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  • Förgjord – Perkeleen weri (2024)

    Förgjord – Perkeleen weri (2024)

    Genre : black metal
    Label : Werewolf Records
    Sortie : 13 septembre 2024

    Note : 90 /100 (Seblack)

    Förgjord pourrait être un cas clinique de la scène black metal finlandaise : il en possède en tout cas la plupart des symptômes : riffs féroces, sens affirmé de la mélodie et volonté de ne pas trop en dévoiler.
    Bien établi, le groupe fondé par Valgrinder a maintenant largement dépassé la vingtaine d’années d’existence. Il n’a pourtant rien perdu de sa vigueur malsaine et propose avec « Perkeleen weri » un septième album qui vient compléter une discographie également riche de nombres d’EPs et autres splits.

    Cette description somme toute assez banale ne doit pourtant pas occulter que Förgjord est, bien plus qu’un représentant de plus de l’opulente scène black finlandaise. Alors, il n’est peut-être pas le plus connu de son pays ou même de son label (Werewolf Records), encore que ses sorties depuis « Uhripu » (2017) ont pu avoir un petit écho dans nos contrées.
    Toujours est-il qu’à mes yeux Förgjord est une formation pour laquelle j’ai beaucoup de considération. Peu, en effet, ont ce don pour capter la folie humaine et la retranscrire dans une musique qui vous saute à la figure, autant qu’elle prend aux tripes. Oh on ne parle pas vraiment ici de malin et autres créatures cornues, Pas besoin de s’inventer des diables quand l’humanité vous fournit une liste infinie d’atrocités et de tourments. Förgjord puise donc dans sa région de Savo en Finlande les sombres récits qui hantent ce nouvel opus.

    Afin de conférer encore un peu plus d’authenticité à toute cette noirceur, le groupe a fait le choix d’un son sans fioriture. Plus encore que d’habitude « Perkeleen weri » sonne de manière brute avec des riffs épais, des grésillements, des mélodies inquiétantes et un chant primitif. On retrouve aussi à plusieurs reprises ces voix claires parlées ou enregistrées dont l’écho apporte un côté fantomatique et obsessionnel ; comme si les morts se mettaient à parler ou que l’on ouvrait grand les portes de l’asile psychiatrique du coin. Dans ce dédale malsain et virulent, seule la conclusion du titre final « Pettävä suo » laisse la place à une accalmie toute relative.
    Pour le reste, place à des ambiances aussi lugubres et inquiétantes les unes que les autres. La plupart des morceaux (pas tous) s’introduisent sur des ambiances pesantes soulignées par des parties dont la lenteur et la lourdeur n’ont rien à envier au doom death funéraire le plus glauque. Bien sûr, les emballements frénétiques ne tardent pas et lâchent la bride à la démence et à une noirceur black véhémente. Mais quelque soit le tempo, l’entièreté de la musique suinte l’intranquillité, le dérangement.
    Au final, ce septième opus offre ce que l’on attend de Förgjord. Dans l’absolu, il n’est ni meilleur ni moins bon que ses productions précédentes : il est du même bois, entre accès de folie pure et affliction malsaine.

    Tracklist :

    1. Silmäinkääntäjä (06:34)
    2. Käärmeenkieli (05:55)
    3. Neljäs lapsi Saatanalle (04:43)
    4. Loukatun kunnia (04:34)
    5. Kalm (02:03)
    6. Raskas veden taakka (06:09)
    7. Pettävä suo (05:14)

    Line-up :

    Valgrinder – Guitares, basse
    Prokrustes Thanatos – Chant
    BLK – Batterie

    Liens :

    https://forgjord.bandcamp.com/
    https://www.deezer.com/en/artist/203939
    https://www.facebook.com/Forgjord
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/7Jb7OYd79fKxy6Qi7yiESP

  • Péremption

    Péremption

    Puisque l’Art est devenu un produit de consommation, j’en suis venu à la question suivante : y a-t-il une DLUO, une DLC… voire une date de péremption ? Une réflexion d’ensemble qui m’est venue ces derniers jours en étant obligé d’encoder des CDs parce que… bah parce que pas le choix, en fait…
    « Haaaan mais naaaan t’abuses, c’est pas vrai, c’est pas de la consommatioooon… » Bien, bien, bien… attaquons dans le vif du sujet. Au-delà des grandes réflexions philosophiques sur la subjectivité de l’art, du beau VS l’esthétique et autre sujet qui pourrait éventuellement tomber au bac, je vais commencer liminairement par la définition de ma prime affirmation : l’art est un produit de consommation, du moins le serait devenu. Nombre de personnes se revendiquent « artistes », ce à quoi je réponds (au même titre qu’on m’a déjà affublé de ce qualificatif) « non, je suis/tu es soit un artisan, soit un pratiquant d’un art ». Déjà par modestie ou humilité, si l’on considère que l’Art, ou du moins LES ARTS sont quelque chose qui t’élève et non qui fait que les autres t’élèvent, voire t’érigent sur un piédestal. Ensuite parce que c’est un peu comme la notion du Bonheur, avec un grand B comme… bref… Comment savoir qu’on a atteint le bonheur, tout comme comment savoir qu’on est artiste ? « Tu sais créer ? Super… donc ton truc est tout nouveau tout beau jamais vu jamais entendu ? » Bah… non, déjà tu es bercé d’influences diverses et variées, de par ta culture (ou ton accès à celle-ci, et plus elle est diversifiée et tu es rusé, plus tu peux dissimuler ces références… sauf si tu cherches à ce que ça se voit). Et puis, pour ne parler que Musique, « y a 12 demi-tons, après quelques millénaires, on risque de tourner en rond » … ou de redonder… ou de faire du remake… ou… Non, en fait, tu crées soit du « contenu » pour citer la génération RS/Youtube, soit tu repompes et adaptes… Pour ne parler que Musique, Euterpe ne se sent pas vénérée et adulée quand tu fais une reprise de « Zombie » ou que tu arranges « Le papa Pingouin » à la sauce deathcore… D’ailleurs… pourquoi ou pour quoi tu le fais ? Ne le fais pas… vraiment…
    Arrivé à ce point (que j’ai tenté de ne pas étendre sur douze pages ou je ne sais combien de caractères), et après avoir déjà vexé une partie des lecteurs qui se considèrent comme « artistes », les autres, ceux qui ont du recul ou ne sont pas « choquééééés » par mes propos de « okééé, boomer », vous pouvez rester et disserter avec moi ; venons-en au fond de ma question : la péremption et sa date limite… et est-ce qu’on peut considérer qu’il y en a une.
    Évidemment, on va parler metal, un peu plus tard – c’est un peu le topic général de Memento Mori Webzine – mais pour faire des similitudes entre arts, allons vers un autre qui me parle : le cinéma. Quel réalisateur/metteur en scène/scénariste voire acteur ne fait pas de copier-coller de ses actes passés ? On nous parle par exemple ces derniers temps de « super hero fatigue » … bah, oui, mon gars : à la longue, c’est un peu toujours la même formule ! Là, je prends un exemple de grande consommation, puisque c’est l’objectif commercial tellement peu dissimulé, mais prenons d’autres membres de ce milieu. Un Besson ne ressemble-t-il pas à un autre Besson (un taxi, une baston d’arts martiaux avec des mecs pseudo badass qui marchent au ralenti, une nana qui se transforme en… bah en ce que vous voulez, même en clé USB s’il le faut) ? Un Cameron ne ressemble-t-il pas à un précédent Cameron (avec de la technologie upgradée, certes, mais comparez le scénario d’un Terminator et d’un Avatar…) ? Nicolas Cage ne fait-il pas du Nicolas Cage (à outrance parfois, cf. « Un talent en or massif ») ? Il y a une recette évidemment, qui marche, forcément… mais à la longue… qu’est-ce que ça apporte (à eux créateurs comme nous spectateurs/auditeurs/lecteurs) et est-ce nécessaire de continuer à le perpétrer et perpétuer au point de tomber dans ses propres stéréotypes voire d’en devenir un… ? On pourrait parler aussi de cette même dénomination de « l’industrie du cinéma », pas au sens « qui engage plein de corps de métier » (que je respecte chacun dans ses qualités du plus bas au plus haut de l’échelle, c’est-à-dire avant le producteur) mais qui fait un film non pas pour créer une œuvre mais pour faire du rendement (logique majors : si tu ne triples pas le coût de production, ton film est un échec… commercial), allant jusqu’à désacraliser le lieu de (re)présentation de ladite œuvre, la salle de cinéma (siège confortable, grand écran, colorimétrie respectée, son 7.1 pour plus d’immersion) au profit de ton salon avec une plateforme de A à Z (ton canap’ plus ou moins dans un état sanitaire correct, ton popcorn en sachet réchauffé au micro-ondes parce que flemme d’en faire un vrai, ton écran plat au contraste fadasse, ta barre de son achetée en fonction de ta capacité financière, avec une qualité très variable et au détriment de tes connaissances d’expert-ingénieur-son qui sache…) parce que « tu comprends ça coûte moins cher… et puis faut se bouger… » En effet, se faire un cordon bleu Père Dodu, c’est moins contraignant que de se préparer une petite bouffe avec une recette sur Jow… quant au rapport qualité-prix, à chacun de calculer…
    Le monde métalleux est un perpétuel et infini paradoxe. Pour ne citer que le premier, le crédo, « on en a marre que le genre de ne soit pas reconnu ou bashé… mais on ne veut pas qu’il devienne mainstream et commercial ! » Les groupes, les artisans, les diffuseurs, le monde metal est confronté perpétuellement à ça : on veut de la nouveauté voire du changement… mais sans que ça change… Et sur ce même modèle que celui évoqué ci-dessus du cinéma, qui ne « consomme pas » de la musique sur Youtube, Bandcamp, Deezer, Spotify, etc. ? Qui ne préfère pas (/plus) le format numérique parce que « le CD, c’est chiant, ça prend de la place, et je peux plus le mettre dans ma voiture ? et pis en plus, j’ai trouvé un Torrent où je peux avoir mes albums gratos, donc…» Oui, oui,… mais ton CD/vinyle/autre support physique, bah, c’est de nombreux corps de métiers qui sont éradiqués aussi, du gars qui fait l’artwork, le livret, à celui qui se prend la tête à te faire un boitier particulier, en adéquation avec la thématique dudit album, de l’auteur ou du compositeur qui t’explique partiellement sa démarche artistique dans ce même livret voire y cache des easter eggs… tout ce qui propose un semblant de créativité est estompé voire oublié pour faire du chiffre et de l’économie d’échelle. Le cynisme est poussé des fois très loin puisque l’« artiste » est même obligé de sur-créer quitte à en devenir insipide et médiocre pour pouvoir vivre de son art ; je ne pourrai que m’extasier des années durant en évoquant les propos tenus il y a un (petit) moment par le boss de Spotify à qui les créateurs reprochaient de ne toucher que 0.000041 centimes sur une écoute d’un morceau quand lui se fait des nouilles encore : celui-là même qui a répondu « bah… vous avec qu’à créer davantage… » Eh oui, quand tu ne vas pas au concert, que tu ne prends pas de merch, un CD ou autre goodie, ton groupe préféré s’assoit sur sa capacité à toucher de l’argent pour créer de nouvelles œuvres ou encore, soyons fou, simplement bouffer… et se retrouve dans ce cercle vicieux : si tu veux en vivre, faut que tu vives pour ça, et tu seras pas franchement aidé ni par au-dessus ni par en-dessous…
    Qu’est-ce que vous aimez dans un groupe metal ? Son identité ? Son incarnation ? Son « son » ? Qu’est-ce qui fait qu’un groupe doit être considéré comme « artiste » et jusqu’à quel point, en gros jusqu’à quand ? Est-ce qu’un groupe/musicien qui n’a fait qu’un album exceptionnel n’est pas un artiste ? Est-ce qu’un groupe qui fait toujours la même chose reste un « artiste » ou un artisan/appliquant/stéréotype ? A contrario, est-ce qu’un artiste qui se renouvelle au péril de sa notoriété reste un artiste ou n’est soumis à cette catégorisation que par le nombre de ses fans/followers ? Oui, ça fait beaucoup de questions d’un coup mais toutes corrélées et dont les liens se tissent et s’entrechoquent parfois, ou plutôt souvent.
    *
    DLC, date limite de consommation ; DLUO, date limite d’utilisation optimale ; péremption, c’est foutu, tu peux jeter… J’utilise à dessein ces termes de l’agro-alimentaire. J’en ai parlé plus haut : que reste-t-il des arts si ce n’est une industrie non pas liée au beau mais au bénéfice financier ? Même ceux qui souhaitaient ou souhaiteraient devenir « artistes » sont piégés dans ce choix microcosme (mais liberté et créativité au prix de l’underground et la méconnaissance les plus totales du péquin) versus macrocosme (exploitation d’un filon et plein de fans parce que plus de diffusion mais à quel prix ?), avec un complexe du Messie plus ou moins prononcé.
    Entendons nous bien : je ne jette la pierre sur personne, quel que soit le choix de celui qui fait que vous entendez des sons qui vous plaisent et vont titiller votre tympan. Mais vous, lecteurs, et donc auditeurs, qu’est-ce que vous en attendez, de facto ? Une copie d’un truc que vous aimez bien ou quelque chose qui vous surprenne, pas forcément au niveau d’un syndrome de Stendhal, mais qui vous sorte des sentiers déjà tellement battus que les ornières du niveau de celles d’un tracteur ne permettent même plus de circuler sans s’enliser ? Les groupes aussi sont confrontés à ce questionnement entre « est-ce que je le fais parce que ça me plait ou est-ce que je le fais pour plaire ? » et tombent inévitablement dans l’Ouroboros « besoin de de fric > besoin de vendre > besoin d’acheteurs… pardon, auditeurs/fans > besoin de publicité [ad lib] » et donc comment rester créatif quand tu sais que l’épée de Damoclès va te tomber sur la tronche selon le parti que tu prends entre faire ce qui fait/a fait ton identité, te renouveler et faire ce qu’« on » attend de toi… surtout avec un public qui est lui-même bipolaire. Est-ce qu’on attend d’AC/DC qu’il fasse autre chose que du AC/DC ou est-ce qu’on ne va pas leur reprocher de faire du AC/DC ? Pourquoi Iron Maiden ne joue quasiment que des anciens titres qui ont fait sa renommée au lieu de nouveaux, même quand ils viennent de sortir un album ? Est-ce qu’un Rammstein qui irait flirter avec Universal plutôt qu’un label qui ne lui mettrait pas un cahier des charges XXL dans les pattes peut redevenir ce qui a fait du Rammstein et pas ce qui va faire vendre DU Rammstein pour alimenter les comptes de Universal, quitte à perdre son intégrité ? Est-ce qu’un In Flames qui ferait du Metalcore ou un Metallica/Machine Head qui ferait du Néo Metal prennent des risques pour évoluer ou pour vendre davantage, avec la sanction de perdre leur auditoire, celui qui a apprécié leur identité musicale différente des autres ? Est-ce qu’un Dimmu Borgir passé chez Nuclear Blast va pouvoir évoluer (pas seulement dans les moyens technologiques… Coucou Æonian sans orchestre symphonique mais avec des banques de son compressés) ou péricliter ?
    Évidemment, dans cette réflexion générale, je ne vais évoquer que les groupes déjà bien implantés dans la scène Metal, avec en sous-texte l’idée du recul sur sa place dans les Arts. Et pour continuer chez les « gros », est-ce que le recul sur son travail est possible quand tu as le nez dans le guidon AKA des tournées interminables avec des concerts à la chaîne au point que c’est ta seule vie, que chaque lieu porte un nom interchangeable au point que tu puisses te gourer puisque tu n’as même pas eu le temps de mettre le nez dehors pour voir à quoi ressemble la ville/le pays dans lequel tu vas jouer ? Est-ce que tu arrives encore ou as encore envie d’apprécier le soutien d’un public ou est-ce que c’est le seul lien humain qui te reste avec des personnes et leur degré de gratitude variable parce que par exemple, t’es claqué et t’as pas envie de faire un selfie et qu’on te dise « j’aime beaucoup ce que vous faites » pour la énième fois de la journée/semaine/mois, ce qui te sauve de la dépression dans laquelle tu vas t’enfoncer à force de ne plus surnager ? Comment un groupe peut avoir le recul nécessaire ou même le TEMPS de songer à de nouveaux morceaux, sans se copier-coller également, en étant le nez constamment dans le volant du tour bus ? Et aussi, LA grande question en tant qu’« artiste » : est-ce que j’ai encore des choses à dire ? Est-ce que je n’ai pas fait le tour ? Pour vous donner un exemple précis, je songeais à Arch Enemy (il s’agit d’UN exemple, je ne mets pas tous mes médiators dans la même poche) … Le groupe a commencé en faisant ce qu’on appellera par la suite du SwedDeath, en gros du Death Mélo suédois, un peu comme nombre à l’époque mais avec une petite patte spécifique, un mode de composition personnel, mais « comme les autres » dans la grande majorité. Puis arrive Angela Gossow au chant ; au-delà de cette particularité, le son et la composition évoluent et ils perdront bien évidemment les fans de la première heure parce que « c’est trop mélodique » … Mais, et c’est là ou je trouve cet exemple particulier : Angela Gossow « prend sa retraite ». J’imagine que Michael Amott avait encore des choses à dire et Alissa White Glusz prend la place de sa consœur au chant, dans un style vocal similaire… ce qui est inepte pour moi à l’époque, connaissant les capacités sous exploitées de la diva aux cheveux bleus du temps où elle exerçait dans The Agonist. Paraît alors War eternal, probablement pas le meilleur album du groupe même s’il contient pas mal de pépites mais il manque un truc, et ce malgré une évolution dans la forme (plus d’orchestre… donc trop mélodique pour certains, donc départ des autres fans). Les derniers parus sont pour moi assez insipides, Deceiver portant le nom le plus adéquat. Je les ai vus quelques fois, avec les deux chanteuses suscitées… mais pour les avoir vus lors d’un Hellfest, ma déception a été grande devant si peu d’interaction et l’impression de « date comme une autre » sans plus de contact avec le public, sans réelle part à l’improvisation… Péremption ou DLUO ou DLC, selon vous ?
    Il y a aussi les groupes qui vont essayer de surfer sur la vague et la corde nostalgique (disons celle de Mi, par exemple) … Les reformations de groupes, parlons en justement… Oasis se reforme ! Youhouuuuh ! Mais pourquoi ? Qu’est-ce qu’ils ont de plus à apporter ? Slayer pourrait se reformer ! Youhouuuuh ! Même question… Dans quel but ? Est-ce que vivre de leurs « royalties » n’est pas mieux que de tenter de revenir avec une image écornée par le temps, avec l’usure assurée du « Et merde, on va encore rejouer Wonderwall/Angel of Death ce soir, et avec une poker face en plus » dissimulée derrière une absence de communication avec le public présent ? Un Klaus Meine plus foutu de chanter juste son « Still loving you » mais qui le fait quand même, ou un Ozzy en déambulateur, est-ce qu’il ne valait pas mieux savoir dire stop avant et se contenter d’être des légendes plutôt que de retomber dans une volonté d’exister qui ne fera que montrer la déchéance ? Ou pire, une caricature… Certains groupes, pour faire une analogie avec Nicolas Cage dont je parlais plus haut, sont tellement devenu leur propre cliché qu’ils essayent de faire croire qu’ils l’ont fait exprès depuis le départ, « maaaaais non, on déconnait depuis le débuuuut… et pour le prouver on va se parodier à outraaaance ». Qu’un groupe spécialisé en parodie invite un voire des acteurs de genre stéréotypés (je pense à Nanowar qui fait un morceau Sabaton-like avec Joakim Brodén en guest ou un autre Rhapsody-like avec Fabio Lione en guest) est logique… mais qu’un groupe n’assume pas ce qui a fait sa notoriété, en infantilisant par ce biais son auditoire passe moins bien auprès de moi ; si je suis la logique, en écoutant du BM qui te parle de sacrifier des vierges blondes au nom du grand Cornu, j’aurais dû devenir sataniste premier degré ? Bah… non, je ne suis pas forcément influençable à ce point… ou j’ai du recul… ou je sais que tout ceci est un grand cirque et qu’il faut prendre de la distance, tout comme je ne vais pas devenir un pervers en matant un minou poilu de Courbet (Gustave, hein… pas Julien) … Finalement, est-ce respecter son public que de vouloir en faire trop ?
    *
    Mon objectif durant ce laïus n’est pas de faire un pamphlet, loin de là, mais d’exacerber vos talents de schizophrènes aux goûts changeants tel un chat qui voudrait « sorter » ou « rentrir » quand on lui ouvre la porte et vous proposer une réflexion sur le crédo Metal (voir plus haut), que je partage évidemment avec vous : on aimerait tous de la reconnaissance mais pas trop non plus parce que ça sonnerait faux. C’est un petit tour non exhaustif de pensées… Et je tiens à dire que j’aime les groupes dont j’ai parlé, tant qu’ils restent intègres, ce qui peut se ressentir même quand un groupe évolue dans son style. J’aurais pu citer bien des groupes, que j’aime ou ai aimés bien entendu et je respecte encore une fois leur choix tout en restant pragmatique ; je n’ai choisi que les plus marquants dans ma vie d’auditeur et de « suiveur » qui aime avoir ses madeleines de Proust mais n’est pas forcément passéiste, qui aime aussi être surpris en découvrant de nouveaux groupes (ça m’est arrivé encore récemment… c’est aussi ce qui fait que j’ai repris ma « plume » pour pondre les diverses bêtises que je vous narre sous couvert narquois de « je vous invite à réfléchir avec un max de recul »). Mais par-delà toute cette couche de blabla, et pour finir sur un point d’orgue, qui pourrait faire un autre long sujet de discussion : est-ce que le Metal n’a pas lui-même atteint sa date de péremption ?

  • Firtan – Ethos (2024)

    Firtan – Ethos (2024)

    Genre : black metal
    Label : AOP Records
    Sortie : 13 septembre 2024

    Note : 85 /100 (Seblack)

    Parmi les groupes du label AOP Records, les Allemands de Firtan sont loin de démériter. On notera au passage une certaine émulation chez beaucoup de formations de ce label, les uns n’hésitant pas à collaborer avec les autres. Ce quatrième opus de Firtan ne fait pas exception puisqu’il voit la présence de deux invités de marque  au chant avec J.J (Harakiri for the Sky, Karg) sur « Hraenga » et L.G (Ellende) sur  « Wermut hoch am Firmament ».

    Mais revenons à nos moutons. Évoluant à leurs débuts dans un black pagan un petit peu convenu, le groupe s’en est peu à peu éloigné pour déboucher sur un black metal résolument contemporain. Firtan, finalement, c’est une illustration de plus de cette génération de groupes germanophones, ni true ni post, proposant un black moderne et ultra carré (Der weg Einer Freiheit, Imperium Dekadenz, Ellende.…).

    Avec « Okeanos » en 2018,  Firtan avait déjà laissé entrevoir un potentiel certain. « Matter », paru il y a deux ans, constituait une nouvelle montée en puissance avec des compositions très denses, très abouties et, disons le, très réussies dans ce style encombré de groupes frisant parfois l’anecdotique.

    Incontestablement, ce nouvel album intitulé « Ethos » marque un nouveau palier en termes d’intensité et de contrastes. Passée la petite introduction éthérée de « Hrenga », la musique se déchaîne offrant une puissance qui va dominer et écraser la quasi entièreté de l’album. Tout comme pour ses précédents opus, les compositions sont très travaillées et riches. Le groupe ne s’embarrasse d’aucun carcan puisant dans le black, sans rechigner à quelques sonorités death pour alourdir un peu plus encore sa musique. Habituellement ce genre de combinaisons a tendance à me faire bailler mais dans le cas présent, Firtan est parvenu à capter mon attention et à la conserver tout du long.

    Bien plus  que cette démonstration de puissance à tous les étages, le quintet parvient à glisser, par l’entremise de Klara Bachmair, des sonorités délicates de piano et surtout de violon (acoustique ou électrique). Le plus souvent c’est très discret mais cela apporte un contraste saisissant qui est très plaisant. Comme pour « Marter » on retrouve aussi Markus Stock dont les notes de dulcimer amènent un peu plus encore de richesse sonore au spectre musical de Firtan.

    “Ethos” est donc un album solide,  très prenant. Alliant puissance instrumentale et vocale, Firtan parvient, sans se disperser, à bâtir un univers sonore qui lui est propre. Un album qui mérite plus qu’un détour.

    Tracklist :

    1. Hrenga  

    2. Zores  

    3. Contra Vermes  

    4. Arkanum  

    5. Wermut hoch am Firmament

    6. Moloch  

    7. Ruakh  

    8. Komm herbei, schwarze Nacht  

    9. Wenn sich mir einst alle Ringe schließen

    Line-up :

    Phillip Thienger – Chant, guitare.

    Oliver König – Basse.

    David Kempf – Batterie.

    C.S. – Guitare.

    Klara Bachmair – Violon, piano

    Invités :

    Markus Stock – Dulcimer, chant.

    L.G. (Ellende) – Chant (track 5)

    J.J. (Harakiri for the Sky, Karg) – chant (track 1)

    Liens :

    https://firtan.bandcamp.com

    https://www.facebook.com/Firtanofficial

    https://www.instagram.com/firtan.official

    https://www.deezer.com/us/artist/5477836

  • Du metal en Slovaquie.

    Du metal en Slovaquie.

    Je dois être un peu taré, ou maso, voire les deux, mais quand on m’a dit « Hé ! Tu ne m’accompagnerais pas en Slovaquie ?! Y a des forêts, des montagnes, des ours, des Skoda, c’est près de la frontière ukrainienne, trop cool, blablabla… », bah j’ai dit oui…
    Bon, je vous passe les détails d’un mode de vie assez chelou : oui, y a des ours (dont un qui a bouffé quatre touristes trois semaines après mon retour, à un endroit que je suis allé visiter), y a des Skoda (avec les phares toujours allumés, qui roulent comme des barjots sur des sorties d’agglo qui passent de 50 à 130 km/h, pire que des immatriculés dans le Calvados), y a des gens bourrés à 17h (tout ferme et ils carburent à toute sorte d’alcool, autre que le calvados, eux), y a des trams de l’époque soviétique (avec un système de tickets assez sophistiqué pour le coup) à l’image des bâtiments, y a des MacDo qui font encore les trucs frits aux pommes (chacun sa madeleine de Proust) ; un mélange curieux de présent, passé et futur… Mais le réflexe que j’ai en visitant un pays étranger, c’est (dans l’ordre ou le désordre) bouffe, télé, musique/arts. Rien de mieux pour s’intégrer à une culture locale que d’appréhender son patrimoine et sa linguistique (elle aussi chelou, mélange de vocabulaire slavo-germanique et de déclinaisons latinos-germaniques).
    Au-delà d’avoir considéré l’histoire austro-hongroise du pays, mon intérêt était évidemment métallistique : un pays qui a retrouvé l’Occident depuis 1991 doit forcément avoir (essayé de) rattraper le temps perdu en danses traditionnelles, clichés des amateurs de Tintin et le Lac aux Requins et de vidéos Youtube lollantes assimilant Slovaquie et Bavière, avec tenues à bretelles/bermuda et accordéon. Tremblez, Bratislaboys !
    Alors, oui, il y en a une, qui copie, vire, plagie allègrement celle occidentale interdite durant la période du bloc URSS VS USA. On y trouve pêle-mêle un Scorpions/Poison/Motley Crue-like, un John Lennon slovaque (Miroslav Zbirka, à qui on a créé une mythologie et un packaging similaires), du BM, du Death, etc. Et, franchement, autant on peut rire des français qui ont tenté d’assimiler avec plus ou moins de succès le Rock puis le Metal en francisant tout, autant des Slovaques qui le font dans leur langue natale, ça donne des pépites un peu déroutantes, pas moins qualitatives (loin s’en faut) mais surprenantes, eu égard justement à la linguistique nationale.
    On passera évidemment à côté des nationalistes (dont je me fous royalement, sans être royaliste) qui cachent sous leur Metal Black ou Pagan ou Folk des relents un peu trop d’extrême droite dans un pays qui a mis à sa tête un président du même bord politique ; je vais davantage (vous ?) m’intéresser à la diversité de la scène et à des talents mal exportés selon moi.
    *
    Au regard de la scène généraliste et assez passéiste au final, le Metal, bien que présent, n’est pas si prégnant dans le pays. Pour exemple, les magasins de musique sont peu courants (on n’est pas dans la profusion du quartier Pigalle de Paris non plus, mais s’il y en a un par métropole, c’est déjà bien) et, quand on joue, pour tester une guitare, un riff plus ou moins connu ou technique, on te regarde comme si tu étais un guitar hero quand tu es, modestement, confirmé sans plus. Les disquaires (metal ou généralistes) sont rares également (pas de grande structure type FNAC ou Virgin), enclavés (en tout cas, là où j’étais, i.e. Kosice) et mettent beaucoup en avant leur(s) star(s) locale(s), légitimement, vous me direz. Pour vous dire, j’ai fait le chiffre – je pense – de la semaine du petit disquaire local, Peter Lenek, qui m’a longuement parlé de ses ancêtres bretons Laennec (ce sur quoi je l’ai maudit en l’enduisant de beurre salé et de chouchen) et qui m’a regardé avec des Euro €€€ dans les yeux quand je lui ai fourni ma liste de « je voudrais ça… non, non, que du slovaque en slovaque, je connais déjà Slayer… »
    Évidemment, fers de lance et têtes de gondole, deux groupes : Elàn et Tublatanka.
    Le premier étant davantage pop-rock-variété, je ne vais pas m’étendre ; je vous invite juste à aller écouter sur ce lien :



    Mais parlons de Tublatanka. Alors, oui, j’abusais un peu en parlant d’un mur pas totalement berlinois dans la musique occidentale ; les murs ont des oreilles et « les oreilles n’ont pas de paupière » (P. Quignard, La haine de la musique). Et les oreilles du groupe se sont tournées vers Iron Maiden, Scorpions et Van Halen, assurément.


    Fondé en 1982 et officiellement encore actif (enfin pas depuis 1992 environ), c’est un peu la fierté nationale metal.

    Depuis la fin de la Perestroïka, le panel de groupes de Metal, dans sa diversité, s’est élargi considérablement. Ce qui fait que je ne vais m’arrêter que sur certains qui correspondent soit à un sous-genre qui me convient soit sont de qualité subjective suffisante pour en parler.
    Sur la scène slovaque on trouve donc Lunatic Gods (Peter Lenek me l’a vendu comme « putain de trop cool » (sic) donc je lui ai fait ouvrir son tiroir-caisse), un groupe d’atmo BM avec la fameuse étiquette des bacs des années 90, décennie de son essor « Black/Doom/Death » qu’on trouvait dans les bacs des inclassables en grandes surfaces. Le groupe est toujours actif et a viré vers une espèce de Folk Metal teinté Death, assez éloigné du BM atmo de leur début, par le biais duquel je les ai découverts.


    On y trouve également mon favori, puisque Power Metal avec tonalités sympho : Signum Regis. Le groupe existe depuis 2007, quintette qui a signé son septième album l’an passé, Undivided, lui aussi a évolué d’un Power Metal (disons Speed melodic vu la période et l’état d’esprit) typé Gamma Ray/Stratovarius vers un gros Helloween/Hammerfall. J’avoue avoir une petite préférence pour Exodus ou Chapter IV : The Reckoning, plus sympho et speed, mais le dernier opus est de bonne facture, avec une prod digne du genre (Jacob Hansen, cœurs avec les doigts à toi).



    Dans cette même veine, on peut aussi noter RavenClaw (rien à voir avec la team Harry Potter, du moins je suppose), plus prog sympho avec des consonances Symphony X/Royal Hunt/Edguy, groupe adoubé par « Herr » Kaï Hansen (Helloween puis Gamma Ray). Bon… faut croire que les groupes aiment varier leur approche puisque depuis, on est davantage tombé dans le folk pouet-pouet Pirate Metal que la technicité précédente, à mon grand dam… Je préfère vous recommander Presage, nettement plus intéressant, à l’instar des groupes avec UNE bassiste (mais c’est mon côté mâle cis’ hét’ qui parle de concert avec Annie, qui elle aussi aime les cis’ hét’).


    Niveau mélodique, on a aussi April weeps, groupe qui est dans la trempe des groupes de « Metal à chanteuse » (ce qui ne veut rien dire si on compare, Epica à The Agonist ou Anneke Van Giersbergen à Maria Brinks). Bon, ici, on serait dans un mélange de Clémentine Delaunay et Vicky Psarakis par moments, sur des morceaux aux ambiances variées allant de plages planantes à de la grosse brutalité. Je vous recommande donc Cataclastic, présentement.



    Pour finir ce petit tour d’horizon tourné vers le levant, je vous propose celui dont le nom m’a le plus attiré à lui tant ça fait Wish/Temu de prime abord : Metalinda. Contrairement à son nom qui sonne comme celui d’un groupe de Thrash US qu’on ne cite même plus ni ne bitche gratuitement son batteur, on est ici face à du gros Rock Metal mélodique teinté Volbeat par moments, une sorte de gros foutoir fourre-tout qui passe de la power ballad au Johnny Hallyday et les orchestrations de Francis Lay, mais dans la langue de Janko Kràl’. En clair d’une piste à l’autre, on a diverses salles et ambiances allant du wall of death à son penchant calinou wall of love. Et comme je suis sympa, je ne vous mettrai que la version qui tape (gentiment, dans le respect de la personne humaine) son voisin.



    Voilà, j’espère avoir quelques instants fait glisser le rideau de fer pour vous apporter un peu de connaissances et de la variété. On ne sait jamais : si vous tentez l’expérience de Zdiar et son pont suspendu au-dessus des ours en espérant revenir entier, c’est que vous êtes prêt à affronter le gros son made in Slovakia. Et pis… allez faire coucou à Peter ; vous lui direz que vous venez de la part du chevelu fringué en noir… mwarf.
    Ďakujem, že ste ma čítali !

  • Gravenoire – Devant la porte des étoiles

    Gravenoire – Devant la porte des étoiles

    Genre : black metal français
    Label : Season of Mist Underground Activists.
    Sortie : 23 août 2024

    Note: 75/100 (LB D)

    Peut-on parler de dream team dans le black metal ?, Dream team comme lorsque les basketteurs professionnels américains ont été autorisé à participer aux jeux olympiques de Barcelone en 1992. Équipe Américaine qui réunissait pour la première fois en son sein les stars, Magic Johnson, Michael Jordan et Larry Byrd.
    Dream team, c’est aussi les premiers mots qui me sont venus à l’esprit lorsque j’ai appris la naissance de Gravenoire et surtout des membres qui le composent, alors certes ici, point de stars du basket mais plutôt la fine fleur du black metal français, période fin des années 90, début des années 2000. Ainsi on retrouve au chant, les mythiques chanteurs RMS Hreidmarr (ex Anorexia Nervosa/ The CNK et actuellement dans BA’Ä et Glaciation principalement) et Vicomte Vampyr Arkames, souvenez- vous, c’était lui qui chantait sur le cultissime premier album de Seth “Les Blessures de L’ âme”. On devrait d’ailleurs le retrouver incessamment sous peu avec la sortie du nouvel album de Diablation. Participent également au projet Emmanuel Zuccaro (BA’Ä, Verfallen, ex Hyrgal, ex Karne), à la batterie et aux synthés, et Maximilien Brigliadori (BA’Ä, Diablation, ex Hyrgal en live) à la guitare et à la basse. Cette formation a de la gueule sur le papier et quand vous pensez que l’idée principale de ce projet était de renouer avec le passé et de nous faire revivre la période dorée du black metal français des années 90, avouez quand même, qui y avait de quoi en saliver d’avance non ? Mais alors, ont-ils réussi ou pas leur pari ?

    Et bien pour moi c’est un grand OUI, et c’est après une courte intro très Hans Zimmerienne dans l’esprit que les choses sérieuses commencent. Et ça démarre très fort avec le titre “France profonde” qu’on avait pu découvrir en avant-première il y a un peu plus d’un mois et demi maintenant, on pouvait y entendre un metal noir cru, sauvage et intensif. Tous les artifices très black metal compatible étaient réunis dans cette vidéo : le corpse paint, les clous, le feu, des châteaux en ruine, des édifices religieux, le tout était agrémenté par de belles images de paysages sombres et majestueux bref, on avait eu le droit à une très belle avant-première et qui nous avait bien mis l’eau à la bouche.

    Plus globalement, alors que l’album a été enregistré lors de répétitions, les quatre titres proposés rendent vraiment hommage à la deuxième vague française des années 90. Gravenoire arrive à nous transporter trente ans en arrière rien qu’en siphonnant l’essence même de ce style si primitif qui avait fait la renommée du black metal hexagonal. Les compos sont solides et les riffs sont au rendez-vous. Les mélodies ne sont pas en reste non plus, pour la plupart du temps en fond sonore, elles sont faites essentiellement au clavier et l’influence d’Emperor est détectable. Le son est brut de décoffrage, agressif et sans fioritures, tout en gardant une petite part de modernité, il n’est pas surproduit non plus. Les textes proposés retiennent notre attention, comme un Autarcie ou un Sühnopfer, le projet Gravenoire, tout en rejetant le monde actuel, est ancré dans sa terre natale et ses traditions populaires. Le chant est furieux et rocailleux à souhait, celui de Hreidmarr est reconnaissable entre mille, et celui de Vicomte Vampyr Arkames enfonce le clou. Souvent tout en narration, ses interventions apportent encore plus de froideur aux compos. Le duo de chanteurs fonctionne à merveille et nous prouve ainsi qu’ils font vraiment partie du gratin des meilleurs chanteurs de black metal en France. En quatre titres, Gravenoire nous prouve une fois de plus que le black metal et la langue de Molière se marient parfaitement bien, et pourtant… on reste sur notre faim.
    Car il y a un gros Hic, annoncé en grande pompe par le label Season of Mist comme un premier album, celui-ci s’avère être un EP, certes un EP de grande qualité mais seulement quatre titres et 25 minutes de musique, désolé mais c’est la frustration qui prédomine, (je ne vous parle même pas du prix pratiqué en pré-commande pour le vinyle ou le cd…). Alors oui, je suis chafouin et cela va se répercuter automatiquement sur la note que je vais attribuer à cet album… ah non pardon, à cet EP. Mais malgré tout, et comme j’ai envie de finir cette chronique sur une note positive, j’ai le sentiment que cette formation à du potentiel pour nous en mettre plein la vue, du coup, je vais prendre mon mal en patience et attendre bien sagement le vrai premier album. Et pi.., qui vivra, verra…

    Tracklist :

    01 – Pavens (1:27)
    02 – France De L’ombre (05:53)
    03 – Ordo Opera Cultura (04:03)
    04 – Aux Chiens (04:18)
    05 – Granit (05:21)
    06 – Gravenoire (04:11)

    Line-up :

    Maximilien Brigliadori – Guitare, Bass
    Emmanuel Zuccaro – Batterie, Synthé
    RMS Hreidmarr – Chant
    Vicomte Vampyr Akarmes – Chant

    Liens :

    https://www.facebook.com/profile.php?id=61553036631501

    https://gravenoireofficial.bandcamp.com/album/devant-la-porte-des-etoiles

  • Spectral Wound – Songs of Blood and Mire (2024)

    Spectral Wound – Songs of Blood and Mire (2024)

    Genre : black metal
    Label : Profound Lore Records
    Sortie : 23 août 2024

    Note : 95 /100 (Seblack)

    “Terra Nullius” (2015), “Infernal Decadence” (2018), “A Diabolic Thirst” (2021) et maintenant « Song of Blood and Mire », c’est avec un rythme diabolique autant que métronomique que Spectral Wound délivre ses albums comme autant de perles ajoutées les unes aux autres au chapelet d’un black metal nerveux et revigorant.

    La recette de Spectral Wound? Elle peut paraître simple et connue de prime abord, mais tout comme en cuisine, c’est le coup de main du cuistot qui s’avère décisif. Et en la matière, Spectral Wound ne manque pas d’habileté et mérite amplement ses étoiles noires au Gault & Millau du black metal.
    Une belle table c’est d’abord un art consommé de la mise en scène. Or là aussi le groupe canadien se débrouille plutôt bien. L’artwork de « A Diabolic Thirst » avait déjà fait mouche, celui de ce nouvel opus ne dépareillera pas, avec ce côté occulte et décadent qui colle à merveille à la musique qui va être servie.
    Au menu rien que des valeurs sûres : riffs glaçants, mélodies trépidantes, chant possédé, batterie furieuse et un son cru, juste ce qu’il faut, constitueront la base solide de ce « Song of Blood and Mire » . Du classique me direz vous…Oui mais travaillé avec cœur et entrain.

    Là où le talent fait toute la différence c’est dans l’incorporation et la liaison des différentes saveurs : quelques belles pointes de lourdeur suffocantes par ici, quelque relents rageurs de punk à clous sous lsd par là… et de la mélodie, toujours de la mélodie : épique, ravageuse, malsaine il y en a pour tous les goûts avec en prime un petit brin de mélancolie pour la fin ; comme une invitation à remettre le couvert.
    Une nouvelle fois donc Spectral Wound ravive nos papilles autant qu’il aiguise nos canines avec cet album énergique qui donne envie de renverser la table, de démolir la salle en invectivant quelques convives.

    Tracklist :

    1. Fevers and Suffering (06:19)
    2. At Wine-Dark Midnight in Mouldering Halls (06:24)
    3. Aristocratic Suicidal Black Metal (06:00)
    4. The Horn Marauding (05:53)
    5. Less and Less Human, O Savage Spirit (06:51)
    6. A Coin upon the Tongue (05:35)
    7. Twelve Moons in Hell (06:47)

    Line-up :

    Illusory – Batterie / Patrick – Guitare / Jonah – Chant / Sam – Basse, chant / A.A. – Guitare.

    Liens :
    https://www.facebook.com/spectralwoundcontramundi/
    https://www.instagram.com/spectral.wound/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/3i6zP2x9GMBV3WyRzqQtM6
    https://www.deezer.com/en/artist/80861432?

  • Modern Rites – Endless (2024)

    Modern Rites – Endless (2024)

    Genre : Black metal indus
    Label : Debemur Morti Productions
    Sortie : 30 août 2024

    Note : 85 /100 (Seblack)

    Modern Rites propose avec « Endless » son deuxième album après « Monuments » sorti en 2021, déjà chez Debemur Morti. L’entité est un duo dont la composition peut surprendre.
    D’une part, on trouve Archytekt alias Jonny Warren du one man band Kuyashii, qui s’occupe ici du chant, de la basse, des claviers et de la programmation de la batterie. Il est en quelque sorte le visage de la modernité au sein de Modern Rites.
    D’autre part un certain Katalyst assure les guitares. Derrière ce pseudo s’en cache un autre puisqu’il s’agit en fait de Berg, principal compositeur du groupe suisse Aara. Il incarne plutôt le pendant plus black du groupe.

    Le premier album du groupe m’avait agréablement surpris avec ce son colossal, ces ambiances indus et cette musique faite d’énormes vagues. « Endless » n’est pas très différent de son prédécesseur, il suit le même chemin, disons, en approfondissant l’aventure et le fait est que cela fonctionne de nouveau très bien.
    Plus qu’un simple contraste entre les éléments indus glaciaux et les mélodies, il y a ici une forme de symbiose entre ces différentes composantes qui donne naissance à une sorte de monstre musical assez fascinant.

    Si à bien des égards « Endless » peut paraître expérimental et moderne, il ne sombre pas non plus dans un excès d’abstraction ou d’hermétisme parvenant à accrocher l’auditeur avec des compositions chiadées qui réussissent à garder un équilibre entre monolithisme et variations rythmiques où mélodiques. Si les dernières réalisations de Akhyls ou Blut aus Nord ont flatté vos oreilles, vous devriez en jeter une ou deux sur ce nouvel album de Modern Rites.

    Tracklist :

    1. Prelude (01:59)
    2. Endless (04:44)
    3. Lost Lineage (05:22)
    4. Veil of Opulence (06:21)
    5. Becoming (06:28)
    6. For Nothing (04:39)
    7. Autonomy (04:32)
    8. Philosophenweg (06:53)

    Line-up :

    Katalyst – Guitares
    Archytekt – Chant, basse, claviers, batterie (programmée).

    Liens :
    https://modernrites.bandcamp.com/
    https://www.facebook.com/profile.php?id=100063570531432
    https://www.instagram.com/modernrites/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/66fy90ybavFDrtPInxmk3P

  • Ellende –  Todbringerin (2024)

    Ellende –  Todbringerin (2024)

    Genre : black metal
    Label : AOP Records
    Sortie : 30 août 2024

    Note : 80 /100 (Seblack)

    Deux ans à peine après « Ellenbogengesellschaft », Lukas Gosch, alias L.G, se rappelle à notre bon souvenir avec un nouvel album de Ellende.
    Enfin nouveau… pas tout à fait puisque « Todbringerin » est un réenregistrement du premier opus du one man band paru en 2016. La faute en revient à un imbroglio concernant les droits et à l’effacement des enregistrements d’origine empêchant donc une réédition plus classique.

    Dans les faits, il n’y a pas de grand changement à noter, mis à part un découpage de « Scherben Teil » en deux pistes distinctes et un nouvel artwork issu du travail de L.G qui s’est inspiré d’une célèbre toile de Vermeer.
    Pour le reste, Ellende n’a que très peu changé les compositions d’origine et s’est surtout attelé à peaufiner le son et le chant pour livrer une interprétation plus expressive et ciselée que l’œuvre originale.

    Le résultat est donc totalement à l’avenant de ce que Lukas Gosch nous a proposé depuis les débuts de Ellende : une musique impeccablement en place pour un black metal où la rage côtoie toujours de près la mélancolie et dépeint un univers infiniment poétique. Mélodies, notes de piano, petites touches de synthé, parties acoustiques, lignes de violons, tout est là pour magnifier un black qui ne manque pas d’âpreté et d’amertume. Alors oui « Todbringerin » n’est pas totalement nouveau mais il confirme qu’à chaque sortie Ellende est de plus en plus en beau.

    Tracklist :

    1. Am Sterbebett der Zeit
    2. Ballade auf den Tod
    3. Verehrung
    4. Scherben Teil I
    5. Scherben Teil II
    6. Versprochen…
    7. Verachtung
    8. Am Ende stirbst du allein

    Line-up :

    L.G : Guitares, Basse, Batterie, Piano, Violon, Viole.

    Liens :
    https://ellende.bandcamp.com/
    https://www.facebook.com/ellende.official/
    https://www.instagram.com/ellende.official/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/1iLdVM2KFAHUbpaC5wpMbO
    https://www.youtube.com/user/lukeassdelirium

  • Tsatthoggua – We Are God (2024)

    Tsatthoggua – We Are God (2024)

    Genre : black metal
    Label : Osmose Productions
    Sortie : 31 mai 2024

    Note : 75 /100 (Seblack)

    « We are God » marque le retour des teutons sado maso de Tsatthoggua. Un retour que l’on avait doucement senti venir suite à la sortie de la compilation « Hallelujah Messiah » composée principalement des titres bruts de décoffrage de leur première démo. Bon c’était il y a quatre ans tout de même…

    En 2024, le combo nous revient donc cette fois avec neuf vraies nouvelles compositions. L’artwork dont la créature et le décorum ne sont pas sans évoquer l’univers de Impaled Nazarene, pourrait finalement assez bien résumer l’évolution de la musique de Tsatthoggua. Dans le fond le groupe a conservé ses thématiques de prédilection tout en soignant de manière beaucoup plus poussée la forme et si j’ose dire l’esthétique.

    Là où les albums précédents, et désormais assez anciens, se caractérisaient par des compositions très frontales et un son très brut qui avait le don de révulser les esthètes, “We Are God” s’avère beaucoup plus élaboré et doté d’un son plus dans les standards du genre…Vous me voyez donc un peu venir…
    Certes la progression du groupe au niveau des compositions et de tous les aspects techniques est notable mais comment dire ?….Le charme opère un petit peu moins ou moins immédiatement disons. La plupart des ingrédients sont pourtant bien présents, notamment au travers de ce black metal volontiers provoquant et qui ne renie en rien ses incursions dans le death ou le thrash.
    Ce bémol très subjectif mis à part, « We are God » s’avère être un album sans faiblesse où le groupe se permet même une incursion réussie dans le mid tempo avec « I Drive my Dog (to Thule) ».

    Un peu plus de vingt cinq après son dernier « vrai » album, Tsatthoggua nous revient donc avec un opus qui dans le fond est toujours aussi malsain, quand bien même sa forme est plus polissée et maîtrisée. Chacun se fera son avis sur cette évolution mais tant qu’il y a du vice l’essentiel est là et « We are God » n’en manque pas .

    Tracklist :

    1. Master Morality (04:09)
    2. Vorwärts Vernichter (04:02)
    3. The Doom-Scrawl of Taran-Ish (04:41)
    4. I Drive My Dogs (to Thule) (07:20)
    5. True Black Love (05:16)
    6. No Paradise for Human Sheep (04:28)
    7. Gloria Extasia (04:14)
    8. We Are God (05:04)
    9. Pechmarie (03:33)

    Line-up :

    False Prophet – Basse / Lightning Bolt – Batterie / Nar Marratuk – Guitare / Northwind – Chant

    Liens :
    https://tsatthoggua.bandcamp.com/
    https://www.deezer.com/us/artist/156087
    https://www.facebook.com/official.tsatthoggua/
    https://www.instagram.com/tsatthoggua.official

  • ColdCell – Age of Unreason (2024)

    ColdCell – Age of Unreason (2024)

    Genre : black metal atmosphérique
    Label : A.O.P Records
    Date de sortie : 26 juillet 2024

    Note : 75 / 100 (Seblack)

    Cinquième album pour à peu près autant de labels pour ColdCell. Après Gravity Entertainment,
    Czar of Crickets Productions et les Acteurs de l’Ombre Productions, c’est au tour d’AOP Records de prendre la formation suisse sous son aile pour ce nouvel opus intitulé “The Age of Unreason”.
    Pour tout dire, il n’y a pas réellement de grande surprise dans ce nouvel album. Disons le aussi, il n’y en a pas de mauvaise non plus. Ceux ou celles qui auront écouté et apprécié « Those » et « The Greater Evil » devraient être plutôt confortés par les sept titres composant « Age of Unreason ».

    La style de ColdCell est inclassable : ni vraiment black metal, ni vraiment autre chose, le groupe développe son propre univers au travers d’une musique lente aux mélodies éthérées voire légèrement distordues. On pourra y trouver quelques éléments évoquant lointainement Amenra ou d’autres ramenant à un black atmosphérique légèrement dissonant. Dans tous les cas, les horizons sonores dépeints dans « Age of Unreason sont sinistres autant qu’arides. Le chant semble toujours surgir de quelque profondeur inhospitalière et s’insère dans des lignes de guitares inquiétantes et maladives. L’effet immédiat n’est pas forcément garanti, mais une oreille avertie y trouvera son compte en matière de musique immersive.

    En bref, cet opus de ColdCell n’est donc pas des plus facile à aborder et son écoute ne pourra se faire que de manière très attentive afin d’en saisir au mieux les nombreuses nuances. Aucun titre ne sort immédiatement du lot mis à part celui avec le chant féminin qui, de fait, se singularise le plus. Chacun est plutôt à aborder comme une pièce formant un tableau d’ensemble extrêmement sombre.

    Dans l’absolu, « Age of Unreason » est donc très homogène, comme pouvaient l’être ses prédécesseurs d’ailleurs. Personnellement j’apprécie le groupe suisse pour sa capacité à bâtir ses propres ambiances, sombres et hypnotiques. Reste que « Age of Unreason » s’avère tout de même un peu trop semblable à ce que ColdCell a proposé dans un passé récent . Ce sera mon petit bémol pour un album et un groupe qui valent tout de même largement le détour.

    Tracklist :

    1. Hope and Failure
    2. Dead to this World
    3. Left
    4. Solidarity or Solitude
    5. Meaningless
    6. Discord
    7. Sink Our Souls

    Line up :

    In – Basse, chant (backing), claviers / aW – Batterie / Ath – Guitare / S – Chant / DmL – Guitare.

    Guest : Ines Brodbeck (chant sur Meaningless)

    Liens :
    https://cold-cell.bandcamp.com/
    https://www.deezer.com/fr/artist/12225416
    https://www.facebook.com/coldcellofficial
    https://instagram.com/coldcellofficial
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/4RFeAeMjyZG5ltwlXTN06V