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Prieuré – Jusqu’au Bénitier (2025)

  Genre : Black metal
     Label :  Altare Productions
                   Sortie :  30 avril 2025             

Note :  90/100 (LB D)

Après trois EPs, deux splits (avec Peurbleue et Vermineux) et un album complet en 2023 qui avait marqué un peu les esprits dans le milieu de l’underground français. Sans Visage, (oui, c’est son pseudo) et son groupe Prieuré, ou plutôt One Man Band, nous revient en 2025 avec une nouvelle offrande intitulée Jusqu’au Bénitier.

*

Initialement ancré dans le Raw Black Metal à ses débuts, Sans Visage s’est orienté ces derniers temps vers quelque chose de plus atmosphérique. Les compositions se sont significativement allongées et enrichies, témoignant d’une progression indéniable tant au niveau des arrangements que de la production. Ce travail a abouti à un premier album de grande qualité, nécessitant à l’époque plusieurs écoutes pour en saisir et maîtriser pleinement toutes les subtilités présentes dans Le Départ. 

Alors qu’en est-il sur ce deuxième album ?

Tout d’abord, Parlons un peu de l’artwork, réalisé par l’artiste lui-même. Celui-ci est une fois de plus présenté en noir et blanc et orné du logo Prieuré en lettres gothiques. Cette œuvre illustre des personnages qui, après leur débarquement, escaladent une falaise en tenant une bannière qui semblerait être le Kroaz Du (croix noire), le drapeau historique de la Bretagne.

Jusqu’au Bénitier se présente comme un album conceptuel, composé d’une introduction et de cinq compositions agrémentées de trois interludes musicaux. S’inspirant du voyage de Saint Brandan dans une odyssée celtique du haut Moyen Âge, Sans Visage a choisi de réinterpréter le périple des moines. Focalisant leur quête non pas sur le paradis originel, mais sur la conquête d’un bénitier. Cette approche est enrichie par l’intégration de légendes provenant de la forêt de Brocéliande.

Il s’ouvre par une longue introduction au cours de laquelle résonne une procession religieuse, ponctuée par des sonorités d’une guitare acoustique. Ce son me rappelle ce passage instrumental dans le morceau “Priusquam” du premier opus. S’ensuit, le premier titre “Prieuré”, où l’on retrouve ce Black Metal primitif à mi-chemin entre le Raw et le Black Metal atmosphérique avec cette production un peu rêche, brute, sans fioriture et dépouillée de tout artifice. Le chant hurlé de Sans Visage, lui, est toujours aussi torturé, rugueux, et pourrait s’apparenter à celui d’un écorché vif. 

Une petite pause s’impose après cette séance un peu brutale mais tellement addictive. Et c’est ici qu’intervient le premier interlude qui se veut apaisant, reposant, composé d’accords joués à la guitare sèche au son très cristallin. Ils seront accompagnés par des chants d’oiseaux afin de renforcer cette atmosphère de douceur.

Cela fait du bien avant d’attaquer “À Travers la Forêt”, ce titre est peut-être celui qui s’apparente le plus au Black Metal Rural tel qu’il est pratiqué dans notre pays. Il évoque fortement des formations telles qu’Autarcie, Palefroid ou encore Pétracorensis, qui célébraient en leur temps les charmes de nos campagnes, de nos villages et de la France profonde en général. Il convient de souligner la présence d’un invité de prestige qui vient donner la réplique à Sans Visage : ni plus ni moins que Torve d‘Ascète, dont l’apport confère un supplément d’âme à ce morceau. Cette collaboration fonctionne à merveille et se révèle particulièrement complémentaire. Notamment, après cette courte pause acoustique, où l’on sent bien qu’ils prennent du plaisir à chanter à l’unisson pour conclure ce morceau. Sans aucune contestation possible, le meilleur titre de l’album pour moi.

“Marécages” constitue le deuxième interlude, il est divisé en deux parties bien distinctes. D’abord, en premier lieu, sous la forme d’un conte, et qui, de mieux en Bretagne que Quentin Fourreau pour cet exercice, je vous le demande ? Fort de son expérience dans la narration de contes et légendes lors des soirées organisées notamment par les labels Antiq ou LADLO, il nous offre ici un récit captivant sur les mésaventures des moines au cours de leur pérégrination. La deuxième partie est entièrement instrumentale marquée par l’apparition d’un son d’orgue suivi d’un son de basse, qui confèrent une ambiance à la fois énigmatique et mélancolique. On peut aisément imaginer que le déplacement de nos braves ne s’est pas déroulé non sans difficultés, ce qui explique sans doute le choix de ce titre “Marécages”.

Sans Visage conserve ses racines punk dans “Le Grand Incendie”, notamment au début du morceau où l’intensité caractéristique de ce genre musical est clairement perceptible. Par la suite, le titre se développe selon une structure complexe, avec des riffs d’une puissance remarquable et parfois saccadés. Une légère dissonance accompagnée de quelques samples se fait ressentir au milieu du morceau, créant une atmosphère pesante et dérangeante. On peut évoquer à cet égard la proximité avec l’univers de Pensées Nocturnes.

Le troisième et dernier interlude entièrement acoustique est particulièrement apprécié après ce morceau torturé et malaisant, éprouvant pour nos esgourdes. Il permet avant tout de retrouver un état d’esprit favorable pour aborder la dernière piste de l’album intitulée “Triomphe”. Ce dernier titre sonne la fin du voyage pour nos moines et insuffle une note d’optimisme. En effet, après avoir surmonté la forêt et les marécages, ceux-ci se retrouvent en mer pour une traversée chaotique à bord de barques qu’ils ont eux-mêmes construites. Passé de nombreuses péripéties, ils parviennent finalement à débarquer et trouvent enfin le graal tant recherché : le fameux bénitier (tiens! Un rapport avec l’artwork peut-être?). Et c’est le dernier invité, Geoffroy Dell’Aria (Paydretz), qui, avec son bagpipe est chargé de célébrer cet événement. Il apportera ainsi une petite touche celtique empreinte de gaieté, concluant cet album de manière remarquable.

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Le premier album avait déjà su me convaincre, cependant, avec ce nouvel opus, Sans Visage a franchi un palier supplémentaire. Les compositions ont gagné en maturité, les ambiances se révèlent nettement plus variées qu’auparavant. Cet équilibre parfait entre passages brutaux et moments mélodiques constitue une véritable réussite. En définissant avec précision les contours de son Black Metal médiéval et rural, qu’il pousse à son paroxysme, il rend Jusqu’au Bénitier particulièrement agréable à l’écoute, sans jamais provoquer de lassitude. Ce One Man Band s’impose désormais comme une référence incontournable et facilement identifiable entre mille. Toutefois, à l’instar du premier album, cette œuvre mérite d’être explorée en profondeur et analysée minutieusement, un nombre d’écoutes assez conséquent est nécessaire pour y saisir toutes les subtilités de l’univers de Prieuré.

En tout cas, moi, j’y ai pris beaucoup de plaisir à l’écouter, à le décortiquer, à faire mes recherches sur le voyage de Saint Brandan afin de rédiger cette chronique. Sans trop hésiter, il aura sa petite place de réservée dans mon top 30 des meilleurs albums de l’année.  

Tracklist : 

01 – Introït

02 – Prieuré  

03 – Foi  

04 – À travers la forêt  

05 – Marécages  

06 – Vautour  

07 – Le grand incendie  

08 – Patience  

09 – Triomphe 

Line up : 

Sans-Visage – Chant / Tous les instruments

Guests : 

Torve – Chant Additionnel sur « À travers la forêt »

Quentin Foureau – voix sur “Marécages”

Geoffroy D.A. – Bagpipes sur « Triomphe »

Liens : 

https://www.facebook.com/profile.php?id=61556179410682

https://prieure.bandcamp.com

https://www.instagram.com/prieure_bzh

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