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Changeling – Changeling (2025)

Genre : Death Metal progressif (et très complet)
Label : Season of Mist
Sortie : 25 Avril 2025

Note : 95/100 (WvG)

Vengeance… Vendetta… Revanche… Chacun choisira le terme adéquat correspondant à la méthode pour « réparer » un affront, une injustice, un préjudice. Tom « Fountainhead » Geldschläger, guitariste shredder allemand, a significativement choisi le biais musical et n’a probablement pas hasardeusement choisi le nom de son groupe (et ce premier album éponyme) par hasard : Changeling.

Dans le folklore nord-européen (et pour les autres, fans du Witcher auquel vous jetterez un sou, ô fertile vallée, oh oh ohhh), le changelin(g) est un bébé de créature fantastique (fée, troll, elfe, encarté au PS) qui est sournoisement interverti par lesdites créatures avec un bébé humain pour être élevé par cette espèce et lui pourrir la vie (pour le dernier exemple proposé, il devient belliqueux et insoumis). Difficile de ne pas y voir une belle allégorie avec les activités musicales présentes et passées du guitariste. En effet, ça fait pour moi une belle occasion de mettre le pied non dans la gueule, little John, mais dans le plat de la polémique qui tient tout le Petit Peuple Metal en haleine : celle autour d’Obscura.

Car, oui, Tom Geldschläger est un (des nombreux) transfuge(s) d’Obscura, évincé(s) pour des raisons aussi qualifi-factives que celles de l’ex-groupe dans lequel il a composé : obscures. Quitte à rester dans la métaphore filée pédestre, cet album Changeling est un pied de nez à ce précédent groupe : difficile de ne pas le comparer à Akroasis qui est, coïncidence, l’album à la composition duquel il a pris part avant d’en « partir » en laissant ses compositions au leader. Nettement, on sent la patte du monsieur : du Death technique, progressif, avec de la basse fretless… si ça ne vous dit rien niveau organigramme, c’est que vous ne connaissez pas Obscura.

*

On ajoute bien évidemment que, si ultérieurement ce virtuose s’est associé avec d’autres transfuges du groupe de Steffen Kummerer (très accorte au demeurant en interview, de mon souvenir assez lointain, par-delà son attitude musicale), comme Hannes Grossmann ou Christian Münzner, il réunit pour ce projet Changeling un « super groupe » avec Arran McSporran à la basse fretless, Mike Heller à la batterie et Florian Magnus « Morean » Maier à la palette vocale, tout actuels ou ex de groupes renommés et reconnus dans le milieu. Quant à lui, Tom Geldschläger gère toutes les guitares, avec ou sans frettes (ça aide quand on propose aussi de la microtonalité dans son œuvre), les instruments à cordes ethniques, les claviers, la compo, les arrangements, le mastering, le mixage, le café et les petits gâteaux…

Si l’affiche est conséquente, ce casting est casse-string et met des pieds au cul. Et pour ce qui est de prendre son pied – ça y est, je l’ai placée –, chacun peut y trouver son compte tant c’est diversifié, piochant dans l’écriture symphonique de l’alpha (« Introject ») à l’oméga (les dix minutes d’« Anathema ») et autant vous dire la liste de la quarantaine de guests est imposante (voir plus bas), spectrale (l’ouverture de « Abyss »), le post-romantisme proche de l’atonal (l’interlude « Metanoai Interlude » au piano), la world music (présence récurrente du oud, du sitar – m’a-t-il semblé – et de percus de type derbuka), la musique répétitive du style Steve Reich/John Addams (un des gimmicks tellement empruntés par Symphony X, autre groupe de progressif, et qui introduit dans le cas présent « Abdication »), l’écriture chorale (sur « Changeling » particulièrement), etc. le tout sur fond de Death Metal pointu, technique et précis, avec un ressenti assez constant d’être en terrains connus (mais sans Frédéric Lopez) si vous connaissez l’œuvre d’Emperor, principalement Prometheus, ou avez suivi peu ou prou la carrière de Steve Vaï. Pas d’influence asiatique plus prononcée, hélas pour un bon mot : on n’arrivera pas à pied par la Chine.

Pas loin du revenge porn tant c’est sale, on a du revenge metal ici et difficile de ne pas sentir l’aspect autobiographique quand, dès les premiers mots, la métaphore se situe : « took a shit on a seagull and vengeance was mine » (j’ai chié sur une mouette et obtenu vengeance), état d’esprit que l’on retrouve par la suite sur le morceau-titre : « what’s left is spiritual blasphemy » (tout ce qui reste est un blasphème spirituel) ou sur « Abdication » avec les paroles « every psalm’s just a threnody when the world rides on wings of entropy and its ceaseless sabotage » (chaque psaume est un thrène quand le monde survole de son entropie et son incessant sabotage) s’achevant sur « I shall not serve » (je n’obéirai/ne servira pas). Mais aussi, l’aspect santé mentale, qui tient à cœur au compositeur, transparait dans les paroles de « World ? What World ? » mais aussi dans les nombreuses réflexions parsemées au fil de l’album sur la place du « je » et son rôle. Et pour bien construire des paroles et les apposer sur des mesures composites et syncopées, il est indispensable d’avoir les pieds sur terre pour savoir où placer ceux du texte.

Si les émotions quel que soit leur penchant sont vectrices de création, très clairement, le ressentiment est celui qui a véhiculé le projet Changeling. Et franchement, on ne va pas s’en plaindre ; on saute à pieds joints dans l’heure que dure cet album : quel pied ! (et c’est ainsi que je conclue mon pas-pied, ayant perdu le mien au fil de l’écoute).

Tracklist:

01 – Introject 

02 – Instant Results 

03 –  Falling in Circles

04 – World? What World? 

05 – Metanoia Interlude 

06 – Changeling 

07 –  Abyss 

08 –  Cathexis Interlude 

09 – Abdication 

10 – Anathema (16:51)

Lineup:

Tom Fountainhead (ex-Obscura, Amogh Symphony, Belphegor, Defeated Sanity) – Fretted &

Fretless Electric & Acoustic Guitars, Oud, Keyboards

Arran McSporran (Virvum, Vipassi, De Profundis, Nicolas Maier Group) – Fretless Bass

Morean (Alkaloid, Dark Fortress, Noneuclid) – Vocals, Lyrics

Mike Heller (Fear Factory, Malignancy, Raven) – Drums

Guests:

Matthias Alexander Preisinger – Piano & Glockenspiel, Violins & Viola

Martin Matiasovic (Amuse to Death) – Horns & Wagnerian Tube

Jan Ferdinand – Vibraphone & Marimba

Yatziv Caspi (ex-Orphaned Land) – Tabla, Hangdrum, Dabouka, Riq & Shakers

Ally Storch (Subway to Sally) – Violins, Viola & Cello

Chris Rützel – Flutes

Ivar Ludvig Nitzler – Cello

Shiho Murano – Tuba

Juliane Erding – Wagnerian Tube & Horn

Eduard Cortez – Wagnerian tube & Horn

Tillmann Schulz – Wagnerian Tube & Horn

Ava Bonam (Ingurgitating Oblivion) – Female Vocals

Moran Magal – Piano

Bill Hudson (Trans-siberian Orchestra, Doro, I am Morbid) – Guest Guitar Solo

Jason Gobel (ex-Cynic, ex-Monstrosity) – Guest Guitar Solo

Andy Laroque (ex-Death, King Diamond) – Guest Guitar Solo

Cydney McQuillan-Grace, Lauren Gill, Shannon Bedford, Sara Robalo – Tenor and Bari

Ben Francis, John Schaffer, Alice Williams, Cyd McQuillan-Grace – Alto

Lauren Gill, Sara Robalo – Tenor & Bass

James Schouten & John Schaffer – Choir Vocals

Alexander Kerski (Vianova) – Backing & Harmony vocals

Krassimir Jossifov – Trumpet

Brandt Attema – Trombones & Bass Trombones

James Dorton (The Faceless, NeObliviscaris, Black Crown Initate) – Spoken Words

Kristian Petkov – Bassoon

Stefan Prost – Church Organ

Seonghyeon Park – Clarinette

Arnfried Falk – Oboe

Rouven Haliti (Amuse to Death) – Upright Bass

Dalai Cellai (The Ocean) – Cello

Liens:

http://www.thefountainhead.de/ 

http://facebook.com/tomfountainheadgeldschlaeger

http://www.instagram.com/tomfountainhead

https://changelingofficial.bandcamp.com

http://www.youtube.com/fountainheadtv

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