Genre : Epic Atmospheric Black Metal
Note : 95/100 (Mémé Migou)
Label : Ordre du Givre Records / Paragon Records (co-release)
Sortie : 4 Avril 2025
under the blazing gleam of an exalted sun*
Peut-être étais-je dans le mood, avec la sortie de l’album 1248 d’Omegaeternum qui tournait en boucle depuis un bon moment déjà…
Peut-être étais-je dans le mood, avec ces incursions de froid dans un printemps qui n’en porte plus que le nom, tant la nature s’est déréglée sous nos conneries humaines…
Peut-être étais-je dans le mood, en regardant les photos de l’ami Herwull, en rando dans les sommets parfois enneigés des montagnes qui se trouvent à l’opposé de mon Brest et de sa mer d’Iroise…
Peut-être étais-je dans le mood, avec un léger ras-le-bol qui pointait le bout de son nez, sur ce besoin galopant de toujours consommer, de toujours faire plus et plus vite…
cold and torn shadows are born,*
… Au point d’en oublier parfois l’essentiel.
frozen specters in the golden light *
Peut-être tous ces préalables étaient-ils nécessaires pour entrer de plain-pied dans cette 5ème offrande d’une entité au nom qui résonne pour tout adorateur des défenseurs de la Nature que sont les elfes du Silmarillion. Peut-être… Mais avec des si et des peut-être, on mettrait Paris (ou n’importe quelle grande métropole autour du globe) en bouteille qu’on jetterait à la mer comme pour demander du secours à qui pourrait l’entendre et le vouloir. Alors restons les pieds sur terre, et sentons les racines de cet album qui nous relie à Mère nature tout en élevant notre esprit auprès des secrets chuchotés par des spectres figés dans les glaces.
whispering the secrets of forgotten souls *
Par-delà les cimes, sorti le 4 avril 2025 par Aldaaron chez Ordre du Givre Records / Paragon Records, parle d’éternité mais n’a pas mis une éternité à m’enchanter. Cela fut instantané. Mood ou pas, je peux l’écouter sans jamais m’en lasser. Juste l’envie de m’enlacer les genoux et d’y poser ma tête alanguie. Fermer les yeux et se laisser porter par la musique autant que les paroles. J’ai froid et je sens la chaleur de cette envie de vivre tout à la fois. Un besoin de respirer en ouvrant grand les poumons un air non vicié, alors que notre esprit nous rappelle que nous sommes sous des chapes de pollution.
* in « Frozen Shadows of the Exalted Sun »
Et c’est bien là toute la dualité de l’album, des ombres gelées d’un soleil exalté, ainsi que le second titre nous le suggère. Le froid dans la chaleur intense. De la plénitude dans la tristesse infinie. La multitude des éléments qui chuchotent dans la solitude des hauts sommets.
Dès le départ, Aldaaron est reconnaissable par ses mélodies sculptées pour pénétrer dans vos crânes et ne pas en sortir. Les riffs tournent sur de longues mesures, sur un chant âpre et haché. Mais si sur le premier album, Nous reviendrons immortels, j’avais une impression d’éléments qui se succédaient plutôt que se fondant les uns avec les autres, il n’en est plus trace désormais. On a les éléments, mais ils sont tellement bien intriqués que notre oreille passe du riff à la mélodie en trémolo picking, du blast beat à la descente de fûts sans même s’en rendre compte. Ce sont autant de fils de glace entremêlés pour une dentelle de solitude teintée de chants aux accents de tristesse. Mais… cette dentelle-là n’est pas si souple qu’on le croit, elle est durcie par des imprécations prophétiques. Ces spectres gelés emprisonnés dans la glace murmurent des sentences sur fond de menaces : « Dans ce vide absolu résonnent d’anciennes prophéties, des avertissements ignorés, des promesses de désolation » ( Antediluvian Prophecies ).
Ainsi, ce premier morceau introduit tout le propos de l’album. Il s’entame avec un arpège mélodique, quand sur les précédents albums nous avions des intros de feu crépitant (Nous reviendrons immortels) ou de tempête venteuse et guitare sèche (Suprême silence). À noter que les intros, chez Aldaaron, sont ciselées. Sur le troisième album, Arcane Mountain Cult, le prologue entame ce virage de l’épique qui flirte avec le cinématographique. Majestic Heights, Melancholic Depths , quant à lui, démarre sur les chapeaux de roues, plaçant d’emblée un riff accrocheur dans un tempo assez élevé. « Antediluvian Prophecies », premier des 4 titres de l’album, part sur ce qui peut sembler martial, mais très vite, on coule vers un rythme ternaire. Le chant hurlé laisse place à une voix mi-hurlée mi-parlée, plus grave, plus obsédante. On est embarqué dans une ambiance tournoyante avant de revenir sur les sentiers du binaire. On repart sur l’anglais, déjà utilisé sur les deux précédents albums à raison de 50/50, avec un peu de français disséminé dans le titre. Il sera plus présent sur le 3ème morceau. Alors que les deux premiers albums avaient un quota inversé.
« Frozen Shadows of the Exalted Sun » vient ensuite. Encore une rythmique syncopée, mais le chant rêche se fait moins brut. On revient sur la dualité précédemment citée d’un chant décharné plus mélodique, avec toujours ce tremolo picking qui reste en tête. Et c’est vers la 5ème minute du titre qu’arrive un chant qui se fait chœur, le son de guitare faisant comme des cloches qui tintent en accord. Une ambiance à la Batushka, mais sans le propos. Eh oui, on se surprend à chantonner l’air… Qui nous amène vers les 7:45, où une nouvelle mélodie sur un chant clair vient panser nos blessures.
Les ombres gelées et le soleil exalté…
Le chant en mode liturgique, nous le retrouvons sur la piste suivante, « Chants d’hiver et de solitude ». On ferme les yeux et on se laisse emporter dans les monastères qui jonchent les sommets enneigés. On n’ose plus parler, ni même bouger. On est là et on écoute. On vénère à notre manière la Nature qu’on a pris soin de salir. C’est tout simplement empreint de magnificence. Même la reprise par les instruments se fait dans une aura de douceur. Et le chant black suivra cette ligne de conduite, bien qu’on puisse y entendre des aspérités d’un chant encore plus écorché. On a juste envie de lever les bras au ciel, en symbiose avec l’opus.
Pour clore le chapitre Par-delà les cimes, « Under the Icy Sky, Memories Fade Away » nous offre une intro « parlante » à la guitare électrique. Ne me demandez pas pourquoi j’ai choisi cet adjectif, il s’est imposé de lui-même. On retrouve la descente de toms (qui est une marque de fabrique, puisqu’on la retrouve sur tous les albums et de nombreux titres) puis la mélodie. La basse, de Rich Gray, est plus présente à partir de 4:30 et nous conduit vers un break où la mélodie se fait arpégée et des chœurs, plus pagans que liturgiques, viennent compléter le tableau. On repart sur du blast et un chant hargneux, mais aussi quelques sons de cor. Finalement, on clôturera de manière mystique, la fin se faisant au gré d’un coup de tonnerre et d’une mélopée de violon qui élève l’album sur un plan spirituel.
Alors bien sûr, on retrouve la synergie entre les rythmiques et le propos, l’utilisation des cymbales pour donner l’impression de combats, mais aussi les descentes de fûts ou de toms, les blast beats en veux-tu en voilà, de la double… Mais pas seulement. Sur cet album, la batterie me semble bien plus présente, avec un jeu nettement plus travaillé.
L’album est plus court en comparaison aux 4 autres, qui titillent les 45 à 50 minutes avec 6 à 10 titres. Le mix, entièrement réalisé par Ioldar, est également upgradé. On glisse d’une piste à l’autre et intrinsèquement d’un riff à l’autre comme une paire de ski sur une poudreuse de compétition. L’ambiance est, comme depuis 2 albums, beaucoup plus cinégénique lui conférant une aura épique dans le contexte d’un black metal atmosphérique, pagan et déchiré. Entre le premier album et celui-ci, on voit et ressent l’évolution. Même si on a l’impression qu’avec Majestic Heights, Melancholic Depths, indéniablement, Aldaaron a clos un chapitre, ce Par-delà les cimes ne se contente pas d’en ouvrir un nouveau (l’artwork, également signé Ioldar, s’il garde la charte graphique, n’arbore plus les personnages encapuchonnés. Désormais, seule compte l’idée de ce qu’il y a par-delà les cimes). Il prend tous les curseurs précédemment employés et, non seulement les pousse un peu plus loin, les sublime ! Et c’est en cela que je n’hésite pas à lui conférer une place de choix dans mon top 5 de l’année 2025. Merci Ioldar pour ce talent de composition, merci Aldaaron pour ce voyage enraciné.
Ils songent à un avenir
Dessiné à bout de bras
Où le temps ne dure pas
L’éternité d’un soupir
Fredonnent un hymne joyeux
Pour les vieillards silencieux,
Qui résonne couvrant l’écho
De chaque loup ou corbeau
(« La légende des fils » – Suprême Silence)
Tracklist :
- Antediluvian prophecies
- Frozen Shadows of the Exalted Sun
- Chants d’hiver et de solitude
- Under the Icy Sky, Memories Fade Away
Line up :
Ioldar – tous instruments, chants et compositions
Voldr – guitare lead sur les pistes 3 et 4
Guests :
Rich Gray – Basse
Oleg Bezuglov – Violon piste 4
Eric Catiglia – Chant piste 4
Liens :
http://aldaaron.bandcamp.com/music
https://www.instagram.com/aldaaron_official
https://www.youtube.com/channel/UCjlpwIipq5ptdGAKs-Wd_JA









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