Genre : Black Metal
Note : 87/100 (Mémé Migou)
Label : My Kingdom Music / Source Atone Records
Sortie : 7 Février 2025
Le syndrome de Diogène est un trouble du comportement qui conduit à une vie négligée et souvent insalubre, caractérisée par une accumulation compulsive d’objets ou syllogomanie. Le nom, choisi en 1975, fait référence au philosophe grec Diogène de Sinope, connu pour son rejet des conventions sociales et son style de vie austère. Néanmoins, le syndrome diffère largement de l’idéologie de Diogène qui n’accumulait pas d’objets. Les individus atteints de ce syndrome présentent plusieurs caractéristiques, notamment une négligence extrême de l’hygiène personnelle et domestique, un isolement social, et un refus d’accepter de l’aide. Ce syndrome apparaît surtout chez les personnes âgées, chez les hommes comme chez les femmes. – Glossaire médical, Elsan.
Vous avez tous connu cette maison, là-haut sur la colline, entourée de grilles à la ferronnerie aussi alambiquée que rouillée. Les haies ne sont plus que broussailles et ce qu’on pouvait imaginer être un talus n’est jamais qu’un monticule de déchets.
La maison était celle de votre enfance, là où vous passiez vos vacances, ces moments de détente où affleurent les réminiscences en même temps que les odeurs des tartes de Mémé et du bois fraîchement coupé par Pépé…
Que de souvenirs, une partie de votre âme y est restée cramponnée à ces murs, s’accrochant aux branches des quelques arbres devenus rachitiques par manque de soins.
On vous avait prévenus, il ne faut jamais revenir sur les lieux de notre enfance, une fois adulte on les voit différemment et les souvenirs se teintent de spleen. Mais là, vous n’avez pas d’autre choix. C’est votre patrimoine. Vous en héritez. Et vous voyez l’étendue des dégâts.
Cette maison, c’est le monde que vos aînés vous laissent. La société qui déraille, les guerres, les obscurantismes de tous bords, les excès déviants de gens trop riches…
« Leurs queues dans le cul des fillettes mal nées… »*
Cette maison, c’est aussi le mausolée de tous les membres de la famille Black Metal… Pépé et sa vision des premiers temps, papy est ses avancées de seconde génération, papa, tonton et les cousins, chacun apportant sa personnalité, enrichissant la galerie de portraits de famille de leurs sourires en porte-manteau. On a tout eu, et tout est resté s’accumulant dans la baraque qui a fini par crouler sous le poids de ses excès. Ah… ce trouble de thésaurisation.
Le problème est qu’au sein d’une même famille, d’une même fratrie, ça se dispute et se déchire. On se fait la gueule et la maison reste parfois vide… On la remplit de contrefaçons, pour la maintenir, mais rien n’y fait… Elle se délabre petit à petit et nombreux sont les oisillons qui vont voleter hors des frontières pour retrouver le dynamisme d’un Death Metal, de l’Indus ou autre….
Va falloir relever vos manches, pour retaper la bâtisse branlante… Car vous n’avez pas envie de l’éradiquer. Non… Elle est trop importante. C’est la pierre angulaire de votre famille.
« I hate you, I hate the world. From mankind I am so bored… »*
De temps en temps, je vois quelques aînés revenir… Ils nettoient halliers et taillis, et rendent au perron son lustre d’antan. Malheureusement, d’autres viennent y jeter leurs boîtes de consommables sans saveur. Diogène, au secours !
Alors quand la dernière génération se pointe, on se dit qu’un bon coup de balai va redonner sa magnificence à la bâtisse. Cette fois, ils sont deux. C’est pas beaucoup, deux personnes pour un si grand chantier. Mais les duos/trios se relaient, on voit bien qu’une nouvelle ère arrive, synthétisant le tout.
« L’humain se deal, s’échange, se noie dans le Nouveau Monde et ses reflux »*
Dans la branche Black Metal moderne, on trouve les gars de Berlial. A mi -chemin entre Beria, le bras droit de Staline et chef de la police secrète russe, et Belial, personnification du mal et du mensonge, le ton est donné. Mais on peut aussi voir d’autres accumulations, notamment les nappes de claviers et les quelques samples, conférant une touche indus à cette base Black Metal familial que leurs pères ont développée. Vous allez me dire que l’indus n’est pas complètement nouveau. Pensons aux pères Samaël, par exemple. Cependant nous avons ici, dans cet album « Nourishing the Disaster to Come », sorti en février 2025 chez My Kingdom Music/ Source Atone Records, un son et une rythmique plus modernes, qu’on commence à entendre dans ces jeunes générations. Oui, je fais référence aux cousins du Coven du Carroir. D’ailleurs, ces derniers, comme le duo Berlial, ont une formation atypique, qui se trouve entre le band classique (guitare.s, basse, batterie) et le one-man band (tout est fait par une même personne, l’obligeant à programmer et pré-enregistrer).
On est loin du Raw et je vois les vieux de la vieille marmonner dans leurs longues barbes blanchies par les lustres.
La rythmique… Avec Berlial, on aura de ces moments martelés, la double, tout ce qui a fait les beaux jours du Black Metal (Comme sur « The Last Dance » ou le titre éponyme « Nourishing the Disaster to Come »). Et ces moments vont flirter avec d’autres moins attendus, des passages plutôt rock/ Black’N Roll (vers 5:00 dans « Ivresse de la Finitude ») voire limite électro avec les sonorités qui vont bien avec (vers 2:00 sur « Nouveau Monde »).
Les techniques de voix (pour ne pas forcément utiliser le mot chant) sont variées. Là encore on passe d’une voix d’apôtre du mal à une voix grave, passant par le chant parlé, façon slam et la voix criée qui te fout les poils. Holalaaaaa, on en a des tontons qui viennent titiller nos neurones. De nos souvenirs affleurent des noms comme Quantum (chanteur de Kosmos), avec cette voix grave articulée qui rend la compréhension du texte aisée (sur le titre « Ivresse de la Finitude »). Également Hélios dans l’excellent « Devenir le soleil » ( sur le titre « Nouveau Monde »). Et je pourrais rajouter, dès le titre d’ouverture de l’album, « The Last Dance », avec cette voix qui grince comme une porte aux gonds rouillés, le chant étrange et pénétrant comme un mauvais rêve de Sakrifiss de Transylvanie (dans Enterré Vivant).
Il est notable que les morceaux en anglais semblent plus dans la mouvance d’un Black Metal de bonne famille, quand les morceaux en français prennent un envol vers d’autres horizons.
« Parjures enivrés et passivité font loi dans notre cité … »*
Ne nous arrêtons pas en si bon chemin… Dans le gros coup de balai qu’ils mettent à cette accumulation, ils récupèrent au passage quelques bons trucs, comme l’utilisation de samples. Plusieurs morceaux sont littéralement construits autour de ceux-ci, des passages emblématiques de films qui le sont tout autant… Et qui servent le propos de l’album, Nourishing the Disaster to Come, qui met le doigt sur l’accumulation de toutes nos déviances, dérives et autres tares sociétales dont nous pouvons faire preuve. Car cette maison, c’est non seulement la métaphore de notre Humanité, puis en seconde strate de notre Black Metal, mais aussi celui de cet album qui dénonce en troisième strate la première. En tendant l’oreille on reconnaît aisément le discours de Tyler Durden (Brad Pitt dans Fight Club) qui se retrouve dans le « Le Néant pour éternité » ou le controversé « Salo ou les 120 journées de Sodome » de Pasolini (dans « We Deserve To Fall Again »). Il m’en reste un que je n’ai pu découvrir… « I’ll Kill You » déclaré sur un coup de fil réfrigérant (sur « Ivresse de la Finitude »). Je n’ai pas assez de connaissances en la matière.
«My nightmares My memories Behind the light I hear the music»*
Ici, il me faut enfoncer le clou, si on n’avait pas encore compris : j’adore voir ces jeunes venir rénover la baraque sans pour autant la détruire. Ils syncrétisent en une proposition finale qui leur est propre et fait avancer le genre. De toutes les influences, on y sent aussi les connaissances plus classiques, du piano, du saxo (vers 12:00 sur « We Deserve to Fall Again »… oui, 12 minutes ! Si ça ne touche pas au prog ou au Shoegaze, ça…), des choeurs (« Ivresse de la Finitude »), de l’orgue (« Nouveau Monde »).
Les sonorités ne sont jamais trop aisées… Parfois ça dissonne pour mon plus grand bonheur. Et il faut avouer que ce n’est pas toujours évident d’accompagner des samples où se crie à foison « Le caca ! Le caca ! Le caca ! … »
On aborde désormais une autre facette qui m’a particulièrement touchée, celle de la culture dont font preuve ces deux qui forment Berlial. La culture et notamment la maîtrise de l’écriture. Ce sont ces textes qui m’ont cueillie. Alors oui, il y a des mots crus. Crus… mais pas vulgaires. J’entends par là que ces mots ne sont pas faits pour faire joli ou pour de la provoc à deux balles. De la provoc, oui, mais fort justement placée. Et cette “cruauté” dont les lyrics peuvent faire preuve rajoute à la force poétique du propos et de la forme. Le seul petit bémol serait une erreur de liaison dans le 3ème titre, qui à l’oral, ne passe pas vraiment. Trop inaccessible et non trop « z »inaccessible…. ( Oui, on ne va pas refaire Mémé à son grand âge !)
« Tu sens comme des draps par déjà trop souillés et maculés »*
Cette force poétique, je l’apprécie d’autant plus que je comprends ce qu’ils disent, par un chant accessible, à la diction parfaite… Sauf que, un titre sur deux est en anglais, l’autre en français… Mais pourquoi ? Hein ? Pourquoi ? C’est frustrant à souhait…
« Je suis à genoux, supplie le pire, ma dignité si infamante »*
Après leur premier EP « Enfants de Putains », Hellsod et CzH confirment leur talent et leur volonté de synthétiser les influences Black Metal et au-delà pour emmener le genre vers d’autres horizons lointains, qui font échos à cette nouvelle génération de groupes français, le tout sur une intelligence de composition tant musicale que littéraire et picturale. Car il est un dernier élément que je n’ai pas abordé, celui de l’artwork, signé Jeff Grimal, collant à la perfection au concept de l’album. On y voit Charon se faufiler dans un Styx d’immondices. Tout, de la musique, des textes, de l’artwork, est truffé de symbolisme. A vous d’en trouver les clés…
Parlant de clés, on peut désormais ouvrir à nouveau la porte cochère de la masure. Et avouons-le, ça fait du bien de voir la maison familiale rutiler…
« Le grand médiateur a sifflé la fin de la partie »*
*Toutes lyrics de Berlial, in “Nourishing the Disaster to Come”
Tracklist :
- The Last Dance
- Nouveau Monde
- We Deserve to Fall Again
- Ivresse de la Finitude
- Nourishing The Disaster To Come
- Le Néant pour Éternité
Line up :
HellSod – Guitares, Basse, Chant, Programmation
CzH – Chant lead, Claviers, Paroles
Liens :
Facebook : https://www.facebook.com/Berlial666
Youtube : https://www.youtube.com/@berlial7444
Bandcamp : https://berlial666.bandcamp.com/album/e-d-p









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