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  • Corpus Diavolis  /   Elixiria Ekstasis (2024)

    Corpus Diavolis  /   Elixiria Ekstasis (2024)

    Genre : Black Metal
    Label :
    Les Acteurs de l’Ombre Productions
    Sortie :
    15 mars 2024

    Note : 80 /100 (Seblack)

    Corpus Diavolis est de retour. Deux ans et demi après le flamboyant « Apocatastase » le groupe nous convie à un nouveau rituel entièrement tourné vers cet univers sataniste et ésotérique qui est le sien. Pour ce cinquième opus intitulé « Elixiria Ektasis », la formation du sud de la France a renouvelé son pacte avec les Acteurs de l’Ombre Productions.

    Se pencher sur un album de Corpus Diavolis ne peut se résumer à simplement parler de musique. C’est aussi une expérience esthétique et philosophique où ces différents éléments sont réfléchis et liés entre eux. Pour «Elixiria Ektass», le groupe se montre toujours aussi ambitieux puisant la quintessence de son travail dans, je cite : «la sexualité féminine divine, la femme libérée en tant qu’initiatrice, en union mystique avec le Chaos. Elle lève haut son calice et offre son sang, l’Elixir de l’Extase. La bestialité, poussée à son paroxysme, se manifeste dans sa pureté, puis se métamorphose en nappes d’ambiance psychédéliques, en basses fréquences progressives et en chants sacerdotaux, pour former les parchemins sur lesquels sont inscrites les visions et les formules complexes d’un Esotérisme Charnel Satanique».

    Particulièrement dense, cette description vient confirmer que pour Corpus Diavolis, le black metal est bien plus qu’une musique et le satanisme bien plus qu’un simple affichage. Sans nul doute, le groupe fait partie de ceux qui embrassent cet univers avec une conviction inébranlable et un niveau d’exigence et de connaissances toujours plus élevé.

    L’artwork réalisé par l’artiste chilien Kerbcrawlerghost ne manquera pas d’interpeller également, quitte à susciter l’opprobre des puritains, que l’on parle ici d’individus ou des algorithmes qui sévissent sur divers réseaux sociaux. Toujours sur le plan visuel, le groupe continue d’affiner et de ciseler son univers comme en témoignent les photos et vidéos qui accompagnent la sortie de «Elixiria Ektasis». Un univers que le groupe conserve autant que possible pour ses prestations en concerts remarquables par leur esthétique très travaillée.

    Afin d’aller au bout des choses, Corpus Diavolis a enregistré ce nouvel opus au Dæmonicreation studio, le mixage et le mastering ayant été, une nouvelle fois, confié à George Emanuel du Pentagram Studio à Athènes.

    Nul doute donc «Elixiria Ektasis» ne peut se concevoir autrement que comme une expérience rituelle à la fois musicale, visuelle et philosophique ponctuée de différents moments que Corpus Diavolis développe sur neuf titres pour près d’une heure de musique.

    Passé le nécessaire moment d’introduction, le groupe enchaîne sur un black des plus occultes. Guitaristiquement et vocalement, on est dans univers connu mais qui a encore gagné en finesse et en nuances avec de multiples transitions, des passages de chant scandés et bien sûr des chœurs. Ces traits on les retrouve sur l’ensemble de l’album mais avec une infinité de variations selon la couleur dominante que le groupe entend donner à chacune des compositions.

    «Elixiria Ektasis» sera ainsi traversé de titres aux ambiances assez différentes. Le déchaînement et la frénésie habiteront ainsi « Key To Luciferian Joy » ou « Vessel Of Abysmal Luxury ». L’occulte saura se faire plus reptilien sur des compositions mid tempo tout aussi prenantes comme «Carnal Hymnody». L’aspect pleinement ritualiste se manifestera à diverses reprises notamment dans les pistes les plus longues qui laissent la part belle à des sonorités de synthé, de chœurs ou de sitar, pensons à «Cyclopean Adoration» ou au très riche final «Chalice of Fornication».

    Mais bien évidemment, on ne saurait résumer l’album à une simple succession de compositions tantôt rapides ou plus atmosphériques. Ces nuances, Corpus Diavolis les amènent au cœur de morceaux tout en contrastes et en reliefs qui font de « Elixiria Ektasis » un album riche de multiples nuances de noirceur. Certains pourront toujours reprocher à cet opus quelques longueurs mais ce grief est hors de propos par rapport aux intentions artistiques du groupe qui est justement de donner vie à un véritable rituel.

    Conséquent et travaillé dans ses moindres des détails, Corpus Diavolis délivre avec ce cinquième chapitre un album très abouti. Peut-être est-il un peu moins accrocheur que ne l’était «Apocatastase», encore que cela se discute, mais il est surtout beaucoup plus dense par la multiplicité de ses nuances qui en font un album qui s’apprécie autant dans l’immédiateté que sur la durée.
    Tel Satan assoiffé de connaissances, le groupe poursuit de la plus belle manière son cheminement sur les sentiers du black metal et l’occultisme, à chaque sortie il s’enrichit et abreuve toujours un peu plus son auditoire sans jamais dévier de son cap.

    Tracklist :

    1. His Wine Be Death (07:52)
    2. Key to Luciferian Joy (05:16)
    3. Carnal Hymnody (06:08)
    4. Cyclopean Adoration (09:59)
    5. Vessel of Abysmal Luxury (07:48)
    6. The Golden Chamber (05:03)
    7. Menstruum Congressus (04:46)
    8. Enfleshed in Silence (01:09)
    9. Chalice of Fornication (09:59)

    Line-up : Daemon Creator – Chant, Synthétiseurs / Analyser – Guitares / Funeral – Basse / King Had – Batterie / Martial – Chœurs.

    Liens :
    https://corpusdiavolis.bandcamp.com/
    https://www.deezer.com/en/artist/13546445?autoplay=true
    https://www.facebook.com/CorpusDiavolis
    https://www.corpusdiavolis.com/
    https://www.instagram.com/corpusdiavolisband/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/3Ek2lLBUgcbcse2JUMbxEr

  • Astral Spectre – Ars Notoria (2024)

    Astral Spectre – Ars Notoria (2024)

    Genre : black / heavy metal
    Label : Northern Silence Productions
    Sortie : 2 février 2024

    Note : 70/100 (Seblack)

    Astral Spectre est un projet solo de Tenebros, musicien originaire d’Allemagne, il est également le chanteur et guitariste de Mournful Winter.
    Il a fondé Astral Rape en 2020 et après une démo en 2021, son premier album est sorti sur le label Northern Silence Productions en 2022. Un album singulier qui s’éloignait déjà volontiers du black metal pur et dur pour évoluer dans un univers mélangeant autant le métal noir, le heavy metal sauce NWOBHM que des sonorités très seventies.

    Pour ce deuxième opus, toujours chez Northern Silence Productions, pas de changement notoire, Astral Spectre enfonce le clou et ancre peut-être un peu plus encore sa musique à la charnière des années 70 et 80. Pour l’occasion il retrouve son complice du premier opus en la personne de Befana, de nouveau invité sur le titre éponyme avec des sonorités de clarinette et de flûte.
    Le mélange est assurément étonnant et peu commun. Honnêtement, je pense qu’on aime ou qu’ on déteste mais on ne peut guère rester indifférent face à un tel attelage musical.

    A titre personnel, et plus que la dimension black metal, c’est le côté très NWOBHM qui m’a frappé et séduit avec ces mélodies de guitares me ramenant à l’album Killers de Iron Maiden et à toute cette époque. Eh oui ça ne nous rajeunit pas dites donc. N’empêche, cette filiation avec cette période du heavy metal est frappante. Concentrez votre attention sur les mélodies de guitares c’est loin d’être déplaisant.
    Les sonorités d’orgue Hammond nous emmènent encore un peu plus loin dans le temps des seventies. Là par contre je bloque davantage. Je n’en dirai pas beaucoup plus à ce sujet car de manière totalement subjective j’ai toujours eu une sainte horreur de cet instrument ; sans savoir exactement pourquoi d’ailleurs. Disons que sur “Ars Notoria” ’il apporte un cachet supplémentaire à une musique qui n’en manquait déjà pas.

    Le chant, lui, se place davantage dans la sphère extrême. On peut parler de chant black mais là encore avec un petit tour dans le passé. Pour décrire cette voix caverneuse et assez gutturale parfois, on peut remonter à la charnière des années 80 et 90 avec des intonations qui rappellent aussi bien le chant black de cette époque que les voix death / thrash. Quelques intonations du chant de Tenebros m’ont parfois évoqué celui de David Vincent sur les premier Morbid Angel mais dans un rythme beaucoup plus mid tempo.
    Passé l’étonnement, cette curieuse alchimie musicale s’avère plutôt intéressante avec ses résonances occultes voire psyché. L’album est assez concis, ne souffre pas de longueurs rédhibitoires et la curiosité faisant son petit effet, on pousse assez facilement le bouton replay.

    Après comme mentionné plus haut, le style pratiqué est tellement singulier qu’il pourrait s’avérer clivant : les uns détesteront, d’autres adoreront. De mon côté je me situerai à mi chemin saluant l’audace d’Astral Spectre avec une musique sortant vraiment de l’ordinaire et pleine de clins d’œil à des périodes pour lesquelles j’éprouve toujours une petite pointe de nostalgie. Ah si seulement j’aimais l’orgue Hammond…mais sans lui Astral Spectre ne serait plus tout à fait Astral Spectre.
    Si vous êtes curieux, allez jetez une oreille et même deux sur « Ars Notoria », à coup sûr il ne pourra pas vous laisser indifférents.

    Tracklist :

    1. Spellbreaker – 04:45
    2. Gypsy Witch – 03:52
    3. The Magician’s Horse – 04:19
    4. Possessed by Ancient Spells – 05:31
    5. A Sign in the Sky – 06:59
    6. Ars Notoria – 06:02
    7. Floating Through Time – 07:21
    8. Sigil of Zagan – 03:26

    Line-up : Tenebros – Tous les instruments et le chant.

    Guest : Befana – Clarinette, basse flûte

    Liens :
    https://astral-spectre.bandcamp.com/music
    https://www.facebook.com/OfficialAstralSpectre
    https://www.instagram.com/astral_spectre/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/01WoYykKR

  • Pestilential Shadows / Devil’s Hammer

    Pestilential Shadows / Devil’s Hammer

    Genre : Black Metal
    Label : Northern Silence Productions
    Sortie : 1er mars 2024

    Note : 90/100 (Seblack)

    Mieux vaut tard que jamais. Voilà une expression bien banale mais qui tombe à point nommé pour évoquer ce nouvel album du groupe Pestilential Shadows dont le nom et la musique n’étaient pas parvenus jusqu’à mes oreilles jusque là.

    Et pourtant…avec cet opus intitulé « Devil’s Hammer », ce groupe australien est loin d’être un nouveau venu au sein de la scène black : septième album, vingt ans de carrière tout pile, voilà qui en impose tout de même… Toujours est-il que j’étais passé totalement à côté du groupe jusqu’à l’annonce de cette nouvelle sortie chez Northern Silence qui a souvent le nez creux pour dénicher des pépites. Le label n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai avec le black metal en provenance d’Australie. Pensons, pour une période récente, au one man band Midnight Betrothed au black metal pour le moins étrange.

    Bon le passeport mis à part, la comparaison s’arrête là car Pestilential Shadows présente un tout autre visage avec un black qualifié d’atmosphérique, certes, mais bien venimeux. L’artwork ne paie peut-être pas de mine mais croyez bien que le marteau tenu par ce démon va s’abattre sur votre tête et pas qu’une seule fois…

    Commençant tambour battant par le morceau éponyme, le quatuor n’est effectivement pas du genre à tourner autour du pot et donne le ton dès les premières mesures : « Devil’s Hammer » est à la fois une composition très puissante, mélodique et alambiquée. Qui plus est, le son est excellent et met bien en valeur toute l’énergie déployée par les musiciens que ce soit au niveau des guitares (très travaillées), de la basse qui claque implacablement, du chant ou de la batterie. D’emblée Pestilential Shadows frappe donc un très grand coup.

    Mais les huit autres compositions vont-elles être du même niveau ? Incontestablement, la réponse est oui. Que ce soit en mode mid tempo hyper lourd ou par des accélérations ou des breaks ravageurs, le quatuor australien ne fait pas de quartier. Tout juste une petite pause sur «Scaphism» histoire de reprendre son souffle et ça repart de plus belle.

    Certes les difficiles opposeront qu’en soi, la musique de Pestilential Shadows évolue dans un registre somme toute assez classique, mais franchement quand on tient un opus aussi ravageur et inspiré, on ferme sa grande gueule, on écoute ou on part…

    Le meilleur dans tout ça, c’est qu’on est loin d’être face à une musique simpliste qui se contenterait de balancer quelques riffs bas du front par la figure. Chaque composition est ciselée, traversée de changements de rythmes, de lignes qui s’entrecroisent et forment un maelstrom absolument ténébreux et passionnant à écouter. Au fil de chacune des pistes, on se dit que le groupe va bien finir par fléchir à un moment mais non, il tient bon et à aucun moment ne faiblit.

    Juste équilibre entre tradition et modernité, Pestilential Shadows propose avec « Devil’s Hammer » un album de très grande qualité. Accrocheur mais pas simpliste, complexe mais jamais chiant, ce septième album constitue d’ores et déjà une de mes découvertes de ce début d’année.

    Tracklist :

    1. Devil’s Hammer (5:52)
    2. Bitter Cross (5:05)
    3. Despot of Cathartic Vigor (5:03)
    4. Tears of the Scythe (7:24)
    5. Scaphism (1:20)
    6. Jackal (6:34)
    7. Armour Satanised (5:17)
    8. Goddess of Winter (6:25)
    9. Shards of Dusk (7:50)

    Line-up : Balam – Guitare, basse, chant / Basilisk – Batterie / Krvna Vatra – Guitare / Mourn – Guitare.

    Liens :

    https://www.facebook.com/PestilentialShadowsOfficial
    https://www.instagram.com/pestilentialshadows/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/4Io6LqqUYF5oGksMaiXO3L?si=qgQTXugHTeGoLbxB4ed9qQ&dl_branch=1&nd=1&dlsi=6b02684a33004c1d

  • Lunar Spells / Sacraments of Necromantical Empires

    Lunar Spells / Sacraments of Necromantical Empires

    Genre : raw black metal
    Label : Northern Silence Productions
    Sortie : 1er mars 2024

    Note : 80/100 (Seblack)

    Lunar Spells est grec, et depuis 2020 le trio n’a de cesse d’ajouter chaque année une ligne à sa discographie entièrement vouée à un black metal raw fleurant bon la Scandinavie. En cela le groupe inscrit ses pas dans ceux de nombres de formations helléniques dont la musique peut donner l’impression de sonner plus scandinave que les scandinaves. On pourrait aussi dire plus papistes que le pape mais dans le cas présent ce serait plutôt déplacé, vu les thématiques développées par le groupe. Peu importe, finalement, car ce qu’il faut retenir c’est que la Grèce est depuis longtemps une terre féconde pour le black metal et Lunar Spells en est un des enfants prodigues.

    Pas de surprise majeure, donc, dans ce « Sacrament of Necromantical Empires » sortant chez Northern Silence Productions : son un peu lointain, mais pas trop, riffs glaciaux, mélodies empoisonnées, chant possédé et touches de claviers caractérisent une musique de nature à plaire aux amateurs du genre. Les autres trouveront que cela ne déborde pas d’une originalité folle et que Lunar Spells ne propose rien de bien neuf, ce qui tombe bien puisque ce n’est absolument pas l’intention du groupe dont on comprend bien qu’il s’inscrit dans une démarche classique mais néanmoins classieuse.

    Les cinq compositions proposées ici (en laissant de côté la dernière piste faisant fonction d’outro) sont en effet sans réelle surprise mais de très belle facture, nul doute qu’elles devraient flatter l’oreille de l’auditeur féru de black raw mélodique. Nanti d’un artwork qui ne laisse pas davantage douter de ce que le groupe propose, ce troisième album coche une nouvelle fois, donc, toutes les cases de l’opus de black metal à la fois très classique, volontiers régressif mais tout simplement bien foutu. Cette remarque on l’appliquera à cet album comme aux œuvres précédentes de cette formation grecque inspirée et appliquée.

    Les palais en recherche de sensations nouvelles pourront ronchonner tant qu’ils le souhaitent mais quand elles sont bien exécutées les vieilles recettes ne manquent pas de saveur et ce nouvel album de Lunar Spells en est une parfaite illustration. Un album sans surprise, certes, mais sans la moindre déception non plus.

    Tracklist :

    1. Eerie Nocturnal Shades (06:19)
    2. Necromantical Glorification (06:40)
    3. Sorcery of Death (06:46)
    4. Demoniac Chalice (06:18)
    5. Luciferian Twilight (07:13)
    6. Gloomy Necrotic Ritual (02:47)

    Line-up : K. C. H – Basse / V. T. – Batterie / Cryptic – Chant, guitares, claviers.

    Liens :
    https://lunarspells.bandcamp.com/
    https://www.facebook.com/people/Lunar-Spells/100064117835671/
    https://www.instagram.com/lunar_spellsbm/

  • Alluvial  /  Death Is But A Door

    Alluvial  /  Death Is But A Door

    Genre : death metal
    Label : Nuclear Blast
    Sortie : 12 janvier 2024

    Note : 70/100 (Seblack)

    Bon le death metal et votre serviteur cela fait un peu deux. Enfin un et demi… Disons que concernant ce style je suis resté coincé dans un espace spatio-temporel situé au début des années 90 entre la Floride et la Suède. La scène actuelle ? Je n’y connais foutrement rien ou presque.
    Avant de jeter une oreille sur cet Ep intitulé « Death Is But A Door », je n’avais jamais entendu parler de ce groupe américain, Alluvial. Une écoute et une chronique en forme de petit défi donc. Les pauvres, fallait bien que cela tombe sur eux.

    En bref cet EP, sorti chez Nuclear Blast, fait suite à deux albums respectivement sortis en 2017 et 2021. Il se compose de quatre titres pour un peu moins d’une vingtaine de minutes. L’artwork est assez surprenant pour un disque de death metal avec ce thème digne d’un groupe de black atmosphérique ou de sudge, on relèvera l’aspect patiné genre vieux 45 tours.

    Pas de tour chauffe avec un premier titre, « Bog Dweller », qui rentre dans le lard direct. On est face à un death metal assez technique mais pas monolithique. Jouant habilement sur les cassures de rythme entre passages rapides ou pachydermiques, le quatuor maîtrise son affaire et ne fait pas dans la dentelle. Le chant caverneux de Kevin Muller ne laisse pas sa part aux chiens et les solos et autres motifs typiquement death sont impeccablement agencés et exécutés. Une bonne entame donc quoiqu’un peu archétypale. Le morceau « Area Code » est un peu du même cru en plus concis.

    « Fogbelt » est la composition qui a le plus attiré mon attention avec ses ambiances résolument très lourdes et malsaines. Une véritable chape de plomb plane sur ce morceau et les sonorités grinçantes que peut prendre la guitare ajoutent un côté inquiétant qui n’est pas sans évoquer un « Word of Shit » de Morbid Angel ou d’autres morceaux mid tempo de cet acabit.

    Reste le cas, plus épineux, du morceau éponyme qui clôture l’EP. Avec son intro tout en douceur et son chant clair, Alluvial propose un titre résolument différent aux accents death core mélo beaucoup plus prononcés. Bien que plus réfractaire encore à ce style, le morceau est plutôt plaisant et sa place de fin lui donne comme des petits airs d’outro. Reste toutefois qu’il est tellement différent par rapport à ce qui a été proposé avant qu’on ne sait plus trop quoi en penser.

    Alors au final ce n’était pas si terrible comme épreuve. En effet, Alluvial parvient en quatre titres à proposer un Ep loin d’être inintéressant et techniquement irréprochable. La musique de la formation américaine est dense, sachant alterner des passages rapides à d’autres d’une lourdeur écrasante, le dernier morceau peut surprendre dans le bon comme dans le mauvais sens, c’est une affaire de goût. Dans tous les cas, voilà une formation qui a de quoi briser bien des nuques.

    Tracklist :

    1. Bog Dweller (4:30)
    2. Fogbelt (3:52)
    3. Area Code (3:47)
    4. Death Is But A Door (4:52)

    Line-up : Tim Walker -Basse / Wes Hauch – Guitares / Kevin Muller – Chant / Zach Dean – Batterie.

    Liens :
    https://alluvial.bandcamp.com/album/death-is-but-a-door
    https://www.deezer.com/mx/artist/11612033?deferredFl=1#target-item-album-1
    https://www.facebook.com/alluvialmetal/
    https://www.instagram.com/alluvial/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/7z2P2nNjtnAVnUavHIXZWQ?si=rKWHRToOSw6RVhA9ITa-_A&nd=1&dlsi=8b7be3810f71417b

  • Lucifer  /  V 

    Lucifer  /  V 

    Genre : heavy doom
    Label : Nucleat Bast Records
    Sortie : 25 janvier 2024

    Note : 80/100 (Seblack)

    Je ne vais pas cacher mon désintérêt croissant pour la scène metal “généraliste”. Pour autant, et parce qu’il ne faudrait pas mourir idiot, je garde quand même une petite oreille sur quelques groupes, qu’il s’agisse des classiques ou d’autres.. Bon la plupart du temps je la retire assez vite… mais quelques exceptions existent et le groupe Lucifer pourrait en faire partie.

    Voilà déjà dix ans que cette formation heavy doom mène son petit bout de chemin et la moindre des choses que l’on puisse dire est que le groupe ne traîne pas en route avec, déjà, un cinquième album au compteur. On mesurera aussi que cette route est de celle qui semble gentiment conduire le groupe, mené par Johanna Platow Andersson, vers les sommets du genre.

    Le parcours et une partie de l’univers musical de Lucifer m’ont toujours fait penser à celui de Ghost. Les deux groupes ont d’ailleurs tourné il n’y a pas si longtemps ensembles. Alors bien sûr, pas question d’enfermer l’un ou l’autre dans une comparaison trop exagérée mais tout de même quelques petits points communs me viennent en tête…Tout d’abord ce goût prononcé pour un heavy sabbathien allié à de jolies mélodies et des sonorités très seventies.
    On ajoutera à cela un penchant assez caustique pour une imagerie mêlant l’occulte, le macabre et bien sûr le malin. En poursuivant encore un peu, on notera que les deux groupes ont aussi vu leur premier album signé sur le label de Lee Dorian, Rise Above Records.

    Sacré Lee ! Non content d’avoir imprimé sa marque comme peu de musiciens dans la scène metal, ce diable a toujours eu le nez creux pour découvrir des groupes prometteurs et capables de renouveler un paysage musical un tant soit peu redondant.
    Dans le cas des deux formations ce fut ensuite l’envol vers de plus grosses maisons de disques. Pour Lucifer cela se passa chez Century Media dans un premier temps et pour ce cinquième opus on monte encore d’un cran avec une signature chez Nuclear Blast.

    Bon, c’est dans un cercueil que nous retrouvons Johanna Andersson, mais plus que vivante que jamais. L’artwork s’inscrit donc dans une certaine lignée avec le corbillard de l’album III, et la crucifixion de l’album IV. Ce n’est pourtant pas sur un accent funéraire que va s’ouvrir ce cinquième chapitre mais au contraire sur le très vif « Fallen Angel » avec ses guitares à la fois lourdes et sautillantes qui ne peuvent qu’évoquer le maître Tony Iommi. Vous ajoutez à cela le chant toujours aussi plaisant de Miss Andersson, une basse bien veloutée et une pointe de chœurs et vous obtenez une entrée en matière assez irrésistible. Ce morceau d’ouverture est aussi l’occasion de mesurer le travail d’orfèvre mené sur le son qui est la fois moderne mais avec cette chaleur et cette patine propres aux seventies.

    « At the Mortuary » nous emmène dans des chemins plus tortueux mais tout aussi langoureux, les sonorités d’orgue amènent une atmosphère plus occulte à un morceau qui prend le temps de se développer sans jamais devenir ennuyeux. A la manière de Blues Pills, « Riding Reaper » montre, lui, un visage rock presque sautillant, en tout cas vivifiant. Voilà donc une entame d’album à la fois variée et maîtrisée.

    Comme son nom pourrait l’indiquer « Slow Dance in a Crypt » sonne l’heure de la ballade ou en tout cas d’un morceau beaucoup plus calme. Hmmm voilà un moment redouté autant que redoutable que celui où le piano pointe son nez sur ce type de composition… Mais Lucifer s’en sort avec les honneurs, bien aidé par le chant de Johanna Andersson, un solo impeccable et une basse décidément très langoureuse.

    Pour le reste de l’album, Lucifer déroule comme un corbillard sur l’autoroute du cimetière. Au passage il nous lance les pêchus « Maculate Heart » et « Strange Sister » ou nous assène un refrain irrésistible sur « A Coffin Has No Silver Lining ». Assez clairement, il y a là des morceaux qui pourraient faire mouche sur scène, sans oublier « The Dead don’t Speak ». Le dernier morceau arrive déjà et il fallait bien un peu de lourdeur pour refermer la grande boîte en bois. Le temps à Lucifer d’explorer des contrées plus doom et feutrées avant de s’échapper à tombeau ouvert.

    A la fois très travaillé tout en restant parfaitement accessible, ce cinquième album de Lucifer marque un nouveau pas en avant pour une formation qui ne fait que confirmer sa capacité à composer de vraies bonnes chansons. Conservant son ancrage dans les seventies, la bande à Johanna Anderson parvient toujours à proposer quelque chose de rafraîchissant tout en cultivant ce côté vintage. Ce numéro d’équilibriste le groupe le tient depuis ses débuts et continue de le faire évoluer, à un niveau plus abouti d’album en album. Mais où diable s’arrêteront ils ?

    Tracklist :

    1. Fallen Angel 03:09
    2. At The Mortuary 06:07
    3. Riding Reaper 04:11
    4. Slow Dance In A Crypt 04:28
    5. A Coffin Has No Silver Lining 04:25
    6. Maculate Heart 04:09
    7. The Dead Don’t Speak 03:58
    8. Strange Sister 04:20
    9. Nothing Left To Lose But My Life 04:50

    Line-up : Johanna Platow Andersson – Chant / Nicke Andersson Platow – Batterie / Linus Björklund – Guitare / Martin Nordin – Guitare / Harald Göthblad – Batterie

    Liens :
    https://www.facebook.com/luciferofficial
    https://www.instagram.com/lucifertheband/
    https://luciferofficial.bandcamp.com/album/lucifer-v
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/4fqjeVEalB6iB3BhKu5HwZ

  • Griffon   /  De Republica

    Griffon   /  De Republica

    Genre : black metal
    Label : Les Acteurs de l’Ombre Productions
    Sortie : 16 février 2024

    Note : 95/100 (Seblack)

    En à peine une dizaine d’années d’existence, Griffon est parvenu à imposer sa griffe : celle d’un black metal acéré et mélodique abordant l’histoire avec un grand H. Bien sûr, le groupe parisien n’est pas le premier à embrasser l’épopée historique comme thématique centrale de sa musique… Mais bien peu, pour ne pas dire aucun, ne l’abordent de cette manière aussi globale.

    On ne va pas refaire la chronique de « Ὸ θεὀς ὸ βασιλεὐς » sorti en 2020, mais j’avais déjà été impressionné par l’aisance avec laquelle Griffon parvenait à assembler des éléments historiques à priori très différents pour en faire un tableau musical  cohérent ; tout cela en parvenant à y glisser quelques résonances contemporaines habiles sans jamais sombrer dans une forme de militantisme quelque peu commune

    En bref, à l’annonce de ce troisième opus la curiosité et les attentes étaient grandes, très grandes même.

    Première surprise,  la pochette de l’album avec ce ciel bleu et cette scène révolutionnaire au pied de Notre Dame. Autant de motifs et de couleurs qui sont pour le moins inhabituels au sein d’une scène black metal où les cathédrales sont plus volontiers en flammes ou en ruines et les cieux pourpres ou sombres.

    Deuxième surprise, le titre “De Republica” qui s’inscrit dans un champ historique et politique peu commun lui aussi. Dans le microcosme black, on est davantage habitué aux thématiques militaires, (anti)religieuses, médiévales…  Mais l’histoire de la République et du peuple, voilà qui est beaucoup plus rare et finalement audacieux. Quand pour présenter son nouvel opus Griffon écrit : « D’une part, l’album est une ode à la République, défendant l’État de droit, l’égalitarisme et la liberté, et d’autre part, une œuvre sacralisant la Révolution comme expression populaire de la lutte contre le despotisme et pour l’accès à la liberté. », clairement, quelques-uns ont dû manquer de s’étouffer… Mais le meilleur est à venir.

    En effet, troisième surprise et pas des moindres : le tout premier titre. Intitulée “L’homme du Tarn” cette chanson d’ouverture est consacrée à Jean Jaurès, figure historique du socialisme et du pacifisme français. Là encore du point de vue thématique, on ne doit pas être loin de l’inédit en matière de black metal. Mais au-delà de son sujet, la chanson a aussi de quoi marquer les esprits car elle a l’allure de ce que l’on pourrait appeler un hymne. Puissante, mélodique avec des paroles tranchantes et un refrain marquant, “L’homme du Tarn” dispose de bien des atouts pour devenir un titre incontournable dans la set list de Griffon. Comme le groupe nous y a déjà habitués, la composition est entrecoupée de respirations sous forme de citations, en l’occurrence de Jean Jaurès, on reconnaîtra au passage la voix du conteur Quentin Foureau. En bref, voilà une entame d’album des plus  mémorables.

    Mais attention, il ne faudrait pas que ce premier titre soit l’arbre qui cache la forêt. Car  les cinq autres compositions de cet opus sont tout aussi qualitatives  et nous emmènent dans un voyage musical à travers le temps. “The Ides of March” nous fait ainsi remonter à l’Antiquité, au crépuscule d’une République romaine déjà bien moribonde, lorsqu’un groupe de sénateurs décident d’assassiner Jules César, figure ambivalente, qui s’est octroyée le titre de dictateur à vie tout en demeurant très populaire auprès du peuple. Pour la forme ce sera l’unique morceau qui ne sera pas chanté en Français.

    Pour les morceaux suivants, la chronologie et la thématique se resserrent sur le XIXe et le début du XXe siècle avec pour protagoniste central le peuple français. Une nouvelle fois Griffon brille pour saisir le sens des événements choisis et  retranscrire en musique leur portée épique ou tragique. Dans “À l’insurrection”, cette forme de lyrisme permet ainsi de ressentir toute la colère et la détermination du peuple de Paris à renverser le roi Charles X et son ministre Polignac à l’origine de projets de loi remettant en cause la liberté de la presse et les lois électorales existantes.  Une colère qui monte encore d’un cran dans “La semaine sanglante” consacrée à la Commune et à son tragique épilogue qui donne son titre à la chanson.

    Mais parce que le peuple, ce n’est pas que celui de Paris ou le peuple révolutionnaire, Griffon n’oublie pas celui des campagnes qui, dans le sillage des lois de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, proteste vigoureusement contre les inventaires des biens ecclésiastiques. Tout en exprimant la colère, “La loi de la Nation” résonne aussi des accents nostalgiques d’une France révolue qui n’est plus.

    Ces accents plus pesants, on les retrouve plus pleinement encore sur le morceau éponyme qui clôt l’album. Avec une petite porte ouverte sur l’actualité récente, Griffon retrace en mots âpres la mise en place du pouvoir personnel d’un Napoléon Bonaparte se présentant comme le sauveur de la Révolution de 1789 tout en étant le fossoyeur de la République. Les mots sont amers, la musique aussi, mais le titre porte aussi en lui cette rage d’un peuple prêt à prendre sa revanche tôt ou tard.

    Foisonnant et maîtrisé dans sa musique comme dans ses propos, Griffon propose avec ce troisième opus une œuvre qui sera, à n’en pas douter, une des sorties marquantes de cette année 2024. Au travers d’un black metal foisonnant, le groupe parvient à faire de l’histoire de ce peuple français un tableau vivant fait de multiples combats, de convictions, parfois de contradictions, de victoires, de défaites, d’espoir ou d’accablement. 

    “De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ” clamait Georges Danton. Assurément, Griffon n’en manque pas et de talent non plus.

    Tracklist :

    1 – L’Homme du Tarn (07:58)

    2 – The Ides of March (07:11)

    3 – A l’insurrection (04:54)

    4 – La semaine sanglante (04:24)

    5 – La loi de la Nation (05:56)

    6 – De Republica (06:28)

    Line-up : Aharon – Chant  / Sinaï – Guitare /  Kryos – Batterie / Antoine – Guitare

    Liens :

    https://griffonblackmetal.bandcamp.com/album/de-republica

    https://www.deezer.com/fr/artist/1402088

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