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  • Týr / Battle Ballads

    Týr / Battle Ballads

    Genre : Viking/Folk Metal
    Label : Metal Blade Records
    Sortie : 12 Avril 2024

    Note : 80/100 (Ymir)

    Tyr revient en cette année 2024 et nous révèle son dernier opus, intitulé Battle Ballads pour ce neuvième album. Nous retrouvons la formation du dernier album paru en 2019, Gunnar Thomsen (Basse, chœurs), Heri Joensen (Guitares, chants), tadeusz Rieckmann (Batterie), Hans hammer (Guitares).

    C’est avec ce quatuor que Tyr continue de faire ses preuves. Ce nouvel opus n’échappe pas à la règle, Tyr fait du Tyr. C’est efficace et ça ne révolutionnera ni le groupe, ni le style mais c’est toujours aussi entraînant et enjoué tel que les riffs ultra accrocheurs d’un “Dragons Never Die”. 

    La recette est connue et fonctionnelle, cela fait plaisir de retrouver la formation après cinq longues années. Cet opus est bienvenu malgré son classicisme. Le tout est maîtrisé et le groupe en forme. 

    Ces dix titres seront suffisants, cet album n’est ni trop long, ni trop court. D’une longueur idéale je dirais, pour ne pas perdre l’auditeur. Il y a même cette touche de power metal afin de booster le tout. C’est vivant, coloré, et ça met du baume au cœur. Vous verrez vous aurez envie de chanter les refrains avec notre bon Heri ! Surtout sur “Axes”

    Une ballade magnifique sert d’accalmie au milieu de cette tornade, “Torkils Dotur”, qui donne un côté rafraîchissant à l’album et le rend digeste sans abuser de l’énergie dégagée. Forte en émotion, ce côté épique vous rappelera l’excellent “Regid Sidmur” quis e trouvait sur l’album Eric the Red.

    Nous avons ici un album efficace, même si le groupe reste égal à lui-même et à ce qu’il fait depuis ces dernières années. Il conviendra aux fans du genre, mais ne satisfera pas leur soif de nouveauté. Mais Tyr fait du Tyr et qui s’en plaindra ?


    Tracklist :

    1. Hammered
    2. Unwandered Ways
    3. Dragons Never Die
    4. Row
    5. Tortkils Dotur
    6. Vaelkommir Foroyingar
    7. Hangman
    8. Axes
    9. Battle Ballads
    10. Causa Latronum Normannorum

    Line up : Gunnar Thomsen – basses, back-vocaux / Heri Joensen – Guitare, vocaux / tadeusz Rieckmann – Batterie / Hans hammer – Guitare

    Liens :

    https://tyr.fo

    https://www.instagram.com/tyr_official

    https://www.facebook.com/tyrband

    https://www.youtube.com/user/Tyrband

    https://www.twitch.tv/tyrband

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  • Pâlefroid –  L’appel

    Pâlefroid –  L’appel

    Genre : Black Metal
    Label : Antiq Records
    Sortie : 26 mars 2024

    Note :  95 /100 (Seblack)

    Après un Ep et un premier album des plus convaincants, Pâlefroid sonne l’heure du rappel en proposant son deuxième long format. Comme pour l’opus éponyme, le qualitatif label Antiq  est à l’œuvre pour la sortie de « L’appel » qui s’orne une nouvelle fois d’une superbe peinture de la main de Joanna Maeyens

    D’ores et déjà on relève la volonté d’une certaine continuité avec ce chevalier sur son destrier sonnant cette fois l’appel des troupes. La posture, plus dynamique, nous donne finalement un petit indice sur la musique contenue dans ces neufs compositions et avant même d’avoir écouté la moindre note de ce nouveau chapitre, « L’appel » dispose donc déjà d’un certain nombre d’atours des plus attirants. 

    Rappelons que Pâlefroid est un one man band. L’homme s’était d’ailleurs occupé d’absolument tous les aspects de la musique sur ses deux premières œuvres. Ici, la porte s’est un peu entrouverte : « L’appel » a été enregistré au Prieuré Noir, les arrangements, la programmation de la batterie, le mixage et le mastering ont été confié à Fabien Guillot de Certa Mortis. Plus encore, Hyver a apporté sa plume et sa voix pour une chanson intitulée « Sur les ailes de la tempête » qui n’est pas sans évoquer le méchant coup de vent que son interprète et ses proches ont subi il y a peu. Et oui dans le black metal aussi parfois on se serre les coudes.

    Mais venons en à la musique ! Sans détour, de « L’impie »  à « La mort du roi », Pâlefroid mène neuf charges implacables. Le riffing est glacial et féroce, il s’abat comme une série de bourrasques venues des plus froides contrées. Tous les morceaux, à l’exception de « La mort du roi », commencent ainsi de manière tempétueuse voire épique et quand bien même ce dernier morceau est un peu différent des autres, il trouve pleinement sa place concluant l’opus sur une note majestueuse et particulièrement sombre.

    L’ensemble rythmique est soutenu par une myriade de mélodies mordantes. Plus encore que sur l’album éponyme, les guitares ne font pas de quartiers. Le chant rauque n’ est pas moins féroce et fait merveille pour conférer à l’album cette noirceur qui n’est pas sans rappeler celle de certains de nos cousins québécois. Ce sentiment est d’autant plus présent que Pâlefroid chante toujours en Français et de belle manière puisque que, tout en préservant ses accents rocailleux, il parvient à rendre ses paroles suffisamment audibles aux oreilles averties.

    Incontestablement avec « L’appel », Pâlefroid continue de s’affirmer comme une formation  au caractère bien trempé. Belliqueux et exécuté avec une rare conviction, les morceaux ne pourront que parler aux amateurs d’un black metal qui a à la fois un pied dans le passé et un autre dans le présent.

    Le passé, incontestablement, Pâlefroid lui accorde une importance capitale. Cela se ressent dans la musique qui dégage à la fois cette froideur norvégienne et cette propension suédoise à la mélodie. Ce passé, il habite aussi une grande partie des paroles qui s’enracinent, comme le premier album, dans un univers médiéval où sont mis en exergue des valeurs à la fois belliqueuses et chevaleresques. Les mots eux-mêmes sont aiguisés et tranchants, perpétuant ainsi un attachement d’une partie de la scène black metal française à la belle langue.

    Pour autant, Pâlefroid n’a rien de passéiste non plus. S’il se tourne vers le passé, ce n’est pas pour s’y cacher mais pour y puiser les inspirations qui vont lui servir à avancer et affronter un présent peu satisfaisant (doux euphémisme). Ainsi, si la musique ne renie en rien le patronage des aïeux et le met en exergue même, elle ne s’enferme pas non plus dedans. Preuve en est donnée par le son de l’album qui nous montre que Pâlefroid sait aussi utiliser les armes du présent pour aboutir à un rendu extrêmement puissant et redoutable d’efficacité. Les ponctuations en voix claires, loin d’être des concessions ou même de simples respirations, donnent encore un peu plus de relief à une haine à la fois sacrée et solennelle.

    On renoue ainsi dans « L’appel », avec cette geste black metal où l’artiste affiche souverainement son mépris pour un présent oublieux et entend le combattre les yeux dans les yeux et non le fuir en se réfugiant comme un gueux dans quelque univers fumeux.

    Avec « L’appel », Pâlefroid confirme donc non seulement toutes les qualités entrevues avec son premier album mais il franchit de nouveaux paliers. Avec des compositions et des sonorités acérées autant que mélodiques, le groupe chevauche toujours plus loin, l’épée au poing et sous la bannière d’un black metal français auquel il fait honneur.

    Tracklist :

    1. L’impie (04:40)  

    2. Debout les morts! (04:57) 

    3. Reconquête (05:00)  

    4. La houle (04:55)  

    5. Sur les ailes de la tempête (05:00)  

    6. L’appel (06:12)  

    7. Bâtard galeux (05:45)  

    8. Pro Patria Mori (06:12)  

    9. La mort du roy (05:24)  

    Line-up : Matthieu – Tous les instruments.

    Liens :

    https://palefroid.bandcamp.com/album/lappel

    https://www.deezer.com/en/artist/184455577

    https://www.instagram.com/palefroid.bm

  • Jours Pâles / Dissolution

    Jours Pâles / Dissolution

    Genre : Melancolic Metal
    Label : Les Acteurs de L’Ombre Productions
    Sortie : 10 Mai 2024

    Note : 80/100 (Mémé Migou)

    « Dis, Mémé, tu fais quoi ce week-end ?

    – Oh, j’ai décidé de me plonger dans la trilogie des Jours Pâles. Le troisième volet vient tout juste de sortir et ça me tente bien de voir quel regard sur le monde Spellbound portera par ses textes, cette fois.

    – Et tu avais aimé les premiers opus ?

    – Oui, à chaque fois, on sent l’analyse de la société, du monde. C’est une forme d’écriture triste qui nous tenaille. On a envie d’un happy end, mais on voit bien que plus ça avance, plus on s’enfonce. Alors oui, on a cette lueur d’espoir mais….

    – Et celui-ci, il parle de quoi ? Tu me pitches un peu ?

    – Alors, c’est l’histoire de…

    … C’est l’Histoire d’un regard. Qui porte le regard ? Quel en est son état d’esprit, forme de lunettes aux verres fumés, rendant brumeux tout autour de soi ? Quels verres porte-t-il, ce regard ? Noirs ? Roses ? Jaunes ? Rouges comme la colère…

    Mais pas n’importe quelle colère, celle engendrée par la tristesse infinie d’une rupture, celle qui s’approche du dégoût, de la solitude et de tout ce qui fait mal dans son amour propre. Amour propre, vraiment ? Amour sale, peut-être ? Un amour qui fait rejaillir ce qu’il y a de plus terne et de plus glauque en nous, quand il nous lâche, quand il nous abandonne, quand il nous trahit.


    Comme dans toute histoire, nous avons les 5 éléments. Je n’entends pas ici parler de l’eau, du feu, de la terre, de l’air et et l’esprit, mais bien de ce qui constitue une histoire. Qu’elle soit romanesque ou d’amour, finalement, cela reste une histoire, qui parfois entre par la grande porte de l’Histoire. En tout cas, ça l’est pour chacun de nous.

    On commence par la scène d’exposition. « Taciturne » nous montre déjà la première dissolution, celle des esprits libres qui s’enchevêtrent dans des débats stériles. Musicalement, on entre dans l’histoire par un solo désabusé avant d’attaquer une partie vocale fricotant avec une diction rap convenant à merveille aux propos atrabilaires. Il ne faudra pas plus d’une minute avant que le chant ne se fasse crié, rappelant que Jours Pâles fait bien partie de la famille du Metal, mélancolique, certes, mais Metal tout de même. 

    Les choses sont posées, c’est sombre et hargneux, torturé, sur le fil du rasoir. Mais à la fois, les riffs et les soli sont hyper mélodiques, rajoutant à cet état de malaise ambiant décrit par cette première tract. Et ça monte en intensité, on est déjà prêt à craquer…


    Vient l’élément perturbateur. Dans le cas de cet album, Dissolution, Jours Pâles nous met de suite dans l’ambiance. Cet opus parle des ruptures. Des ? Vraiment ? D’une rupture qui fait craqueler le vernis de notre probité d’esprit. « La reine de mes peines », ou la brûlure d’une rupture, la douleur de la passion. Dans la bouche, le goût de la poussière, celle du sol, d’être tombé à genoux puis face contre terre. Le riff de la guitare a le son acéré d’une scie qui découpe le métal de nos cœurs (vers 0:50), juste après les quelques notes de piano sur un fond musical déjà bien furieux. C’est le chaos, c’est la dissolution d’un couple, d’une composition. « Toxique, bancal, amer, figé », dit-il… Y a pas on n’est plus dans le metal rock mélancolique et gothique du premier album. On constate que le durcissement abordé déjà dans l’album Tensions continue en montant d’un cran. Le travail de la batterie est ici plus rentre dedans, quasi martial, sur un chant presque parlé dans une voix empreinte de dégoût ou une criée.

    On a vers 3:45 un petit break plus mélodique et légèrement apaisé, nous permettant de souffler un peu dans cet amas de détresse.


    Viennent ce qu’on appelle les péripéties. Mais attention, cela n’enlève en rien à la qualité de ce qui va suivre. Ce sont ces aventures qui vont faire évoluer notre protagoniste, parfois en bien, parfois en mal. Dans « Noire impériale », nous voyagerons dans les abysses du désamour, celui qui se trouve au fond d’un verre, d’une bouteille. En l’occurrence, on voit la subtile analogie entre l’Impériale Stout et tout le champ lexical de la pression qui met sous pression. Bon, petite parenthèse, s’abîmer dans la Noire impériale, faut vraiment avoir envie. C’est lourd, c’est pâteux et ça te reste sur la langue et l’estomac. Mais ceci étant dit, c’est bien de cela dont il est question. Et le chant qui accompagne ce titre est comme « dégueulé » sur les fins de phrases. Le reste jouant sur une voix à mi chemin entre le chant crié et la voix éraillée, comme un gars éméché qui crache sa haine et son dégoût. Musicalement, on surfe sur des vagues d’émotions, des riffs au son acide, et des nappes plus calmes, des passages à la double, des trémolos qui nous rappellent que le black metal n’est pas loin, des passages syncopés, chaloupés presque groovés jouxtant du black… Et nous avons toujours ces montées en intensité, comme ce passage vers 3:30. Avec ces mots sur les instants de bonheur alliés à la montée et au chant crié, tout ça fait monter les poils. Certains seront submergés par l’émotion, mais pour ma part, c’est presque l’effet inverse. Plutôt que d’avoir cette impression d’exulter, de sortir d’une catharsis avec la sensation d’une saine fatigue qui lave le corps et l’esprit, je ressens la montée en puissance comme autant de tension en moi. Un peu comme si je prenais en moi toute la douleur d’en face. De fait, je me sens tendue, prête à éclater à mon tour. Une rage contagieuse.

    C’est aussi par ces chemins qu’il va rencontrer d’autres compagnons d’aventure. Cette sirène qui l’appelle sur les routes, avalant les kilomètres pour se mettre à l’écart de lui-même. « Les lueurs d’autoroutes », retrouve un peu de cet Asphodèle, un duo de voix féminine et masculine, une voix claire, douce, mélodieuse, qui offre une lueur d’espoir sur l’écho crié, parfois parlé, de notre protagoniste en déroute. On revient sur une base plus rock mélancolique, mais avec cette acidité du metal malgré tout. Un côté apaisé, L’autre toujours en fuite.

    « Réseaux venins », porte bien son nom. Dans ce titre, c’est de nouveau la colère qui prend le dessus. Que ce soit la batterie, les riffs, tout est dans l’hostilité, vitesse, riffs mordants, tout est acerbe… Forme de Climax avant d’enquiller sur « Une mer aux couleurs désunions », un instrumental de 2 minutes, plus calme, mais désabusé à souhait. Avec des sons aigus très acides et malsains. C’est bien là l’élément suivant dans l’avancée de notre schéma narratif :  quand tout semble perdu, qu’il n’y a plus d’espoir.

    On chemine ensuite sur « Limérence », où l’acceptation commence à poindre le nez. Entre début d’apaisement et doutes toujours. La musique suit le schéma, avec des mélodies plus calmes et quelque peu moins tristes. Bien entendu, on alterne encore entre temps forts et puissants et accalmies. Le chant sinue entre le cri et le slam.


    Et voilà qu’arrive le titre éponyme, « Dissolution ». L’intro y est calme, laissant entrer une basse qui apporte un début d’enracinement. Le chant se situe entre la voix claire et le chant parlé, avant de repartir sur le cri, puis de nouveau du calme en slam. C’est bien ici le dénouement. On revient sur une rythmique plus rock que metal, même s’il reste encore des passages à la double sur du tremolo picking. Un morceau qui montre l’étendue des techniques de chacun. Avec la venue, à nouveau, de cette voix féminine, plus combative et affirmée. Notre “Deus Ex Machina”….


    Le dernier élément de notre histoire est la conclusion. La fin du propos. On ferme les portes, on expose la situation finale. Le héros, a-t-il évolué ? Toute bonne histoire le veut, bien entendu. Même si, comme en ce cas avec « Terminal nocturne », la fin n’apporte pas forcément le happy end attendu par les nombreux niais qui avalent les belles histoires d’amour façon US. Non, ici, c’est : 

     « Terminal nocturne :

    Un manque d’idées pour l’avenir

    Terminal nocturne :

    Destin qui bientôt va s’anéantir »

    La messe est dite…

    Et ainsi s’écrit le mot FIN sur cet album Dissolution, de Jours Pâles. Qu’en retenir ? Que nous avons une ascension vers une entité plus acerbe et agressive. On a toujours la mélancolie des premiers Jours Pâles (notamment l’album Éclosion), mais en même temps,  avec beaucoup plus de hargne injectée. On ne peut nier, à l’instar du titre éponyme, que tout est bien travaillé, diverses techniques sont employées évitant une lassitude du propos. Et je salue fortement cette qualité, tant d’exécution que d’écriture. Mais, malheureusement, j’ai un peu de mal à rentrer dans l’aventure. Comme dit plus haut, j’en ressors tendue de recevoir toute la noirceur excrétée. Je ne doute pas que nombreux seront ceux qui y trouveront la catharsis tant attendue. Je ne suis peut-être tout simplement pas dans le mood. C’est beau, mais ce n’est pas pour moi.



    Tracklist :

    1. Taciturne
    2. La reine de mes peines (des wagons de détresses)
    3. Noire impériale
    4. Les lueurs d’autoroutes
    5. Réseaux venins
    6. Une mer aux couleurs désunions
    7. Limérence
    8. Dissolution
    9. Terminal nocturne

    Line up : Spellbound – Chants, Claviers / Alexis – Guitare / Alex – Basse / Ben – Batterie / Stéphane – Guitare

    Guests : Onyriah FW/Torve – Chant additionnel / Lenos Aeon – Solo additionnel


    Liens :

    http://www.facebook.com/jourspales

    http://www.facebook.com/spellboundaorlhac

    http://www.instagram.com/jourspalesband

    https://lesacteursdelombre.net

    https://lesacteursdelombre.net/shop

    https://www.facebook.com/LADLOproductions

    https://www.youtube.com/channel/UCLpXRULcVX3Yha_N-5pzfyQ?view_as=subscriber

    https://ladlo.bandcamp.com

  • Kalmankantaja – Varjosielu

    Kalmankantaja – Varjosielu

    Genre : black metal atmosphérique
    Label : Wolfspell Records
    Sortie : 22 mars 2024

    Note : 85 /100 (Seblack)

    Une fois n’est pas coutume, cette chronique ne portera pas sur un album à proprement parler mais sur une compilation du groupe finlandais Kalmankantaja. Paru au mois de mars 2024 sur le label Wolfspell Records, ce disque présente l’heureux avantage de pouvoir constituer une porte d’entrée sur la discographie foisonnante de cette entité digne d’intérêt.
    C’est que dans les faits, il n’est quand même pas facile de s’y retrouver dans l’œuvre de Kalmankantaja : pensez donc, depuis 2011, la bible Metal Archives recense pas moins de vingt cinq albums, une dizaine d’ EP, une autre dizaine de split, une poignée de démos et déjà quelques compilations. Rien que pour l’année dernière, l’entité a sorti trois albums et un EP ! Un split avec Somber Winds a par ailleurs été publié depuis la sortie de cette compilation…
    Alors loin de moi la prétention de connaître cette discographie sur le bout des doigts mais les quelques albums du groupe passés dans mes oreilles m’ont toujours fait une bonne impression avec un black metal aux atmosphères forestières, certes assez classiques, mais vraiment prenantes. Les sept titres proposés dans ce disque sont d’ailleurs tout à fait révélateurs de ce que Kalmankantaja est capable de déployer dans sa musique, à la fois glaciale et envoûtante.

    De plus « Varjosielu » n’est pas une compilation standard qui nous proposerait un simple florilège. Les sept morceaux présents ici sont en effet des versions réenregistrées de compositions sorties entre 2015 et 2017, qui est une période charnière, le groupe délaissant alors le black metal dépressif de ses débuts pour une musique plus atmosphérique mais toujours bercée par la mélancolie et proposant aussi de magnifiques envolées.
    L’objectif de « Varjosielu » était donc de revisiter ces titres anciens avec le savoir-faire plus affirmé de ses auteurs en 2024. Pour information les deux premiers titres sont tirés de l’album « Muinainen » (2025), les deux suivants du split avec le one man band suédois Hermóðr (2015), deux autres encore sont issus d’un autre split paru un peu plus tôt en 2015 aussi (avec le Finlandais V-Khaoz). Le dernier titre enfin ne figurait à présent que sur la version vinyle de l’album “Demonwoods” (2027).

    Forcément en une dizaine d’années, on sent que le groupe a progressé dans tous les aspects entourant la composition, la technique musicale ou l’enregistrement, les sept morceaux retravaillés ici l’illustrent parfaitement. Juste équilibre entre sonorités glaciales et mélodies entêtantes, la musique proposée dans « Varjosielu » est de nature à donner envie de découvrir plus en profondeur l’univers de Kalmankantaja. Cela tombe bien car ce n’est pas la matière qui manque.

    Tracklist :

    1. Hautasaattue (11:09)
    2. Yön alttarilla (10:00)
    3. Hämärään unohdettu (09:32)
    4. Varjojen valtakunta (11:26)
    5. Musta maa (09:18 )
    6. Valon tappaja (06:52)
    7. Varjosielu (08:32)

    Line-up : Grimm666 – Tous les instruments / Tyrant – chant.

    Liens :
    https://www.deezer.com/en/artist/11631403?autoplay=true
    https://www.facebook.com/kalmankantaja
    https://www.instagram.com/kalmankantaja/
    https://soundcloud.com/kalmankantaja

  • Horn – Daudswiärk

    Horn – Daudswiärk

    Genre : Pagan Black metal
    Label : Northern Silence Productions
    Sortie : 3 mai 2024

    Note :  85 /100 (Seblack)

    L’an dernier, Horn célébrait ses vingt ans en proposant la compilation 20 Jahre dans laquelle il revisitait un certain nombre de ses anciennes compositions en les remettant un plus au goût du jour.

    Alors est-ce cette plongée dans cet ancien répertoire ou est-ce une simple inclinaison personnelle de Nerrath ? Mais toujours est-il que ce dixième album du groupe allemand de black pagan, sonne de manière beaucoup plus sombre que Verzt, paru en 2022, déjà chez Northern Silence Productions. En effet, là où ce dernier déployait des ambiances épiques, presque lumineuses avec une riche instrumentation pagan voire folk, Daudswiärk signe au contraire le retour à une certaine simplicité.

    Pour ce qui me concerne, en matière de black pagan, cette orientation est loin de me déplaire ayant une préférence pour les groupes usant avec modération et efficacité des instruments traditionnels. Simple question de goût donc, mais autant un album comme celui de Darkestrah, sorti  dernièrement et chroniqué ici même il y a quelques semaines, me réjouit par son équilibre entre black et éléments pagan, autant les inclinaisons folk plus poussées me laissent davantage sur le bord du chemin. Tel n’est pas le cas de ce très bel album que Horn nous propose en ce printemps 2024. 

    Après plusieurs peintures utilisées pour les artworks des albums précédents, Nerrath a cette fois opté avec Daudswiärk pour une linogravure de Timon Kokott, originaire comme Horn, de Westphalie. Plus simple, plus directe, cette œuvre nous montre une scène de la vie rurale d’antan qui met en valeur la dureté et le combat quotidien qu’était la survie dans ces régions en des temps pas si reculés que cela. Afin de s’inscrire un peu plus encore dans l’histoire, Horn utilise diverses langues vernaculaires westphaliennes et puise une partie de ses textes dans divers documents historiques (poème, textes en prose…).

    C’est dans une certaine lourdeur, mais non sans majesté, que s’ouvre Daudswiärk avec  « Braud » premier morceau de l’album. La patte mélodique, le timbre caverneux sont immédiatement identifiables et les chœurs lui confèrent un côté solennel idéal pour introduire l’album. Pour la suite, tout en gardant cette coloration sombre évoquée plus haut, l’opus se montre plus musclé tout en laissant de belles respirations mélancoliques sur  « Dagetostaon » ou  « Landrake ».

    Alors oui, cet album est dépourvu ou presque de toute sonorité folk. Cela pourra surprendre mais sans rien enlever à ce souffle black pagan qui le traverse de part en part : que ce soit aux travers de parties épiques, de lignes mélodiques prenantes, dont Nerrath a le secret, ou avec des chœurs justement dosés, ce dixième album constitue une pièce de choix.

    Plus recentré sur les guitares, la basse et la batterie, Daudswiärk s’inscrit dans un registre plus sombre, plus black peut-être, mais toujours animé par ce souffle épique et historique propre à Horn

    Tracklist :

    1. Braud (05:40)  

    2. Daudsaom (04:47)  

    3. Likentog (04:33)  

    4. Broth (06:07)  

    5. Dagetostaon (05:13)  

    6. Antoniusfeuer (04:21)  

    7. Pyres (03:09)  

    8. Landrake (05:27)  

    Line-up : Nerrath – Tous les instruments et le chant.

    Liens :

    https://hornlichterlischt.bandcamp.com

    https://www.deezer.com/us/artist/442615?

    https://www.facebook.com/HornOfficial

    https://www.instagram.com/official_horn

  • Naxen – Descending Into A Deeper Darkness

    Naxen – Descending Into A Deeper Darkness

    Genre : Black metal
    Label : Vendetta Records
    Sortie : 3 mai 2024

    Note :  85 /100 (Seblack)

    Depuis la sortie de son premier EP, To Abide in Ancient Abysses, en 2018, Naxen fait partie de ces formations qui m’ont immédiatement tapé dans l’œil (ou dans les oreilles). Sur le papier ce groupe  allemand, signé chez Vendetta Records, pourrait apparaître comme une formation de black moderne de plus aux côtés de Ultha, Beltez ou Bait par exemple. Mais ce serait aller un peu vite en besogne que de cataloguer le groupe ainsi.

    En effet depuis ses débuts Naxen s’est forgé une identité éminemment sombre, que ce soit dans ses artworks et bien sûr sa musique. Au travers de ses différents EP ou de son premier album paru en 2020, le groupe n’a jamais dévié de son cap, maintenant bon sa barre dans des univers particulièrement sinistres.

    La simple vue de l’artwork et la lecture du titre «  Descending Into a Deeper Darkness » laisse deviner que ce nouvel opus ne fera pas exception.

    Dès les premières notes de « Our Souls Shall Fall Forever » on retrouve ce son lourd et massif où guitare, basse et batterie forment un véritable bloc d’anthracite, le chant est toujours aussi amer, un peu lointain, comme perdu dans quelque profondeur. Au sein de ces ténèbres de l’âme dépeintes par Naxen, seuls les leads hypnotiques et éthérés constituent un fil d’Ariane susceptible d’amener une petite lueur.

    Sur «  Descending Into a Deeper Darkness » le groupe ne bouleverse donc pas sa manière de faire avec des compositions étirées et une signature sonore bien identifiable que le groupe ne change pas fondamentalement mais qu’il continue d’affiner aux travers de quatre titres qui s’entrelacent les uns aux autres, donnant vie à un album totalement cohérent et immersif.

    Par rapport aux œuvres précédentes on notera quelques incursions plus fréquentes mais modérées dans le chant clair. Bien qu’étant le plus long avec près d’un quart d’heure, le titre « Triumphant Tongue of a Thousand Sword » est celui qui a le plus attiré mon attention avec une première partie très cadencée et une seconde beaucoup plus lourde et cabossée, rappelant parfois un peu Wiegedood.

    Alors si ce deuxième album s’était un peu fait attendre depuis « Towards the Tomb of Times » en 2020, disons que cela en valait tout à fait la peine. Avec « Descending Into A Deeper Darkness » Naxen poursuit son chemin dans les profondeurs de l’âme humaine. Son black metal classique et moderne à la fois dégage plus que jamais cette noirceur lourde et terriblement immersive. 

     Tracklist :

    1. Our Souls Shall Fall Forever (09:05)

    2. To Writhe In The Womb Of Night (09:11)

    3. A Shadow In The Fire – Pt. III (A Life Led By Loss) (10:13)

    4. Triumphant Tongue Of A Thousand Sword (14:17)

    Line-up : LN – Guitares et Chants / SP – Basse / FH – Batterie

    Liens :

    https://naxen.bandcamp.com/album/descending-into-a-deeper-darkness

    https://naxen.bigcartel.com

    https://www.deezer.com/en/artist/53768002?autoplay=true

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  • Moisson Livide – Sent Empèri Gascon

    Moisson Livide – Sent Empèri Gascon

    Genre : Black/Heavy/Power/Folk (mais pas que !)
    Label : Antiq Label
    Sortie : 3 Mai 2024

    Note : 88/100 (Mémé Migou)


    Vous êtes transportés par magie en plein cœur de la Gascogne. Devant vous se dresse un énorme rocher. Que faites-vous ?

    J’avance et si je rencontre des gobelins, je fonce dedans !, dit le Barbare en flanquant une gifle au Nain.

    moi, je baguenaude à la recherche de baies, répond l’Elfe.

    J’irai là où l’Elfe n’ira pas !, avance le Nain, tout en se frottant la joue.

    schlaguevuk zodo, grogne l’Ogre

    Qu’est-ce qu’il dit, l’Ogre ?, demande le Voleur

    Il dit qu’il a faim, répond la Magicienne

    OK… pendant que vous palabrez, vous entendez un bruit venant de derrière le rocher. Un bruit qui racle. Ranger, lance un dé 100. Tu as 99 % de chances de tomber sur un groupe de Folk Metal gascon*, venu se ressourcer ou… un feumble et ce sera la version démoniaque tout droit sortie des Enfers…

    100 ! Et meeeeerde !

    Prend place sur le rocher, à côté d’un grand serpent aux yeux rouges et à la langue d’épée, un prêtre au béret noir vissé sur la tête. Il embouche un boha et fait résonner une litanie plutôt dansante, ce qui ne manquera pas de vous étonner, par ailleurs.

    C’est l’heure de la moisson, lâche-t-il, livide. Je suis venu récolter vos âmes ! Mais personne n’a dit qu’il fallait que ce soit triste, alors, dansons, chantons, rions !

    Vous ne comprendrez pas grand chose aux paroles qui accompagnent une guitare électrique, dont le riff sera sautillant, un riff comme on en trouve dans le Death mélodique. Quand le chant commence, la filiation avec le mélo death se poursuit par une voix proche de celle d’un Mickael Stanne de Dark Tranquility, sans oublier les nombreux passages à la double pédale… Pour autant, très vite, vous vous rendrez compte que vous vous trémoussez bel et bien sur des blasts et des tremolo pickings, le tout auréolé d’une bonne tranche de fiel purement Black Metal.

    Vous reconnaissez le gaillard devant vous. Il dit se nommer Darkagnan (vous pouvez souffler, ce n’est pas Dark Vador). Derrière lui, un homme martèle des fûts (peut-être de bière, allez savoir, vous ne voyez pas bien de là où vous êtes), répondant au nom de Philippe Etcheblast. Est-il cuistot, le bougre ? Impossible à savoir… Mais ce dont vous êtes certains, pour l’avoir déjà aperçu en concert par ailleurs (très exactement au Motocultor 2023), c’est que ce béret noir, c’est celui de Baptiste Labenne, chanteur de Boisson Divine*.


    Il faut le reconnaître, le Folk, le Heavy, c’est pas votre truc. Vous vous dites en votre for intérieur « pffffff…. »**. Ouais, mais ce « Serpent D’Isaby » ne se déroule pas comme vous l’imaginiez. Après une intro bien médiévale, que n’aurait pas reniée Pen of Chaos, la dimension Blackisante est bien présente et vous laissera un petit sourire sur les lèvres (OK, c’est un peu antinomique, mais vous ferez avec, c’est ainsi !). Finalement, ce n’est pas si folk que ça.

    … Attendez ! Ah si quand même… Y a de larges passages purement Folk et médiévaux. Chaque titre y aura droit. Souvent en intro de morceau et à l’intérieur. Ces passages arrivent d’ailleurs à la façon d’un break, ce qui vous fera peut-être dire « paye ta transition ! ».

    A noter, un morceau purement instrumental, en cinquième piste. Mais revenons aux précédents. Et notamment aux paroles. Souvenez-vous, j’avais bien dit que vous ne comprendriez pas grand chose et pour cause, c’est entièrement écrit et chanté en gascon. Mais si vous avez entre les mains la traduction, n’hésitez pas à la dévorer. Même en français, un grand soin y est apporté. On va naviguer entre les grandes épopées épiques, ce qui se traduit aussi musicalement, chères au pays gascon. Des légendes, des hymnes aux personnes qui ont posé leur pierre à l’édifice Landais ( MALHEUREUSE ! Que dis-tu là ?! Le projet est originaire du Gers, non des Landes !!!)… Ces morceaux seront plus longs. On sent bien l’amour du gascon pour sa « mère patrie ». Quand certains vont jouer du Biniou ou du Hautbois, ici, Baptiste jouera du boha ou de l’aboès, instruments du « pays ». Les paroles en gascon ajoutent à cette dimension.

    La langue, mais aussi les idées ! Quelques titres plus courts sont de véritables brûlots à l’encontre de ce qui peut agacer les Landais (et d’autres aussi, je vous rassure) : les cyclistes qui inspireront le second titre « Sus l’arròda » ou encore la sixième piste, « A.C.A.B », qui vous parle des bobos… C’est purement hilarant. Et vous pourriez aussi y trouver un petit trait d’union avec l’esprit breton… On se dit que la sortie chez Antiq est totalement raccord !

    «  L’òmi xens passat », est un titre de Boisson Divine*, mais dont le traitement (le refrain) sera en version BM… Parlant Black metal, vous allez également vous surprendre à chanter en chœur les refrains. C’est une nouvelle influence qui se retrouve ici, celle du True Metal : Rhapsody et ses refrains brillants, chantés à la façon des hymnes, mais aussi In Extremo, notamment dans le chant en occitan, vieil allemand et vieux suédois. En autres influences, on trouvera aussi le côté épique du Power Metal et celui dévastofoutraque du punk (légèrement, hein).

    C’est là où vous commencez à comprendre qu’en face de vous, se tient un duo de magiciens noirs qui ont capturé votre âme (sans oublier les innombrables guests). Car oui, vous vous surprendrez à chantonner les riffs, qui sont très bons. Vous vous dites que tout est bien construit. Le son est excellent, avec un mix signé Borie de la combe noire qui laisse la place à chaque instrument, ainsi que l’artwork. Et quand c’est fini, bah vous avez envie de relancer la quête… Malin ! (Ben oui, quand c’est démoniaque, le malin n’est jamais très loin).

    Pour cette fois, la troupe ne passera pas le big boss de l’aventure. Vous allez devoir recommencer le niveau, réécouter Sent Empèri Gascon . Un plaisir pur pour les uns, un plaisir coupable pour les autres. Mais finalement, à votre grand étonnement (ou pas), cela restera du plaisir.

    * Boisson Divine est un groupe de Folk Heavy Metal.
    ** Qu’est-ce qu’il dit, l’Ogre ? Il dit qu’il faut remplir les petits points avec les mots qui vous conviennent.


    P.S. : Ah oui... j'oubliais... prenez le temps de lire les crédits et autres remerciements, tout est trempé dans l'encre de l'humour... noir parfois, hilarant toujours. Jetez donc un œil aux noms des roadies : Fenriz de Veau, Euronymoussaka, Sebastien Chabal-Sagoth, Count Grishgnac !

    Tracklist :

    01 La sèrp d’Isavit (Le Sepent d’Isaby)

    02 Sus l’arròda (Sur la roue)

    03 L’òmi xens passat (L’homme sans passé)

    04 Sent Empèri Gascon (Saint Empire Gascon)

    05 Passejada dolorosa (Promenade douloureuse)

    06 A.C.A.B. (Armanhaqués Comandò Anti-Borgesòts – Commando Armagnacais Anti Petit-Bourgeois)

    07 Caçaire d’eternitat (Chasseur d’éternité)


    Line-up : Darkagnan – Chant, guitare électrique, guitare acoustique, basse, bouzouki, boha, aboès, tin whistle, lap steel guitar, saxophone alto, claviers / Philippe Etcheblast – Batterie


    Guests : Romain Queille – Trompette (4) / Pereg Ar Bagol – Accordéon (3) / Geoffroy Dell’Aria – Tin Whistle (1) / Sylvain Marques – Trompe de chasse (7) / Lafforgue – Vielle à roue (1&7) / Torve Ascète – Arrangements batterie

    Imagerie, mixage et mastering par Borie de la combe noire


    Liens :

    https://www.facebook.com/profile.php?id=100087613433522

    https://antiqofficial.bandcamp.com/album/extr-me-sud-ouest

  • Demande à la Poussière / Kintsugi

    Demande à la Poussière / Kintsugi


    Genre
    : Black/Doom/Sludge
    Label : My Kingdom Music
    Sortie : 3 Mai 2024

    Note : 90/100 (Mémé Migou)

    Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris

    Quoi de plus normal pour Memento Mori Webzine, que de creuser dans le Memento Homo. « Souviens-toi, Homme, que tu es poussière et que tu redeviendras poussière ». À l’aube du grand départ, il est temps pour Mémé de se plonger dans son passé, dans son trajet pour mieux encore appréhender l’avenir, aussi court, aussi futile, aussi gris soit-il. Amen !

    Le grand sablier a parlé, le temps s’écoule inexorablement, poussière d’or sur nos pas. Et dans nos failles, dans nos crevasses, il vient combler les interstices de ce temps perdu, enfin retrouvé, pour avancer encore, le corps zébré de la lumière de nos cicatrices. Alors on peut se regarder dans le miroir, caresser ces boursouflures et dire «  je suis unique ».


    Alors si un jour, tu te sens perdu, demande à la poussière, elle te dira comment d’une perspective amère, sans lendemain, (Demande à la Poussière, 2018), retrouver la paix intérieure. Mais l’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions ? La quiétude est de celle qui, de fait, amène à accepter son chemin tracé sans même se poser de question (Quiétude Hostile, 2021). C’est ainsi qu’arrive la résilience (Kintsugi, 2024)… trouver en soi la force d’avancer dans ce marasme. Finalement, la vie est…

    … “Paresseuse

    Par essence, elle est paresseuse.

    Est-ce vraiment la paresse”

    Ou trop d’avidité, de gloutonnerie, en faire des caisses…

    C’est dément comme

    Demande à la Poussière creuse

    Dans le gras sludgien

    Des guitares au son qui colle aux semelles du vent.



    De toutes les matières

    C’est Demande à la Poussière que j’préfère.

    Emotif, Kintsugi n’est en rien négligé, en soi – bien au contraire ! (C’est Demande à la Poussière).


    De toutes les manières

    C’est Demande à la poussière que j’préfère.

    Cohérent, l’album est poésie mise en voix ( C’est Demande à la Poussière).


    Mais pas que…

    Tous ces beaux plans étirés…

    DALP nous balance des réf. à la Omega Massif avec indolence (versions premier et second album).

    DALP nous balance des riffs façon LumberJack en feedback (ce qui est loin d’être de mauvaises ref, vous en conviendrez).

    La voix déchire de rage

    Avec le tranchant rouillé du black metal.

    Simon (Anthropovore, Muertissima, entre autres) n’a pas que cette voix criée en son gosier réfractaire.

    Un beau growl sombre à tomber par terre (le nez dans la poussière… et c’est pas Voltaire qui dira le contraire),

    Vient parfois doubler la première

    et s’étendre sur les mots

    chantés, composés à quatre mains et deux cerveaux,

    parfois bile crachée, parfois ode à l’espoir qui s’enfuit,

    De toutes les manières

    Ce sont des textes ciselés

    Que nous offre Demande à la Poussière.


    Active, notre écoute de Kintsugi nous remue (c’est Demande à la Poussière).

    De tous les spicilèges

    C’est Demande à la Poussière que j’préfère

    avec ses passages haineux, rapides, acerbes, qui succèdent aux ralentissements boueux,

    C’est doom, c’est Sludge, c’est Black à la fois (c’est Demande à la Poussière).


    De toutes les matières de ce début d’année, la matière noire de nos corps, de nos cœurs meurtris, pétrie dans les 11 titres de Kintsugi, fait partie de celles que je préfère.

    La formation a bien changé depuis sa création en 2017, le line up a pas mal bougé (n’oublions pas qu’à l’origine, DALP est un projet initié par des membres de The Great Old Ones, Spectrale, Omrade et Würm). Pour autant, la continuité avec Quiétude Hostile est palpable, rajoutant une légère touche de post-harcore, pour contrebalancer la viscosité fangeuse du sludge et la lourdeur écrasante du doom. Et cela donne quoi, au final ? Un album qui traversera nos émotions, laissant dans nos failles quelques grains de poussière d’or qui nous rappelleront que nous sommes (fans de Demande à la) Poussière et que nous retournerons à l'(écoute de toute la discographie de Demande à la) Poussière.

    Memento Homo… Memento Mori ! Et au milieu coule Kintsugi


    P.S. : celui/celle qui trouve en premier pourquoi cette chronique est écrite en forme parodique et la ref qui va avec, Mémé se fera un plaisir de lui offrir un paquet de sable... des plages du Finistère !

    Tracklist :

       01. Inapte   
      02. Kintsugi
      03. La Parabole des Aveugles
      04. Ichinawa
      05. Le Sens du Vent
      06. Vulnerant Omnes, Ultima Necat
      07. Attrition
      08. Fragmenté
      09. Miserere
      10. Brisé
      11. Partie

    Line-up :   Vincent Baglin – Batterie /  Neil Leveugle – Basse /  Edgard Chevallier – Guitare, Arrangements /  Simon Perrin – Chant, Guitare

    Liens :

       Facebook : https://www.facebook.com/DALPdoom/
      Instagram : https://www.instagram.com/d_a_l_p/
      Bandcamp : https://dalpdoom.bandcamp.com/album/qui-tude-hostile 

  • Night Shall Drape Us – Lunatic Choir

    Night Shall Drape Us – Lunatic Choir

    Genre : Black metal
    Label : Season of Mist : Underground Activists.
    Sortie : 26 avril 2024

    Note :  80 /100 (Seblack)

    Night Shall Drape Us nous vient de Finlande. A l’origine de ce projet, dont le premier album sort chez Season of Mist : Underground Activists, on retrouve LRH (Horna, Bythos, Black Death Ritual…) qui a composé l’essentiel de l’instrumentation.

    Pour mettre en voix ce « Lunatic Choir », il a rameuté un certain nombre de ses petits camarades de la scène finlandaise. On retrouve ainsi Spellgoth que l’on croise aussi chez Black Death Ritual ou Horna, Infection (Bythos, Behexen…) et Wraath (Behexen, Darvaza…).

    Voilà donc du bien vilain monde à l’œuvre sur ce disque.

    Au menu, huit brûlots blasphématoires d’un black metal qui, vous pouvez vous en douter, va être à la fois féroce et mélodique. Typiquement Finlandais donc.

    Ne vous fiez pas à la petite introduction de « Hymn of Rebellion », la cavalerie maléfique ne met pas longtemps à débouler avec son lot de guitares acérées, un chant raclé et l’attelage rythmique qui va bien avec. Le son est ma foi très bon et approprié pour mettre en valeur le côté brûlant de la musique, des guitares notamment. Nerveux comme un diable sortant de sa boîte, Night Shall Drape Us distribue généreusement ses coups et n’est pas du genre à tourner autour du pot pour distiller son fiel. 

    On va bien retrouver par-ci par-là quelques ralentissements, de légères touches de claviers et même des chœurs mais ce n’est que pour souligner un peu plus l’atmosphère apocalyptique de l’ensemble. 

    Pour le reste vous aurez droit à de copieuses rafales de riffs, de mélodies féroces et de vociférations impies. 

    Suffocant autant que malfaisant, Night Shall Drape Us nous délivre un album qui fera palpiter de haine le petit cœur de tout amoureux de black metal finlandais typique. Classique, certes, mais tellement bien mitonné qu’on ne peut que l’apprécier et y revenir avec une certaine délectation. 

    Tracklist :

    1. Hymn of Rebellion (6:39)

    2. Dead Eden (5:43)

    3. Ethereal Constrictor (4:44)

    4. Ashes of Men (5:27)

    5. Unification (4:16)

    6. Lunacy and Horror (5:01)

    7. Under the Dead Sky (4:27)

    8. The Queen of the Red Streams (3:50)

    Line-up : LRH – Tous les instruments / Spellgoth – Chant / Infection – Chant / Wraath – Chant

    Liens :

    https://nightshalldrapeus.bandcamp.com/album/lunatic-choir

    https://www.facebook.com/nightshalldrapeus

    https://www.instagram.com/nightshalldrapeus_official

  • ACOD  –  Versets noirs  (2024)

    ACOD  –  Versets noirs  (2024)

    Genre : black death mélodique
    Label : Hammerheart Records
    Sortie : 26 avril 2024

    Note : 85 /100 (Seblack)

    Depuis la sortie de son dernier album « Fourth Reign over Opacities and Beyond » en 2022, le moins que l’on puisse dire est que ACOD n’a pas chômé. Non contents d’avoir sillonné les routes (avec en point d’orgue une participation au Hellfest) et même l’océan (il y a quelques semaines sur le paquebot du 10000 Tons of Metal) , le groupe avait également sorti en 2023, l’excellent EP “Cryptic Curse”.

    Alors l’année 2024 allait-elle être celle d’un break bien mérité ? Et bien non, car le duo marseillais n’est pas du genre à se reposer sur ses lauriers comme en atteste la sortie de ce sixième album répondant au titre de « Versets noirs ». Pas mal de petits changements au programme, avec tout d’abord une belle signature sur le label hollandais Hammerheart Records, ce qui atteste que le groupe est dans une spirale ascensionnelle et entend porter son black / death mélodique à un auditoire plus large encore.

    Changement de thématique également, ACOD plaçant la sorcellerie au cœur de « Versets noirs ». Une évolution que l’on retrouve au niveau graphique puisque l’artwork confié à Nicolas Senegas est très différent des peintures utilisées pour les dernières sorties de ACOD. Très épuré avec ses teintes grises, l’œuvre n’en est pas moins marquante par l’étrangeté que dégage cet œil placé dans une bouche.

    Le changement d’univers se traduit également par quelques évolutions notables dans la musique, qui ne remettent pas pour autant en cause la signature sonore de ACOD, toujours bien identifiable. On reconnaîtra ainsi sans problème le poutrage rythmique caractéristique du groupe, son sens de la mélodie, les passages parlés en français et bien d’autres choses, dont un certain talent à donner à sa musique un côté cinématographique ou théâtral. Si évolution il y a, c’est davantage du côté de l’atmosphère générale, plus sombre, qui se dégage de « Versets noirs ». Les orchestrations que l’on va croiser sont notamment assez différentes, je trouve. Rassurez vous, ACOD reste ACOD. Mais cette fois, les arrangements ont un côté plus discret, moins symphonique, peut-être moins voluptueux que sur « Reign over Opacities and Beyond ». Une évolution qui confère donc à ce nouvel opus consacré à l’occulte une atmosphère plus ténébreuse.

    Là où ce nouvel album surprend peut-être le plus, c’est dans sa structure assez atypique : cinq titres seulement alors que les efforts précédents en comprenaient une dizaine. De plus cette tracklist incluant une reprise, « Versets Noirs » ne comptent donc que quatre nouvelles compositions. Mais quelles compositions ! A commencer par « Habentis Malefica », morceau fleuve de plus de vingt minutes qui ouvre cet album. Voilà quelque chose qui n’est pas habituel et sort des sentiers battus. Le choix pourrait paraître même un peu risqué mais il est assurément audacieux et inédit dans la discographie du duo phocéen. Toujours est-il que ce titre d’ouverture est somptueux avec ses changements de rythmes au cordeau, ses arrangements subtils et ces passages parlés qui apportent profondeur et mystère. Sans nul doute ACOD propose ici un véritable exercice de style, inspiré et accompli.

    La suite n’en est pas moins réussie quand bien même le groupe revient à des formats plus standards. Démarrant tambour battant, « The Son of a God » déploie ensuite une atmosphère plus occulte. Les orchestrations donnent toute leur solennité à un titre où le groupe sait aussi bien placer des accélérations haletantes que des breaks majestueux. Ces éléments, on les retrouve sur les autres titres qui dégagent cette puissance empreinte d’atmosphères sombres et de mélodies éthérées. « May This World Burn » pousse même les choses un peu plus loin avec ce côté accrocheur qui pourrait bien en faire un must en concert.

    En guise d’ultime verset noir, ACOD se livre à l’exercice de la reprise, en l’occurrence, le morceau « Black Trip » de Samael qui ouvre ce classique qu’est « Ceremony of the Opposite ». Tout en restant parfaitement identifiable, le groupe se réapproprie le titre de fort belle manière. Le noir voyage qu’est « Versets Noirs » prend ainsi fin laissant l’impression flatteuse d’un groupe au fait de sa maîtrise, sachant évoluer en ne se contentant pas d’une formule qui fonctionnait déjà très bien.

    Tracklist :

    1. Habentis Maleficia (20:21)
    2. The Son of a God (The Heir of Divine Blood) (06:22)
    3. A Thousand Lives in a Second (04:33)
    4. May This World Burn (07:15)
    5. Black Trip (Samael cover) (03:28)

    Line-up : Fred P – Chant / Jérôme G (Guitare, basse, backing vocals, orchestrations)

    Liens :
    https://acod.bandcamp.com/album/versets-noirs
    https://www.deezer.com/us/artist/341358
    https://www.facebook.com/acodband/
    https://www.instagram.com/acodband/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/6UDDF4b9a4zFj0voyjD4E1
    https://www.youtube.com/channel/UCbBfE_MASHGLUkC36