LE CHAMP LOUET (Clisson, 44)
Du jeudi 18 au dimanche 21 juin 2026Texte : Bruno Guézennec et Seb D
Vidéos : Bruno Guézennec et Once Upon a Live
Photos : Seb D
N’ayant pas sollicité d’accréditation, par choix, c’est en qualité de festivaliers que nos deux comparses, Bruno et Sébastien, ont arpenté les scènes du Hellfest édition 2026. Ils vous livrent ici leurs impressions.
Dimanche 21 juin 2026
Bruno : Il ne faut surtout pas traîner quand on est réveillé et se mettre immédiatement en action. Ce qui n’est pas des plus facile, mon foutu lumbago ne s’arrangeant pas vraiment. Les deux cents premiers mètres de marche en sortant de la voiture devant faire penser à un mec de quatre-vingt-dix ans qui se déplace ! Ensuite quand les muscles s’échauffent c’est un peu mieux.
Tout le monde l’a déjà dit mais il est bon de le rappeler : il fait une chaleur étouffante, dès le matin. Je suis Breton (Finistère) et dès que le thermomètre dépasse les 25°C je trouve qu’il fait trop chaud. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment j’ai pu supporter la chaleur en 2022, les 38 et 39°C en 2025 et pratiquement autant cette année.
Il ne faut pas croire que c’est facile, je prends beaucoup sur moi et par moment je me demande ce que je fous devant la scène de la Temple ou de l’Altar par près de 45°C au lieu d’aller m’asseoir à l’ombre comme toute personne sensée le ferait !
Il fait encore 27°C quand je quitte le site vers 1h du matin. Délirant !
Ce dimanche, contrairement aux autres journées, la programmation de la Valley tombe bizarrement en même temps que celle de la Temple.
Je suis remonté jusqu’en 2018 et ça n’est jamais arrivé ! Je n’ai pas d’explication…
Fidèle à mon habitude je débarque quand même à 10h30 dans l’enceinte du Hellfest.
Direction les tentes ! Quel plaisir d’y retourner en période de canicule, quand dès le matin on dépasse les 30°C à l’ombre et qu’il en fait au moins cinq de plus aux barrières, tout ça sous ces sublimes bâches plastiques de couleur noire ! (Ah, mince, j’avais dit pas les sujets qui fâchent !!).
TEMPT FATE
Bruno : C’est aux Toulousains qu’incombe la tâche, pas toujours évidente, surtout un quatrième jour de festival marqué par la canicule, d’ouvrir les hostilités dans l’Altar. La tente est évidemment loin d’être remplie mais il y a déjà quelques centaines de personnes.
Pour les avoir vus au Licorn Fest (Rennes) en 2024, j’avais le souvenir d’un groupe prêt à mettre un joli merdier dans le pit avec son Death puissant. C’est ce qu’ils font : au taquet d’entrée de jeu, les cinq musiciens profitent des trente minutes pour montrer de quoi ils sont capables.
Leur Death envoie ce qu’il faut niveau décibels mais ne néglige pas non plus l’aspect groovy.
Bon, les circle pits et le wall of death sont relativement timides et ne durent pas très longtemps, ce n’est pas dû à ce qu’envoie le combo sur scène, mais à la chaleur écrasante qui dissuade même les plus courageux.
En tout cas, Tempt Fate a bien fait ce pour quoi ils sont venus : réveiller le fest à coups de riffs ravageurs.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
ALTA ROSSA
Bruno : Ayant vu le groupe à l’Amarok Fest fin février, je sais là aussi à quoi m’attendre et j’espère une prestation aussi puissante que chez les voisins de Gétigné (c’est à moins de cinq kilomètres de Clisson).
L’arrivée sur scène a d’ailleurs failli être plus spectaculaire que prévue. Les quatre autres musiciens, déjà en place, ayant commencé à jouer, le chanteur Antoine arrive avec l’air du mec bien décidé à en découdre, pose son pied sur un des retours situés sur le devant de la scène, qui bascule en avant sous son poids. Il se rattrape à temps, mais on aurait très bien pu le ramasser deux mètres plus bas, dans la fosse, s’il était arrivé plus vite.
L’avantage, c’est qu’ils auraient pu battre le record du concert le plus court de tous les temps au Hellfest. Record qui doit être détenu par Morgarten, l’année dernière sous la Temple, avec le PC qui gère les instruments qui part en cacahuète, à cause de la chaleur, au bout d’une minute (ou deux grand max). Ce fut court, mais… court !
À part ce presque incident, les Bisontins sortent l’artillerie lourde avec leur Sludge / Post Metal et leur chant agressif. Comme il y a quatre mois, très peu de baisse de régime. C’est pesant, ça vous chope à la gorge dès le début et ne vous lâche plus. Sur leur Bandcamp, on peut lire cette description : « Violent & Atmospheric Sludge ».
Eh bien, je suis entièrement d’accord, les guitares savent se montrer atmosphériques, mais l’ensemble dégage bien une impression de violence à peine contenue.
Faut pas croire que c’est parce que le concert a lieu dans la Valley que l’on va sortir son petit pétard tranquillou et planer aux sons d’un djembé, d’un pipeau et d’une guimbarde. Bon, pour être parfaitement honnête, j’ai vu très peu de djembés, de pipeaux et de guimbardes dans la Valley ces dernières années. C’était un exemple.
Si Alta Rossa avait eu quarante-cinq minutes pour s’exprimer à l’Amarok, cette fois il n’en dispose que de trente, et une fois de plus elles passent à une vitesse folle. J’aimerais bien les revoir pour un set complet (disons une heure) la prochaine fois. En attendant, il reste leur album A Defiant Cure, qui est d’une qualité impressionnante.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
BLOODSTAIN
Bruno : Une nouvelle vague de Thrash en Suède ? Je ne sais pas, mais en tout cas, les mecs du groupe sont très jeunes et ont bien appris de leurs aînés (Metallica, Exodus…).
Musicalement, ils n’inventent rien (y’a encore des trucs à inventer dans le Thrash ?), mais appliquent les règles du style à la perfection avec la fraîcheur de la jeunesse en prime. Ça fait du bien de voir de nouvelles têtes de temps en temps.
Petite remarque : je trouve que les déplacements des musiciens sur scène font un peu trop « Tout ce qu’il faut faire pour bien occuper une scène en dix leçons », que ça manque un peu de naturel. C’est juste un détail, et peut-être que je me plante complètement.
Un vrai reproche tout de même, avec la double grosse caisse réglée beaucoup trop fort. Je disais précédemment que ce n’était pas souvent le cas cette année. Il y a eu quelques exceptions et Bloodstain en faisait hélas partie.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
GNOME
Bruno : Turlututu, chapeau pointu !
Oui, je sais que commencer comme cela un report pourrait me valoir des considérations assez désobligeantes quant à l’état de ma santé mentale.
Mais ce n’est pas de ma faute si le groupe belge a décidé de distribuer des couvre-chefs rouges en forme de cône, aux spectateurs !
Il doit y en avoir une centaine, minimum, parce qu’en débarquant dans la Valley, je me demande ce que c’est que ce merdier. Au début, je crois à une bande qui porte ça pour se retrouver facilement, mais vu le nombre, je me dit que ça fait quand même beaucoup !
Je repère rapidement le lieu de distribution, aux barrières, sur la gauche de la scène. Ayant déjà un chapeau, je passe sans m’arrêter, faut pas déconner non plus. De toute façon je n’ai pas vraiment envie de m’affubler de ce truc.
Je ne dis pas que c’est une mauvaise idée (je n’ai pas dit que c’était une bonne non plus), moi, je m’en fous, je mesure pas loin d’1m85, mais je ne suis pas sûr que ceux qui font 1m70 ou moins aient la même opinion que moi. C’est drôle (pendant une minute), mais ça bouche surtout bien la vue sur la scène.
Les musiciens arrivent en portant les mêmes cônes rouges sur la tête, c’est la moindre des choses, faut assumer, et c’est dans leurs habitudes de faire cela, à part le bassiste qui a retiré le sien à la moitié du concert, le lacheur !
Que dire, pas grand-chose, les trente minutes accordées aux Belges me suffisent amplement. J’étais là par défaut, Midnight Odyssey sous la Temple ne m’inspirant pas spécialement.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
END IT
Bruno : Ayant déjà vu Sublime Cadaveric Decomposition il y a quelques années – c’était très bien d’ailleurs, j’opte pour des petits nouveaux dans ma liste de concerts : End It.
Pas plus de monde que cela dans la Warzone, mais l’heure et la température doivent bloquer une partie du public sous les zones d’ombre. Rassurez-vous, c’est loin d’être désert et ça se remplit assez rapidement au fur et à mesure du concert, comme souvent.
Akil Godsey, le chanteur du groupe, a fait l’actualité la semaine précédant le Hellfest pour une sombre histoire de banane. Oh là, je vous arrête tout de suite, n’allez pas imaginer des trucs chelous, que la morale réprouve, avec un fruit.
Non, il s’en est pris, lors d’un concert aux USA, à un mec qui est arrivé déguisé en banane, le public finissant par lui déchirer son costume. L’histoire a pris des proportions un peu folles sur les réseaux sociaux, certains trouvant que ce n’était pas dans « l’esprit du Hardcore » d’agir de la sorte. Suite à cet incident, End It a été éjecté de la tournée qu’ils devaient faire avec Hatebreed.
Paye ton [banana]drama dans le monde du HxC !
Le chanteur ne fait pas spécialement allusion à l’histoire, balançant son HxC avec détermination et occupant bien le devant de la scène.
Pas d’anecdotes particulières avec ce show. C’est un concert de HxC dans la Warzone, avec tout ce qui doit arriver pendant un concert de HxC dans la Warzone, ni plus, ni moins.
Débrouillez-vous avec ça.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
THY LIGHT
Bruno : C’était beau. Voilà, je pourrais presque m’arrêter là, tant ces deux mots résument bien la prestation de Thy Light.
Quatre sur scène, le groupe de Paolo Bruno, Brésilien exilé en Écosse, embarque le public de la Temple dans un voyage émotionnel, planant, sombre et dépressif.
C’est captivant. On ferme sa gueule (c’est la moindre des choses), on ferme les yeux et on laisse les musiciens prendre les commandes.
Le public de la tente, respectueux, applique ces consignes qui ne sont pourtant écrites nulle part. Ce sont peut-être ces bougeoirs sur scène qui marquent les esprits, les chansons du quartet faisant le reste.
Dommage que la formation joue si tôt (13h35). Sa musique est taillée pour les nuits sombres et froides. Ils ont dû se contenter d’une journée brûlante, inondée par le soleil.
Il n’en reste pas moins que ces quarante-cinq minutes resteront pour moi l’un des meilleurs moments de ce Hellfest.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
Bruno : La journée s’annonçant longue et épuisante, j’avais choisi le créneau de 14h20 pour une pause repas, Drain ou Fulci ne m’intéressant pas suffisamment et n’en ayant rien à battre de President sur la MS2 (mais alors vraiment rien à battre !)…
Donc grignottes de poulet ou boulettes vegan, je ne me rappelle plus et ça n’a aucune importance. Je vais m’asseoir dans une petite partie d’ombre entre la Temple et le Sanctuary avant de retourner sous les tentes. Jamais vu l’entrée du Sanctuary d’aussi près !
SCOUR
Bruno : Pour sa 6837ème apparition au Hellfest [NDR : enfoiré, tu savais que je n’allais pas tout réécrire/relire/corriger en toutes lettres… “six-mille-huit-cent-trente-septième” ! Là !], Phil Anselmo a choisi de se produire avec Scour, sous la Temple à 15h10.
Sa 6838ème étant avec Down dans la Valley à 23h15. C’est un peu abusé quand même ! [NDR : c’est son groupe de Scour…]
Ayant des problèmes de mémoire ou ne connaissant pas par cœur les paroles des chansons, il a des feuilles avec les lyrics, posées sur un pupitre devant lui, feuilles qu’il roule en boule à la fin des morceaux pour les jeter dans le public. Cela a dû faire treize heureux (à moins que quelqu’un ait réussi à en choper plusieurs).
Maintenant, venons-en au cas John Jarvis, le bassiste. Le mec n’est pas un perdreau de l’année, ayant déjà fait beaucoup de bruit dans Agoraphobic Nosebleed ou Pig Destroyer. Vous voyez le profil ? John a sur son pied de micro un porte-médiator, au cas où il en laisse tomber un pendant un titre, ça permet d’éviter de perdre du temps à en chercher un nouveau au fond de sa poche.
Mais le John n’a jamais fait tomber de médiator, par contre, à la fin du premier morceau, il balance dans le public celui avec lequel il joue et un autre pris dans son porte-médiator. De jolis lancés, ma foi, souples, techniques, on sent qu’il maîtrise le geste.
À la fin du second titre, il lance encore celui avec lequel il joue pendant qu’une dame vient recharger son porte-médiator avec des nouveaux. Ensuite, c’est la foire à la saucisse. À chaque titre, John inonde les premiers rangs de ses médiators, la dame revenant de plus en plus souvent recharger son deck. Je ne sais pas combien il a pu en balancer, une cinquantaine minimum. Je le soupçonne de jouer de la basse en concert uniquement pour le plaisir de balancer des médiators dans le public.
Vers la fin du show, je prends deux ou trois photos du groupe que je checke vite fait à la fin d’un titre. Je visionne les clichés et je sens un petit impact sur ma poitrine, je regarde mon t-shirt, rien, puis un second impact et un troisième sur mon chapeau. Il est en train de me canarder avec ses médiators, ce con !
Autant vous dire que j’ai failli passer par-dessus la barrière pour aller lui péter la gueule ! (non).
Donc, si on vous demande de résumer le concert de Scour, vous pourrez toujours répondre que c’était un concours de lancer de boulettes en papier et de médiators et que dans le groupe, il y a cinq musiciens + une dame qui recharge les porte-médiators ! On ne pourra pas vous donner tort.
Reste que musicalement, ça dépote sévère et que leur Black n’est pas là pour rigoler (remarquez, je n’ai pas connaissance de beaucoup de groupes jouant du Black Metal rigolo).
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
Seb : Comme chaque année, nos logeurs nous offrent le repas du dimanche midi. Une tradition à laquelle nous ne dérogerions pour rien au monde ! Et c’est également l’occasion de partager un très bon moment, autour d’un bon barbecue, avec les autres campeurs que nous prenons plaisir à retrouver tous les mois de juin et avec lesquels nous avons tissé des liens année après année.
C’est pour cela qu’aujourd’hui, l’arrivée sur le site du festival est plus tardive que les autres jours.
BUZZCOCKS
Seb : Je retrouve quelques amis au niveau du Kingdom of Muscadet et je décide de suivre la troupe jusqu’à la Warzone où les légendaires Buzzcocks ont déjà entamé leur set. Ce serait mentir de dire que je suis un inconditionnel des Anglais mais je passe un très bon moment, le groupe ayant toujours belle allure sur scène et délivrant une très bonne prestation. Malgré un concert agréable, je ne reste pas jusqu’au bout car je dois rallier la Mainstage 1 pour voir une formation que j’attends de voir depuis de nombreuses années.
SUICIDAL ANGELS
Bruno : Après Septicflesh hier, c’est encore la scène metal grecque qui est à l’honneur sous l’Altar.
Le quatuor attaque son set avec le titre « When The Lions Die ». O wimoweh, o wimoweh, o wimoweh, o wimoweh… euh non pardon, je m’égare.
Quarante-cinq minutes d’un Thrash qui ne brille pas spécialement par son originalité, c’est juste du bon Thrash classique qui a permis au combo, après vingt-cinq ans de carrière, de faire partie des formations respectées de la catégorie.
Le public semble d’ailleurs ravi de la prestation des Hellènes. (Non, non, je vous vois venir, ne comptez pas sur moi pour faire un jeu de mots !).
Pas grand-chose de spécial à signaler, comme pour End It en HxC, c’est un concert de Thrash où il se passe tout ce qui doit se passer dans un concert de Thrash.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
PENNYWISE
Seb : Cela fait de nombreuses années que, lorsque la programmation du Hellfest est dévoilée, j’inspecte scrupuleusement tous les noms dans l’espoir d’y voir apparaître celui de Pennywise. Et cette année, mon vœu a enfin été exaucé. Alléluia !
C’est devant un public conséquent mais qui aurait dû être plus nombreux que les Américains arrivent sur scène. Il faut dire qu’en cette dernière journée, le soleil et la chaleur ne nous épargnent pas et cognent encore plus fort que les autres jours. Des restrictions ont été prises par la préfecture notamment sur la vente d’alcool (plus d’alcool fort vendu, 25 cl de bière au lieu de 50 cl et un seul verre servi par personne) et sur l’importance de bien s’hydrater (avec de l’eau). Devant la Mainstage 1, ça chauffe au-dessus de nos têtes et les pavés en devant de scène qui ont emmagasiné tout ça durant les quatre jours font également remonter une onde de chaleur sous nos pieds. En bref, j’ai l’impression d’être dans un four à chaleur tournante et de jouer le rôle du poulet rôti du dimanche.
Mais peu importe, depuis le temps que j’attends ce moment, je ne vais pas me défiler.
Et je fais bien car malgré ses presque quarante ans d’activité, Pennywise a encore du jus et délivre un set de Skate Punk pied au plancher. Ravissant au passage une bonne poignée de fans, qui à la vue des visages, sont de la même génération que moi. Les Américains se concentrent uniquement sur leur vieux répertoire. Aucun titre sorti après 2001 n’est joué. Autant dire, la substantifique moëlle. Ils se payent même le luxe de faire trois reprises : une de leurs potes de Bad Religion (“Do What You Want”), le “Stand by Me” de Ben E. King (à leur sauce) et un extrait du “Fight For Your Right” des Beastie Boys. Mais les morceaux qui raflent la mise sont inévitablement “Society” et le final sur “Bro Hymn” entonné à l’unisson par un public conquis. Putain, ce que c’était bon !
Crédit vidéo : Once Upon a Live
GEHENNA
Bruno : Je n’ai jamais été un grand fan des albums de Gehenna. Il y a des groupes comme ça auxquels on n’accroche pas. Mais sur scène c’est différent. Il y en a énormément que je n’aime pas sur album et que j’aime bien voir en live.
Eh bien, pour Gehenna, ça n’est pas du tout le cas ! Je crois que le groupe me fait chier autant en live que sur album.
Je suis attentif au début de leur prestation et puis, assez rapidement, je lâche l’affaire. J’écoute bien sûr, mais ma tête est ailleurs. Je trouve leurs chansons sans grand intérêt.
Et ce n’est pas le revisionnage de ma vidéo qui me fera changer d’avis. Ça ne décolle pas, j’ai même l’impression que les musiciens sont un peu à côté de la plaque sur certains breaks. Bref, un concert à oublier. Il faut bien que ça arrive, une déception sur pas loin de soixante concerts. Je ne vais pas me plaindre.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
CIRCLE JERKS
Bruno : Je retourne dans la Warzone pour assister à mon dernier concert à cet endroit pour le Hellfest 2026.
Les Américains de Circle Jerks sont déjà sur scène quand j’arrive, en train de faire les balances. Ils ont dû être rapides puisqu’ils sont prêts plus de cinq minutes avant l’heure du concert prévue à 17h45. Mais au Hellfest on ne rigole pas avec la précision. Un concert qui commence à 17h45, c’est pas à 17h44. L’heure, c’est l’heure !
Les musiciens restent donc sur la scène et Keith Morris, le chanteur aux interminables dreads, commence à nous raconter sa vie pour passer le temps. Tranquille quoi !
À 17h45, ils passent aux choses sérieuses.
Circle Jerks est un groupe légendaire de la scène HxC / Punk américaine.
Créé en 1979, ils ont eu une carrière assez mouvementée, mais ce sont des pointures qui étaient sur scène, avec les deux musiciens qui ont formé le groupe, Keith Morris (chant) et Greg Hetson (guitare), qui a aussi été très longtemps membre de Bad Religion. Un des piliers de la formation avec le bassiste Zander Schloss, et à la batterie Joey Castillo, qui a joué avec Queens Of The Stone Age. Pas mal, non ?
Greg Hetson m’éclate. C’est un petit bonhomme avec un short de plage trop large, une guitare qui paraît trop grande pour lui, son crâne chauve et des lunettes qui lui bouffent le visage. Mais le gars vous bombarde de riffs tranchants du début à la fin.
Circle Jerks a cinquante minutes à sa disposition et enquille vingt-deux titres pendant ce laps de temps. Autant vous dire que ça ne traîne pas sur scène et pourtant Morris trouve le temps de faire des discours, comme sur la sécurité sociale avant « When The Shit Hits The Fan ».
Au bout du temps imparti, les mecs repartent aussi simplement qu’ils sont arrivés. Pas stressés.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
CORROSION OF CONFORMITY
Seb : Il est 18h40 et à partir de ce moment-là, je ne quitte plus la Valley. La journée consacrée à la scène de NOLA est déjà bien entamée et il reste encore trois groupes à passer.
C’est au tour des vétérans de Corrosion Of Conformity de prendre la scène d’assaut. Le son est impeccable et Pepper Keenan (chant / guitare) est en forme et en voix, son camarade Woody Weatherman (Guitare / voix) l’est tout autant. Autour de ses deux piliers, la nouvelle section rythmique fait des étincelles. Bonne pioche du côté de ces deux récentes recrues (Bobby Langdraf à la basse – avec son beau stetson blanc vissé sur la tête – et Nick Shabatura à la batterie). L’essentiel du set se concentre sur les albums sortis entre 1991 et 2000 (dix titres), le noyau dur faisant la part belle au classique Deliverance (1994) représenté par pas moins de six morceaux. Seuls deux titres extraits du dernier album en date Good God / Baad Man(2026), qui s’intègrent parfaitement à la setlist, sont la seule occasion d’écouter du matériel plus récent. Je trouve la prestation excellente et l’heure de jeu allouée à la formation défile à vitesse grand V. A l’issue de ce concert, on reste débriefer le week-end avec Vince (bassiste de Salace) et Diego (chanteur / bassiste de Karras) autour de quelques bières.
Crédit vidéo : Once Upon a Live
WOLVES IN THE THRONE ROOM
Bruno : Il y a des groupes que l’on revoit tous les trois ou quatre ans et d’autres qui mettent dix-sept ans à repointer le bout de leurs pifs à Clisson. C’est le cas de la formation des frères Weaver (chant / guitare et batterie) puisque leur dernière apparition remonte à 2009.
Si le Black Atmosphérique fait partie de vos styles de prédilection, ce concert est fait pour vous. Les titres du groupe sont entre longs et très longs (disons entre cinq et dix-huit minutes sur album), c’est planant mais jamais mou, les guitares étant omniprésentes.
Encore un des très bons moments de cette édition 2026.
Je ne sais plus si c’est pendant le concert de Wolves In The Throne Room ou un autre (je ne retrouve pas l’instant dans mes vidéos). C’est sous les tentes et je suis à peu près sûr que c’est dans la Temple.
J’ai assisté à un très grand moment de solitude d’un des Challengers présents dans la fosse. Le mec a eu un énorme coup de barre pendant un concert dont il devait assurer la sécurité. C’était très calme, pas de slammeurs, et j’ai vu ce gars essayer de lutter désespérément contre le sommeil pendant plus de dix minutes. Debout, face au public, il étouffait difficilement ses bâillements, faisait des efforts titanesques pour que ses yeux ne se ferment pas (il n’avait pas de lunettes noires, grave erreur), buvait de la flotte pour tenir le coup. C’était à mourir de rire.
J’ai fait celui qui n’avait pas remarqué son problème, je n’ai pas voulu l’embarrasser davantage. Le pauvre, il a dû trouver le temps long. Il faut bien avouer que par 40 °C, en milieu d’après-midi, quand on n’a rien à faire, il y a de quoi piquer du nez !
On ne soulignera jamais assez le travail formidable que fait cette équipe de bénévoles, merci à eux
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
Bruno : Je vais remplir ma bouteille de flotte et manger un peu. En retournant dans l’Altar pour voir Possessed, je tombe sur Julien Truchan, le chanteur de Benighted, qui discute près de la Temple. Je lui dit un rapide bonjour en lui précisant que c’est moi qui ai filmé la vidéo de son featuring avec Bernard Minet au Kreiz Y Fest (22) quelques semaines plus tôt (https://www.youtube.com/watch?v=hAYoZhGeQzQ), événement plutôt atypique dans sa carrière et vidéo relayée par Bernard Minet lui-même sur son Facebook. À moi la gloire éternelle et l’argent facile !
Suite à ce haut fait d’armes au Kreiz Y Fest, je vous prierai d’avoir l’obligeance de bien vouloir me vouvoyer à partir de pas plus tard que maintenant.
POSSESSED
Bruno : Si on veut parler de groupes qui ont été précurseurs dans un style mais n’ont pas vraiment rencontré le succès ensuite, je crois que Possessed ferait un bon exemple. On les considère comme le premier groupe à avoir enregistré un morceau de Death Metal. C’était d’ailleurs le nom de leur première démo en 1984.
La formation a connu de longues périodes d’inactivité suite à des splits mais est toujours présente avec Jeff Becerra au chant.
Quand on ne connaît pas l’histoire de la formation californienne, il peut y avoir un effet de surprise en entrant dans l’Altar et en voyant le chanteur sur son fauteuil roulant (suite à une agression qui l’a laissé paralysé, il a, depuis 1989, une balle logée dans une vertèbre) et son bandeau sur l’œil droit (qu’il a perdu suite à une maladie). Sacré exemple de résilience.
Possessed, c’est un pan d’histoire du Metal, pas celle que l’on retrouve en couverture des magazines, non, celle la plus obscure, qui n’a pas reçu les honneurs mais qui impose le respect, parce que les vrais amateurs savent ce que cette musique doit à un groupe comme celui-là.
Pour sa troisième participation (2011 – 2019 – 2026), la tente n’est pas remplie, mais qui a réellement envie de mettre son nez dans une telle fournaise !
Les musiciens assurent avec leur Thrash / Death et le son est de bonne qualité. C’est largement suffisant pour les fans.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
ACID BATH
Seb : Enfin arrive le moment que beaucoup attendait tant : la présence d’Acid Bath au Hellfest ! Un événement historique en soi puisque c’est la toute première fois que les Américains jouent sur le sol français et en Europe. En fait, c’est la première fois que la formation quitte son continent. Dax Riggs (chanteur) a pris sur lui et a lutté contre sa phobie de l’avion pour assurer ces quelques dates en festival et la tournée des stades en ouverture de la tournée de System Of A Down. Les cachets alléchants ont dû aider à vaincre cette peur. Je suis surpris de l’affluence, plus que correcte certes, mais je m’attendais à ce que la fosse soit blindée. Avec seulement deux albums dans leur besace (sortis respectivement en 1994 et 1996) les fans présents savent qu’il ne vont avoir que du nectar. Je mentirais si je disais que je suis un inconditionnel du groupe. L’écoute de ces deux disques me plaît beaucoup mais je ne connais pas tous les morceaux par cœur. Par contre, il était inconcevable de rater ce concert car si nous avons la chance de les voir aujourd’hui sur scène, qui sait si cela se reproduira dans un futur proche ou lointain. Le set est composé de dix titres et la légende, influence majeure sur la scène de NOLA, déroule sa setlist comme sur du velours. Il n’y a qu’à regarder les visages des fans bardés d’un grand sourire tout le long du concert.
On a vécu un grand moment et j’en reprendrai bien une autre dose avec plaisir.
Crédit vidéo : Once Upon a Live
MARDUK
Bruno : Avant même qu’ils entrent sur scène, on sent que cela va être tendu musicalement parlant.
Bande-son d’intro pour mettre dans l’ambiance puis un premier titre qui vous claque bien la gueule, suivi d’un deuxième titre qui vous claque bien la gueule, puis un troisième titre qui vous claque bien… Je crois que vous avez compris le principe.
La machine de guerre Marduk s’est mise en route et ne vous lâchera plus durant une heure. C’est malsain, c’est pesant, c’est oppressant, mais putain qu’est-ce que c’est bon !
Mortuus, le chanteur, a l’air d’être content d’être là, enfin si l’on peut dire de quelqu’un qui semble vouloir vous arracher la tête à coups de hache qu’il a l’air content d’être là. Comme l’aurait dit Schwarzenegger : « Il n’a pas une gueule de porte-bonheur ».
Une heure suffit pour donner l’impression au public d’être passé sous un rouleau compresseur. On n’en sort pas vraiment indemne. Il faut croire que l’on aime ça puisque beaucoup, dont moi, seront prêts à y retourner à la prochaine occasion.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
NAPALM DEATH
Bruno : Ce concert des Anglais, c’est un peu « Run to the ill ». (LOL)
Pas de grande surprise, Napalm Death faisant du Napalm Death, mais sans la présence de Shane Embury qui, malade, est remplacé par Adam Clarkson.
Il faut croire que c’est contagieux puisque c’est John Cooke, le guitariste, qui ne s’est pas senti bien aux trois quarts du concert.
Il fait des signes aux personnes se trouvant backstage. Pose sa guitare, se recule et se penche en avant, demandant qu’on lui asperge la tête de flotte. Mais ça ne va pas mieux et il finit par quitter la scène. Barney expliquant, en regardant backstage, que ce n’est pas beau à regarder, John dégueulant tout ce qu’il peut. Il revient courageusement pour finir le show et interpréter « Nazi Punks Fuck Off », la célèbre reprise des Dead Kennedys, et le fameux « You Suffer », l’un des morceaux les plus courts de l’histoire.
Le concert en lui-même dure moins d’une heure, amputé de plusieurs chansons, au lieu des une heure quinze prévues.
Mais on ne leur en veut même pas, tant le groupe dépense de l’énergie dans l’Altar, où il fait encore plus de 35°C.
Et puis c’est toujours fun de voir Barney sur scène avec ses déplacements légendaires, ses jambes voulant partir dans une direction et le haut de son corps dans une autre.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
DOWN
Seb : C’est le moment du dernier concert du week-end. Et qui mieux que Phil Anselmo, qui doit avoir une résidence secondaire à Clisson à force de venir ici, et Down pour clôturer cette journée consacrée à la scène de la Nouvelle Orléans ?
La joyeuse bande bénéficie d’1h15 de jeu et va concentrer ses efforts uniquement sur leurs deux premiers méfaits sortis en 1995 (NOLA) et 2002 (Down II : A Bustle In Your Hedgerow…). Douze titres à la lourdeur et au groove inimitable. La quintessence du son NOLA.
Phil, pieds nus, est très en voix et a perdu beaucoup de poids. Il a dû lever le pied sur les excès et cela lui va très bien. Autour de lui, on retrouve Pepper Keenan (Corrosion Of Conformity) et Kirk Windstein (Crowbar) aux guitares, Jimmy Bowers (Eyehategod) à la batterie et Patrick Bruders (Crowbar) à la basse. Dix des douze titres livrés au public ce soir sont extraits de leur premier album, qui est indispensable pour tout amateur de Sludge.
Anselmo dédie le morceau “Lifer” à Dimebag Darrell et Vinnie Paul, ses anciens frères d’armes au sein de Pantera, ainsi qu’à Ozzy Osbourne. Là encore, le concert passe bien trop vite, signe qu’il est très bon. Un des meilleurs du week-end. Celui-ci se clôture avec le traditionnel échange d’instruments avec d’autres musiciens ayant joué sur cette scène durant la journée sur un “Bury Me In Smoke” d’anthologie. C’est sur ce point final et les oreilles bourdonnantes que nous regagnons la sortie, tel un troupeau de moutons, des images et du son plein la tête. En passant la cathédrale, un sentiment étrange me prend. Entre tristesse que ce soit déjà fini et soulagement que ce soit enfin fini. Car il ne faut pas se mentir, la chaleur de ses quatre journées en enfer a mis les corps à rude épreuve.
Crédit vidéo : Once Upon a Live
MAYHEM
Bruno : La fin du Hellfest se déroule généralement pour moi dans la Temple, car c’est une grosse tête d’affiche du Black Metal qui a l’honneur de fermer le ban : Watain, Dimmu Borgir, Cradle Of Filth, Tormentor, Tryptikon… à part l’année dernière et sa programmation famélique en Black qui a vu Eisbrecher (Metal Indus) en clôture. Je n’ai rien contre Eisbrecher, leur concert programmé à 12h50 était très bien sur la MS1 en 2019. Mais pour fermer la Temple, désolé, c’est juste pas possible. Il faut un gros groupe de Black !
Cette année le Hellfest rattrape bien le coup avec une pointure, c’est le moins que l’on puisse dire : Mayhem !
Est-ce qu’il y a plus légendaire que ce groupe dans la scène Black ? Pas sûr.
Grosse entrée en scène sur fond d’images et d’une bande-son un peu flippante pour bien mettre le public dans la noirceur inhérente aux concerts des Norvégiens.
Les musiciens commencent à jouer « Realm Of Endless Misery » et Attila fait son entrée en susurrant les paroles de sa voix douce et suave (dans tes rêves !), le tout en costume de pape (ou un truc dans le genre). Mais propre le costume, pas comme ces souillons de Non Est Deus dont je vous ai parlé précédemment (report du samedi).
Il garde ces vêtements pendant les deux ou trois premières chansons, avant de se changer pour une tenue un peu plus sobre. Je n’ai pas dit moins inquiétante, juste plus sobre.
Mayhem, malgré un problème technique à la fin d’un morceau, aux deux tiers du concert (coupure de son ? Je n’ai pas trop compris ce qui s’est exactement passé), embarque le public dans ses cauchemars et prouve une fois de plus qu’après quarante ans de carrière ils font partie des patrons de la scène Black.
Crédit vidéo : Bruno Guézennec
Les meilleures choses ont une fin, les plus épuisantes aussi. Le Hellfest cumule les deux en quatre jours.
2027 s’annonce comme un nouveau défi pour les organisateurs ainsi que les spectateurs. En effet, la 20ème édition du festival avec dix scènes et plus de trois cents groupes à l’affiche s’annonce dantesque ! Quatre scènes supplémentaires, pour ne finalement pas pouvoir assister à plus de spectacles (à moins qu’ils ne nous réservent d’autres surprises).
On en saura plus au fil des mois et surtout quand le running order sera dévoilé. En attendant, tout n’est que suppositions.
That’s all folks !










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