Genre : Black Metal Symphonique
Note : 75/100 (WvG)
Label : Season of Mist
Sortie : 17 Octobre 2025
« FFO Dimmu Borgir/Cradle of Filth » disaient les pubs diffusées sur les RS – bon, on parle de CoF avant le drama de l’été, hein… De facto, on n’est pas si loin avec The Cult of Kariba de Carach Angren.
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Musicalement, peut-être davantage du côté Cradle d’ailleurs (dès l’artwork qui n’est sans évoquer les premiers CoF), l’aspect gothique aidant à grand renfort de passages de type sonate pour piano et petit orchestre à cordes, quand ce n’est pas un violon soliste qui intervient…
« Mais euuuuh, c’est pas métaule, c’est du sympho ! » Exact ! Je dirais même que cet EP est une sorte de Danse macabre de Saint-Saëns mais métalisée avec l’apport de guitares acérées et de blastbeat en supplément d’un growl quasi constant.
Le duo néerlandais Seregor/Ardek a choisi une esthétique assez proche de celle de CoF, c’est vrai, inspirée des BO de films de la Hammer des années 1950-60, comme support pour la narration de leur conte macabre, idée de départ de ce projet (comme c’était déjà le principe sur leurs précédents albums qui se voulaient être des concepts albums). Mais les duettistes ne se contentent pas de singer ces aînés puisque si on sent la patte CoF – et Dimmu d’autant dans « Ik Kom Uit Het Graf », seul titre en Néerlandais de cet EP et le plus intéressant de l’EP selon mes critères d’originalité et de diversité – comme ressort, c’est également pour poser un minimum leur ongle crochu : on ressent dans les chœurs ponctuels une sorte d’influence germanique qu’on pourrait retrouver chez Equilibrium par exemple, et une agressivité death comme chez Oracle ou les divers projets de Christos Antoniou, particulièrement Odious.
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La question est « est-ce que ça vaut le coup d’oreille ? » Oui et non…
Oui parce que c’est bien écrit (orchestrations chiadées et tout le tralala), c’est puissant (le son est fat et le spectre complet), c’est mélodieux et brutal (varié dans ses ambiances et harmonies), c’est narratif (on sent le projet dès l’intervention parlée d’un conteur dans l’introductif « A Malevolant Force stirs »), c’est un univers sonore (vous vous doutez bien qu’on va pas mettre une polka à l’accordéon pour traiter de sorcellerie, démonisme ou ésotérisme… quoique, ça pourrait être fendard… mais va falloir argumenter). Pour ça, on valide !
Non parce que les défauts sont sensibles eu égard au manque d’originalité, sonore notamment : l’introduction et les deux premiers morceaux ont les mêmes défauts que ceux de CoF à savoir un choix de patches orchestraux tellement vintages qu’ils en sont éculés et ne sonnent pas/plus du tout authentiques ; même le mixage du (vrai) violon sur ces pistes semble vouloir être noyé dans un timbre lisse et fade pour ne pas dissoner des sons synthétiques. De surcroît, même si on sent un virage dans ce choix orchestral vers ceux de Dimmu Borgir, aussi bien foutue que soit l’orchestration en elle-même… bah, on a l’impression d’entendre Dimmu Borgir presque note à note et pas un opus de Carach Angren, donc niveau personnalité, on repassera. Le mastering quant à lui est clairement de qualité, on sent que ce n’est pas le premier zozo en home studio qui a géré ce paramètre ; par contre niveau mixage, je suis un peu plus mitigé sur l’équilibre : je comprends l’idée de symphoniser la narration mais je trouve que les guitares, un peu trop en retrait, auraient mérité un chouia de hausse des potards. Tout conscient que je sois qu’il s’agisse ici d’un EP, j’ajoute à mon « non » sa brièveté (vingt minutes environ), ce que je trouve dommage vu le projet narratif – autour de légendes locales concernant une sorcière – mais c’est ainsi, « c’est le jeu, ma pauvre Lucette ! » : soit il y avait assez peu à dire (et autant en faire un morceau dans un album qui traiterait çà et là des contes autour des sorcières), soit il y en a davantage et c’est un rendez-vous raté avec quelque chose de plus conséquent.
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D’aucuns diraient « ni bon ni mauvais », cet EP plaira aux néophytes ou aux fans indéfectibles de Carach Angren, si tant est qu’il s’agisse d’un moment « petit plaisir destiné à notre auditoire pour les faire patienter avant un plus gros projet, genre un septième album ». Néanmoins, si musicalement intéressant pour celui qui ne serait pas bercé dans ce sous-genre musical et recevrait son « effet wow » et tout agréable soit-il à appréhender, beaucoup trop de choses m’ont laissé d’un marbre de pierre tombale pour encenser The Cult of Kariba, qui se laisse aisément écouter mais sans réellement marquer, faute de démarcation, justement, dans un univers musical dans lequel soit on sort du lot par son originalité, soit on « fait comme », clone, parodie… mais il est nécessaire de proposer du neuf pour rester dans les mémoires et pas être juste « sympa à écouter ».
Tracklist :
01 – A Malevolent Force Stirs
02 – Draw Blood
03 – The Resurrection of Kariba
04 – Ik Kom Uit Het Graf
05 – Venomous 1666
Line-up :
Clemens « Ardek » Wijers – Claviers, composition/orchestration, backing vocals
Dennis « Seregor » Droomers – Guitares (sur « Draw Blood » et « The Resurrection of Kariba »), chant
Patrick Damiani – Basse/guitares
Gabe Seeber – Batterie
Guest(s) :
Nikos Mavridis – Violon soliste (pistes 2 & 5)
Tim Wells – Voice overs
Frodo Wijers – hurlement de loup (essentiel de le citer donc, piste 3)
Liens :
https://carachangren.bandcamp.com/album/the-cult-of-kariba
https://www.facebook.com/carachangren/#
