Catégorie : Chronique

  • Lunar Spells / Sacraments of Necromantical Empires

    Lunar Spells / Sacraments of Necromantical Empires

    Genre : raw black metal
    Label : Northern Silence Productions
    Sortie : 1er mars 2024

    Note : 80/100 (Seblack)

    Lunar Spells est grec, et depuis 2020 le trio n’a de cesse d’ajouter chaque année une ligne à sa discographie entièrement vouée à un black metal raw fleurant bon la Scandinavie. En cela le groupe inscrit ses pas dans ceux de nombres de formations helléniques dont la musique peut donner l’impression de sonner plus scandinave que les scandinaves. On pourrait aussi dire plus papistes que le pape mais dans le cas présent ce serait plutôt déplacé, vu les thématiques développées par le groupe. Peu importe, finalement, car ce qu’il faut retenir c’est que la Grèce est depuis longtemps une terre féconde pour le black metal et Lunar Spells en est un des enfants prodigues.

    Pas de surprise majeure, donc, dans ce « Sacrament of Necromantical Empires » sortant chez Northern Silence Productions : son un peu lointain, mais pas trop, riffs glaciaux, mélodies empoisonnées, chant possédé et touches de claviers caractérisent une musique de nature à plaire aux amateurs du genre. Les autres trouveront que cela ne déborde pas d’une originalité folle et que Lunar Spells ne propose rien de bien neuf, ce qui tombe bien puisque ce n’est absolument pas l’intention du groupe dont on comprend bien qu’il s’inscrit dans une démarche classique mais néanmoins classieuse.

    Les cinq compositions proposées ici (en laissant de côté la dernière piste faisant fonction d’outro) sont en effet sans réelle surprise mais de très belle facture, nul doute qu’elles devraient flatter l’oreille de l’auditeur féru de black raw mélodique. Nanti d’un artwork qui ne laisse pas davantage douter de ce que le groupe propose, ce troisième album coche une nouvelle fois, donc, toutes les cases de l’opus de black metal à la fois très classique, volontiers régressif mais tout simplement bien foutu. Cette remarque on l’appliquera à cet album comme aux œuvres précédentes de cette formation grecque inspirée et appliquée.

    Les palais en recherche de sensations nouvelles pourront ronchonner tant qu’ils le souhaitent mais quand elles sont bien exécutées les vieilles recettes ne manquent pas de saveur et ce nouvel album de Lunar Spells en est une parfaite illustration. Un album sans surprise, certes, mais sans la moindre déception non plus.

    Tracklist :

    1. Eerie Nocturnal Shades (06:19)
    2. Necromantical Glorification (06:40)
    3. Sorcery of Death (06:46)
    4. Demoniac Chalice (06:18)
    5. Luciferian Twilight (07:13)
    6. Gloomy Necrotic Ritual (02:47)

    Line-up : K. C. H – Basse / V. T. – Batterie / Cryptic – Chant, guitares, claviers.

    Liens :
    https://lunarspells.bandcamp.com/
    https://www.facebook.com/people/Lunar-Spells/100064117835671/
    https://www.instagram.com/lunar_spellsbm/

  • Alluvial  /  Death Is But A Door

    Alluvial  /  Death Is But A Door

    Genre : death metal
    Label : Nuclear Blast
    Sortie : 12 janvier 2024

    Note : 70/100 (Seblack)

    Bon le death metal et votre serviteur cela fait un peu deux. Enfin un et demi… Disons que concernant ce style je suis resté coincé dans un espace spatio-temporel situé au début des années 90 entre la Floride et la Suède. La scène actuelle ? Je n’y connais foutrement rien ou presque.
    Avant de jeter une oreille sur cet Ep intitulé « Death Is But A Door », je n’avais jamais entendu parler de ce groupe américain, Alluvial. Une écoute et une chronique en forme de petit défi donc. Les pauvres, fallait bien que cela tombe sur eux.

    En bref cet EP, sorti chez Nuclear Blast, fait suite à deux albums respectivement sortis en 2017 et 2021. Il se compose de quatre titres pour un peu moins d’une vingtaine de minutes. L’artwork est assez surprenant pour un disque de death metal avec ce thème digne d’un groupe de black atmosphérique ou de sudge, on relèvera l’aspect patiné genre vieux 45 tours.

    Pas de tour chauffe avec un premier titre, « Bog Dweller », qui rentre dans le lard direct. On est face à un death metal assez technique mais pas monolithique. Jouant habilement sur les cassures de rythme entre passages rapides ou pachydermiques, le quatuor maîtrise son affaire et ne fait pas dans la dentelle. Le chant caverneux de Kevin Muller ne laisse pas sa part aux chiens et les solos et autres motifs typiquement death sont impeccablement agencés et exécutés. Une bonne entame donc quoiqu’un peu archétypale. Le morceau « Area Code » est un peu du même cru en plus concis.

    « Fogbelt » est la composition qui a le plus attiré mon attention avec ses ambiances résolument très lourdes et malsaines. Une véritable chape de plomb plane sur ce morceau et les sonorités grinçantes que peut prendre la guitare ajoutent un côté inquiétant qui n’est pas sans évoquer un « Word of Shit » de Morbid Angel ou d’autres morceaux mid tempo de cet acabit.

    Reste le cas, plus épineux, du morceau éponyme qui clôture l’EP. Avec son intro tout en douceur et son chant clair, Alluvial propose un titre résolument différent aux accents death core mélo beaucoup plus prononcés. Bien que plus réfractaire encore à ce style, le morceau est plutôt plaisant et sa place de fin lui donne comme des petits airs d’outro. Reste toutefois qu’il est tellement différent par rapport à ce qui a été proposé avant qu’on ne sait plus trop quoi en penser.

    Alors au final ce n’était pas si terrible comme épreuve. En effet, Alluvial parvient en quatre titres à proposer un Ep loin d’être inintéressant et techniquement irréprochable. La musique de la formation américaine est dense, sachant alterner des passages rapides à d’autres d’une lourdeur écrasante, le dernier morceau peut surprendre dans le bon comme dans le mauvais sens, c’est une affaire de goût. Dans tous les cas, voilà une formation qui a de quoi briser bien des nuques.

    Tracklist :

    1. Bog Dweller (4:30)
    2. Fogbelt (3:52)
    3. Area Code (3:47)
    4. Death Is But A Door (4:52)

    Line-up : Tim Walker -Basse / Wes Hauch – Guitares / Kevin Muller – Chant / Zach Dean – Batterie.

    Liens :
    https://alluvial.bandcamp.com/album/death-is-but-a-door
    https://www.deezer.com/mx/artist/11612033?deferredFl=1#target-item-album-1
    https://www.facebook.com/alluvialmetal/
    https://www.instagram.com/alluvial/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/7z2P2nNjtnAVnUavHIXZWQ?si=rKWHRToOSw6RVhA9ITa-_A&nd=1&dlsi=8b7be3810f71417b

  • Lucifer  /  V 

    Lucifer  /  V 

    Genre : heavy doom
    Label : Nucleat Bast Records
    Sortie : 25 janvier 2024

    Note : 80/100 (Seblack)

    Je ne vais pas cacher mon désintérêt croissant pour la scène metal “généraliste”. Pour autant, et parce qu’il ne faudrait pas mourir idiot, je garde quand même une petite oreille sur quelques groupes, qu’il s’agisse des classiques ou d’autres.. Bon la plupart du temps je la retire assez vite… mais quelques exceptions existent et le groupe Lucifer pourrait en faire partie.

    Voilà déjà dix ans que cette formation heavy doom mène son petit bout de chemin et la moindre des choses que l’on puisse dire est que le groupe ne traîne pas en route avec, déjà, un cinquième album au compteur. On mesurera aussi que cette route est de celle qui semble gentiment conduire le groupe, mené par Johanna Platow Andersson, vers les sommets du genre.

    Le parcours et une partie de l’univers musical de Lucifer m’ont toujours fait penser à celui de Ghost. Les deux groupes ont d’ailleurs tourné il n’y a pas si longtemps ensembles. Alors bien sûr, pas question d’enfermer l’un ou l’autre dans une comparaison trop exagérée mais tout de même quelques petits points communs me viennent en tête…Tout d’abord ce goût prononcé pour un heavy sabbathien allié à de jolies mélodies et des sonorités très seventies.
    On ajoutera à cela un penchant assez caustique pour une imagerie mêlant l’occulte, le macabre et bien sûr le malin. En poursuivant encore un peu, on notera que les deux groupes ont aussi vu leur premier album signé sur le label de Lee Dorian, Rise Above Records.

    Sacré Lee ! Non content d’avoir imprimé sa marque comme peu de musiciens dans la scène metal, ce diable a toujours eu le nez creux pour découvrir des groupes prometteurs et capables de renouveler un paysage musical un tant soit peu redondant.
    Dans le cas des deux formations ce fut ensuite l’envol vers de plus grosses maisons de disques. Pour Lucifer cela se passa chez Century Media dans un premier temps et pour ce cinquième opus on monte encore d’un cran avec une signature chez Nuclear Blast.

    Bon, c’est dans un cercueil que nous retrouvons Johanna Andersson, mais plus que vivante que jamais. L’artwork s’inscrit donc dans une certaine lignée avec le corbillard de l’album III, et la crucifixion de l’album IV. Ce n’est pourtant pas sur un accent funéraire que va s’ouvrir ce cinquième chapitre mais au contraire sur le très vif « Fallen Angel » avec ses guitares à la fois lourdes et sautillantes qui ne peuvent qu’évoquer le maître Tony Iommi. Vous ajoutez à cela le chant toujours aussi plaisant de Miss Andersson, une basse bien veloutée et une pointe de chœurs et vous obtenez une entrée en matière assez irrésistible. Ce morceau d’ouverture est aussi l’occasion de mesurer le travail d’orfèvre mené sur le son qui est la fois moderne mais avec cette chaleur et cette patine propres aux seventies.

    « At the Mortuary » nous emmène dans des chemins plus tortueux mais tout aussi langoureux, les sonorités d’orgue amènent une atmosphère plus occulte à un morceau qui prend le temps de se développer sans jamais devenir ennuyeux. A la manière de Blues Pills, « Riding Reaper » montre, lui, un visage rock presque sautillant, en tout cas vivifiant. Voilà donc une entame d’album à la fois variée et maîtrisée.

    Comme son nom pourrait l’indiquer « Slow Dance in a Crypt » sonne l’heure de la ballade ou en tout cas d’un morceau beaucoup plus calme. Hmmm voilà un moment redouté autant que redoutable que celui où le piano pointe son nez sur ce type de composition… Mais Lucifer s’en sort avec les honneurs, bien aidé par le chant de Johanna Andersson, un solo impeccable et une basse décidément très langoureuse.

    Pour le reste de l’album, Lucifer déroule comme un corbillard sur l’autoroute du cimetière. Au passage il nous lance les pêchus « Maculate Heart » et « Strange Sister » ou nous assène un refrain irrésistible sur « A Coffin Has No Silver Lining ». Assez clairement, il y a là des morceaux qui pourraient faire mouche sur scène, sans oublier « The Dead don’t Speak ». Le dernier morceau arrive déjà et il fallait bien un peu de lourdeur pour refermer la grande boîte en bois. Le temps à Lucifer d’explorer des contrées plus doom et feutrées avant de s’échapper à tombeau ouvert.

    A la fois très travaillé tout en restant parfaitement accessible, ce cinquième album de Lucifer marque un nouveau pas en avant pour une formation qui ne fait que confirmer sa capacité à composer de vraies bonnes chansons. Conservant son ancrage dans les seventies, la bande à Johanna Anderson parvient toujours à proposer quelque chose de rafraîchissant tout en cultivant ce côté vintage. Ce numéro d’équilibriste le groupe le tient depuis ses débuts et continue de le faire évoluer, à un niveau plus abouti d’album en album. Mais où diable s’arrêteront ils ?

    Tracklist :

    1. Fallen Angel 03:09
    2. At The Mortuary 06:07
    3. Riding Reaper 04:11
    4. Slow Dance In A Crypt 04:28
    5. A Coffin Has No Silver Lining 04:25
    6. Maculate Heart 04:09
    7. The Dead Don’t Speak 03:58
    8. Strange Sister 04:20
    9. Nothing Left To Lose But My Life 04:50

    Line-up : Johanna Platow Andersson – Chant / Nicke Andersson Platow – Batterie / Linus Björklund – Guitare / Martin Nordin – Guitare / Harald Göthblad – Batterie

    Liens :
    https://www.facebook.com/luciferofficial
    https://www.instagram.com/lucifertheband/
    https://luciferofficial.bandcamp.com/album/lucifer-v
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/4fqjeVEalB6iB3BhKu5HwZ

  • Nocebo – Sic Semper Tyrannis (2024)

    Nocebo – Sic Semper Tyrannis (2024)

    Genre : Metal Extrême Moderne

    Label : Autoproduit

    Sortie : 29 Février 2024



    Note : 89  /100 (Mémé Migou)


    Chronique : 


    Monsieur JP, voulez-vous prendre pour compagnon de musique Monsieur Nico ici présent et chérir votre progéniture jusqu’à la nuisance souhaitée ?

    Et c’est ainsi que naquit Nocebo, qu’on surnomme « Je nuirai », conçu par la volonté de deux hommes dont les rêves veulent résolument prendre forme.

    J’en veux pour preuve le parcours de JP au chant : il s’était lancé le défi d’apprendre un nouvel instrument, celui de prédilection étant jusqu’alors la batterie. Et il s’est mis au chant saturé. Sa voix offre divers registres, qu’il aura encore le loisir d’élargir ou d’étoffer. Mais déjà, nous avons du growl, du chant vénère qui navigue entre le black et le hardcore ( et du chant clair que j’ai peine à entendre… Mémé devrait monter son sonotone, mais on me chuchote dans l’oreillette que ces passages sont plutôt planqués en texture… Ça me rassure). On ne tombe pas, comme dans de nombreux autres groupes, dans la voix monocorde. Et ça, c’est un très bon point ! Petit point négatif (parce qu’il en faut bien !), ce serait de nuancer la force de la voix. Là, d’un bout à l’autre, on est à fond à fond à fond.

    J’en veux pour preuve ce rêve de grands gamins de rencontrer son groupe fétiche. Et vous savez quoi ? A force de « qui ne tente rien, n’a rien », le duo a proposé et les feat ont été acceptés !

    Back Cover


    Alors portons directement notre attention sur les featuring : pour commencer, nous aurons Sab Elvenia, qui officie dans les groupes Draxhan, The Black Noodle Project et The Fundamental Wisdom of Chaos. On la retrouvera dans le titre « The New Beginning » où elle campera « La Souffrance », celle qui a vu l’Humanité se déliter, qui a laissé le temps au temps pour se remettre à flots, mais de cette compréhension quasi maternelle, symbolisée par un chant clair et mélodieux (Voilà, ici on a un chant clair aux petits oignons), on bascule vers la colère et la punition. D’une voix grave et saturée, elle se fait vengeance, annonçant un futur réinitialisé.

    Vous l’aurez compris, les paroles ont été soignées, s’appuyant sur les sentiments de nos deux comparses pour cracher le venin qui coule dans les veines de notre société en décadence. Le duo se fond bien et si je ne suis pas fan en général du chant clair, le basculement d’un état à l’autre se fait de façon totalement naturelle.

    Le second feat ouvre le dernier titre, «Through Your Scattered Ashes”, avec un travail d’orfèvre de François, le maître d’œuvre de la Fanfare Kärlek. Et là, Mémé peut ramener sa science un tantinet. C’est lors d’une interview avec François que l’étincelle d’une intro cuivrée a jailli. Et François a sauté sur l’occasion pour apposer sa Kärlek touch par le biais de plusieurs instruments, offrant plusieurs passages des plus savoureux. Fred, à la batterie, se fera guest de luxe. Un peu plus tard, sur cette même piste, vient se mêler une seconde voix, celle du groupe portugais de black metal… Gaerea ! Ah ! Mémé peut vous jurer avoir vu JP pleurer à la barrière, lors du set de Gaerea au Motoc. Car déjà, on avait eu la chance d’entendre les premières prises. Ce titre, d’ailleurs, est complètement sous l’emprise des portugais. C’est mon titre chouchou, celui qui annonce un futur album prompt à nous faire frétiller de la nuque. C’est une pure merveille !

    Mais si je me suis épanchée sur JP, je n’en oublie pas Nico pour autant. Les riffs mélodiques et bien envoyés, c’est lui. En fait, c’est lui qui fait presque tous les instruments. Je suis d’ailleurs très étonnée de ne pas voir JP derrière les fûts. Pour la basse, c’est Jay qui est venu gratifier le combo de son savoir-faire tout au long de l’EP. Nocebo, c’est une déferlante de mélodies et de violence contenue qui trouve enfin la sortie et dévaste tout. Nous avons sur quelques titres des samples qui ajoutent un côté sympho et déjà très pro.

    Comme j’ai pu le suggérer, Mémé a eu de la chance de suivre le projet depuis… allez, peut-être pas le tout début, mais quand même. Et des différentes versions du mix, j’ai pu mesurer l’évolution du projet. Je ne peux nier avoir dit un jour qu’on entend une différence entre les morceaux, certains étant typés black, d’autres plus dans la mouvance deathcore. Eux-même affirment leurs diverses influences. Le HxC en faisant partie, avec le thrash, le black et le death. Et effectivement, certains morceaux ont été composés dans l’esprit du combo, quand d’autres avaient déjà l’idée qui cheminait. Mais au fil des versions, ces différences se sont aplanies. C’est là aussi où on peut féliciter Matthieu Trong-ân Bourdon (TSR studio) pour le mix et le travail de prod qu’il a pu effectuer. Le son est clair et le tout prend une tournure cohérente d’un bout à l’autre.

    Le titre d’ouverture, «Our Sins Become our Strengths, fait son job. J’entends par là qu’il fait très bien le taf d’ouvrir l’appétit auditif. Entre samples parlés, intro velue, riffs bien black. C’est déjà une pépite en soi.

    Le second titre, « Nothing’s Left », commence sur un riff lancinant qui restera dans la tronche.

    Le titre« Theory of God Complex », et sa fin en queue de poisson, me laisse sur ma faim en donnant une impression de ne pas savoir comment terminer. Mais « Stalk you as a Prey » nous reprend par la main pour nous emmener vers le somptueux « Through Your Scattered Ashes », qui clôturera l’EP de 25 minutes. C’est là qu’on peut dire « mais non ! J’en veux encore ! » Alors, les gars, vous savez ce qu’il vous reste à faire ?! Composer encore !

    Ce premier opus, « Sic Semper Tyrannis » tient la dragée haute à de nombreux groupes déjà bien en place. S’il y a quelques petites immaturités, comme un enfant qui veut tout sans avoir à choisir, il montre qu’il a déjà tout d’un grand. On nage en plein tourments, on se trouve dans l’œil d’un cyclone, sentant à la fois la volupté des mélodies et la violence des vents d’un chant toujours à fond mais en rien monotone. J’attends avec impatience la suite, en croisant les doigts pour qu’elle poursuive l’amorce du titre final « Through your Scattered Ashes ». 

    Un grand bravo !

    Tracklist :

    1. Our Sins Become our Strengths
    2. Nothing’s Left
    3. The New Beginning
    4. Theory of God Complex
    5. Stalk You as a Prey
    6. Through Your Scattered Ashes

    Line-up : Nico – Tous les instruments / JP – Chants

    Guest : Sab Elvenia – Chant sur la 3 / Gaerea – chant sur la 6 / François « Kärlek » – Cuivres sur la 6 / Jay – Basse sur tous les titres / Fred – Batterie sur la 6

    Liens :

    https://www.facebook.com/Nocebomusic

    https://nocebo666.bandcamp.com/

    https://www.instagram.com/wearenocebo/

    https://www.youtube.com/@OfficialNocebo

  • Vemod  /  The Deepening  (2024)

    Vemod  /  The Deepening  (2024)

    Genre : Black metal atmosphérique
    Label : Prophecy Productions
    Sortie : 19 janvier 2024

    Note : 65/100 (Seblack)

    Douze années se seront finalement écoulées pour qu’enfin Vemod donne un successeur à «Venter På Stormene» paru en 2012. La formation norvégienne avait d’ailleurs fait son petit effet avec son black metal très atmosphérique. De ce point de vue, ce nouvel opus intitulé « The Deepening » ne me semble pas forcément beaucoup changer la donne, la musique de Vemod restant dans ce registre d’un black metal presque progressif jouant sur la multiplicité des ambiances. Toujours dans cette idée de continuité, ce malgré les nombreuses années qui sont passées, «The Deepening» se dote d’un très joli artwork avec des teintes bleutées du plus bel effet.

    Disons-le aussi sans détour, le trio norvégien ne semble pas avoir ménagé sa peine pour composer une œuvre foisonnante et dominée par la froideur. Adeptes des compositions alambiquées, le groupe glisse à l’intérieur de ce vaste tableau une multitude de nuances qui vont emmener l’auditeur dans des moments sinistres, colériques et dans d’autres qui seront davantage dominés par la mélancolie ou une certaine solennité.

    A l’image du premier album du groupe, tout cela est très bien fait, ciselé même. Pour autant, je ne suis pas parvenu à entrer et à m’approprier cette musique qui ne manquait pourtant pas d’arguments. La faute à quoi ? Rien de bien particulier en fait, c’est bien là le mystère de la musique parfois. A l’écoute de certains opus, les étoiles s’alignent sans que l’on sache trop pourquoi. Mais parfois ce n’est pas le cas. Le travail et le talent du groupe ne sont, bien évidemment, pas à remettre en question. Non simplement “The Deepening” n’est pas parvenu à m’emmener avec lui..

    Mais quand bien même je suis passé au travers de cet opus, il n’en reste pas moins recommandable à celles et ceux qui pourraient davantage apprécier ce black metal très atmosphérique et progressif. 

    Tracklist :

    1. Mot oss, en ild (01:01)

    2. Der guder dør (13:01)   

    3. True North Beckons (09:44)

    4. Fra drømmenes bok I (01:39)

    5. Inn i lysende natt (06:45)   

    6. The Deepening (16:13)

    Line-up : E. Kalstad – Basse,  Synthétiseur / J.E. Åsli – Guitare, synthétiseur, chant / E. Blix – Batterie, percussions, chant

    Liens :

    https://vemod.bandcamp.com/

    https://www.deezer.com/en/artist/1324476

    https://www.facebook.com/vemodmusic/

    https://www.instagram.com/vemodmusic/

  • They Came from Visions  /  The Twilight Robes

    They Came from Visions  /  The Twilight Robes

    Genre : black metal
    Label : Eisenwald
    Sortie : 23 février 2024

    Note :   90/100 (Seblack)

    L’Ukraine a toujours été une scène très fertile pour le black metal et des groupes faisant de l’histoire et de la nature de leur terre une source d’inspiration pour une musique à la fois belle et sinistre.

    Il y a bien sûr la « vieille »  garde avec les incontournables Drudkh et consorts, mais depuis quelques années de jeunes pousses sortent de terre pour donner vie à des albums particulièrement inspirés. On pensera à Severoth dont le nouvel album va bientôt paraître mais aussi à They Came from Visions.

    Après un « Cloak of Darkness, Dagger of Night » sorti en 2020, et totalement autoproduit par le groupe, le mystérieux trio ukrainien est de retour avec un second album qui sort, cette fois, chez Eisenwald.

    Les membres ont choisi de totalement s’effacer derrière leur musique et leurs costumes (pour le moins intrigants d’ailleurs). Originaires de Kiev, le contexte de guerre a assez fortement marqué les musiciens lors de la composition et de l’enregistrement de ce nouvel album, les poussant à exprimer plus encore leur frustration, leur colère ou leurs craintes. Très peu de recours au studio pour cet opus, si ce n’est pour l’enregistrement du chant. Pour tout le reste c’est du fait maison, le guitariste, Voice of Gloom, s’occupant du mixage, le bassiste, Voice of the Deep, ayant assuré le mastering. L’artwork aux résonnances médiévales est l’œuvre de l’artiste ukrainien Mykhailo Skop alias Neivanmade. Ses couleurs vives sont déjà une petite porte d’entrée sur la musique du groupe.

    C’est sur des sonorités traditionnelles que s’ouvre « The Twilight Robes » dans une ambiance à la fois folk et sombre. Place ensuite à un black metal qui fait la part belle aux mélodies ainsi qu’aux atmosphères envoûtantes et inquiétantes. Incontestablement la musique de They Came from Visions possède cet ensemble de petites choses qui vous attrapent et vous emmènent dans un univers à la fois chatoyant et horrifique. Les mélodies distillées par la guitare sont lumineuses autant qu’hypnotiques, leurs ritournelles s’impriment sans coup férir, constituant un véritable fil conducteur tout au long de compositions qui se succèdent comme d’un rien. La basse n’est pas en reste, se montrant présente et parfaitement audible. Le contraste avec le chant glaçant et un riffing brut n’en est que plus saisissant. Quelques chœurs apportent aux morceaux « Equinox Ablaze » ou « Twilight Robes. » une dimension plus mystérieuse encore. 

    Sans trop en dire, le groupe parvient à distiller des passages plus étonnants aux accents heavy /rock. On songera notamment à la toute fin de l’album. Un des grands intérêts de cet album est qu’il possède finalement un son bien à lui : à la fois travaillé mais suffisamment brut et aéré pour apprécier l’ensemble de l’instrumentation. 

    A l’égal d’autres illustres groupes ukrainiens avant eux, They Came from Visions place son propos et sa réflexion dans l’évocation d’un monde ancien, à la fois révolu mais aux échos si contemporains. L’actualité tragique ne saurait que trop le rappeler et le groupe abonde dans ce sens affirmant sans détour : « que le monde n’est pas moins horrible et violent qu’il ne l’était à l’époque médiévale ». Ces ténèbres implacables qui planent sur tout l’album, l’auditeur ne pourra que les ressentir. Pour autant il ne prendra pas forcément ses jambes à son cou car il sera tout aussi frappé par la beauté vénéneuse qui se dégage de cet opus.

    Si le premier album du groupe avait laissé entrevoir un potentiel certain chez cette formation ukrainienne, ce deuxième opus achève de convaincre que They Came from Visions est définitivement une formation à suivre de près.

    Tracklist :

    1. Lughnasadh (02:05)  

    2. Equinox Ablaze (07:49)  

    3. Burning Eyes, Blackened Claws (07:24 ) 

    4. The Blissful Defeat (05:29)  

    5. Petrified Immortality (07:13)  

    6. The Sign of Damnation (07:55)  

    7. Twilight Robes (06:12)

    Line-up : Voice of the Deep – Basse / Voice of Gloom – Guitares, batterie /  Voice of Misery – Chant.

    Liens :

    https://theycamefromvisions.bandcamp.com/music

    https://www.facebook.com/theycamefromvisions

  • Skuggor  /  Whispers of Ancient Spells 

    Skuggor  /  Whispers of Ancient Spells 

    Genre : black metal atmosphérique
    Label : Naturmacht Productions
    Sortie : 23 février 2024

    Note :   80/100 (Seblack)

    « Whispers of Ancient Spells » constitue le deuxième album du one man band suédois Skuggor. L’entité a été créée par M, multi instrumentiste impliqué dans un nombre considérable de formations : Arboreal Trance, Autumn’s Dawn, Forlorn Citadel, Mjältsjuka, Moonlight Drown, Nihilithic Depths, Silence.Cold.Alone, Sorgensnatt, Spells of Fog, Stjärnfält, Tjaktjadalvve (black metal atmosphérique) et  Evils Dog  (Thrash metal), Trodhaugen (folk avant gardiste) et Wizardthrone (death metal symphonique). Le genre d’artiste qui ne reste pas inoccupé bien longtemps donc. 

    Alors que le premier album était sorti de manière indépendante, le second se voit soutenu par le label finlandais Naturmacht Productions. Comme l’artwork le suggère, Skuggor se place sous des auspices forestières teintées de légendes, de mythes. Sa musique ne manquera pas d’évoquer Burzum avec ses guitares grésillantes et lancinantes, ses claviers hypnotiques. Évoluant dans un registre mid tempo reptilien, les riffs et les mélodies s’insinuent sournoisement et donnent vie à des compositions oscillant autour des cinq minutes environ. Sans bouleverser le paysage musical « Whispers of Ancient Spells » s’avère prenant, les titres s’enchaînent bien sans véritable temps faible développant une atmosphère brumeuse avec quelques envolées épiques par ci mais aussi quelques pointes aux accents dungeon par là.

    Globalement là où l’album débute dans des contrées burzumiennes assez marquées, le titre « Silent Cry of the Forests Embrace » dégage une ambiance plus épique mais sans perdre ce grain de guitare si caractéristique et ces sonorités de claviers ensorcelantes. Des intonations plus nerveuses que l’on retrouve sur le morceau de clôture «  A Forgotten Past ». 

    Alors dire que Skuggor sort avec « Whispers of Ancient Spells » l’album de l’année, serait probablement présomptueux, mais sur des bases classiques et solides de black metal atmosphérique il parvient à déployer un univers qui fait son petit effet, faisant de cet opus une œuvre tout à fait digne d’intérêt.

    Tracklist :

    1. Whispers of Ancient Spells (04:21)

    2. As Fog Reveals the Path to Dispair (06:59)

    3. Silent Cry of the Forests Embrace (09:25)

    4. Shadows Echoing Through Time (04:41)

    5. A Forgotten Past (05:47)

    Line-up : M – Tous les instruments et le chant

    Liens :

    https://skuggor.bandcamp.com/

    https://www.deezer.com/en/artist/184563657

    https://www.instagram.com/skuggor.se/

    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/515FxXaCWSMEHtLjqofpaB

  • Vægtløs / Aftryk

    Vægtløs / Aftryk

    Genre : post-black metal atmosphérique / Shoegaze
    Label : Remparts Productions
    Sortie : 2 février 2024

    Note : 90/100 (Seblack)

    Sorti le 2 février sur pas moins 46 labels du monde entier, dont Remparts Productions, ce nouvel album des Danois de Vægtløs échappe aux étiquettes et aux catégories musicales communes. Alors, oui, on pourrait parler de post metal, de hard core, d’emo, de black metal, de blackgaze et de bien d’autres encore …
    Mais ce qui caractérise, ici, la musique va bien au-delà et trouve son meilleur résumé en ces seuls mots : les émotions.

    Cet album, intitulé « Aftryk », est né de la volonté d’exprimer et de laisser aller le ressenti de ses membres à l’évocation de la perte d’un proche. Chacun des titres est ainsi dédié ou consacré à une personne décédée dans l’entourage de Vægtløs.
    « Que faites-vous lorsque l’un de vos meilleurs amis apprend qu’il est atteint d’un cancer ? Comment gérer la perte d’un proche ? ». Telle est la question que se posent les musiciens et la musique est leur réponse.
    En quatre longues compositions, Vægtløs avance sur les chemins sinueux de la vie, de la mort, du deuil, des souvenirs comme de l’espoir. Dès les premières minutes on est happé par le chant déchirant de Troels H. Sørensen, véritable caisse de résonance de cette catharsis musicale.
    Qu’importe où l’on voudra catégoriser cette voix car ce qui importe le plus c’est qu’elle est la parfaite expression sonore d’émotions intenses et douloureuses.
    Aux détours de ces compositions, d’autres voix apparaîtront… furtives, lointaines, disparues, peut-être… mais encore tellement présentes. Qu’elles soient l’expression des vivants ou des défunts, elles parlent, susurrent, hurlent ou hantent peut-être…

    Dans « Aftryk » la musique est, bien évidemment, tout autant au service de l’expression des intenses tempêtes émotionnelles de l’existence. Surpuissante, elle semble parfois porter à bout de bras le chant, l’aidant à extérioriser ses affres intérieurs leurs permettant de trouver un exutoire au travers de vagues de rage.
    A d’autres moments, la tempête cède sa place à des breaks plus mélancoliques, plus intimistes. Expressions d’une accalmie ou d’une affliction trop lourde pour s’exprimer, elles offrent à cet album des respirations tout aussi emplies d’émotions.
    De « Ingenting kan forhindre, at små struber skælver en forårsnat » à « Tag dit knuste hjerte og lav det til kunst » le chant et la musique semblent se soutenir l’un l’autre, comme on devrait se porter les uns les autres lors des épreuves de l’existence. La fragilité et la vulnérabilité deviennent ici des forces qui balaient et transcendent les obstacles de la douleur pour avancer, mais sans jamais effacer ces tristes souvenirs ni même avoir la volonté de le faire.
    Porteur de douleur autant que d’espoir, le groupe danois nous ramène à une fatalité de l’existence humaine : parfois il n’y a pas pire que la vie, il n’y a pas mieux aussi.
    Sans autre souci que d’exprimer pleinement leurs émotions face à la perte d’êtres proches, les membres de Vægtløs offrent un album qui parlera à celles et ceux qui voient dans la musique un médium privilégié pour l’expression des émotions les plus douloureuses. « Aftryk » fait partie de ces œuvres où on se laisse tout simplement emmener et transpercer par la musique et les émotions qu’elle exprime.

    Tracklist :

    1. Ingenting kan forhindre, at små struber skælver en forårsnat (09:44)
    2. Først da vi bar din kiste gik det op for mig, hvor meget tungt du skulle igennem, før du blev så let (08:56)
    3. Her i vores hjerter bærer vi en ny verden (10:15)
    4. Tag dit knuste hjerte og lav det til kunst (09:08)

    Line-up : Frederik Højlund – guitares /Jeppe Nørgaard – basse / Tobias Aske Heltborg – Batterie / Troels H. Sørensen – Chant.

    Guest(s) : Thomas Burø & Tanja Gade Hammerholt – Chants parlés / Victor Kaas & Christian Bonnesen – Chants additionnels / Tobias Aske Heltborg, Jan Fenger, Christian Holmsberg, Niels H. Sørensen & Lasse Olsen – Chants d’accompagnement

    Liens :
    https://www.facebook.com/vaegtloes/
    https://vaegtlos.bandcamp.com/

  • Griffon   /  De Republica

    Griffon   /  De Republica

    Genre : black metal
    Label : Les Acteurs de l’Ombre Productions
    Sortie : 16 février 2024

    Note : 95/100 (Seblack)

    En à peine une dizaine d’années d’existence, Griffon est parvenu à imposer sa griffe : celle d’un black metal acéré et mélodique abordant l’histoire avec un grand H. Bien sûr, le groupe parisien n’est pas le premier à embrasser l’épopée historique comme thématique centrale de sa musique… Mais bien peu, pour ne pas dire aucun, ne l’abordent de cette manière aussi globale.

    On ne va pas refaire la chronique de « Ὸ θεὀς ὸ βασιλεὐς » sorti en 2020, mais j’avais déjà été impressionné par l’aisance avec laquelle Griffon parvenait à assembler des éléments historiques à priori très différents pour en faire un tableau musical  cohérent ; tout cela en parvenant à y glisser quelques résonances contemporaines habiles sans jamais sombrer dans une forme de militantisme quelque peu commune

    En bref, à l’annonce de ce troisième opus la curiosité et les attentes étaient grandes, très grandes même.

    Première surprise,  la pochette de l’album avec ce ciel bleu et cette scène révolutionnaire au pied de Notre Dame. Autant de motifs et de couleurs qui sont pour le moins inhabituels au sein d’une scène black metal où les cathédrales sont plus volontiers en flammes ou en ruines et les cieux pourpres ou sombres.

    Deuxième surprise, le titre “De Republica” qui s’inscrit dans un champ historique et politique peu commun lui aussi. Dans le microcosme black, on est davantage habitué aux thématiques militaires, (anti)religieuses, médiévales…  Mais l’histoire de la République et du peuple, voilà qui est beaucoup plus rare et finalement audacieux. Quand pour présenter son nouvel opus Griffon écrit : « D’une part, l’album est une ode à la République, défendant l’État de droit, l’égalitarisme et la liberté, et d’autre part, une œuvre sacralisant la Révolution comme expression populaire de la lutte contre le despotisme et pour l’accès à la liberté. », clairement, quelques-uns ont dû manquer de s’étouffer… Mais le meilleur est à venir.

    En effet, troisième surprise et pas des moindres : le tout premier titre. Intitulée “L’homme du Tarn” cette chanson d’ouverture est consacrée à Jean Jaurès, figure historique du socialisme et du pacifisme français. Là encore du point de vue thématique, on ne doit pas être loin de l’inédit en matière de black metal. Mais au-delà de son sujet, la chanson a aussi de quoi marquer les esprits car elle a l’allure de ce que l’on pourrait appeler un hymne. Puissante, mélodique avec des paroles tranchantes et un refrain marquant, “L’homme du Tarn” dispose de bien des atouts pour devenir un titre incontournable dans la set list de Griffon. Comme le groupe nous y a déjà habitués, la composition est entrecoupée de respirations sous forme de citations, en l’occurrence de Jean Jaurès, on reconnaîtra au passage la voix du conteur Quentin Foureau. En bref, voilà une entame d’album des plus  mémorables.

    Mais attention, il ne faudrait pas que ce premier titre soit l’arbre qui cache la forêt. Car  les cinq autres compositions de cet opus sont tout aussi qualitatives  et nous emmènent dans un voyage musical à travers le temps. “The Ides of March” nous fait ainsi remonter à l’Antiquité, au crépuscule d’une République romaine déjà bien moribonde, lorsqu’un groupe de sénateurs décident d’assassiner Jules César, figure ambivalente, qui s’est octroyée le titre de dictateur à vie tout en demeurant très populaire auprès du peuple. Pour la forme ce sera l’unique morceau qui ne sera pas chanté en Français.

    Pour les morceaux suivants, la chronologie et la thématique se resserrent sur le XIXe et le début du XXe siècle avec pour protagoniste central le peuple français. Une nouvelle fois Griffon brille pour saisir le sens des événements choisis et  retranscrire en musique leur portée épique ou tragique. Dans “À l’insurrection”, cette forme de lyrisme permet ainsi de ressentir toute la colère et la détermination du peuple de Paris à renverser le roi Charles X et son ministre Polignac à l’origine de projets de loi remettant en cause la liberté de la presse et les lois électorales existantes.  Une colère qui monte encore d’un cran dans “La semaine sanglante” consacrée à la Commune et à son tragique épilogue qui donne son titre à la chanson.

    Mais parce que le peuple, ce n’est pas que celui de Paris ou le peuple révolutionnaire, Griffon n’oublie pas celui des campagnes qui, dans le sillage des lois de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, proteste vigoureusement contre les inventaires des biens ecclésiastiques. Tout en exprimant la colère, “La loi de la Nation” résonne aussi des accents nostalgiques d’une France révolue qui n’est plus.

    Ces accents plus pesants, on les retrouve plus pleinement encore sur le morceau éponyme qui clôt l’album. Avec une petite porte ouverte sur l’actualité récente, Griffon retrace en mots âpres la mise en place du pouvoir personnel d’un Napoléon Bonaparte se présentant comme le sauveur de la Révolution de 1789 tout en étant le fossoyeur de la République. Les mots sont amers, la musique aussi, mais le titre porte aussi en lui cette rage d’un peuple prêt à prendre sa revanche tôt ou tard.

    Foisonnant et maîtrisé dans sa musique comme dans ses propos, Griffon propose avec ce troisième opus une œuvre qui sera, à n’en pas douter, une des sorties marquantes de cette année 2024. Au travers d’un black metal foisonnant, le groupe parvient à faire de l’histoire de ce peuple français un tableau vivant fait de multiples combats, de convictions, parfois de contradictions, de victoires, de défaites, d’espoir ou d’accablement. 

    “De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ” clamait Georges Danton. Assurément, Griffon n’en manque pas et de talent non plus.

    Tracklist :

    1 – L’Homme du Tarn (07:58)

    2 – The Ides of March (07:11)

    3 – A l’insurrection (04:54)

    4 – La semaine sanglante (04:24)

    5 – La loi de la Nation (05:56)

    6 – De Republica (06:28)

    Line-up : Aharon – Chant  / Sinaï – Guitare /  Kryos – Batterie / Antoine – Guitare

    Liens :

    https://griffonblackmetal.bandcamp.com/album/de-republica

    https://www.deezer.com/fr/artist/1402088

    https://www.facebook.com/griffonblackmetal

    https://www.instagram.com/griffon_blackmetal/

  • Paisaunt & Olde Throne  / Cearwylm & Misneachd

    Paisaunt & Olde Throne  / Cearwylm & Misneachd

    Genre : black metal atmosphérique
    Label : Naturmacht Productions
    Sortie : 19 janvier 2024

    Note : 85/100 (Seblack)

    En ce début d’année 2024, le label finlandais Naturmacht Productions présente un album split entre deux étoiles montantes de son rooster. D’une part on trouve Paisaunt, l’une des entités musicales du multi instrumentiste finlandais Zannibal, que l’on retrouve aussi à l’œuvre dans Marrasmieli et Sammale. D’autre part le duo néo-zélandais Olde Throne, auteur de deux albums assez remarquables .

    Split album ou album collaboratif ? Telle est la question qu’on se pose en achevant l’écoute de la demi-heure de musique. Chaque groupe dispose de trois titres pour s’exprimer et, fait original, sur l’un d’eux Paisaunt reprend « Killiecrankie » du deuxième album de Olde Throne. Le groupe néo-zélandais lui renvoie la pareille un peu plus loin en interprétant « Nigh is Time » issu de l’unique album de Paisaunt à ce jour.
    On est donc sur quelque chose d’un petit peu plus poussé qu’un split classique mais chacun jouant chez soi, on ne peut aller jusqu’à parler d’un album totalement collaboratif.
    Ce lien, tout de même assez fort, qui unit les deux formations, on le retrouve dans l’artwork avec cette gravure aux connotations historiques et médéviales que vient séparer une diagonale : d’un coté le beige pour Olde Throne, de l’autre le jaune pour Paisaunt.

    Autant le dire, ce split ne manque pas de charme et les deux groupes se complètent de fort belle manière. Les trois titres de Paisaunt dégagent à la fois puissance et mélancolie. Les mélodies et les rythmiques s’imprègnent très rapidement et la petite touche folk sur “Killiecrankie” s’intègre parfaitement dans une musique où les accents “cascadian” ne sont jamais bien loin. Paisaunt parvient à déployer un univers fait de lumière et d’obscurité. Des minutes qui viennent donc conforter les belles impressions laissées par Zannibal et l’ensemble des entités dont il est le créateur.

    Quand vient le tour de la formation néo-zélandaise Olde Throne, le paysage se noircit singulièrement sous le bruit de l’ orage. Le black metal délivré ici est nettement plus agressif avec une inclinaison assez épique ; mais c’est sans compter sur l’arrivée d’un break composé de guitare sèche, de sonorités de cornemuse et de flûte qui apporte une respiration celtique aussi belle qu’inattendue. La ligne de violon qui parcourt «Nigh is Time» confirme cette cohabitation entre un black assez viscéral et des horizons plus oniriques. Forcément avec de tels accompagnement, les noms de Saor ou Cân Bardd viennent assez naturellement en tête, à ceci près que le black de Olde Throne me paraît beaucoup plus imprégné de froideur et d’agressivité. Le dernier titre aux sonorités plus folk encore, semble signer le glas de la nuée et le retour de la lumière.

    Tout autant inspiré par la nature que par l’histoire, on peut dire que ces deux formations de Naturmacht Productions étaient faites pour se rencontrer. C’est désormais chose faite avec “Cearwylm & Misneachd”, et de fort belle manière.

    Tracklist :

    1. Paisaunt – Cearwylm (05:41)
    2. Paisaunt – Killiecrankie (Olde Throne cover) (04:46)
    3. Paisaunt – Bjørgvin (04:00)
    4. Olde Throne – Misneachd (07:59)
    5. Olde Throne – Nigh Is Time (Paisaunt cover) (03:31)
    6. Olde Throne – Causantín mac Áeda (03:18)

    Line-up :
    Paisaunt : Zannibal – Tous les intruments.

    Olde Throne : Harrison McKenzie – Guitares, chant, basse / Quentin Forster – Batterrie.

    Guests :
    Olde Throne : Jaymez Austin – basse / Stavros Stavrou – instruments folkloriques.

    Liens :

    Paisaunt :
    https://paisaunt.bandcamp.com/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/0L4d0kKGcg7p6z2dyMNHfb
    https://paisaunt.bandcamp.com/album/primitiue-blak-metal

    Olde Throne :
    https://oldethrone.bandcamp.com/
    https://www.facebook.com/oldethrone/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/6CQLTEd3uiZe9c36iwMcx0
    https://oldethronenp.bandcamp.com/album/an-gorta-m-r