L’autodérision dans le Metal
à lire, partager et commenter !
Un dossier de WvG
Et voilà, c’est r’parti ! Il va sérieusement nous faire chier avec un sujet sérieusement chiant en nous demandant sérieusement de réfléchir… Est-ce bien sérieux ?!
Eh non, tas de naïfs ! Aujourd’hui, on fait dans l’insoutenable légèreté de l’être – ou sa lourdeur selon votre point de vue – puisqu’on va papoter dérision voire autodérision dans le Metal, tout en gardant un fond sérieux et explicatif malgré tout, faut pas déconner non plus… Confère un précédent article sur le premier degré [cherchez et vous trouverez… sinon relisez les précédents papiers pour retrouver… ou même les autres posts sur cette page], il est indispensable de jouer de la dérision, d’autant quand on est un grand méchant bre-som métalleux…
Humoristique veut-il dire « beauf » ? Non… pas besoin de montrer son cul ou faire des blagues pipi-caca ou de mecs bourrés pour que ça soit drôle (coucou Ultra Vomit et Alestorm). Aussi paradoxal que ça puisse paraître, l’humour, c’est sérieux, ça se travaille, ce n’est pas du talent mais des années d’études, d’observation, d’entraînement, etc. Autant on devrait pouvoir rire de tout avec tout le monde, autant on ne rit pas avec l’humour… ou alors on en rit, n’importe quel autre sentiment, ressenti, ou ressentiment. Et le Metal, comme n’importe quel micro ou macrocosme se doit d’avoir le recul nécessaire pour ne pas sombrer totalement dans ses propres clichés tout en les assumant, quelle que soit la finesse dudit humour ou même comment faire sourire. Et parfois, ça prête à rire, ou ça cherche à le vendre. Je ne vais donc aborder, et pas m’attaquer puisque les unTRVE ne m’intéressent pas, pas davantage que faire leur promotion, le prisme de ce qui fait sourire parce que… parce que c’est drôle en étant sérieusement fait.
On va commencer par se mettre en joie avec ceux qui misent sur l’humour et la dérision comme blason.
Évidemment et en premier lieu, j’aurais pu partir sur Ultra Vomit, référence franchouillarde imparable dans ce domaine. Et donc, non, je ne le ferai pas… Il y a encore quelques années, oui, je l’aurais fait, parce que leurs compositions étaient fouillées, référencées voire ultra référencées, donc réfléchies et travaillées (comme je vous disais plus haut, l’humour, c’est sérieux)… par exemple un « Kammthar » qui cherche à parodier Rammstein, en ayant réfléchi ses codes musicaux et esthétiques, poussant jusqu’à travailler l’accent allemand et le texte pour cadrer, là, je dis oui… Objectif : thunes et Panzer Surprise sont deux pépites dans ce domaine, même si le second commençait à virer vers ce que je craignais… Mais ce groupe a fait le choix, que je trouve donc hypocrite, d’une forme de populisme et de lourdeur dans leur humour, qui ne fait plus mouche mais se fait moucher par beaucoup (moi inclus, par conséquent), un choix de facilité navrant que ce soit dans les approches, dans les blagues, ou même dans la structure de leurs compositions. Donc, stop…
Cependant, dans l’idée de la parodie très réfléchie, je vous propose Nanowar (of Steel). Rien que le nom référencé prête à sourire. Ça fait quand même quelques années que ces italiens sont dans le game, du temps où Jamendo, site sur lequel je les ai découverts, existait encore (c’est dire si ça date…) Et ils continuent leur petit bonhomme de chemin avec professionnalisme dans le sujet. Et leur renommée va suffisamment loin pour que des sommités dans le milieu musical leur apporte soutien et participation dans la dérision et l’autodérision (Fabio Lione pour une parodie du groupe dans lequel il a pris part et exercé de nombreuses années, Rhapsody ; idem pour Joakim Brodén dans une parodie de Sabaton sous forme d’un commentaire de match de foot).
Le travail du groupe est sérieux et réfléchi et, par exemple dans le cas de « Norwegian Reggaeton », réussit à faire marrer en mélangeant des codes et genres musicaux qui semblent aux antipodes.
Le tout en restant bien en tête… En temps que fervents pratiquants, je vous recommande également « Valhallelujah »
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Le mélange des genres semble incongru… Ce qui est totalement paradoxal quand on décortique la constellation de sous-genres du Metal qui mise en partie sur les métissages musicaux… Oui, oui… même les plus « sérieux » sont inspirés de musiques on-ne-peut plus sérieuse, dite « savante », sous les approches spectrale, microtonale, dodécaphonique, etc. À part si ledit groupe que vous affectionnez à repompé sans réfléchir le style de son mentor, le mentor a probablement pris le recul nécessaire sur sa composition musicale, son mode et ses sources d’inspiration pour être/avoir été novateur.
À une époque où le métissage Metal-opéra semblait porter à sourire voire rire (ce qui est encore le cas pour les plus teubés… pardon, « ouverts » de nos cons-génères), il y a eu un très célèbre fake, qui persiste encore – malgré la révélation de la vérité – tellement il était crédible, car bien foutu, bien mixé, bien réfléchi… Celui d’un featuring de Luciano Pavarotti sur « Roots, bloody Roots » de Sepultura. Je ne vous cache pas, comme Fox Mulder, j’ai voulu y croire… Bon, par la suite, le sous-genre Metal symphonique a déployé ses ailes, et tant mieux, puisque celui-ci s’est élargi à plein de dérivés Dark, Death, Black, etc. (Septicflesh, Fleshgod Apocalypse, Dimmu Borgir, etc.)
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C’est justement ce qui est intéressant avec le Metal : des codes tellement ancrés dans la mémoire collective qu’on peut facilement jouer avec et les détourner. C’est aussi un genre qui évolue avec son temps et sa technologie ; qui aurait cru il y a vingt ans qu’on pourrait aujourd’hui avoir du CyberMetal et qu’on utiliserait des IA pour corriger des fausses notes voire écrire un morceau sans son provenant d’un instrument joué avec ses propres mimines ou cordes vocales ?
On va donc remonter dans le temps, il y a quarante ans… avec un album de Metallica… mais réfléchi comme il y a soixante-dix ans !
[NB : si vous préférez le disco, il y a aussi le Black Album dans ce style, ou si vous souhaitez opter pour la synth-wave, allez écouter « Du hast » de Rammstein dans cet esprit.]
Évidemment, ce n’est pas le premier cas d’arrangement de Metal dans un style musical différent. Pour expliquer rapidement, le principe de l’arrangement est de reprendre un morceau avec des instruments, des grilles d’accords voire un style musical différents des originaux (pour l’orchestration dont on ne parlera pas dans cet article, la réponse est dans la question : faire jouer par un orchestre). C’est justement le fond de commerce de Richard Cheese, qui en a fait son fonds de commerce avec des reprises swing jazz (à l’image de Paul Anka pour certains titres mais ce n’est pas sa spécialité).
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L’évolution de la technologie permet désormais à tout un chacun de trafiquer des morceaux sur la base des enregistrements préexistants, avec un minimum de connaissances techniques.
Ce qui permet la création du mashup !
Il va de soi qu’une oreille musicale ne sera pas de trop pour mélanger des morceaux distincts et les accommoder. Nombre sont des échecs parce que leur auteur ne l’a pas et sait juste appuyer sur des boutons, comme David Guetta ou le fameux « DeeJay » automatique de WinAmp il y a quelques années de ça, faisant fi de l’harmonie, la mélodie ou le tempo, en gros les bases de la musique.
Je vous propose donc un des – selon moi – plus réussis dans le domaine :
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L’oreille, c’est aussi traître. Vous aussi vous laissez de plus en plus abuser par la déformation des sons au point de ne plus savoir si c’est un solo de guitare électrique ou de clavier (ça a été mon cas sur l’intro de « Octavarium » de Dream Theater en son temps).
Mais c’est moins perturbant quand vous avez l’impression d’entendre des grosses conneries. Je ne vous ferai pas l’affront de vous poster ci-dessous celle du « Durch den Monsun » de Tokio Hotel mais restons chez les métalleux avec une de Six Feet Under.
Comme quoi, le growl, on pourrait faire sa liste de courses que personne n’y verrait rien… Si vraiment vous avez du temps à perdr… occuper, ou que vous considérez que « ce soir, j’ai les pieds qui puent », je vous invite à aller farfouiller cette chaîne :
https://www.youtube.com/@HOLYCOREMTLSHOWS
L’image bre-som… L’image tout court en fait… Difficile de faire original avec des codes aussi établis… dans l’image du groupe autant que celle de ses clips… Entre les blackeux qui se sentent obligés de se perdre en forêt sans GPS ni électricité (mais des guitares) et les coreux qui cherchent des usines désaffectées pour faire tournoyer une caméra en traveling montage cut serré à vous foutre la gerbe, il y a des codes… Mais si on s’amusait à détourner les clips ?!
Allez, je suis sympa, je vous propose deux exemples rigolos car bien foutus ci-dessous.
[Oui, je sais… qui utilise encore Dailymotion… mais impossible autrement.]
Malheureusement, je n’ai pas retrouvé celui des Guns n’Roses qui chantaient la « Merguez Party » mais… sachez que ça a existé…
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Puisque l’image est importante, pour cette dernière partie, regardons des images… et les sons qui sont censés être visibles à l’image, pas le « off ».
Alors évidemment, il y a les pas-gentils-qui-se-moquent en pourrissant radicalement – mais tout en restant synchro – la bande son sur la bande image. Le principe même du « shred » (donc rien à voir avec la pure technique guitaristique).
Et quitte à se foutre de la gueule des clichés évoqués ci-dessus, voici un groupe qui est son propre cliché :
D’ailleurs et pour faire le lien avec le paragraphe suivant :
Parfois (et ça marche dans de nombreux autres genres musicaux), l’image seule est suffisamment absurde pour faire marrer, même sans être détournée. On entre forcément davantage dans la logique de réalisation filmique (long ou court métrage) mais cherchez les incohérences entre ce que vous voyez et entendez… En voici un exemple, soit le même morceau que juste avant :
L’idée du « musicless » en tant que descendant « sérieux » du shred, c’est ça : les images et ce qu’on est censé entendre réellement en synchro avec le « in », ce qu’on voit à l’écran. Idem, si vous avez du temps et de l’ouverture, allez essayer des « Gangnam Style » ou « Chandelier » en musicless, ça devrait vous décrisper les zygomatiques.
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Comme je l’énonçais en préambule, l’humour (et en faire), c’est sérieux… Il faut un concept qui tienne la route et ne jamais tomber dans la facilité ou la flemme, au risque d’en perdre en qualité (ou de racoler un « public qu’on mérite »).
S’il y a bien un auteur qui réfléchit ses parodies, c’est celui-ci, qui va se frotter avec intelligence à des références musicales dans tous les coins du Metal :
L’idée dans ce cas est aussi de réinterpréter les originaux, simulant le riffing voire le grain d’origine et adaptant les paroles à la thématique. Oui, c’est du boulot, en effet.
Arrivé à cette (douloureuse) conclusion, il va de soi que je n’ai que survolé le sujet, tant la notion même d’humour est infiniment subjective et difficilement définissable… car subjective… Et votre subjectivité vous poussera peut-être à vous exclamer : « Mon Diable, quel blasphémateur ! Il a osé moquer publiquement notre religion !!! Brûlons l’hérétique !!! Burn the witch !!! »
Pour citer Philippe Caverivière, lors de l’anniversaire des dix ans du massacre à Charlie Hebdo *troulouloouuu trouloulouuuu et autres bruits de langue-de-belle-mère et de cotillons explosifs bulletproof* : « L’humour, c’est comme le fist fucking : si t’es pas mort, c’est que t’es pas allé trop loin… » En cas de réclamation, je vous prierai, par décence et par avance, d’apporter la vaseline.
Xoxo
[Crédits images en grande partie de chez Autiste Redding, si vous voulez vous marrer avec de la parodie : https://www.facebook.com/AutisteReddingPhotoshops]









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