Genre : Black Metal
Note : 94/100 (LB D)
Label : Antiq Records
Sortie : 27 Février 2025
Arkaist est un “petit nouveau” sur la scène underground hexagonale. Petit nouveau oui, mais que par son nom alors, car il a été fondé suite au déménagement à Rennes en 2023 des deux protagonistes bien connus de la scène Black Metal française.
D’une part, Maeror, au chant et à la guitare, est surtout connu pour son investissement dans le groupe Azgarath. D’autre part, Beobachten, qui officie également à la guitare, à la basse et aux synthés. Lui, on le retrouve en tant que musicien live chez les groupes Créatures ou Hanternoz. Actuellement, il accompagne Sans Visage pour les premiers concerts de Prieuré. Tous deux évoluent au sein de l’univers d’Antiq Records, il n’est donc guère étonnant qu’Arkaist ait choisi de signer avec le label de Hyver Mor pour la publication de son premier album.
Afin de compléter leur formation et de pouvoir enregistrer leur premier album, les deux comparses ont fait appel à deux de leurs connaissances. Ainsi, on rejoint la troupe, Gwenc’hlann An Teñval en tant que bassiste, principal compositeur et chanteur au sein du groupe breton Formoraich et Cryptic à la batterie, également batteur dans la formation corrézienne Azgarath. Tous deux collaborent avec Maeror dans les groupes susmentionnés tout en apportant également leur petite touche personnelle aux compositions du premier album.
C’est un peu par hasard que j’ai découvert l’existence de Arkaist. À vrai dire, je ne sais même plus comment ces vidéos de répétitions sont arrivées sur mon fil d’actualité d’un réseau social bien connu. Tout cela m’avait bien mis l’eau à la bouche, et les deux premiers titres diffusés en avant-première n’ont fait que renforcer l’estime que je commençais à porter à ce groupe.
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C’est le titre éponyme de l’album qui ouvre le bal. Les premiers riffs sont saccadés, alliant lourdeur et brutalité ; le chant, quant à lui, est rauque, haineux et dénué de toute variation émotionnelle. Parfois aidé par Gwenc’hlann An Teñval, Maeror vocifère toute sa haine de l’humanité avec un esprit très old school. La production réalisée avec soin par Sven Vinat, autre personne gravitant autour du label Antiq, est parfaitement adaptée à ce style. Il a su établir un équilibre judicieux entre un son brut, épuré et un son moderne, sans toutefois tomber dans l’excès de la surproduction. On ne peut pas se tromper sur la marchandise, cela sent bon le Black Metal des années 90.
Et ce n’est pas l’apparition des synthés qui me fera changer d’avis. Ils sont essentiellement utilisés en fond sonore, apportant beaucoup de mélodies et de profondeur aux compositions ; ils savent aussi se faire plus présents, notamment sur “Prophète de sang”, engendrant un côté beaucoup plus atmosphérique.
Tout au long de cette œuvre, le tempo reste relativement soutenu. Mais heureusement, Arkaist sait le ralentir à certains moments, “Anachorète” en est le parfait exemple. Ce titre est explosif, dans lequel l’influence de Tsjuder, Behexen ou les vieux Marduk sont indéniables : on se prend une tornade en pleine tête à coup de riffs tranchants et de blast beast intensif. Le ralentissement au sein du morceau est particulièrement bienvenu, cela permet de souffler un peu avant de se reprendre une nouvelle bourrasque dans la tronche. Ce titre est sans concession, mais quelque part, tellement jouissif.
Arkaist ne se limite pas à un Black Metal fortement inspiré par la scène scandinave. Maeror et Beobachten ont su intégrer une “french touch” dans leurs créations. Cela se traduit, tout d’abord par l’utilisation du français dans les sept titres que composent Aube Noire. Mais c’est plus précisément les interventions en chant clair qui se révèlent être en parfaite osmose avec cette fameuse touche française. Pour preuve cette voix sur “Ode à la Haine” qui nous rappelle aisément celle de Hreidmarr à travers ses divers projets.
Sur “Anachorète” et “Puer Aeternus”, on ressent plutôt l’influence du groupe Au Champs Des Morts. Cependant, c’est sur “Linceul d’Éther” que l’on découvre le plus clairement la signature de Stéphane Bayle : le passage sombre et mélancolique évoque, de manière troublante, un poème profondément baudelairien. On peut également aller plus loin si l’on veut, en évoquant l’esprit du groupe culte Forbidden Sites. On retrouve également beaucoup de similitudes avec les groupes signés chez Antiq Records ; ce n’est peut-être pas un hasard non plus si l’on retrouve Arkaist au côté des groupes comme Pâlefroid, Morte France ou autre Véhémence.
Le titre le plus emblématique de cet album demeure, à mes yeux, “Terre Ancestrale”. Véritable hymne qui rend hommage à la terre de nos ancêtres, un appel puissant à l’aimer et à la défendre. Ce brûlot démarre par un chant qu’on pourrait qualifier de “militaire” dont les paroles inspirent fierté et courage et inciteraient n’importe quel soldat de la Légion étrangère à partir au combat. À souligner que ce morceau se termine sur une atmosphère assez sombre et tragique, où l’imagerie cinématographique est saisissante, comparable à celle d’un excellent film de guerre. Illustrant la désolation et la détresse des civils face à leur ville réduite à un champ de ruines. Ou alors, tout simplement, ne représente-t-elle pas l’image du thème central de cet opus : la décadence, la perte de repères et l’isolement croissant dans une société en déclin?
Pour conclure cette chronique, je dirais que cet album est bestial, rageux et sans concession au possible, il vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher, exécuté avec brio par des musiciens intègres et sincères dans leur vision du Black Metal. J’en ai été convaincu dès les premières écoutes, je ne me lasse pas de l’écouter. Il faut dire aussi que je suis assez friand de ce style musical, et finalement, il est assez proche de ma conception de ce metal noir que j’apprécie tout particulièrement.
Alors, si vous aussi, vous appréciez ce type d’art noir traditionnel avec cette petite touche de modernité, je ne peux que vous le recommander. Allez, foncez-y, vous n’allez pas le regretter.
Tracks :
01 – Aube Noire
02 – Ode à la Haine
03 – Prophète du Sang
04 – Terre Ancestrale
05 – Anachorète
06 – Linceul d’Éther
07 – Puer Aeternus
Line up :
Beobachten – Guitare Lead, Basse, Synthé, Chœurs/ Arrangements + Composition
Maeror – Guitare rythmique, Voix principale / Composition
Gwenc’hlann An Teñval – Basse, Voix secondaire, Chœurs
Cryptic – Batterie
Liens :
https://www.facebook.com/profile.php?id=61556108906004
https://arkaist.bandcamp.com/album/aube-noire









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