Genre : Folk Black Metal Atmosphérique
Note : 98/100 (LB D)
Label : Season Of Mist
Sortie : 7 février 2025
Ah, l’Écosse… avec ses paysages majestueux, ses châteaux hantés, son célèbre monstre du Loch Ness, son whisky tourbé et ses plus de cent trente distilleries différentes. Voilà les images qui me viennent à l’esprit quand on me parle de ce pays !
En tant qu’amateur de sport, je pourrais également mentionner le “Flower of Scotland”, cet hymne qui résonne dans un Murrayfield plein comme un œuf lors du tournoi des Six Nations de rugby. De même, le “Old Firm”, le derby chaud bouillant de Glasgow entre le Celtic et les Rangers, sur fond de guerre des religions entre catholiques et protestants.
Ce pays est également renommé pour sa musique traditionnelle, étant l’un des principaux pays celtiques. Son folklore y est particulièrement célébré lors des grands festivals à travers le monde.
Cependant, depuis une quinzaine d’années maintenant, une scène Black Metal a vu le jour, principalement centrée à Glasgow et grâce, en grande partie, à deux figures emblématiques. Tout d’abord, Tom Perret avec ses projets Ruadh et Aonarach, fort de ses cinq albums en cinq ans pour les deux entités réunies. Mais l’attention se porte surtout sur Andy Marshall et son groupe Saor, sans oublier dans une moindre mesure, Fuath, qui ont largement contribué à populariser le mouvement Folk Black Metal Atmosphérique dans leur pays. Faut dire aussi que Saor a considérablement multiplié le nombre de concerts et autres festivals au cours de ces dernières années. Devenant ainsi le fer de lance de la scène écossaise.
Andy Marshall, je le suis depuis le début, que ce soit avec Saor ou Fuath ; sans être un gros fan, j’ai toujours apprécié sa musique, même si je trouvais ses dernières réalisations un peu moins inspirées qu’au début de sa carrière. Alors, quand on m’a demandé si je voulais chroniquer son dernier album, c’est avec un peu de réticence que j’ai accepté. Je dois dire que cela a été une excellente décision.
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Fidèle à ses principes, Andy Marshall démarre son premier titre éponyme tambour battant. C’est toujours comme ça chez lui, on part sur de bonnes bases afin de ne pas déstabiliser ses plus fervents supporters. On débute donc par des riffs Black Metal, un chant rocailleux et des blast beats en veux-tu en voilà. Autre grand classique, c’est l’arrivée très rapide des instruments à vent notamment le Whistle qu’on retrouve sur tous les albums de Saor. Sur la partie centrale du morceau, on distingue un passage grandiloquant couplé avec des solos de guitares très heavy tirant sur le folk, l’âme du regretté Gary Moore n’est pas très loin, notamment en référence à son œuvre l’album Wild Frontier. Ce moment sera suivi d’un break de toute beauté assuré par les premiers invités. Les talentueux Angela Moya Serrat (violon), Samuel C Ledesma (violoncelle) et Miguel Izquierdo (alto) apportent déjà tout leur savoir-faire. Les parties symphoniques ainsi réalisées par nos trois musiciens amènent de la profondeur et de la richesse aux compositions, les rendant plus épiques et plus émotionnelles. Fermez les yeux, le voyage à travers les vallées et autres montagnes écossaises ne fait que débuter. On observe aussi le retour du chant féminin au premier plan, bien qu’il y ait eu quelques chœurs ici et là sur l’album Origins. Il faut remonter à 2019 et à l’album The forgotten Paths pour retrouver une voix féminine en tant que chanteuse principale. C’est à Ella Zlotos à qui est revenue cette lourde tâche, mais ce n’est pas tout, car elle est également responsable de tous les instruments à vent et autres cornemuses. Pour information, on la retrouve également en tant que flûtiste sur l’album Eastern Tales du One Man Band français Belore.
On repart sur un rythme endiablé sur “Echos of the Ancient Land” qui vous donnera envie de headbanger sur un Black Metal à la fois brut et agressif. Suivi d’un nouveau ralentissement du tempo, somme toute assez classique mais toujours bien inspiré. Cependant une surprise apparaît avec le chant clair calme et posé d’Andy Marshall. Bien qu’il ne s’agisse pas de sa première tentative dans cet exercice, puisque cela avait déjà été le cas sur son dernier album, l’association avec la voix douce et sensuelle d‘Ella Zlotos rend ce passage fantastique et promet des frissons garantis. Il renouvellera cet exercice sur “Glen of Sorrow”, mais cette fois-ci en le combinant avec ses grognements puissants et féroces.
Le véritable atout de cet album réside dans la diversité des chants féminins : que ce soit au niveau des chœurs ou du principal, un travail remarquable a été réalisé. Toutes les voix se distinguent par leur originalité, cela est particulièrement évident sur le morceau « Glen of Sorrow ».
Mais le plus surprenant est à venir : “The Sylvan Embrace” est très certainement la plus grosse surprise car il est le premier titre entièrement acoustique enregistré par le groupe depuis ses débuts en 2013. Alors que dire de cette surprise du chef ? Rien, à part qu’il est magistral et rempli d’émotion, de la voix chuchotée d’Andy Marshall accompagnée de sa guitare acoustique, en passant par le chant féminin jusqu’aux instruments folkloriques exécutés par Ella Zotos et Jo Quail, la dernière invitée que je n’avais pas encore mentionnée. Chaque élément est tout simplement magnifique du début jusqu’à la fin, on se croirait sur un album de Loreena Mckennitt. Certes, nous nous éloignons du Black Metal pour explorer les confins du folk celtique mais peu importe : les frissons apparaissent, les poils se dressent et les yeux se remplissent de larmes. L’imagerie cinématographique est saisissante, on se sent transporté dans un épisode de Outlander, en train de taper la discute avec Claire Randall et Jamie Fraser.
“Rebirth”, ou résurrection en français, constitue le dernier titre de l’album où souffle un vent d’optimisme. Tout au long de ce Amidst the Ruins, Saor nous suggère de sortir de notre léthargie ambiante afin de reconstruire notre avenir. Conseillant de s’inspirer de toutes les valeurs transmises par nos ancêtres, il met en avant la nécessité de préserver notre environnement tout en respectant la mémoire de ceux qui ont lutté pour nos libertés. Mais quel beau message d’espoir pour clôturer cette œuvre.
Il est également essentiel de souligner le travail notable de Carlos Vivas à la batterie, de Julien Bauer sur l’artwork, en accord total avec la musique, ainsi que les différents producteurs qui sont intervenus sur cet album, apportant à leur manière leur petite pierre à l’édifice.
Mais avant tout, c’est le travail d’Andy Marshall que j’ai envie de mettre en avant. Tout d’abord, il faut saluer cette prise de risque, n’hésitant pas à lâcher sa guitare électrique pour une guitare acoustique sur tout un morceau, au risque de se fâcher avec les puristes. En respectant néanmoins certains principes de base, il a su faire évoluer sa musique en intégrant des structures de compositions plus élaborées et une très grande variété d’arrangements, soutenu pour ça par une multitude d’invités tous reconnus dans leur domaine. Il parvient ainsi à trouver le parfait équilibre entre le Black Metal de ses débuts et des passages folks originaux et d’une beauté sans pareille. Il ne fait aucun doute qu’avec cet album, Saor franchit un nouveau cap, et rentre dans la cour des grands, rivalisant avec des groupes comme Summoning, Caladan Brood et autres Gallowbraid.
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Pour ma part, cet album m’a profondément touché. Je ne peux demeurer insensible à cette musique, en raison très certainement de mes racines bretonnes et, plus largement, celtiques. Bien que nous soyons qu’au début de l’année, cet album s’impose d’ores et déjà comme le leader incontesté de mon top albums 2025. Et vous savez quoi ? Ben, il va falloir faire très, très fort pour aller le déloger.
Tracklist :
01 – Amidst the Ruins
02 – Echoes of the ancient Land
03 – Glen of Sorrow
04 – The Sylvan Embrace
05 – Rebirth
Line-up :
Andy Marshall – Tous les instruments, chant
Guests :
Ella Zlotos – Chant féminin, Tin Whistles, Low Whistlles, Uilleann Pipes / Carlos Vivas – Batterie / Jo Quail – Violoncelle et effets spéciaux dans “The Sylvan Embrace” / Àngela Moya Serrat – Violon dans “Amidst the Ruins”, « Echoes of the Ancient Land » & « Rebirth / Miguel Izquierdo – Alto dans « Amidst the Ruins », « Echoes of the Ancient Land » & « Rebirth » / Samuel C. Ledesma – Violoncelle sur « Amidst the Ruins », « Echoes of the Ancient Land » et « Rebirth »
Liens :
https://www.facebook.com/saorofficial
