Genre : Black/Death Metal Symphonique
Note : 90/100 (WvG)
Label : Antiq Records
Sortie : 4 Avril 2025
Le manichéisme… cette tendance en vogue : on se fait sa propre définition du Bien et du Mal, on s’en fait l’apôtre et on crache ou cherche à détruire la vision de l’opposant/adversaire/ennemi… Oui, ça vous paraît radical, tout autant que le modus operandi de cet état d’esprit, mais je trouve qu’on est dans le bon ton pour aborder Dark Tales of Zarathustra de Belnejoum.
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Friedrich Nietzsche, très sûr de son potentiel d’artiste philosophe, a écrit un poème long comme… comme un long poème, se voulant chantre de la continuité et du renouveau, telle une nouvelle pierre d’achoppement de la philosophie sous forme métaphorique à l’image des Dante Alighieri ou Johan Wolfgang von Goethe. Si j’aborde, cette chronique sous la forme plutôt soutenue et littéraire, qui peut sembler élitiste, ce n’est pas pour faire de moi un surhomme (d’ailleurs Nietzsche en flingue lui-même la notion dans son bouquin le plus célèbre, qui sert de trame à l’album de Belnejoum, tout comme il a inspiré Richard Strauss, ainsi que Gustav Mahler dans sa troisième symphonie) mais pour aller dans la notion du dépassement de soi.
Parce que Dark Tales of Zarathustra n’est pas un album nihiliste en soi, ou destructeur comme on pourrait en approcher avec les notions dans le satanisme 2.0 d’Aleister Crowley ou Anton LaVey, même si on trouve une grande notion de construction/destruction dans son antonymie et l’organisation même de l’album, avec un titre introductif d’une dizaine de minutes « Prophet of Desolation », format que l’on retrouvera sept pistes plus loin avec « Upon the mortal Blight », et son opposition aux formats courts des autres morceaux (deux à trois minutes en moyenne, ou du cinq-six minutes).
Pour entrer dans du factuel et vous situer l’album esthétiquement, si le Dimmu Borgir entre Enthroned Darkness Triumphant et Abrahadabra vous manque, c’est probablement l’album qu’il vous faut. On sent une influence notable, certes mais pas du tout un copié-collé, comme si Mohamed Baligh, fondateur du projet, avait voulu dépasser l’œuvre du groupe norvégien. Pour ce faire, ce natif égyptien naturalisé américain (d’Arlington) s’entoure de beaucoup de monde à l’international, déjà au taquet dans le Metal peu ou prou symphonique sous ses différentes moutures (George Kollias de Nile, Francesco Ferrini et Fabio Bartoletti de Fleshgod Apocalypse – dont on sent bien la patte, particulièrement dans la sonate en trio centrale teintée Lied intitulée « Elegie », la sonate pour piano « As she drowns » [qui me rappelle de lointaines compositions personnelles, totalement inédites, ne les cherchez pas en vain] ou même la présence d’une reprise de la partie « Aquarium » du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns pour « In their darkest Aquarium » –, Rich Gray de Annihilator, etc.) en s’adjoignant les services d’artistes d’aspects plus traditionnels arabes (Tamara Jokic au chant mélismatique, la présence fréquente du ney, flûte arabe, surplombant avec légèreté les pistes orchestrales). L’artwork suggérait déjà nettement cette approche cosmopolite avec – ce qui ressemble à – un moine derviche face à la Cité en flammes.
On se trouve donc face à cinquante-deux minutes d’un BM sympho teinté Death jouant sur les tensions-détentes, harmonies et dissonances, pour un concept album philosophique qui tient son aspect narratif par la découpe de ses morceaux et la diversité dans la palette musicale et la sonorité globale, un mélange de poème symphonique et de conte musical mais version extrême. Et autant dire que pour un premier album, c’est extrêmement réussi !
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En vérité, je vous le dis : Dieu est mort. Obvious ? Oui, évidemment (c’est probablement parce que j’adhère dans les grandes lignes à la philosophie nietzschéenne à laquelle j’ajoute un fagot de misanthropie) mais, à défaut de se complaire dans la médiocratie – voire l’idiocratie, nouvelle tendance elle aussi avec le vent en poupe, particulièrement dans le pays d’adoption de l’auteur-compositeur – Belnejoum nous propose un album abouti, brutal et sombre, qui cherche à se dépasser, se surpasser et qui, s’il n’atterrira pas dans votre discothèque, ne souffrira aucune pitié tant le chemin/périple du prophète à son requiem est une procession et un voyage initiatique simultanément. Ainsi parla Zarathoustra !
[ NB : pour les Terminales ou en fac de philo qui perdraient leur temps à lire mes conneries, ne rêvez pas, je ne vous ferai pas de fiche de lecture : dépassez-vous et allez vous faire… vous-même votre lecture des œuvres dont je fais mention plus haut… Non mais ! ]
Tracklist
01 – Prophet of Desolation
02 – The Day Zarathustra Turned Dark
03 – Tower of Silence
04 – On Aeshmas Wings
05 – Elegie
06 – In their Darkest Aquarium
07 – As She Drowns
08 – Upon the Mortal Blight
09 – The Flames, the prophet, the tears
10 – Zarathustras Last Requiem
Line-up :
Mohamed Baligh « Aswad » – band composer, founder, lyrics, vocals
Guest(s) :
George Kollias – drums
Francesco Ferrini – orchestra arrangement
Fabio Bartoletti – guitars
Rich Gray – bass guitar
Ehab Sami – guitars, production assistance
Tamara Jokic – melisma vocals
Liens :
https://antiqofficial.bandcamp.com/album/dark-tales-of-zarathustra https://belnejoum.bandcamp.com/album/dark-tales-of-zarathustra
https://belnejoum.bandcamp.com/album/dark-tales-of-zarathustra









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