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Du Metal… mais pas que !

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Blóð / Mara

Artwork

Genre : Blackened doom / Sludge
Label : Talheim Records Germany
Sortie : 21 Juin 2024

Note : 90/100 (Gévaudan)

Cette journée avait pourtant si bien commencé… Il faisait beau, et j’avais eu l’idée saugrenue de fêter mon entrée dans Memento Mori par une soirée à la maison.

Mais alors que j’accueillais les premiers invités, un message de Mémé Migou fit irruption sur mon téléphone, heureusement à portée de main.

« Il faut que tu chroniques cet album ! », lisais-je sur la conversation.

Juste en dessous, figurait un lien vers cet album.

Le groupe ? Blóð.

Je ne connaissais pas, mais « c’est du blackened doom/sludge« , me disait Migou.

Pile poil ce que j’aime ! L’album s’appelle Mara.

Je décidais alors de tenter le diable et mettre l’album en écoute pendant la soirée, afin d’en écrire la chronique une fois les invités partis. Je prétextais alors un besoin pressant pour aller discrètement me renseigner sur Blóð.

Première info : Blóð, c’est l’islandais pour « sang ».

J’en étais déjà à peu près sûr, mais il faut toujours se méfier des faux-amis.

Deuxième info : il s’agit d’un duo ! 

Ulrich W. qui s’occupe de la musique, et Anna W. au micro. Ma curiosité fut alors renforcée.

Troisième info : ils ont déjà deux albums à leur actif (l’un en 2019 et l’autre en 2021).

Pourquoi les avais-je loupés jusqu’alors ? Peut-être que la réponse à cette question m’apparaîtra outre-tombe.

En attendant, il fallait rejoindre les invités et attaquer les hors-d’œuvre sur la première chanson …

Track 1 : « Gehenna ».

Le temps de brancher la clé USB sur l’ampli Hi-Fi, de mettre « play » et de me retourner, le nombre d’invités avait soudainement doublé. 

Au son d’une intro sous forme de musique folklorique avec un air chanté fort entêtant, voilà que deux jeunes filles assises sur le canapé à côté de mes deux autres invités me regardaient fixement en souriant. D’où venaient-elles ? Comment étaient-elles entrées ? Je n’en savais rien. Mon regard se baladait entre leurs deux magnifiques visages au rythme des tambours qui annonçaient la venue de quelque chose d’horrible.

Le sourire des jeunes filles se transforma brusquement en un rictus affreux, et la chose horrible attendue prit alors la forme de guitares distordues, accompagnées d’un rythme lent. Un riff aux notes bendées, une tension, une pression bien dosée.

Aurais-je dû avoir peur ? Bien sûr que oui.

La voix d’Anna, calme au premier abord, semblait nous communiquer une énergie. Le temps était comme figé.

J’eus alors la force de demander à mes potes d’où venaient ces étranges « invitées », mais trop de temps s’était en fait déjà écoulé à la seule écoute du premier couplet pour que cette question paraisse naturelle. Rien ne justifiait un tel temps d’inaction de ma part. Cette voix puissante et lourde d’émotions avait créé un espace-temps tout à fait étrange.

La réponse que j’entendis soudain fut un cri. Déchirant, éraillé, maîtrisé, magnifique.

Venait-il de la musique ? 

Bien sûr que oui.

Il n’y avait plus que la musique.

Je posais ma question à nouveau devant mes convives, desquels je me rendais progressivement compte de l’absence totale de mouvement.

Les filles avaient toujours ce rictus hideux, leurs yeux regardant fixement droit devant elles.

Mes potes étaient, quant à eux, comme prostrés. Les avaient-ils amenées avec eux ?

Le rythme se fit alors plus martial. Le temps semblait reprendre son cours avec une voix douce, comme angélique.

Je posais ma question derechef.

Oui, ils les avaient rencontrées sur la route, me répondirent-ils.

Soit.

Les filles avaient enfin quitté leur rictus et pouffaient de rire. Tout en me demandant ce qu’il pouvait bien y avoir de si désopilant, j’apportais les hors-d’œuvre et les premières bouteilles de champagne. 

À ce moment, la chanson se terminait sur un riff répété doté d’une tension à couper au couteau.

Les têtes bougeaient.

La mienne aussi. 

Si l’on exclut le moment légèrement « paranormal » induit par l’écoute de la première chanson, la soirée commençait plutôt bien.

Je n’aurais jamais tiré cette conclusion si j’avais eu le moindre signe avant-coureur des évènements qui allaient suivre.

Au tour de la deuxième chanson …

Track 2 : « Malignant ».


Cette fois-ci, on rentrait dans le vif du sujet : tout démarre d’un seul coup. Toujours lent, toujours sombre, toujours kiffant. La maîtrise des instruments n’était plus à prouver : Ulrich nous faisait là une démonstration magistrale de son talent !

Le chant clair de Anna arriva, avec une partie un peu plus atmosphérique, lancinante.

Une des filles sortit une espèce de petit sachet plastique de sa besace, et le posa sur la table.

Sans y faire plus attention, mon regard se détourna plutôt vers l’ampli.

Était-ce du OTEP que j’entendais là ? 

Non, c’était la voix de Anna qui venait de passer dans un registre bien plus torturé. Drôle de sensation.

Je me retournais alors pour constater la présence de deux filles supplémentaires.

Alors que je sursautais de frayeur, la voix claire était revenue. Hypnotisante, peut-être presque trop littéralement. Un chant d’une justesse à toute épreuve.

Des traces de poudre blanche étaient maintenant visibles sur la table.

Sans même m’inquiéter davantage de la présence des deux autres invitées surprise, j’ordonnais aux coupables de nettoyer ce chantier.

Ordre qui ne fut accueilli par guère plus que des rires étouffés.

Je ne relevais pas, car la musique venait de commencer à s’intensifier, annonçant une partie très lourde et encore plus torturée.

Hors de question de rater un tel passage pour de vulgaires querelles !

Alors que je fus happé par des cris que l’on croirait sortis d’un four crématoire dans lequel on aurait accidentellement placé une personne vivante, un verre me fut proposé. Je l’acceptais avec joie.

Puis d’un seul coup, tout s’arrêta pour laisser place à une note froide, oppressante… Note qui marquait alors la fin du morceau en baissant graduellement en intensité. Voilà qui annonçait du très lourd pour la suite.

Et voici venir …

Track 3 : “Martyr”.

Une sacrée entrée en matière avec une mélodie écrasante, presque un mantra, le genre bien malsain. Puis vint une voix semblant provenir d’une crypte toute proche.

C’est alors que ma vision commença à se déformer.

Tout le monde semblait suinter un liquide abominable par tous les pores de leur peau.

Deux des filles invitèrent mes potes à danser, la troisième me dévisageait. Un rythme lancinant à grands coups de toms, une voix tantôt plaintive, tantôt hurlante, tantôt déchirée, sur des guitares qui montaient toujours plus en intensité sous une basse pachydermique. Le moment était électrisant.

Les deux autres filles se touchaient en me regardant ostensiblement.

Les hallucinations devenaient de plus en plus informes, les couleurs se mélangeaient.

À mesure que la chanson se terminait dans un fade-out qui n’en finissait plus de finir, la noirceur de nos êtres devenait de plus en plus tangible.

De plus en plus … Palpable.

Track 4 : “Mara”.

La chanson éponyme.

“Une gratte en 3, un rythme en 4.

Pourquoi pas ? C’est bien fat !”

On avançait dans l’abîme. La soirée devenait vraiment bizarre. Un de mes potes s’effondra d’un seul coup. Je paniquais alors, incapable de bouger, comme envouté par ce chant qui semblait doté d’un puissant pouvoir de suggestion. Il nous poussait aux pires péchés.

Le décor de mon salon semblait s’être mué en une grotte cathédralesque. Des voix se faisaient entendre. Des voix fantômatiques qui nous sussuraient à l’oreille que si Kurt Cobain avait été une femme, elle s’appellerait Anna W.

Toujours plus profond.

Un rythme au tempo immuable, lent, oppressant, toujours plus oppressant, toujours plus au fond, toujours plus vers l’abîme qui nous emporte, qui nous prend. Le son voulait nous faire embrasser le grand néant.

Une flaque rouge.

Mon pote était raide mort sur le tapis.

J’étais sacrément emmerdé, je l’aimais bien, ce tapis.

Track 5 : “The White Death”.

Une note lugubre qui ne discontinue pas, comme un grognement poussé au fin fond d’un égout, se fit entendre avec la plus grande clarté. Le visage des filles se mua alors en monstruosité innommable.

Une voix lyrique, aérienne, succéda à la sorcière du bois d’à côté. Des transitions à la limite du croyable. C’était un cycle entre l’acceptation de la mort et la colère, mais bloqué dans une horrible boucle infinie : on n’en finit plus de braver la mort. 

Mon autre pote gisait inanimé dans le canapé, une épaisse écume encerclant ses lèvres.

J’espérais seulement qu’il n’avait pas gerbé dessus.

Track 6 : “Chthonia”.

Ce que j’aurais aimé pouvoir demander à Google comment prononcer la moindre syllabe de ce titre ! Mais mon corps se refusait toujours à tout mouvement.

Les filles, ou plutôt les créatures difformes qui avaient maintenant pris leur place, me dévisageaient avec bien plus d’yeux que je ne pouvais en compter.

Ça allait être mon tour.

Mais pourtant, avant même qu’elles ne fussent sur moi, ma vision revint à la normale. Qu’y avait-il donc dans ce verre que l’on m’avait donné ?

D’un seul coup, c’était comme une remontée des abysses.

La tonalité changeait. L’émotion changeait. Le tempo augmentait un peu…

On distinguait la lumière.

Le sombre décor cathédralesque était désormais éclairé de grands vitraux. Une prêtresse chantait devant un autel d’ossements humains. 

Puis elle se mit à hurler.

Sa silhouette se flétrissait alors que la lumière des vitraux devenait rouge sang.

Des voix, gutturales cette fois, vinrent renforcer les cris effroyables qui succédaient aux chants cristallins dans un cycle dont on ne se lassait désormais plus.

Puis la distorsion s’arrêta net, pour laisser place à une guitare claire qui disparut petit à petit. 

Mais où étaient donc passées les filles, me demandais-je perplexe ?

Track 7 : “Frost”.

Un autre air en guitare claire commença. Avec un chant une fois encore très aérien.

Une tension se construisait.

Alors que je reprenais pleinement mes esprits et que je constatais avec horreur l’ampleur de la gravité de ce qu’il venait de se passer, l’air se faisait plus menaçant.

Comme un silence, mais qui accélère.

Track 8 : “Covenant”.

Voilà le nom de la chanson qui avait interrompu le buildup.

Après une calme introduction, nous étions replongés dans les abysses.

… Nous ?

Suis-je bête, il n’y avait guère plus que moi en vie dans mon salon maintenant maculé de sang. 

Je me relevais, porté par ce riff qui vous soulèverait la montagne inversée de Bugarach pour y trouver des plantations de beuh extraterrestre en dessous.

Le rythme dictait mes actes.

Chaque articulation, chaque partie de mon corps était mue par cette ritournelle abjecte.

La musique érigée à l’état de possession démoniaque dans sa forme la plus pure.

Alors que le rythme accélérait, droit dans le mur du néant, un bruit sourd se fit entendre.

Track 9 : “Queen ov Hades”.

Non sans rappeler quelque peu Flower of evil (aka Malfiore) d’ Electric Wizard, les riffs de départ avaient su ranimer quelque peu les phénomènes étranges qui se déroulaient dans ma demeure.


Le bruit sourd n’était autre que l’une des filles qui venait de réapparaître devant moi, avec cette fois-ci un visage angélique. La musique s’adoucit alors.

Une voix quelque peu radiophonique vint porter une mélodie sourde et tranquille.

Je dévisageais cet être magnifique qui m’enlaçait de ses bras, puis lui demanda son nom…

Mais sa réponse fut noyée dans la reprise brutale d’un riff plus lourd encore que le précédent. 

L’ambiance était très vite devenue pesante. Vraiment pesante. Un mantra répété inlassablement.

Avec une lenteur quasi surnaturelle, un sourire se dessina sur son visage, puis elle se pencha pour m’embrasser.

Pourquoi m’étais-je laissé faire ?

Pourquoi cette situation me laissait-elle si indifférent ?

Je devais avoir été transporté dans une autre dimension…

Une dimension où les riffs hypnotisants donnent vie à vos pires cauchemars.

Track 10 : “Mother ov all”.

Des coups de cordes surpuissants, semblables à des coups de tonnerre.

Une lourdeur toujours plus intense, venue des tréfonds de l’enfer.

Le riff promettait d’être entraînant.

Alors que j’étais plongé dans un interminable baiser, le monde s’effritait autour de moi. Le décor de mon salon refaisait petit à petit surface.

Tout était saccagé.

Un spectacle de désolation pire encore que la scène de crime sous mes yeux.

Je m’écartai soudain, hurlant de terreur face à l’abomination.

La fille se mit à convulser, vociférer inintelligiblement dans ma direction.

Non, ce n’était pas la chanteuse, cette fois-ci.

Le volume diminua, le rouleau-compresseur s’éloignait.

Anna ne nous a pas dit “au revoir”, elle a laissé Ulrich le faire à sa place. Un adieu solennel adressé sous la forme d’une complainte répétitive qui s’en va au gré du potard de volume.

Mais la sono m’indiquait clairement que ce n’était pas fini.

La durée du morceau augmentait toujours sur l’afficheur, dans un silence assourdissant …

Épilogue

Mesdames et messieurs, croyez-en le seul rescapé de ce triste fait divers, le voyage vers le fond de l’abysse n’en était alors qu’à ses balbutiements.

J’ai réussi à m’échapper, par je ne sais quel miracle.

Vous, qui me lisez … Je me dois de vous prévenir.

Cet album … Il n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Vous risquez d’y perdre votre âme à tout jamais ! Et de devoir rejoindre la grandissante armée d’esclaves zombies de ce duo maléfique dont les mélodies diaboliques parasiteront encore et encore les pensées, dictant leurs actes contre leur gré pour l’éternité !

Vous, qui me lisez, pouvez encore vous sauver.

Mais pour moi, à l’heure où j’écris ces lignes, il est sûrement déjà trop tard. Les succubes démoniaques ayant répondu à l’appel d’Anna et Ulrich sont encore à mes trousses. 

Et ce n’est plus qu’une question de minutes avant qu

Tracklist

  1. Gehenna
  2. Malignant
  3. Martyr
  4. Mara
  5. The White Death
  6. Chthonia
  7. Frost
  8. Covenant
  9. Queen ov Hades
  10. Mother ov all

Line-up : Ulrich W. : Tous les instruments / Anna W. : chant

Liens

http://blod-music.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/blodband

https://youtube.com/@blod_doom

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