Venise et le Metal…
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Un dossier de WvG
Buon giorno, ragazzi e ragazze !
Reprenons un peu ce tour du monde métallique, puisque je vous ai déjà parlé de la Chine, la Slovaquie, etc. Aujourd’hui, de retour d’un périple italien, je vais vous brosser à la gomina un live report sans musique de Venise… Enfin, sans musique, il va de soi que c’est un peu l’objectif d’un article de cette trempe sur ce média et ce webzine qu’est Memento Mori mais vous allez comprendre pourquoi ma remarque au fil de mes pérégrinations lagunaires.
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Venise est une ville à part, une sorte de microcosme. Coup de bol, mon agoraphobie n’a pas trop morflé : les nuages étaient plus nombreux que les âmes sur ces cent-dix-huit îles reliées par quatre cents ponts, les véhicules, exceptés les gondoles et les navettes sur le Grand Canal, y sont inexistants, les « rues » (puisque les vénitiens n’ont pas de rues mais des « calle » ni de places mais des « campo » ou « campiella » à l’exception de LA place Saint Marc) aussi étroites qu’une paire de fesses face à son premier toucher rectal. Bref, hors saison de carnaval ou d’été, c’est plutôt vide – c’est bien le point positif que je vais relever.
La bouffe y est bonne, même s’il faut aimer les fruits de mer, hérétique parfois (sérieux, on critique la pizzananas mais on peut y manger de la pizza… aux frites ou au kebab ! Putain !), gustative souvent (les pana cotta aux coulis variants selon le restau). Petite reco pour le ristorante Al Pozzo Reverso (patron accueillant, bonne bouffe, un peu paumé dans le labyrinthe de ruelles à l’attribut aussi éloquent que celui de « dei assassinati », mais prix modiques par rapport au reste de la ville). Quitte à être dans une ville où le spritz et le café coûtent moins cher que la flotte, autant se rincer et, tant qu’à faire, dans un des plus vieux café du monde (1790), le Florian, et s’envoyer un cappuccino – même si culturellement, j’ai blasphémé : passé midi, on ne boit plus que du café ; le capu, c’est le petit déj’.
[Ne vous laissez pas abuser, c’est juste un « prima plata » et l’assiette est creuse…]
Venise est une ville du paraître et surtout du visuel… On aime se regarder, se montrer… L’apparence avant tout… C’est d’ailleurs mon premier point noir… Tout est misé sur cet aspect. Et c’est une sorte de philosophie, allant de l’image que la ville a voulu se donner à celle qui est ancrée dans les esprits au point de ne venir QUE pour se montrer. On vous vend de la peinture, de l’architecture, de l’histoire de la République… de la marque de luxe, à tout niveau, des ors qui ornent les masques ou autres accessoires carnavalesques aux fresques et peintures, jusqu’aux vendeurs de cosmétiques et de fringues. Certes les rues sont étroites, mais suffisamment larges pour laisser une « avenue des Champs Élysées » où l’on trouve des Longchamp, Vuitton, Chanel pour les frenchies mais aussi des Versace, D&G, Gucci pour les transalpins… Et surtout une multitude de stronzi et cagne qui ne sont en ville et ne bouchent ces artères étroites que pour faire des photos devant les échoppes ou la piazza San Marco sans même faire l’effort d’échanger un mot en langue locale, au point que cette ville ultra touristique ne fait plus l’effort de t’accueillir dans sa langue natale, et semble étonnée quand a contrario toi, touriste lambda, fait cet effort linguistique. Et niveau accueil, c’est tout ou rien : soit tu es accueilli comme un prince, soit on te fait clairement comprendre que tu fais chier. Autant dire, pour ma part et face à un vénitien polyglotte, je suis un ricain (personne même francophone n’a commencé à me parler en VF) et junkie (si on se fie à la nouvelle occasion de contrôle à la douane – y a qu’en Italie que ce genre de conneries m’arrive).
Donc… arrivé à ce point, on parle tout de suite nerf de la guerre (commerciale) parce que ville touristique. Le luxe et l’image de luxe, ça se paye. Et, putanna, comme on traduirait mal, ça douille : imaginez des tarifs parisiens doublés ; si vous avez un rein ou un PEL qui ne vous servirait pas trop, c’est l’occasion, spécifiquement si vous aimez Véronèse et le verre de Murano.
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Voir Venise… Et mourir…
Oui, je sais, normalement on dit « Naples » mais j’en profite pour placer le diptyque de Jean Van Ham. Mais c’est surtout parce que, oui, visuellement et historiquement, c’est intéressant et sous le signe du soin porté à la qualité, si tant est que vous sortiez des spots touristiques sur lesquels on vous engraine (je résume : gondoles, Pont du Rialto, Place Saint Marc) pour vous vendre du masque en plastique made in China et du magnet Venezzia.
Dans ce cas, si vous êtes à l’ancienne avec des cartes Michelin et un bon sens de l’orientation, respect ; sinon, merci GoggleMaps (malgré son imprécision) parce que c’est un dédale. On s’y fait au bout de quelques heures/jours mais aller du point A à B en ligne droite est quasi impossible. Concrètement, c’est petit, mais dans les faits et la marche, c’est grand.
[Venezzia Vice City]
Cependant, en farfouillant, on tombe sur des pépites, particulièrement dans le quartier de l’Académie : des fabricants de masques originaux et créatifs (comme à La Ricerca) allant du plus classique au steampunk, du papier vénitien, des artisans locaux verriers (enfin, locaux de l’île d’à côté puisque Murano et son verre blanc et ses facteurs sont isolés de Venise intramuros pour des raisons politiques et économiques sur décision d’un doge).
Sur Venise même, beaucoup à voir dans le domaine pictural mais il vaut mieux aller sur les îles voisines pour avoir la quintessence de l’Histoire et la manufacture. Murano et ses verriers, une qualité et une précision imparable (des maîtres verriers capables – et obligés vu le matériau – de vous pondre un vase ou un cheval en une minute au chrono), propose une diversité de styles et de techniques par des experts ayant nécessité une formation de plus de quinze années et seuls les meilleurs sortent du lot : comme disait une des démonstratrices, soit tu es maître, soit tu restes assistant ; se distinguer est donc essentiel. Burano, petit village de pêcheurs avec deux mille trois-cents résidents, reste assez éloigné, en autarcie, et se distingue même de loin par la kyrielle de couleurs de ses habitations (au passage, plein de maisons à vendre si ça vous dit). Z’est choooli. Torcello, île-ville à l’origine de la Venise actuelle puisque c’est ici que se sont amassés vingt mille personnes et sur laquelle subsistent… dix personnes, présente une architecture préchrétienne avec une basilique… mais surtout un stand à boisson, ce qui a paru nettement plus intéressant aux badauds – je vous ai dit que j’étais misanthrope ? Non ? Bon, voilà pourquoi…
[Œuvres signées de l’artiste Cristina Sfriso]
https://www.facebook.com/MuranosoftGlass
Dans Venise, il y a les classiques Basilique Saint Marc, Palais des Doges, Pont du Rialto, Pont des Soupirs… et les petits à-côtés (certainement) plus intéressants comme le « Ponte delle Tette » ou Pont des Seins, là où les prostiputes affichaient leurs boobs pour attirer le chaud chaland ou le musée Da Vinci, puisqu’il a séjourné dans le cité des Doges le temps de sortir ses meilleures inventions militaires (dont le futur char d’assaut), le plus intéressant de l’exposition étant surtout la fabrication de ses inventions, restées à l’état de schémas.
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E la musica ?
Autant être très clair d’entrée de jeu dans cette partie, niveau musique, Thomas Mann a résumé ma pensée : c’est Mort à Venise. Le sujet qui devait le plus m’intéresser en est le plus absent ! Damned ! Gabrieli, Monteverdi (le « père » de l’opéra), Cavalli, Vivaldi (le « père » du concerto ») … QUE DALLE !
Vous entendrez vaguement – et pour le touriste qui lâche sa thune – un gondolier chantonner, éventuellement accompagné par un guitariste (même pas une mandoline), une répétition duetto con organo hasardeuse à la basilique Sainte Lucie, un fond du « In Paradisum » du Requiem de Fauré en mettant le pied dans une petite église, quelques notes d’une cantatrice émanant du conservatoire proche, du Eros Ramazotti au petit déj’ à l’hôtel… Et sinon ? En ville, niente !
Pire, la Fenice, opéra mythique à plus d’un titre ironique, il numero due après la Scala de Milan, est à peine indiqué sur les panneaux (qui préfèrent te donner la direction des spots à touristes) ; le seul que j’aie vu se trouvait sur un mur face à l’hôtel où j’ai séjourné, à deux pas de l’édifice si sélect que pour une place (déjà toutes vendues) pour Rigoletto, il faut allonger deux-cent-cinquante euro. Et pourtant, niveau « ze plèce tou bi », on est pas mal : création des principaux opéras de Verdi, lieu de résidence de Maria Callas (au point d’avoir une aile et un pont à son nom) …
[Plus d’un millier de places assises dans la version étendue de la salle]
Un petit musée en hommage à Vivaldi dans une église désacralisée pour lieu de reconnaissance, et ne contenant que des instruments de la collection privée d’un maestro…
[Des modèles de contrebasses ayant été utilisées dans l’orchestre de Vivaldi père puis fils, donc LE Antonio]
Partant de ce précepte, je vous simplifie la lecture : à Venise, niveau Metal, tu dead ça, baby.
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Le marchand (de disques) de Venise
Faut dire que rien n’est particulièrement mis en branle (double) pour les musiciens : deux-trois luthiers, deux enclaves où trouver une guitare, à l’intérieur desquelles les vendeurs semblent tellement étonnés de t’y voir mettre les pieds qu’ils sont sur le qui-vive… La vendeuse de Mille e una nota désespérait de voir un client passer la porte, semble-t-il.
Quant à la musique enregistrée, c’est simple, il y a deux disquaires sur place, dont un généraliste. Le second, Living in the Past, porte bien son nom, du contenu de l’échoppe à son singulier tenancier, Sergio (pas trop fan d’interviews), bloqué dans le Rock jusqu’au Metal des années 70 à 90, avec principalement des raretés en vinyle et CD.
…
Comme j’en ai déjà parlé, mes étapes dans un pays étranger sont la télé (habitude de la langue et sa prosodie), la bouffe (les spécialités culinaires, forcément, ça forge un estomac si tant est que la tourista ne s’en mêle pas) et… la musique/les arts (donc la musique pour ma part). « Alors quid du Metal ? » me direz-vous à raison, puisque c’est à ces fins que vous lisez un article sur Memento, pas pour me soutenir vous déblatérer mes odyssées.
L’Italie est pourtant pourvue d’une quantité assez incommensurable de groupes dans des sous-genres tout autant diversifiés. Et la Vénétie… aussi ! Dans ce cas, on se prépare une playlist avant de partir.
Donc ! Je vais évidemment vous proposer un petit florilège de produits locaux, en essayant de sortir un peu des sentiers battus par les majors de l’industrie mais, la scène étant foisonnante (en particulier Vérone et Vicence), je vais devoir limiter les propositions qu’à la Venise territoriale et aux groupes encore actifs. Je sais que vous l’attendiez avec une impatience palpable même au travers des bits qui nous séparent…
On va essayer de trier un peu par sous-genre (j’ai essayé de penser un peu a tutti) :
- Pour le BM, voici Arcano Pensiero (tout en italien), Dodehender, Rovi (projet solo).
- Pour sa version symphonique, voici Fourth Monarchy, Yass-Waddah et Obscura Qalma (en italien également).
- Toujours dans le BM, expérimental, voici Eneth. Puis Chaos Luciferi (en italien) pour l’atmo. Enfin L’ordre du temple pour sa variante Folk.
- Tournons-nous vers le Death en faisant un pont – un de plus pour Venise – avec le BM et Askesis.
- Pour le Death en lui-même, voici Membrance, puis sa version Technical avec Miscreance (probablement déjà connu des puristes) et Necrosy, et pour sa mouture Mélo, voici Hobos, From the Shores (aux teintes Metalcore) et Sein (ou « tette » en italien si vous avez suivi).
- Doucement, allons vers le Thrash en transitant par Cattivator of Death (en italien aussi), puis dans le vif du sujet avec Merciless Attack et Scyther. Et parce que rien que le nom est fendard, un petit Crossover avec Danny Trejo.
- On calme un peu le jeu avec du Doom et ses variantes. Funeral Ground (nom adapté, n’est-il pas ?), Maya Mountains, Kröwnn, Holyphant et Muon.
- Du Grindcore ? Mais bien sûr ! Y en a aussi (oui, oui, je vous disais : y a de tout !) : Stench of Profit.
- Retour aux sources, l’Italie est une offre prolifique de Heavy, surtout mélodique. Quelques exemples avec Hextar, Phoenix Rage, Order of Minerva et (Thierry) Ardityon.
- Pour finir, les quelques perdus dans la masse, avec du Shred guitar hero 80’s, Alex Masi, du Folk avec Vallorch (que vous connaissez sûrement d’une édition quelconque du Cernunnos), du Prog avec The Moor (que vous connaissez peut-être déjà) et on se perd avec Lachaise et son Sympho Goth.
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Mais… dites-moi, Micheline ! Il n’a pas parlé du tout de Sympho et de Power ?! Eh oui, désolé mais il n’y en a pas sur Venise… Je comprends votre déception…
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Mais il y en a sur la région !!!
Et voici donc, pour le Sympho (dans le pays de l’Opéra, imparablement, ce serait le comble de ne pas en trouver), je passerai sur Rhapsody mais je vous propose le side project de Fabio Leone, son ex-chanteur, Eternal Idol, et Afterlife Symphony, mais aussi du Power avec White Skull (dont je vous ai certainement déjà entretenus) et ses variantes Folk avec Arcana Opera et Forod Lad. Pour finir, la variante Prog avec Hollow Haze et Twintera.
Et voilà, bambine, je m’en retourne à mon sofa tel un pochetrone, en espérant avoir été un artigiano di qualità avec ce petit tour métallique local. Mais pour faire le bilan, je vous recommande la Toscane dans son ensemble et la Vénétie en tant que région pour ce qui est de la culture musicale qui vous tient aux tripes : si Capri, c’est fini, Venise, c’est pareil sur ce pan.









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