Genre : Black Metal Progressif Label : Archaic Sound Sortie : 15 juin 2025
Note : 95 / 100 (LB D)
Purée, déjà vingt-quatre ans d’existence pour Ars Moriendi, vingt-quatre ans et quatorze albums au compteur. Enfin, le total s’élève à huit albums officiels, si l’on considère les six premiers comme des démos principalement orientées vers la Dark Ambiant.
C’est en 2008 qu’Arsonist, l’homme derrière cette entité, a amorcé une bascule vers le Black Metal avec son septième opus intitulé L’Oppression du Rien. Depuis lors, il n’a cessé de faire évoluer sa musique, progressant dans tous les aspects, que ce soit au niveau du chant ou de la production en général, n’hésitant pas même à prendre place derrière les fûts afin de remplacer la batterie électronique par un vrai son de batterie.
La musique d’Ars Moriendi ne se consomme pas comme une musique ordinaire ; ce n’est pas celle que l’on met pour éplucher des patates, par exemple. Non, il faut s’installer confortablement dans son canapé, le livret du CD et l’ordinateur à portée de main. C’est du moins ma démarche car il est évident qu’il faudra consulter Wikipédia ou autres sites spécialisés pour des recherches supplémentaires sur les thèmes abordés. En effet, à travers ses albums, Arsonist, en tant que professeur d’histoire, nous invite à la découverte de personnages et autres événements historiques dont lui seul connaît l’existence. C’est ainsi que nous prenons connaissance de François-Jean Lefebvre de La Barre, condamné à mort pour blasphème et sacrilège, ainsi que de Jérôme Savonarole, prédicateur et réformateur actif dans la Florence de la Renaissance. À titre d’exemple supplémentaire parmi tant d’autres, l’histoire connue sous le nom de « sac de Brescia », lorsque cette ville s’est insurgée contre l’occupation française en 1512. Ces trois récits, parmi tant d’autres, sont particulièrement pointus et témoignent avec éclat de la richesse et de l’étendue de ses connaissances en matière d’Histoire française. Non, Ars Moriendi, ce n’est pas simplement écouter de la musique : c’est également une immersion totale dans un manuel d’Histoire.
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Ce nouvel album respecte pleinement la tradition : notre artiste s’est intéressé cette fois-ci au massacre de la Saint-Barthélemy, un épisode sanglant survenu dans notre pays en 1572 dans le contexte des guerres de religions opposant catholiques et protestants. À travers cet album, on découvre également la famille Sanson, dont la profession consistait à exécuter des condamnés et qui s’est transmise de père en fils, avec cette illustre Abbaye de Monte-à-Regret, autre appellation donnée à la guillotine. La seule exception notable à cette évocation de l’Histoire de France pourrait être le titre “Sur la lune ou aux enfers”, où Arsonist aborde l’enfer des goulags, mettant en lumière quatre éléments particulièrement représentatifs de cet univers : la glace, le feu, le fer et le sang.
L’album débute par un extrait du discours du poète français Pierre de Ronsard annonçant cette nuit tragique sur le morceau éponyme. Arsonist y intègre plusieurs autres extraits tout au long de ses compositions constituant ainsi l’une des particularités de cet opus ; ainsi, et toujours sur ce morceau éponyme, on peut également entendre une citation de “La Henriade”, un poème de Voltaire. De même, des passages du poète André Chénier figurent sur “L’abbé de Monte-à-Regret part.I”, tandis qu’Alfred de Vigny est présent sur “Puisqu’elle est éternelle”. Je vous avais prévenu qu’il y avait matière à effectuer (ou pas !) des recherches supplémentaires sur la toile.
Tous ces énoncés visant à renforcer la dimension historique des textes ne seraient rien sans la musique qui les accompagne. Depuis plusieurs albums, Arsonist propose une musique à la fois riche, complexe et audacieuse, reposant sur un Black Metal oscillant entre l’atmosphérique et le symphonique. Chaque composition est élaborée selon un principe de «chanson à tiroirs », où rien n’est laissé au hasard. Les passages purement Black sont fréquemment entrecoupés non seulement par les citations mentionnées plus haut, mais également par de nombreux passages parlés, réalisés par l’auteur lui-même, conférant ainsi aux œuvres une dimension plus théâtrale ou cinématographique selon votre préférence. Cette caractéristique se manifeste particulièrement sur les deux premiers titres, qui constituent véritablement la pierre angulaire de cet album.
L’artiste n’hésite pas à transgresser les codes afin de créer son propre univers, faisant ainsi évoluer son style vers une approche plus progressive en puisant ses influences dans le Metal, notamment auprès de groupes tels que Dream Theater ou Iron Maiden qu’il affectionne tout particulièrement. Il apprécie également de franchir les frontières qui le séparent de la Techno, en intégrant des boucles électro que l’on peut entendre à divers moments, par exemple dans “Trouver la fontaine” ou encore dans la base rythmique de “Puisqu’elle est éternelle”.
À propos de ce dernier titre, il est important de souligner la présence des deux invités intervenant sur cet album. Tout d’abord Maryline, sa compagne chargée de le seconder sur ce morceau en y apportant une touche féminine tout en chant clair, à la fois sensuelle et très aérienne. Le second intervenant n’est autre que Julien Hovelaque, une figure bien connue dans le milieu du Black Metal français, puisqu’il est l’homme à tout faire derrière le projet L’Eclat du Déclin. Lui, il a pour mission de donner vie à “L’abbé de Monte-à-Regret” en apportant, dans cette seconde partie du titre, tout son registre vocal varié et si particulier, qui diffère nettement de celui d’Arsonist. L’inspiration peut parfois provenir d’horizons divers, en témoignent ces deux morceaux entièrement réinterprétés qui concluent avec brio cet album. En premier lieu, “First Snow”, œuvre du compositeur Clint Mansell tirée du film The Fountain, utilisée ici en tant qu’outro. Ensuite, “The Reign of Chaos and Old Night”, du groupe franco-autrichien Elend, une reprise si habilement adaptée qu’elle pourrait être considérée comme un véritable titre d’Ars Moriendi.
Finalement, la seule véritable surprise réside dans cette pochette quelque peu déconcertante : réalisée par son ami Christophe Goncalves, elle illustre le massacre de la Saint-Barthélemy avec des couleurs très vives et un trait inhabituel pour les artworks d’Ars Moriendi. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, une chose est certaine : elle ne laisse personne indifférent.
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Arsonist a une fois de plus accompli un travail remarquable, tant sur le plan musical que lyrique. Il nous propose ainsi, pendant quarante-cinq minutes, un voyage captivant à travers l’Histoire de France, sans jamais susciter la moindre lassitude. Cette œuvre pourrait représenter un aboutissement dans la carrière d’Ars Moriendi tant elle est élaborée avec un soin minutieux dans les moindres détails ; seul l’avenir pourra nous le dire. Malgré ses vingt-quatre années d’existence et ses quatorze albums à son actif, l’inspiration est toujours au rendez-vous et ses créations ne faiblissent pas d’un iota, à tel point que l’on a du mal à imaginer qu’il n’y ait qu’une seule tête pensante derrière ce projet. Et ceci, n’est vraiment pas donné à tout le monde.
En guise de conclusion personnelle, je dirai que j’ai été encore une fois bluffé par cette nouvelle offrande. Mais suis-je vraiment crédible si je vous dis que je suis un fan absolu depuis de nombreuses années ? Une chose est certaine, je prends toujours autant de plaisir à écouter et mener à bien mes recherches sur les personnages et autres thématiques proposées par Arsonist. Cet exercice s’est progressivement mué, d’album en album, en un rituel auquel je me consacre avec un enthousiasme et une passion constants. Et je vous assure que cela n’est pas près de s’arrêter.
Tracklist :
01 – Leur esprit marche dans les ténèbres
02 – L’abbé de Monte-à-Regret part.I
03 – L’abbé de Monte-à-Regret part.II
04 – Trouver la fontaine
05 – Puisqu’elle est éternelle
06 – Sur la lune ou aux enfers
07 – Outro
08 – The Reign of Chaos and Old Night (Elend cover)
Line-up :
Arsonist – Tout
Guests :
Maryline – Chant sur “Puisqu’elle est éternelle”
Julien Hovelaque – Chant sur “L’abbé de Monte-à-Regret part.II”
ALCATRAZ FESTIVAL 2025 (Courtrai, Belgique) Du 08 au 10 août 2025
Texte et photos : Seb D Vidéos : Once Upon a Live
Depuis l’année dernière, je me suis fixé comme objectif de faire au minimum un festival par an à l’étranger. Après le Beyond The Gates en 2024 en Norvège, mon dévolu s’est porté cette fois-ci sur l’Alcatraz Festival. Cela faisait déjà quelque temps qu’il me faisait de l’œil et 2025 m’a paru être le bon moment pour y participer.
Pour sa dix-septième édition, le festival belge a fait résonner les guitares saturées du jeudi 7 au dimanche 10 août dernier, sur le complexe sportif Lange Mute à Courtrai. Cet événement continue de faire se déplacer les foules un peu plus chaque année, le bouche à oreille faisant son effet. Il faut dire qu’une programmation des plus alléchantes associée à une organisation au cordeau en font une des étapes incontournables pour les amateurs et amatrices de gros sons durant la saison estivale. Ça vous dit que je vous raconte mon expérience ? Alors, allons-y, je vous embarque avec moi !
Rendez-vous à l’aire de covoiturage de Landivisiau avec une partie de mes codétenus pour un départ matinal en direction du pénitencier qui va nous accueillir durant ces quatre prochains jours. Sur place, nous retrouverons nos autres compagnons de cellule partis de région parisienne dans un autre convoi. Au menu du week-end : travaux forcés ! Mais ici point de caillasses à casser mais plutôt tenter d’enchaîner un maximum de concerts. Une peine que j’accomplirai sans broncher et avec le plus grand des plaisirs.
Dès l’arrivée à Courtrai, il n’y a qu’à suivre les indications qui nous invitent à nous garer sur l’immense parking d’une zone d’activités. De là, des navettes, tournant dans un flux discontinu du matin au soir, nous mènent à l’entrée du festival. Après un temps d’attente relativement court, je me retrouve avec mon bracelet de prisonnier au poignet. Celui-ci n’est pas électronique. Comprenez par-là qu’en ces terres, la cashless ne fait pas loi. Il faudra faire avec les bons vieux jetons (ou “coins”) de couleur rose pour pouvoir se sustenter en nourriture et breuvages houblonnés. Peu pratique, certes, mais on s’y fera. Il faut suivre un long chemin délimité de barrières avec de multiples affiches de festivals avant d’arriver sur l’aire de jeu.
Je profite de cette première soirée, faisant office de warm-up, pour visiter et me familiariser avec les lieux. On y trouve quatre scènes : trois sous tentes (la Morgue, la Helldorado et la Swamp) et la principale, en open air, la Prison Stage. Cette dernière ne sera active qu’à partir du lendemain. Un autre espace, El Presidio, logé dans une sorte de grand hangar monté pour l’occasion avec bar attenant (c’est là que se trouvent les meilleurs bières 😉), verra s’enchaîner des DJ sets durant toute la durée du festival, faisant de cet endroit un lieu de détente ou de fiesta, en mode boîte de nuit Metal, selon l’heure de la journée.
On y retrouve aussi les habituels stands de merchandising divers et variés et de nourriture – avec un large choix et d’excellente qualité pour la majorité d’entre eux. Il y a même un coin chill où des coussins et bancs sont posés en cercle autour de quatre grandes statues de bouddhas. Tout près de là, un bar avec de vieilles tables et chaises, comme chez mémé, qui devient instantanément notre camp de base pour les instants de pause.
Une de mes priorités est de récupérer mon t-shirt à l’effigie du festival que j’ai pu précommander sur le site de l’Alcatraz en amont. Très bon système afin d’éviter de perdre du temps à faire la queue.
La décoration, entre éléments faisant écho au milieu carcéral et décors ambiance Mad Max, permet de vivre une expérience immersive, aidant à la déconnexion totale durant ces quatre jours.
La Légende Ozzy Osbourne nous ayant quittés il y a moins de trois semaines, de nombreux hommages lui seront rendus tout au long du week-end. Il est même possible de laisser un petit mot ou un dessin en son honneur sur deux grands panneaux dédiés à cet effet.
Lien vidéo Extrait spectacle pyrotechnique :
Crédit vidéo : Once Upon a Live
Dans son ensemble, le festival est extrêmement bien organisé. Mais deux points négatifs sont tout de même à soulever. D’une part, des publicités intempestives sur les écrans géants durant les concerts, ce qui a pour effet d’attirer l’œil et de potentiellement couper l’effet envoûtant de certaines prestations. D’autre part, le chevauchement des sets entre les différentes scènes, ce qui force à rater le début ou la fin d’un show si on veut en voir un en entier. Et c’est bien dommage.
Et la musique dans tout ça ? En ce jeudi soir, sous la Swamp, c’est le bal des tribute bands d’excellente qualité. Ceux-ci rendent hommage à Motörhead (Motörheads), Status Quo (The Belgian Quo Band) ou encore aux Ramones (Ramones Alive). Mais c’est la Helldorado qui m’attire le plus ce soir car c’est le Thrash Metal qui y est à l’honneur. Je vais vite déchanter car le son y est abominable. Difficile d’apprécier quoique ce soit dans cette bouillie sonore. Et pourtant, il y a du beau monde : Exhorder, Evil Invaders ou encore Overkill. La déception est encore plus grande pour ce dernier car je n’ai jamais eu l’occasion de les voir sur scène jusqu’ici. J’écoute donc la tête d’affiche de l’extérieur de la tente, en dilettante, en discutant avec des amis. En espérant que le son soit meilleur le lendemain.
Vendredi 8 août 2025
Allant au Motocultor Festival le week-end suivant et les deux événements ayant un tronc commun de groupes, j’ai tenté de construire le plus intelligemment possible mon running order afin d’éviter de voir deux fois les mêmes groupes deux week-ends d’affilée. Pari tenu, sauf pour un groupe. A vous de deviner lequel 😉
COFFIN FEEDER
Quelle meilleure façon de se mettre dans le bain, pour démarrer réellement le festival, que de se faire violenter les oreilles à 12h35 par le Brutal Death des Belges de Coffin Feeder ? Cela me permet de me rassurer immédiatement sur la qualité sonore de la Helldorado qui n’a plus rien à voir avec le gloubi-boulga d’hier soir. Ouf ! La formation menée par Sven de Caluwé d’Aborted ainsi que d’autres sommités de la scène brutale belge (des membres de Leng Tch’e ou de Fleddy Melculy entre autres) va nous rouler dessus durant quarante-cinq minutes, sans temps mort, mettant en avant leur premier album, Big Trouble, sorti en avril dernier. Le chanteur va nous régaler de ses vocalises de phacochère enragé reconnaissables entre mille. Un concert où les maîtres mots sont énergie et bonne humeur. Parfait pour commencer la journée.
Lien vidéo COFFIN FEEDER :
Crédit vidéo : Once Upon a Live
CHEMICIDE
J’enchaîne avec Chemicide qui a déjà entamé son set sous la Swamp. Tout droit venus du Costa Rica, nos quatre latinos proposent un Thrash Metal somme toute assez classique, comme peuvent le proposer nombre de groupes de la vague revival Thrash. Ça ne réinvente pas la roue mais ça fait le job et le set est plutôt agréable. Pour le dernier titre, ils nous décochent une reprise bien exécutée du « Arise » de Sepultura se mettant ainsi le public dans la poche. Ce dernier reprenant, comme un seul homme, les paroles de ce classique incontournable.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
MESSA
Je zappe volontairement le concert d’Heriot afin de me placer suffisamment tôt et correctement pour assister au set des Italiens de Messa. Et j’ai bien fait car cet après-midi, la Morgue sera pleine comme un œuf. J’ai dû faire un choix cornélien car au même moment, les Anglais de Winterfylleth se produisent sous la Helldorado. Choix payant car d’après les potes qui y sont allés, le rendu sonore était abominable. Ne rendant pas grâce à leur Black Metal d’une richesse mélodique absolue. De mon côté, c’est tout l’inverse. Le son est puissant et propre, sublimant le Scarlet Doom de nos amis transalpins. Depuis la sortie de leur dernier album en date, The Spin, la hype autour d’eux ne fait que grandir un peu plus chaque jour. Il faut dire qu’ils nous ont offert un des bijoux de l’année 2025. Le concert est à l’avenant : la charismatique chanteuse Sara, sous des airs faussement nonchalants, et ses camarades de jeu dégagent une classe folle, collant parfaitement à l’ambiance désabusée de leur musique. La formation met l’accent sur son dernier effort, interprétant six des sept titres qui le composent. « Rubedo » extrait de l’album Close sorti en 2022, est le seul rescapé de l’ancien répertoire. La basse claque, les mélodies de guitares s’envolent et Sara, de sa voix puissante et ensorcelante, envoûte totalement la foule. Un concert d’une beauté rare.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
WEDNESDAY 13
Wednesday 13 a déjà entamé son set lorsque je rejoins la scène principale, la Prison Stage. N’ayant absolument pas suivi la carrière solo de l’artiste, j’assiste à la prestation dans l’espoir d’avoir un maximum de titres du projet qui l’a révélé au grand public : Murderdolls. Seules deux chansons de son ancien groupe seront interprétées : « Summertime Suicide » et « Nowhere ». Dommage que nous n’ayons pas eu le droit à un « Dead In Hollywood ». Mais bon, ne faisons pas la fine bouche car la formation ultra lookée nous sert un très bon concert de Hard Rock énergique doté d’un son impeccable.
Je m’accorde une pause d’un peu plus d’une heure pour me restaurer et passer du temps avec les amis autour d’une bière car c’est aussi ça, les festivals.
DYING FETUS
Vous prendrez bien une petite douceur ? Je vous propose une bonne part de gratin de graisse au gras avec les Américains de Dying Fetus. Ici, pas de chichi, le trio est là pour nous broyer les os avec leur Brutal Death Grind bourrin, mais pas que. Si le régal est auditif, il l’est tout autant pour les yeux tant les trois musiciens sont des bêtes de technique. Ça blaste la tronche et ça tricote sévère sur les manches. En cinquante minutes, la messe est dite, c’est la mandale. Comme d’habitude j’ai envie de dire.
ABSU
Attention, légende ! Le pionnier du Black Metal made in USA est actuellement en tournée en Europe et honore Courtrai d’une escale. Impossible de rater ça ! Proscriptor, maître à penser de l’entité, habituellement à la batterie et au chant, ne se charge aujourd’hui que du micro. Les musiciens évoluent devant un immense backdrop reprenant la pochette de l’album The Sun Of Tiphareth qui est bien entendu mis à l’honneur avec pas moins de cinq titres. Et oui, c’est que ça fait trente ans que cette pierre angulaire est sortie. Ça se fête ! Le leader, à l’instar d’un King Diamond, fait le show et attire tous les regards. Il faut dire que le bougre occupe l’espace et ne laisse personne indifférent avec son accoutrement, chemise à manches amples et petit gilet, bien loin des codes habituels de ce style musical. Il s’agite, grimace, frôlant parfois le ridicule mais ne bascule jamais dans la caricature. Sa voix criarde reconnaissable entre mille électrise l’assistance couplée à une exécution impeccable de la part de son backing band. Un très bon concert qui aurait mérité une meilleure mise en son. Je quitte malgré tout la Swamp avant la fin car je ne veux pas louper une miette du suivant. Direction donc la Prison Stage.
Lien vidéo ABSU :
Crédit vidéo : Once Upon a Live
W.A.S.P.
N’ayant jamais eu l’occasion de voir le groupe de Blackie Lawless, il était inconcevable que je ne sois pas présent pour assister à ce show. Même si j’avoue avoir un peu peur du rendu vocal, le leader de W.A.S.P. n’étant plus tout jeune. Crainte qui se confirme sur le premier titre « I Wanna Be Somebody » (mon préféré) où le chant déraille un peu par moment mais tout rentre très vite dans l’ordre dès le deuxième titre. C’est comme pour un vieux diesel, il faut que les cordes vocales s’échauffent. Là aussi, nous fêtons un anniversaire : les quarante ans de l’album éponyme de la formation (quarante-et-un ans en vrai car il est sorti en 1984). Celui-ci est donc interprété en intégralité et dans l’ordre, s’il vous plaît. Un pur régal ! Et en guise de cadeau, les Américains nous gratifient de deux titres bonus, « Wild Child » et « Blind In Texas », tous deux issus de l’album The Last Command. Une heure de show qui file à la vitesse de la lumière. Un très bon moment.
MASTODON
Je reste posé devant le Prison Stage durant les trois quarts d’heure séparant la fin du set de W.A.S.P. et la prestation suivante car je veux bien me positionner pour le concert de Mastodon. Les enceintes crachent le « Crazy Train » de qui-vous-savez, le refrain étant repris à pleins poumons par la foule présente en nombre devant la scène. Les Américains déboulent sur scène en décochant un « Tread Lightly » qui permet de constater immédiatement que le son est puissant et ultra propre. On va prendre cher ce soir. Le groupe va nous saisir à la gorge pour ne jamais nous relâcher jusqu’à la dernière note de ce show. L’écran géant derrière la formation habille à merveille la scène. Le rendu se faisant de plus en plus percutant au fur et à mesure que la nuit tombe. Troy Sanders (chanteur / bassiste) s’impose en véritable chef de meute depuis l’éviction de Brent Hinds (chanteur / guitariste) cette année. Qui aurait pu penser à cet instant que ce dernier allait perdre la vie douze jours plus tard, anéantissant à tout jamais un possible espoir de réconciliation et un retour au bercail pour le tatoué guitariste ? La Faucheuse ne nous fait aucun cadeau cette année.
Le set pioche dans une grande partie de la riche discographie des Georgiens faisant de ce set un joli best of que chacun pourra critiquer en râlant de ne pas avoir eu son titre préféré joué ce soir. Le temps alloué au groupe (une heure quinze) passe très vite. J’ai envie de quitter les lieux avant la fin car je veux bien me placer pour le concert suivant mais je n’y arrive pas. Après un « Blood and Thunder » final, ils nous réservent une dernière surprise en reprenant le « Supernaut » de Black Sabbath. Un show phénoménal qui sera l’un des meilleurs du week-end.
DOOL
Je n’ai que cinq minutes pour rejoindre la Morgue. Je ne traîne pas et arrive juste à temps avant que les musiciens ne montent sur scène. J’arrive à me placer correctement. Dool démarre son set de manière tonitruante par le morceau qui donne le titre à son dernier album en date, « The Shape of Fluidity ». Le groupe est dans une très grande forme. Cela peut s’expliquer par le fait que c’est le deuxième concert qu’il donne ce jour, ayant joué un peu plus tôt dans un autre festival au Pays-Bas. Les titres s’enchaînent sans temps morts mettant en avant son dernier bébé représenté par cinq morceaux sur les huit jetés en pâture à un public totalement conquis. L’intensité de la prestation, où l’émotion est à fleur de peau mêlée à l’énergie folle des zicos (ils ont bouffé du lion ce soir ou quoi ?), crée une bulle suspendue hors du temps. Ce concert est tout simplement exceptionnel. Je ressors de là complètement sonné, à la limite des larmes. Il me faudra un moment pour redescendre.
KREATOR
Kreator n’est pas mon groupe de Thrash Metal favori. Loin de là. Paradoxalement, c’est certainement celui que j’ai vu le plus souvent en live dans ce style musical. Ce soir, il assure la place tant convoitée de headliner du jour. Le son et la production sont colossaux. Mille Petrozza et sa bande ont mis le paquet ! Le public est au rendez-vous, vu la masse de monde agglutiné devant la scène principale. La setlist en forme de best-of tape dans le mille (Petrozza, hu hu hu…) à chaque fois car le groupe sait ce que leurs fans veulent entendre. Et je dois bien avouer que ça fonctionne puisque je me laisse prendre au jeu et trouve la prestation plus intéressante que celle du Zénith de Paris en novembre dernier. Les Allemands n’ont clairement pas usurpé leur place et remplissent parfaitement le rôle de tête d’affiche.
Je me dirige vers la sortie en n’omettant pas de faire une petite halte au niveau de la Morgue qui dégueule de monde de tous les côtés. Normal, la sensation Stoner du moment, Slomosa, a déjà entamé son set depuis une bonne vingtaine de minutes. La fatigue commençant à me gagner et les ayant déjà vus au Hellfest au mois de juin, je ne reste que le temps de deux titres. C’est qu’il y a une navette à prendre et une bonne demi-heure de route pour rejoindre notre logement.
Samedi 9 août 2025
VULTURE
Notre hôte profite de notre venue dans le Nord et la Belgique pour nous faire faire le tour des caves à bières, histoire de ramener à la maison quelques potions houblonnées du cru. Nous profitons donc de la matinée pour explorer les richesses que peut nous offrir la région. Cela nous fait arriver sur site à 14h30, pile poil pour assister au set des Allemands de Vulture. Ici on prend la machine à voyager dans le temps pour se replonger au cœur des années 80 avec un Speed / Thrash Metal hargneux qui sent bon la nostalgie. Et niveau look, les curseurs sont poussés au maximum avec le combo cuir / moustaches et les guitares BC Rich aux formes géométriques aussi piquantes que le logo du groupe. L’énergie et la conviction délivrées par la formation est tellement communicative que la fosse se transforme très rapidement en une grosse marmite en ébullition. Ça pogote, ça lève le poing en réponse aux invectives du chanteur et chaque fin de titre est saluée avec force et cris. Un démarrage de journée pied au plancher avec cette excellente prestation qui restera comme l’une des meilleures de ce week-end. Très belle découverte.
Lien vidéo VULTURE :
Crédit vidéo : Once Upon a Live
DROWNING POOL
J’arrive sur la Prison Stage où Drowning Pool balance déjà son Néo Metal depuis une bonne vingtaine de minutes. En ce samedi après-midi, les Texans font revivre à un public assez massif les plus belles heures de ce courant musical qui régna en maître entre la fin des années 90 et le début des années 2000. Le groupe est en forme, aidé d’un très bon son, décoche des brûlots d’une efficacité redoutable. La palme revenant au dernier titre, le tube du groupe, « Bodies », qui fait jumper l’assistance jusqu’à très loin, comme ça se faisait à l’époque où l’on portait des baggys et des chaussures de skateurs. Un très bon concert. Comme la veille, j’enchaîne avec la petite pause bouffe et houblon avec les amis.
VADER
Une fois rassasié, je me place sous la Swamp pour assister à la prestation des Polonais de Vader. Groupe culte de la scène Death Metal européenne, la formation est une véritable légende dans le style. Ces vieux routards écument les scènes du monde entier sans relâche depuis bientôt quarante ans et ont encore la santé pour coller des raclées aux jeunes loups aux dents longues. Là aussi, on fête un anniversaire (on pourrait croire que c’est le thème du week-end) puisqu’il y a vingt-cinq ans sortait l’album Litany. Celui-ci sera représenté par sept titres sur les quatorze interprétés. Les musiciens déroulent le set à la cool en mode Death old school faisant le bonheur d’un public qui aurait mérité d’être plus nombreux. Hommage oblige, le set se termine par la reprise du « Black Sabbath » de… eh bien devinez, tiens 😉
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
WOLFMOTHER
J’enchaîne avec les Australiens de Wolfmother,qui est désormais plutôt le projet solo de l’excellent Andrew Stockdale qu’un véritable groupe à part entière, tant l’entité a connu une valse incessante de musiciens depuis de nombreuses années. Qu’importe, c’est la musique qui compte. Et dans ce domaine, le leader est un artiste complet et talentueux. Néanmoins, je ne rentre pas du tout dans le concert. Passer du Death Metal de Vader au Hard Rock de Wolfmother aurait mérité un sas de décompression pour pouvoir apprécier pleinement ce set.
CRYPT SERMON
Petit tour sous la Morgue pour aller découvrir les Américains de Crypt Sermon dont j’ai entendu beaucoup de bien. Leur Doom épique avec des petites notes de Heavy est plutôt bien foutu mais ne me touche pas plus que ça. Un concert pas désagréable mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable en mémoire. Next.
DORO
Retour à la Prison Stage où la daronne du Heavy Metal va bientôt entrer en scène. Et elle est attendue de pied ferme par un public bien fourni. Du haut de ses soixante-et-un ans, Doro a toujours la Pesch. La belle va nous délivrer un set de pur Heavy Metal composé de quatre titres de sa carrière solo et sept de Warlock, groupe qui l’a fait connaître au monde. C’est carré, pêchu et le son est très bon. L’immense back drop sur écran géant, reprenant la pochette de son dernier album en date Conqueress – Forever Strong and Proud, habille le fond de scène. Les musiciens font le show et brillent par leur maîtrise. Vers la fin du set, elle nous offre un petit cadeau en reprenant le « Breaking the Law » de Judas Priest. Un très bon concert.
Lien vidéo DORO :
Crédit vidéo : Once Upon a Live
THE NIGHT ETERNAL
Direction la Morgue à nouveau pour me faire une idée sur The Night Eternal dont j’ai entendu beaucoup de bien. J’y vais les oreilles vierges, n’ayant rien écouté de leur répertoire avant ça et ne connaissant pas le style joué par le groupe. Les Allemands donnent dans un Heavy Metal rendant hommage aux pères fondateurs en y incorporant beaucoup de modernité. Il serait réducteur de les cloisonner à ce simple style musical tant les mélodies de guitares jumelles sont riches et piochent dans d’autres genres avec des touches empruntées au Rock sombre et mélancolique. J’y ai retrouvé des sonorités me rappelant les premiers efforts de groupes comme Editors ou Interpol. Et que dire de Ricardo Baum, son chanteur dreadlocké, dont la voix hypnotise l’assistance. Quel vocaliste ! Quel talent ! La mise en son est impeccable et l’énergie délivrée sur scène embarque la foule présente. Une très belle découverte et un des concerts marquants de cette édition.
HELMET
Petit tour sous la Helldorado où je n’ai pas encore eu l’occasion de traîner les pieds aujourd’hui. C’est que Helmet va s’y produire et il fait partie des immanquables du festival. La setlist fait la part belle à son répertoire des années 90. Plus de la moitié du set est consacrée aux albums cultes que sont Meantime (1992) et Betty (1994). Page Hamilton et sa bande ont les crocs et nous avoinent la tronche avec leur mélange de Hardcore et de Metal Alternatif si typique qui a fait leur gloire. Ils n’en oublient pas pour autant de mettre la lumière sur leur dernière offrande avec trois extraits de l’album Left. Le public mange dans la main du groupe et ne tient plus en place lorsque la formation joue « Just Another Victim », mythique morceau qu’ils avaient sorti en duo avec les rappeurs de House Of Pain en 1994, sur la non moins mythique bande originale du film Judgment Night. Quelle claque !
CANDLEMASS
Un concert de Candlemass, c’est toujours bien. Ne cherchez pas à me contredire, c’est une règle d’or, une table de loi. C’est comme ça, on ne peut pas y déroger. Mais comme toute règle, elle a ses exceptions. Et aujourd’hui, comment dire, les Suédois ne me paraissent pas aussi percutants qu’à l’accoutumée. Pourtant la setlist est top, les classiques sont là (« Bewitched », « Mirror Mirror », etc.) mais la mise en son n’est vraiment pas bonne et n’aide pas à l’immersion dans ce Doom si caractéristique. Et c’est un défaut de la Swamp où une bonne partie des prestations sont impactées par une sonorisation parfois hasardeuse. De plus, je trouve que Johan Langquist n’est pas particulièrement en voix ce soir, comme s’il était enroué. Bref, je lâche l’affaire à mi-parcours, déçu par ce concert. J’en profite pour aller me placer tout devant, sous la Helldorado, pour la suite du programme.
LEPROUS
Clivante. C’est assurément ce qu’est la formation norvégienne pour le commun des mortels. Leprous, soit on déteste, soit on adore. Personnellement, je trouve ce groupe extrêmement talentueux et ayant raté leur passage lors du dernier Hellfest, c’est une bonne occasion de me rattraper. Je me place aux avants postes, tout proche des crash barrières. Les musiciens arrivent sur scène sous une ovation, signe que les fans sont présents en nombre sous la Helldorado ce soir. La setlist va balayer les cinq derniers albums sortis entre 2015 et 2024. Les lights et le son sont somptueux aidant à l’immersion totale dans l’univers musical des Norvégiens. Einar Solberg nous éblouit par ses capacités vocales passant d’une voix de tête puissante (« Below ») à des vocaux plus posés et quelques passages plus rageurs. Un seul mot d’ordre : l’émotion. Des jets de flammes appuis les moments plus rythmés et les chorégraphies désarticulées de la formation. L’énergie est bien présente malgré une musique technique et exigeante. Le show se termine sur l’outro de « The Sky is Red » que j’aurai bien aimé voir interprété en entier. Pour dire vrai, j’aurai adoré que cet instant ne s’arrête jamais. Un superbe moment.
OBITUARY
Le temps de rejoindre la Swamp qu’Obituary a déjà entamé son set. La tente est très garnie pour ce dernier concert de la journée. Je reste donc dans le fond, à l’extérieur. Je regarde de loin ce qu’il se passe sur scène mais qu’importe, le son est très bon même là où je suis placé. La setlist se concentre en grande partie sur l’album Cause of Death avec sept titres (dont la reprise « Circle of the Tyrants » de Celtic Frost) car cela fait trente-cinq ans que ce disque légendaire, pilier du Death floridien, est sorti. Les Américains sont des tueurs en live et le show de ce soir ne déroge pas à la règle. C’est lourd, ça groove, bref, tout ce qu’on aime chez eux. Malgré ça, je ne rentre pas dedans car ils ont l’air de faire face à des petits problèmes techniques. Les pauses plus ou moins longues entre chaque titre cassent le rythme et n’aident pas à se plonger pleinement dans le concert.
Dimanche 10 août 2025
GUTALAX
Dernier jour et arrivée encore plus tardive sur site. Normal, il serait malpoli de quitter un apéro en cours avec notre hôte. Nous savons respecter les règles de bienséance. C’est donc vers 15h30 que nous sommes attirés sous la Helldorado par une douce sérénade exécutée par les poètes tchèques de Gutalax. Une foule immense (la plus grosse affluence qu’aura connu cette tente de tout le week-end) est venue faire la fête avec nos déboucheurs de chiottes préférés. C’est la foire à neuneu et le niveau de gogolerie est poussé au max. Des objets gonflables en tout genre (licornes, WC, crocodiles…) virevoltent au-dessus des têtes des spectateurs et on ne compte plus le nombre de rouleaux de PQ déroulés tels des serpentins dans une soirée du nouvel an. Tout l’abécédaire de la scatologie est passé à la moulinette du Goregrind de nos trublions en combinaisons blanches. C’est lourdingue, certes, mais l’ambiance est folle et une fois qu’on a éteint le cerveau, on passe un très bon moment.
PIG DESTROYER
On reste dans la poésie avec les Américains de Pig Destroyer. Là, on ne fait pas dans la dentelle. Le groupe nous envoie de la violence, sans sommation, en pleine tronche et tant pis pour ceux qui ne sont pas réveillés ou qui auraient voulu faire une petite sieste. Les titres sont courts mais intenses. Alex Cha, l’un des vocalistes, triture son sampler pour en sortir des sons barbares. Je ne tiens pas la totalité du set car il faut bien l’avouer, cela peut s’avérer difficile à digérer sur la longueur.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
DOPE
La suite se passe sous la Helldorado où les Américains de Dope se produisent devant un immense backdrop reprenant la pochette de leur troisième album Group Therapy sorti en 2003, dont trois extraits sont joués sur les neuf interprétés. La formation délivre une belle énergie et Edsel Dope, en vrai leader charismatique, sait mettre un public clairsemé dans sa poche. Je ne reste pas tout du long car le groupe suivant m’intéresse davantage. Un concert agréable mais guère transcendant.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
TSJUDER
Ah ! Enfin du Black Metal ! C’est sous une Swamp moyennement garnie que se produisent les Norvégiens de Tsjuder. Corpse paint de sortie, la formation nous offre une interprétation dans la plus pure tradition du Metal Noir. La quasi-totalité de la discographie du groupe est survolée, allant même jusqu’à exhumer un « Possessed » issu de sa toute première démo sortie en 1995, Div Gammelt Stasj, ainsi qu’une reprise du « Sacrifice » de Bathory. La prestation est bonne mais il manque un truc, je ne saurais dire quoi. Peut-être le fait que le groupe se produit de jour (même si nous sommes sous une tente), que les publicités intempestives sur les écrans ne m’aident pas à me plonger totalement dans le set, ou bien encore un son qui aurait mérité d’être un peu plus propre. Bref, un bon concert mais je m’attendais à mieux.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
DOWNSET.
Le 3 août, soit quatre jours avant le début du festival, le groupe Ill Niño annonce sur ses réseaux sociaux l’annulation de sa tournée européenne estivale. Cela ne laisse que peu de temps aux différentes orgas pour se retourner et trouver un autre groupe capable de remplacer les Latinos-Américains. L’Alcatraz a misé sur les Californiens de Downset. pour tenter de contenter les éventuels déçus et il a eu le nez creux. Le groupe de Hardcore / Rap Metal qui a eu son heure de gloire dans les années 90 avait un peu disparu de mes radars depuis tout ce temps. Et c’est avec un immense plaisir que je me dirige encore une fois sous la Helldorado (scène où je passe le plus de temps aujourd’hui). Le set de Tsjuder se terminant à l’heure où celui des Américains commence, je rate le premier titre (« Empower ») le temps de rallier la tente. Ce n’est pas la foule des grands jours mais le public présent est au taquet. Et il faut bien admettre que le quatuor ne joue pas à l’économie et donne tout pour que la fosse s’agite. Et ça fonctionne à merveille ! En cinquante-cinq minutes, la formation transforme le pit en un joyeux bordel. Le pinacle étant atteint sur le dernier titre « Anger », le tube qui les a fait connaître au grand public. Le chanteur va jusqu’à descendre de scène pour se coller aux barrières et aux premiers rangs qui ne se font pas prier pour chanter le refrain de cet hymne. Une réussite totale.
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
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Crédit vidéo : Once Upon a Live
PRONG
Petite pause pad thaï pour reprendre des forces avant de s’engouffrer à nouveau sous la Helldorado afin d’assister à la prestation du groupe de Metal Indus le plus groovy de la planète, j’ai nommé Prong. Le pilier Tommy Victor et ses musiciens vont régaler une foule assez conséquente, preuve d’une notoriété toujours d’actualité pour cette formation qui a bientôt quarante ans au compteur. Le son est massif et le trio nous sert un set ultra solide qui monte en intensité, pour terminer en apothéose sur un « Snap your Fingers, Snap your Neck », toujours aussi efficace. Morceau extrait de l’album culte Cleansing qui est le plus représenté ce soir avec quatre titres. Un concert impeccable délivré par un groupe talentueux et à la classe folle.
STATIC-X
Il est toujours étrange d’assister à la prestation d’un groupe dont son créateur et leader est décédé. D’autant plus quand ce projet musical contient son nom. En effet, Wayne Static, chanteur / guitariste, nous a quittés en 2014 mais le line-up d’origine continue de perpétrer sa mémoire avec un nouveau membre pour le remplacer, rôle qui ne doit pas être simple à tenir pour ce nouveau venu (depuis 2018 tout de même) arborant le pseudo de Xer0. Mais qui est donc ce personnage, sosie vocal quasi parfait, portant un masque aux yeux lumineux, chapeauté de la chevelure dressée sur le haut du crâne, signature visuelle de Wayne ? Et bien, on l’a déjà vu sur cette même scène un peu plus tôt cet après-midi ,car il s’agit ni plus ni moins d’Edsel Dope, chanteur du groupe Dope. Static-X transforme la fosse de la Helldorado en véritable boîte de nuit géante tant son Metal Indus est aussi violent que dansant. Le son est phénoménal et le show est visuel tant au niveau des lights que de l’animation sur scène. Tel un Eddy pour Iron Maiden, les Américains disposent aussi d’une mascotte représentant un Wayne Static géant déambulant à plusieurs reprises sur les planches comme si celui-ci prenait part au show depuis l’au-delà. La formation ne sera pas avare en morceaux puisque nous avons le droit à dix-sept titres dont dix sont issus de leur premier album, le chef d’œuvre Wisconsin Death Trip. Un concert fabuleux et la belle grosse surprise de cette dernière journée.
EMPEROR
Lorsqu’il y a Emperor sur une affiche, il est difficile de résister à l’appel du Black Metal des Norvégiens car c’est l’assurance de passer un très bon moment. Et cette fois-ci ne déroge pas à la règle. On sait que la setlist ne comporte pas de surprises mais ce n’est pas grave car ces titres font partis du patrimoine de l’Art noir. La discographie est entièrement survolée et l’accent est mis, bien entendu, sur les deux premiers chefs-d’œuvre du groupe (neuf titres sur les onze proposés). Seul point négatif, le son, pas au top sous la Swamp ne permettant pas d’apprécier toutes les subtilités et la richesse de la musique du combo et un grésillement assez agaçant durant deux ou trois titres sur la première partie du set. Qu’importe, le concert est excellent (comme d’habitude). L’empereur a encore délivré une prestation transpirant la classe absolue.
MACHINE HEAD
Depuis peu, Machine Head a enfin atteint le statut de tête d’affiche. Et pour l’avoir vu au Hellfest l’année dernière, je peux affirmer que cette place n’est pas usurpée tant les Américains nous ont laminés la tronche et les oreilles avec un set époustouflant. La bande de Robb Flynn a la lourde tâche de clôturer ces quatre jours de festivités et on peut dire qu’ils sont attendus de pieds fermes vu la foule campant devant la Prison Stage. Le « Diary of a Madman » d’Ozzy s’échappe des enceintes avant que le quatuor ne prenne possession de la scène. Comme l’année dernière, l’entame du concert se fait sur la bombe « Imperium » montrant instantanément que le son est énorme. Les lights et les projections des écrans en fond de scène sont magnifiques. Ça enchaîne directement sur « Ten Ton Hammer ». La setlist est sensiblement identique à celle que nous a proposé le groupe l’année dernière mis à part l’ajout de deux extraits du nouvel album de qualité discutable. Je lâche l’affaire en milieu de set car Robb Flynn m’agace à trop parler et à en faire des tonnes. Pas mauvais mais l’impression d’un set trop bien rodé, tel une pièce de théâtre, où l’imprévu n’a pas sa place.
ROTTING CHRIST
J’en profite donc pour m’engouffrer une dernière fois sous la Swamp pour assister au rituel des Grecs de Rotting Christ. Ayant été frustré par les trois quarts d’heure qui leur avaient été alloués au Motocultor l’année dernière, je compte bien avoir ma dose avec un set d’une heure. Qui a déjà assisté à une prestation de l’entité des frères Tolis sait que celles-ci s’apparentent à de vrais cérémonials mystiques. Et lorsque la pyrotechnie s’invite à la fête, elle ne fait qu’appuyer le propos. Etrangement, la dernière offrande Pro Xristou n’est représentée que par un seul titre, là où Kata ton Daimona Eaytoy, album sorti en 2013, se taillera la part du lion avec cinq morceaux. Quasiment la moitié du set. Ce concert final est tout simplement excellent et me fait dire que j’ai fait le bon choix en ne restant pas m’éterniser devant la tête d’affiche du jour.
Avec près de soixante mille spectateurs, cette édition 2025 a tenu toutes ses promesses, tant au niveau de la richesse d’offres en termes de concerts qu’au niveau de l’organisation générale de l’événement. Pour celles et ceux qui hésitent encore à tenter l’expérience de bagnards le temps de quatre jours, je n’aurais qu’un mot à dire : foncez ! Vous ne le regretterez pas. Et quand on voit la programmation que le festival belge nous a pondu pour 2026, vous n’avez aucune excuse !
Genre : Brutal Death Technique Label : Season Of Mist Sortie : 20 juin 2025
Note : 70/100 ou “Mmmmh oui oui ok j’admire tout mais je retiens rien !” (Pouletto Demoniako)
J’ai un problème avec Cryptopsy, j’ai un problème avec CET album de Cryptopsy.
Si c’est que ça mon problème, ma vie est cool. Mais il me prend la tête parce que… Il met à jour une importante contradiction dans mes goûts.
Cet album a tout pour me plaire : production ample, puissante, moderne mais organique, brutalité à tous les étages, structures chaotiques répandues partout et groove implacable qui vient te balayer tes guibolles pour te faire chalouper en rythme. Chef d’œuvre, donc !
Sauf que… Non ! Je ne me suis pas ennuyé mais j’ai trouvé l’écoute laborieuse…
Peut être que des spécialistes du groupe et des fans me diront que j’ai vraiment rien compris à la démarche conceptuelle du groupe… Peut être que c’est vrai mais rien n’y fait… J’apprécie cet album comme je m’en fous.
Déjà, il m’est difficile de voir une différence d’approche et d’inspiration avec le précédent. À son écoute j’avais trouvé ça super, puis je n’en avais absolument rien retenu…
An Insatiable Violence semble tourner en rond. Et pourtant le groupe ne tourne pas en rond. Il a sa formule, son identité.
Putain, Cryptopsy c’est du Brutal Death classe et chaotique ; pourtant je repars avec rien après l’écoute de l’album…
???
J’entends la complexité, le foisonnement, la brutalité, je ressens l’écrasement, je sens l’organicité des compositions… Je ressens l’intégrité musicale et artistique de ces gens. J’entends l’expérience faire sa loi. Je me souviens de l’histoire chaotique du groupe… Je ressens le capital sympathie à l’égard de ces musiciens dévoués à cette machine d’écrase-crâne qu’est Cryptopsy.
Ce que ça révèle dans ma contradiction, c’est qu’aussi réfléchies et bourrines soient des compositions, aussi chaotiques soient-elles également, j’apprécie énormément l’épure… Or Cryptopsy fait une œuvre incroyable qui malgré sa courte durée nous en met ras la gueule de riffs assassins, de breaks tordus, d’enchaînements de notes pas mélodiques, de lourdeur et de vélocité imparables, inarrêtables !
Mais l’épure, bon sang !
Vous allez me répondre que si je veux de l’épure, j’ai qu’à aller voir ailleurs parce que le brutal death a jamais eu vocation à faire cela… Et vous avez raison !
Pour autant, il y a des sons, il y a des riffs, il y a des arrangements, il y a des approches qui arrivent à créer ce ressenti. Ce sentiment que tout ce qu’il faut est là et ce, même si on n’a pas grand-chose.
Un riff qui tourne en boucle, une montée crescendo (ou l’inverse), un solo dénudé de sa section rythmique, une interprétation qui en ferait oublier le jeu des musiciens.
Finalement, l’épure n’est pas une soustraction : c’est lorsqu’un élément devient indépendant des autres, prend son indépendance et arrive à effacer ou à ne pas nous faire nous rappeler ce qui se passait à ce moment-là pour les autres instruments.
L’épure, c’est un moment. Il n’est pas ennemi de la brutalité, il vient la transcender, l’éloigner pour la faire revenir plus impactante encore !
L’épure, c’est doter la brutalité d’une atmosphère qui va coller à la peau de la musique et nous hanter lorsqu’elle disparaît.
L’épure, c’est du silence ou un instrument qui nous fait oublier le reste.
Je ne retrouve pas cette sagesse du riff bien choisi, je ne retrouve pas ces moments de grâce.
Defeated Sanity y est arrivé, par un tour de force incroyable mais peut être qu’on y reviendra… Cryptopsy n’y arrive pas : ils restent brutaux, chaotiques, talentueux. Mais la grâce ne vient pas rendre cette brutalité mémorable. Oui, c’est le mot… Mémorable !
Alors oui c’est un très bon album, une valeur sûre du Brutal Death. J’en suis conscient. J’ai pris du plaisir à écouter. Tout comme son prédécesseur d’ailleurs.
Mais je n’ai pas été ému.
Or, le Brutal Death, c’est la violence des émotions !
Tracklist :
01 – The Nimis Adoration
02 – Until There’s Nothing Left
03 – Dead Eyes Replete
04 – Fools Last Acclaim
05 -The Art of Emptiness
06 – Our Great Deception
07 – Embrace the Nihility
08 – Malicious Needs
Line up :
Flo Mounier – Batterie
Christian Donaldson – Guitares
Matt McGachy – Voix
Olivier Pinard – Basse
Guest :
Mike DiSalvo de AKURION – Voix additionnelle (track 7)
Martin Lacroix (R.I.P. 2024) – Artwork
Christian Donaldson – Producer, Engineering, Mixing, Mastering
Genre : Power Symphonic Metal Label : M&O Music Sortie : 14 Novembre 2025
Note : 80/100 (WvG)
Avant de commencer toute présentation du sujet du jour, je me dois de faire une première constatation, puis une assez longue introduction : est-ce que je dois remercier M&O d’avoir les cojones de distribuer l’album Eternal Fight de Furya ou y voir une forme d’opportunisme dans la probabilité d’un revival ?
*
Pourquoi ce questionnement me direz-vous ? Parce que Furya fait dans le Metal symphonique (sic), genre souvent décrié dans la « grande famille », ce qui m’a très souvent fait sortir de mes gonds, je l’avoue. Et souvent les critiques m’ont fait rire jaune, appartenant également à cette mouvance : quand un « c’est de la merde » provenait de greuhgreuhs infoutus de comprendre et produire une harmonie ou même une harmonique (ce qui donc crée un growl dégueulasse et pas maitrisé) ou savent taper comme Animal dans le Muppet Show mais sont incapables de tenir un 4/4 régulier ; quand un « de la musique de pédés ! » venait tinter à mon oreille, je m’esclaffais devant la débilité profonde (et homophobe) du propos face à des hurluberlus maquillés et grimés comme le seraient des travelos de chez Michou (sauf que les transformistes assument leur aspect spectaculaire et je les en respecte d’autant).
On n’est plus à un paradoxe près et une démonstration de connerie profonde mais le Metal est une « grande famille », hein, et on a tous le tonton un peu con qu’on n’a pas envie d’écouter nous transvaser son ignorance crasse du sujet comme une vérité absolue.
Vous vous doutez bien que quand le genre musical honni est apparu dans les diverses demandes de chroniques, personne de l’équipe de MMW ne s’est étouffé d’étonnement en recevant mon « bon… sans grande surprise, je prends ». Vous vous doutez bien que ce sous-genre étant mon domaine de prédilection, je risque d’être très critique, surtout quand les heures de gloire passées, donc le début des années 2000, ont écumé et éculé le genre malgré les vents et marées et le fait de ne pas l’avoir en poupe mais plutôt en proue, particulièrement quand il s’agit d’un mode de composition qui ne souffre aucune médiocrité sous peine de tenter l’expérience désagréable de l’ambition démesurée réduite à néant, le « nous ne faisons que passer dans l’ombre et la lumière » pour citer Gaétan Roussel – cherchez pas, ça n’a rien à voir avec le Metal mais c’est la citation qui m’est venue en tête…
Bien ! Ayant posé ces bases, on s’attaque au sujet !
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Quitte à aborder tout de suite la médiocrité, parlons d’abord de la vie passée de Furya, les toulousains (à ne pas confondre avec les mâconnais ayant exercé sous un patronyme homonyme, Furia, mais dans un registre plus brutal), puisque ce projet renaît de ses cendres lointaines ramassées à la balayette en 2021 pour former le nouveau quintette, le dernier EP avant le split datant de 2006 présentait un Heavy Metal vaguement mélodique, mauvais clone de Manigance (dont je vante les qualités de leurs défauts, la langue française qui sonne mal, pour moi, dans ce courant musical mais que ce groupe a su habilement manier) avec un riffing fait à la truelle tout comme l’édition et le mixage, surplombé par des paroles du niveau d’écriture de celles de Kyo, mal branlées tant dans la prosodie que les sonorités linguistiques, d’une banalité aussi attrayante qu’un mur en crépi dans un réfectoire. Effectivement, ça ne vend pas du rêve.
Mais que vaut le cru 2025 représenté par Eternal Fight ? Déjà, sans être radicalement différent dans le style, on n’est pas sur le même esprit, une sorte d’update 3.0 : du chant en anglais avec une voix féminine, davantage tourné vers le Power Metal (déjà, ça pique quand on me vend du « sympho » mais admettons, on n’est pas si éloigné, d’autant quand certains arrangements sont symphonisés par un petit orchestre à cordes).
Je vais commencer par mes critiques, qui sont nombreuses (oui, cf. plus haut, exigence absolue dans un genre qui ne souffre pas la médiocrité). Déjà le coté patchwork des compositions, particulièrement sur « Ashes of Time » et son intro et outro au piano hors tempo comme si on avait voulu coller une intro et une outro. Ensuite, la pauvreté rythmique, singulièrement celle du main riff qui cherche, semble-t-il, désespérément à conserver son identité Heavy Metal plutôt que de faire un choix stylistique tranché, ce qui fait qu’on a l’impression perpétuelle que chaque morceau s’améliore au fil des secondes mais donne toujours une première impression « bof » : les gars (je parle aux compositeurs, là, Benoît Trevise et Nick Dawson), c’est chiant de se dire que chaque morceau pourrait être un « banger » mais que cette entrée en matière ne donne pas envie… Parlons maintenant technique d’enregistrement puisque la batterie ainsi que les renforts de cordes dans l’orchestration ont été mal travaillés (ou approfondis) sur le DAW, particulièrement dans la vélocité et le legato ce qui uniformise de manière audiblement et ostensiblement synthétique la batterie (si celle-ci n’est pas elle-même électronique, d’ailleurs, ce que je pense être le cas) et pourrit le timbre orchestral (et c’est pas faute d’avoir des VST tellement plus proches du grain d’un vrai orchestre si tant est qu’on sache vraiment les manier, les construire et les travailler pour qu’ils sonnent ainsi de manière assez proche du naturel et de l’authentique) ; le mixage aurait mérité aussi qu’on se penche davantage dessus car irrégulier soit dans son égalisation, soit dans sa compression (oui, je sais, les parties vocales, c’est toujours la galère). Enfin, parlons justement des performances vocales de la chanteuse, Marjorie Bevon, qui, loin d’être limitées, sont inégales et/ou pas exploitées de manière optimales (un grain de mezzo avec du coffre mais un vibrato mal distribué et réparti, tant sur son ambitus qu’en fonction de la puissance qu’elle va développer, ce malgré la diversité des nuances (du sotto voce au fortissimo) ; cette remarque est un point noir minimal mais quitte à être jusqu’auboutiste… Je le serai d’ailleurs avec l’accent anglais à retravailler un peu, et je relativise : ça se cache mieux quand on fait greuhgreuh que dans le cadre de la voix claire.
La démonstration de mes propos critiques peut se faire sur le single éponyme de l’album, paru récemment :
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C’est pourtant sur la base de ce même morceau que je vais soulever tout le bien que je pense de ce groupe : si le négatif a été posé ci-dessus, dans les aspects positifs, on note la régularité et l’efficacité de la rythmique, la pertinence des soli et leur arrangement, la puissance et la rondeur de timbre de Marjorie Bevon qui la distingue largement des diverses voix féminines fades que l’on peut trouver dans le Power/Sympho (je ne citerai pas de noms mais il y en a beaucoup, des voix lisses… et malheureusement qui font des premières parties de pointures internationales), l’écriture harmonique tant vocale qu’instrumentale qui est très intéressante et diversifiée, et pas simplement banale, ne serait-ce que par les modulations et cadences peu fréquentes dans l’univers Metal actuel ; le mixage est quant à lui plutôt correct dans sa globalité, eu égard à la multiplication des pistes pour les parties harmonisées et la difficulté de les faire s’imbriquer sans que ça produise une bouillasse infâme de cacophonie et saturation.
Pour résumer, j’ai préféré les plus authentiques, diversifiés et puissants émotionnellement « Swallowed by the Night » et « Hope for a new Dawn », mais ai trouvé « Into the Shadows » trop proche du mime d’un Nightwish période Anette Olzon que d’une innovation personnelle tellement ça se ressent de manière flagrante.
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Si le groupe en son état actuel semble ne pas avoir encore su trouver son « identité de genre », son potentiel, bien exploité, pourrait faire des étincelles dans un univers réduit à peau de chagrin, peut-être par l’usure du dénigrement précédent.
Interviewés : Arnhwald/Arnaud et Matthias – Deathcode Society Interviewers : Eva ( Girls’N Nantes) et Mémé Migou (MMW)
Technique : Blut Sauger
Eva (Girls’N Nantes) et Mémé Migou (Memento Mori Webzine) ont eu la plaisir d’échanger avec Arnaud et Matthias, 2 membres du groupe de Black Metal DEATHCODE SOCIETY, lors de la dernière édition du Muscadeath (le vendredi 19 septembre 2025 pour être précis).
L’interview est quelque peu sens dessus dessous, vu que la discussion est partie de suite sur des échanges prenants… L’intro se trouve donc au beau milieu de cette grosse demi-heure (et ce n’est pas grave…). Mais voilà, une grosse demi-heure, ce n’est pas suffisant pour tout aborder, avec Deathcode Society… aussi une petite surprise vous attend à la fin 😉
Un grand merci à Arnaud et Matthias. Egalement à Blut Sauger qui a assuré la partie vidéo. Et Merci à l’équipe du Muscadeath et de M&O Office qui ont permis la rencontre et l’accréditation.
Interviewé : Emilien – Ed. des Flammes Noires Interviewers : Séb D. et Manu (HoM)
Ils en parlaient depuis le festival organisé par Ladlo, le tout premier Rituel Noir…
Voilà, c’est chose faite, un échange raffiné et fourni autour de la maison d’édition, des livres et notamment de Turned Inside Out (la dernière sortie autour du groupe Obituary)… Mais pas que !
Vous vous doutez bien qu’entre passionnés, la musique sera également présente, « l’anneau unique » qui va tous les relier…
On remercie Emilien, le fondateur des Editions des Flammes Noires, de s’être prêté au jeu des questions posées par le duo Séb D. et Manu (Humans of Metal). Retrouvez l’intégralité de cet échange ici :
Pour trouver les livres proposés par les Editions des Flammes Noires, c’est par ici :
Genre : Black Metal Symphonique Label : Season of Mist Sortie : 17 Octobre 2025
Note : 75/100 (WvG)
« FFO Dimmu Borgir/Cradle of Filth » disaient les pubs diffusées sur les RS – bon, on parle de CoF avant le drama de l’été, hein… De facto, on n’est pas si loin avec The Cult of Kariba de Carach Angren.
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Musicalement, peut-être davantage du côté Cradle d’ailleurs (dès l’artwork qui n’est sans évoquer les premiers CoF), l’aspect gothique aidant à grand renfort de passages de type sonate pour piano et petit orchestre à cordes, quand ce n’est pas un violon soliste qui intervient…
« Mais euuuuh, c’est pas métaule, c’est du sympho ! » Exact ! Je dirais même que cet EP est une sorte de Danse macabre de Saint-Saëns mais métalisée avec l’apport de guitares acérées et de blastbeat en supplément d’un growl quasi constant.
Le duo néerlandais Seregor/Ardek a choisi une esthétique assez proche de celle de CoF, c’est vrai, inspirée des BO de films de la Hammer des années 1950-60, comme support pour la narration de leur conte macabre, idée de départ de ce projet (comme c’était déjà le principe sur leurs précédents albums qui se voulaient être des concepts albums). Mais les duettistes ne se contentent pas de singer ces aînés puisque si on sent la patte CoF – et Dimmu d’autant dans « Ik Kom Uit Het Graf », seul titre en Néerlandais de cet EP et le plus intéressant de l’EP selon mes critères d’originalité et de diversité – comme ressort, c’est également pour poser un minimum leur ongle crochu : on ressent dans les chœurs ponctuels une sorte d’influence germanique qu’on pourrait retrouver chez Equilibrium par exemple, et une agressivité death comme chez Oracle ou les divers projets de Christos Antoniou, particulièrement Odious.
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La question est « est-ce que ça vaut le coup d’oreille ? » Oui et non…
Oui parce que c’est bien écrit (orchestrations chiadées et tout le tralala), c’est puissant (le son est fat et le spectre complet), c’est mélodieux et brutal (varié dans ses ambiances et harmonies), c’est narratif (on sent le projet dès l’intervention parlée d’un conteur dans l’introductif « A Malevolant Force stirs »), c’est un univers sonore (vous vous doutez bien qu’on va pas mettre une polka à l’accordéon pour traiter de sorcellerie, démonisme ou ésotérisme… quoique, ça pourrait être fendard… mais va falloir argumenter). Pour ça, on valide !
Non parce que les défauts sont sensibles eu égard au manque d’originalité, sonore notamment : l’introduction et les deux premiers morceaux ont les mêmes défauts que ceux de CoF à savoir un choix de patches orchestraux tellement vintages qu’ils en sont éculés et ne sonnent pas/plus du tout authentiques ; même le mixage du (vrai) violon sur ces pistes semble vouloir être noyé dans un timbre lisse et fade pour ne pas dissoner des sons synthétiques. De surcroît, même si on sent un virage dans ce choix orchestral vers ceux de Dimmu Borgir, aussi bien foutue que soit l’orchestration en elle-même… bah, on a l’impression d’entendre Dimmu Borgir presque note à note et pas un opus de Carach Angren, donc niveau personnalité, on repassera. Le mastering quant à lui est clairement de qualité, on sent que ce n’est pas le premier zozo en home studio qui a géré ce paramètre ; par contre niveau mixage, je suis un peu plus mitigé sur l’équilibre : je comprends l’idée de symphoniser la narration mais je trouve que les guitares, un peu trop en retrait, auraient mérité un chouia de hausse des potards. Tout conscient que je sois qu’il s’agisse ici d’un EP, j’ajoute à mon « non » sa brièveté (vingt minutes environ), ce que je trouve dommage vu le projet narratif – autour de légendes locales concernant une sorcière – mais c’est ainsi, « c’est le jeu, ma pauvre Lucette ! » : soit il y avait assez peu à dire (et autant en faire un morceau dans un album qui traiterait çà et là des contes autour des sorcières), soit il y en a davantage et c’est un rendez-vous raté avec quelque chose de plus conséquent.
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D’aucuns diraient « ni bon ni mauvais », cet EP plaira aux néophytes ou aux fans indéfectibles de Carach Angren, si tant est qu’il s’agisse d’un moment « petit plaisir destiné à notre auditoire pour les faire patienter avant un plus gros projet, genre un septième album ». Néanmoins, si musicalement intéressant pour celui qui ne serait pas bercé dans ce sous-genre musical et recevrait son « effet wow » et tout agréable soit-il à appréhender, beaucoup trop de choses m’ont laissé d’un marbre de pierre tombale pour encenser The Cult of Kariba, qui se laisse aisément écouter mais sans réellement marquer, faute de démarcation, justement, dans un univers musical dans lequel soit on sort du lot par son originalité, soit on « fait comme », clone, parodie… mais il est nécessaire de proposer du neuf pour rester dans les mémoires et pas être juste « sympa à écouter ».
Tracklist :
01 – A Malevolent Force Stirs
02 – Draw Blood
03 – The Resurrection of Kariba
04 – Ik Kom Uit Het Graf
05 – Venomous 1666
Line-up :
Clemens « Ardek » Wijers – Claviers, composition/orchestration, backing vocals
Dennis « Seregor » Droomers – Guitares (sur « Draw Blood » et « The Resurrection of Kariba »), chant
Patrick Damiani – Basse/guitares
Gabe Seeber – Batterie
Guest(s) :
Nikos Mavridis – Violon soliste (pistes 2 & 5)
Tim Wells – Voice overs
Frodo Wijers – hurlement de loup (essentiel de le citer donc, piste 3)
Interviewés : Sikkardinal et Necurat – Bliss of Flesh Interviewers : Séb D. et Mémé Migou
Interview lors du Metalearth 2025 Crédit photos : Mémé Migou Crédit musical : « Sacrifice » – Bliss of Flesh
Les auteur et compositeur du groupe de Black Death français BLISS OF FLESH, soit Necurat et Sikkardinal, ont eu la gentillesse de nous accorder un peu de temps entre les balances et leur set, lors de la 4ème édition du Metalearth Festival, vendredi 14 novembre 2025. Un échange très riche qu’on aurait volontiers prolongé encore et encore et encore…
On y parle de Metempsychosis, de composition, de leurs tournées, mais pas que… avec Bliss of Flesh, c’est la tête et le coeur…
Retrouvez l’interview ici :
Crédit musical : « Sacrifice » de Bliss of Flesh Crédit photos : Mémé Migou pour MMW
Encore merci à Bliss of Flesh, Sikkardinal et Necurat
Merci également à l’équipe du Metalearth Festival
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Et puisque vous avez été sages et que vous avez regardé l’interview jusqu’au bout, n’est-ce pas ?!, on vous offre ce petit goodie signé @ConcertsMetal-BZH :
Interviewés : Quentin, Jerry, Thomas, Rémy, Maxime – GURU Interviewers : Mémé Migou et Séb D.
Metalearth 2025 / La Carène ( Brest, 29)
C’est lors de la 4ème édition du MetalearthFestival, le 14 novembre 2025, à La Carène ( Brest, 29), que Séb D. et Mémé Migou ont eu le plaisir d’échanger avec les 5 membres du cénacle Guru …
Des questions qui font flop (oui oui, ça nous arrive) tout en permettant des recalages ou des éclairages, et tout simplement des échanges sur la musique et le concept… On en sait un peu plus sur la démarche d’un groupe qui souhaite aller chercher en nous les choses inavouables pour les faire resurgir au grand jour. Leur dernier album est sorti cette année chez L’Ordalie Noire.
Retrouvez l’interview ici :
Crédit musical : « Return to Sagittarius » – GuruCrédit Photos : Mémé Migou pour Memento Mori Webzine
Le Black/Doom de Guru n’a pas laissé le public de la Carène indifférent, ils nous ont offert une superbe prestation que vous pourrez retrouver également, en partie, sur la chaîne youtube de notre ami Bruno Guézennec ( @ConcertsMetal-BZH ) :
Merci Quentin, Jerry, Thomas, Rémy et Max pour cet échange.
Aran Angmar est un projet musical lancé en 2020 avec la sortie du single intitulé “The Scion”, initié par deux musiciens : Maahes, guitariste et bassiste d’origine grecque, ainsi que Lord Abaghor, chanteur néerlandais. L’année suivante, le duo s’est rendu en studio afin d’enregistrer son premier album, Black Cosmic Elements, qui avait alors suscité un vif intérêt grâce à de bonnes critiques de la part de la presse spécialisée. Avec Atavism & Dying Stars, le groupe s’est davantage internationalisé en intégrant deux musiciens italiens à la section rythmique : Simone Esperti à la basse et Alessandro Cupici à la batterie. En 2025, Aran Angmar revient sous la forme d’un trio, suite au départ du bassiste, pour l’enregistrement de son nouvel album, le troisième en l’espace de cinq ans tout de même.
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Et quelle ne fut pas ma surprise lors de cette première écoute de ce Ordo Diabolicum. J’ai d’abord pensé à une erreur dans la transmission du presskit, mais après vérification, non, ce n’était pas un album de Rotting Christ que j’étais en train d’écouter mais bel et bien le nouvel album d’Aran Angmar. Mes premières impressions sont mitigées et le doute s’installe : mais que vais-je dire pour cette chronique ? Faut-il les démonter pour s’être Rotting Christianiser? Les accuser de s’être soumis aux exigences d’un gros label tel que Soulseller Records, garantissant ainsi un avenir prometteur ? Ou bien reconnaître qu’ils ont su habilement tirer parti de l’engouement actuel pour Rotting Christ tout en tentant de préserver leur propre identité ? De nombreuses questions demeurent en suspens. C’est pourquoi j’ai décidé de prendre du recul et de reporter la rédaction de cette chronique afin d’examiner la situation avec un jugement plus jugement plus éclairé.
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Bien que l’album débute tambour battant et de façon somme toute assez classique, cette approche très hellénique se manifeste dès le premier refrain, qui se révèle particulièrement mélodique et entraînant. Toutefois, le véritable point de discorde réside dans l’introduction des chœurs féminins, une nouveauté dans la discographie du groupe. Bien que surprenants au premier abord et potentiellement déconcertants pour ceux qui connaissent les albums précédents, Il convient de reconnaître que ces voix aux accents orientaux apportent une dimension mélancolique ainsi qu’un aspect grandiloquent aux compositions, en particulier sur le morceau “Aeon Ablaze” et durant la dernière minute du titre final “Vae Victis”. Ne voyons pas le mal partout non plus, hein !
D’autres passages nous rappellent clairement le pays d’origine de Maahes, et c’est encore sur “Aeon Ablaze”, avec cette introduction quelque peu énigmatique : elle évoque un rite chamanique, semblable à ceux que l’on pourrait observer dans une série télévisée ou toute autre œuvre cinématographique. On pourrait également mentionner l’atmosphère médiévale créée par la guitare acoustique sur le morceau mid-tempo “Hêlēl ben-Šaḥar”. Toutefois, la plus grande surprise réside dans le septième et avant-dernier titre, “Primordial Serpent”, qui intègre des instruments traditionnels. Exécutés avec maîtrise par Jarosław Niemiec, ces instruments rappellent parfois Nightfall sur Athenian Echoe. Ils enrichissent considérablement les passages purement Black Metal et permettent même de conclure la pièce par une longue séquence entièrement acoustique. Purée, on se croirait au cœur d’une fête folklorique en plein centre d’Athènes.
Par ailleurs, cette volonté de renforcer cette identité grecque bien plus chaleureuse peut également s’expliquer par un retour aux sources en matière de production. C’est le Sound Abuse Studio basé à Athènes qui a été retenu et, pour boucler la boucle, c’est Psychon, le guitariste de Septicflesh, qui a été choisi pour assurer le mixage et le mastering, en remplacement du Suédois Tore Stjerna .
Mais rassurez-vous, Aran Angmar n’a pas complètement renoncé à l’esprit des premiers albums. On le retrouve notamment sur le morceau éponyme ainsi que dans “Chariots of Death”, des lignes de guitare percutantes, ce chant agressif et cette batterie toujours judicieusement placée. Certes elle ne fait rien d’extraordinaire, mais elle contribue tout de même à rajouter du poids aux compositions, sans jamais vraiment prendre le dessus non plus.
Néanmoins, l’album me paraît bien plus mélodique qu’à l’accoutumée, avec des refrains accrocheurs et mémorables. Permettez-moi de citer deux titres pour illustrer mes propos : tout d’abord “Vae Victis”, dont la mélodie est si entêtante qu’elle pourrait aisément être chantée sous la douche ; ensuite, “Crown of the Gods”, qui nous transporte vers des contrées bien plus au nord, évoquant les ambiances vikings propres à Amon Amarth, notamment grâce à certains riffs et au chant de Lord Abagor qui présente une forte ressemblance avec celui de Jonas Hegg.
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Finalement, avec beaucoup de recul, mon opinion concernant cet album a considérablement évolué au fil du temps. Cette œuvre est passée d’une simple imitation de Rotting Christ vers une création riche aux sonorités raffinées, présentant des compositions nettement plus élaborées et des atmosphères plus diversifiées. Délaissant le Black pur et dur des deux premiers albums au profit d’un Black Metal épique plus dense, Il est indéniable qu’elle se révèle beaucoup plus accessible et attirera très probablement un public différent. En définitive, après de nombreuses écoutes attentives, j’ai fini par l’apprécier pour complètement l’adopter au final. Et puis, la morale de cette histoire, c’est qu’il faut parfois laisser du temps au temps avant de rédiger une chronique.
Tracklist :
01 – Dungeons of the Damned
02 – Aeon Ablaze
03 – Ordo Diabolicum
04 – Hêlēl ben-Šaḥar
05 – Crown of the Gods
06 – Chariots of Death
07 – Primordial Fire
08 – Vae Victis
Line-up :
Lord Abagor – Chant
Maahes – Guitares, Basse
Alessandro Cupici – Batterie
Guests :
Androniki Skoula – Chant sur “Aeon Ablaze“
Thyragon – Chant sur “Ordo Diabolicum”
Jarosław Niemiec Saz – Instruments traditionnels sur “Primordial Fire”