ce qui frappe ce sont les multiples contrastes qui vont se dessiner au fur et à mesure des huit compositions proposées ici. Que ce soient les passages de claviers, les parties en voix claire où le magnifique final à l’accordéon sur « La danse des crânes » tout concourt à dépeindre un univers en clair-obscur foisonnant et cohérent. A n’en pas douter  Ecr.Linf vient d’écrire avec « Belluaire » une fort belle page de black metal à la française.

    Tracklist :

    1. Le désespoir du prophète (05:36 ) 

    2. Tribunal de l’âme (05:59)  

    3. La danse des crânes (05:02)  

    4. Missive (05:38)  

    5. Le royaume du vide (05:37)  

    6. Ultime projection (05:15)  

    7. Valetaille (07:14)  

    8. Feu pâle (01:05)  

    Line-up : Dorian Lairson – Guitare / Jiu Gebenholtz – Basse / Jean Lassalle – Claviers / Rémi Sefarino – Batterie / Krys Denhez – Chant

    Liens :

    https://www.facebook.com/Ecr.LinfOfficiel

    https://www.instagram.com/ecrlinf/

    https://www.deezer.com/ru/artist/247052172?

    autoplay=true&deferredFl=1&utm_campaign=artist&utm_source=google&utm_medium=organic

    https://www.youtube.com/@ecrlinf.official?si=HFXrNs_Zu9vfegAB

  • Dismo / The Architect of Chaos

    Dismo / The Architect of Chaos


    Genre
    : Death metal / Brutal Dark Metal
    Label : France Black Death Grind
    Sortie : 23 Février 2024

    Note : 80/100 (Mémé Migou)

    Le gras, c’est la vie. J’espère que vous n’en doutez pas. Et ne venez surtout pas me dire que nous sommes au printemps, qu’il faut préparer l’été, trop de gras tue le gras, on va devenir énorme… Non, laissez votre dysmorphophobie au placard et hop, on enfourne tout ça d’un coup ! C’est bon, hein?!

    Parce que, au final, la tartine de saindoux n’est pas si grasse que ça, grâce aux diverses influences qui parsèment la musique de Dismo (diminutif du trouble sus cité). Alors dis-moi, Dismo, cet « Architect of Chaos », c’est quoi ?

    Eh bien, commencer par « Il était une fois » n’est pas une mauvaise chose, puisque dans un article sur la Dysmorphophobie, les Dr Phillips et Stein nous disent que le diagnostic passe par l’anamnèse. Alors, allons-y avec les « Je me souviens », fouillons dans l’histoire du groupe.

    Dismo, c’est avant tout deux frères, Chris et Damm qui, s’entourant d’autres musiciens et hurleur, ont commencé à triturer du thrash death, il y a 25/30 ans. Eh ouais… ceci ne nous rajeunit pas ! En 2005 sort « Absurd… » et là, c’est le big bang. Parce que, à force de tourner avec des groupes comme Gojira, on va pouvoir comprendre la filiation dans « The Architect of Chaos », 19 ans plus tard. Mais entre temps, le line up bouge, et du death thrash, on passe au « Alien Death’N Roll » (ai-je cru lire quelque part), au death old school (« Dismo » en 2019), sans oublier les touches de core et de stoner (« Bulls and God » en 2009).

    – Pause –

    Arrivée à cette étape de l’histoire que nous offre le presskit, je me dis que soit les gars font la musique qui leur plaît sans vraiment se poser de questions sur la cohérence, soit ils mettent toutes leurs influences dans un pot-pourri et ils ne savent pas encore quelle voie emprunter.

    Donc, soit ils digèrent le tout pour recracher leur propre pelote musicale, soit ils vont nous perdre au fil des changements. Car trop d’idées, parfois, ça nous fait une tambouille plutôt qu’un bon p’tit plat mitonné.

    – Reprise –

    Après une séparation, le groupe revient quand le confinement met un nouveau coup d’arrêt. Ils en profitent pour faire évoluer une nouvelle fois leur musique vers du Brutal Dark metal.

    – Pause –

    Alors là, nouveau débat : un groupe se doit-il de faire évoluer son style ou au contraire en garder la substantifique moelle qui les a fait connaître. Pour ma part, j’opte pour les deux. Un virage à 360° me perd. Autant qu’un album qui serait le copié-collé du précédent n’aurait pas grâce à mes oreilles.

    Finalement, pour revenir à Dismo, j’ai comme l’impression qu’on est en train de prendre un sérieux coup de maturité. Et cela passe par l’épuration du style. Oui oui… On finit par détecter la voie ad hoc pour Dismo. Et elle passe par un death metal qui fleure bon le morbide angélique Gojira.

    – Reprise –

    Désormais, Dismo veut nous proposer une musique plus dure et plus sombre (dixit le presskit), sur un univers offrant la part belle à Lovecraft et à l’horreur. Leur dernier album, « The Architect of Chaos » se fera cérémonial sur scène. Quant à l’album, il est le premier d’une future trilogie. Lui-même se scindant en deux parties, l’invocation et l’arrivée de l’entité. La seconde narrera les péripéties menant au chaos.

    – Pause –

    Bon, lâchons un peu ce presskit pour nous tourner vers nos propres sensations. Il ne nous faudra pas plus de trois mesures du riff initial pour que «The Architect of Chaos » plante le décor. L’ombre de Morbid Angel plane dans la lourdeur des riffs. En même temps, Dismo ayant tourné avec Gojira et Gojira ayant bien écouté et disséqué Morbid Angel, doit-on vraiment s’en étonner ?!

    Néanmoins, nous avons ici d’autres références qui nous viennent à l’esprit. Notamment dès le second titre qui nous renvoie vers Eternal Grey dans ses breaks qui groovent à mort. Mais pas que ! Dans les ambiances un peu indus des guitares acérées en riffs tournant à l’envi sur une bonne partie de la chanson.

    Là où je suis assez scotchée, c’est sur les chants. Nous avons un growl puissant. Ainsi qu’un chant plus aigu, limite black. D’ailleurs, certains titres ont ces ambiances blackenned death, certainement ce qu’ils nomment «dark ». Mais si on se réfère au line up, le chant est tenu par une Bruxelloise du nom de Gaëtane.

    Je n’aime pas vraiment les nanas au growl, je pense l’avoir déjà dit, car souvent leur chant est ce que j’appelle gris. Ni Gras, ni black. Ça manque de testostérone, quoi. Ici, rien ne peut me faire penser au gosier d’une femme. Le growl est de ceux que j’affectionne particulièrement. Bravo !

    Ça blast, ça tapisse de double, ça gruik sur les breaks (exemple à 2:15 sur « Beginning of the Substitute » et surtout ça vous rentre dans la tronche, avec les passages groovy, les ralentissements.

    Un big up à la sixième piste, « Psal-Maudire », qui nous emmène sur une ambiance différente des autres morceaux, avec ce chant cérémoniel et les riffs hypnotisant.


    Bien qu’il n’y ait pas de passages en soli, ça avoine sévère et ça joue très bien. Un sérieux niveau, qu’ils ont. Certes, on y trouve diverses influences, mais bien digérées, offrant une vision globale de leur style (à la différence des débuts où on sentait plutôt une dispersion). De l’indus, du black, du death. Et pas mal de filiation avec Morbid Angel, Eternal Grey ou encore Nile (sur les arrangements du titre « The Great Elders », par exemple). Ceci pourra en refroidir certains, quand d’autres n’en auront cure. Au final, le pari de cette évolution est gagné. On peut se poser et se dire tout simplement : ça le fait, c’est bon ! J’attends de les voir en concert !

    Tracklist :

    1.Out of Time
    2.Astral Conjonction
    3.The Room
    4.Beyond the Sea of the Ancients
    5.Beginning of the Substitute
    6.Psal-Maudire
    7.The Great Elders
    8.Lost in the Galleries
    9.Birth of Blasphemy
    10.The End of an Age
    11.The Host

    Line up : Gaetane – Chants / Fab – Guitare / Doc – Guitare / Chris – Basse / Damm – Batterie

    Liens :

    https://dismo.bandcamp.com/

    https://www.facebook.com/profile.php?id=100063525672147

    https://youtube.com/@DismoMetalBand