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Orbital Decay MMXXIV –  Anthropos Anathema

Genre : Black Metal/ parfois atmosphérique, parfois indus, parfois Black’N Roll
Label : L’Ordalie Noire 
Sortie : 28 Mars 2025

Note : 80/100 (Mémé Migou)


Il est des rencontres qui semblent couler de source.

Ainsi, Le Corbusier aura rencontré l’après-guerre, alors que le monde était en train de pourrir sur les cendres chaudes d’un temps qu’on espère ne plus revoir. Hélas…

Ainsi, le béton a rencontré le fer et le verre dans un maelström de plans et de concepts philosophico-architecturaux. Le Brutalisme aura à la fois brutalisé de nombreux locataires, quand d’autres s’en réjouissent et spéculent.

Ainsi, il en est de J et K, alias Jonathan et Karine, qui unissent leurs capacités respectives – J à la composition et à la réalisation musicale, K à l’écriture poétique des lyrics – pour créer une œuvre qui leur ressemble : Orbital Decay MMXXIV.

Né de cette rencontre, Orbital Decay MMXXIV porte sa date de naissance comme un chronogramme sur le fronton de sa demeure. MMXXIV… et pourtant, le premier single remonte à 2023… Mais ne chipotons pas… De cette jeune union une ambition palpable se fait tangible, car dès ce vendredi 28 mars 2025, le premier album verra le jour. Anthropos Anathema

Souvenez-vous de Chandigarh, cette utopie brutaliste où toute une ville est pensée et régie par le rationalisme et le minimalisme des matériaux bruts. Elle est décrite comme « la cité idéale ». Tout est pensé par secteurs (il y en a 61), organisés autour de quatre fonctions (l’habitation, le travail, les loisirs et la circulation). C’est comme un immeuble de Le Corbusier, élaboré avec des unités d’habitations.

Pourquoi Mémé vous parle de cela ? Parce que ça continue la comparaison avec Anthropos Anathema, à deux niveaux.

Le premier, le plus easy, ou visible, est celui de cette Humanité qui est excommuniée de la cité idéale. Anthropos Anathema, excommuniée, virée, bannie… Il faut dire, comme un conglomérat de blattes ou autres nuisibles, les Humains détruisent tout sur leur passage, laissant pourrir ce qui doit revenir aux générations futures. Pas étonnant de les voir se faire signifier un bel avis d’expulsion !

Le second niveau est plus pernicieux… Rappel : j’ai parlé plus haut des unités modulables d’habitations. C’est un peu la prolongation de chaque titre de l’opus global, qui fera office d’immeuble complet (saviez-vous qu’à Hangzhou, en Chine, le Regent International peut accueillir jusqu’à 30 000 habitants?!).

Qu’entends-je par là ? Eh bien que chaque titre porte en lui non seulement une ambiance bien spécifique, mais aussi des vocalistes différents. Car oui, K ne chante pas, elle écrit. J ne chante pas plus, il joue de tous les instruments, compose et produit… Qui donc va chanter ? Eh bien plusieurs candidats, dont la plupart ne nous sont pas inconnus. Ainsi, nous aurons Misein (FT17 entre autres… d’ailleurs, pensez à aller voir l’interview que nous avons faite de FT17 avec Tom) sur deux titres, dont celui qui ouvre l’opus, « Brutalism » et le second, « Amen ». Normal, ils sont voisins de palier, ces deux titres. Ensuite, nous avons Florian Desormière (ex Grimhowl Grave, ex Dysmorphic, …) vient pousser sa voix sur « Elder Gods » et « Ozymandias », les deux derniers titres de l’album. À noter que nous avons sur cet ultime titre une voix supplémentaire en la présence de Soizig ( mea culpa) offrant alors une coloration toute particulière. 

Il n’est pas étonnant que le label estampille le projet « ffo Dimmu Borgir (mais pas que !) », entre les chœurs et les nombreuses nappes de synthé, électro ou indus. Mais ce n’est pas tout, nous avons Nicolas Foucault (Vosegus, Trollheart, FT17 et bien d’autres) sur «Drowned » et Romain Nobileau (Toter Fisch) sur le titre éponyme de l’album. Bon, tout ce petit monde se retrouve en guest sur un projet nantais, signé par un label nantais, chacun ayant des liens avec le milieu nantais (non, ce n’est pas une mafia). C’est un album de voisins, qu’on trouve ici. Mais des voisins de qualité. Le monde est petit, surtout quand on le compare à un seul immeuble brutaliste.

Les unités de l’album, en d’autres termes les différents titres, vont également proposer des ambiances changeantes, non seulement d’un titre à l’autre, mais de façon intrinsèque également. Plusieurs titres sont longs et offrent plusieurs breaks qui, pour ma part, ne sont pas toujours amenés de la meilleure des manières qui soient (par exemple  sur « Brutalism »). Bon, et tant qu’à faire, autant lâcher mon petit point noir de l’album, qui justement peut être en lien avec cette comparaison de l’immeuble brutaliste : j’ai parfois cette impression de juxtapositions de plans et d’ambiances. Il me manque un soupçon de mastic ou de ciment entre les blocs de béton, autrement dit un brin de cohérence.

Bon, ça c’est dit, passons aux aspects positifs. D’emblée, que ce soit la description du groupe ou celle du label, on n’est pas pris au dépourvu. On nous parle d’influences Mglà, Blut aus Nord avec de la dissonance, Dimmu et NIN. Ce qui va être intéressant c’est que – oui, je vais légèrement me contredire – on commence avec l’aspect grandiloquent du Black’N Roll à la Mglà. Dès le premier titre, cela s’entend, avec des riffs marqués et des incursions indus pour aller vers des choses plus « atmosphériques » et symphoniques. Et si… je vous parlais de Satyricon, avec leur titre « Angrstridden », de l’album Volcano qui laisse pas mal d’influences ici. Le chant, les plans… Vous êtes d’accord ?

« Brutalism » vous fera passer par de nombreuses atmosphères, avec autant de Black atmosphérique, de nappes de claviers, de l’indus, des ralentissements…

« Amen » sera plus typé Black Metal. Le propos suit. Ce ne sont pas de simples paroles, ce sont des poèmes mis en musique. Nous avons un riff qui va tourner sur un temps assez long, offrant une mélopée qui restera en tête. Elles sont par ailleurs très classieuses, ces mélodies. Sur ce titre, à plusieurs reprises, nous aurons des nappes (ou des interventions) de cuivre qu’un François Kärlek n’aurait pas reniées. La seconde partie du morceau prendra déjà la route du Black Atmosphérique, avec entre autres, cette envolée de clavier, vers 3:30.

Plus on avancera sur l’album, plus on ira vers des atmosphères moins sautillantes que celles du Black’N Roll. Le troisième titre, « Drowned », est de la trempe des titres angoissants. On sent planer sur nous les ailes noires du grand corbeau annonciateur de séisme. Là encore, les structures, derrière, donneront de la dissonance, pour rajouter au malaise ambiant. La fin, après un passage à la fois de piano et de synthé, ne laissera pas sans étonner par le chant clair qui sort sans crier gare.

« Anima Mundi » est le seul morceau instrumental, comme un enterrement en plein milieu d’une tempête. De la tristesse et du froid…


Certaines voix offrent des incursions dans le Death, accompagnées, par ailleurs de riffs de bon aloi. Je pense à « Anthropos Anathema ». On navigue entre Black et Death. Là, la rythmique y est volontairement bancale. C’est un fait, le travail de la batterie est intelligent. La fin du titre est enveloppée d’une orchestration qu’un Septicflesh aurait appréciée.


Pénultième titre, « Elder Gods », vous cueillera à divers niveaux : ses passages au piano, l’orchestration touffue, et vers 3:00 ce chant clair à la voix façon Johan Edlung ou encore du groupe Embraced (sur le titre « The Beautiful Flow of an Autumn Passion »… sur l’album Amorous Anathema… tiens donc…)

Et pour terminer en apothéose, « Ozymandias » qui, à l’instar du titre d’ouverture, vous offrira un florilège pour que vous puissiez garder en bouche et en oreilles l’album et tout le travail que Orbital Decay MMXXIV vous propose. Une forme de prière qui s’élève comme une volute d’encens, du papier d’Arménie qui nettoie les habitations des mauvaises ondes. Et tout à la fois, flotte un peu de Dimmu et de Morgul, avec ce petit côté piano Honky Tonk désaccordé.

Alors oui, on a parfois des riffs et des plans qui peuvent nous sembler avoir déjà été entendus. Mais le tout est terriblement bien foutu. Et puis, merde, on passe un excellent moment à écouter cet opus qui, pour un jeune groupe – rappelons, création en 2023 ! -, est déjà bien réfléchi. Dans la cité idéale de la musique extrême, on sent les influences des ancêtres. Il reste juste à les digérer un peu pour prendre son envol. Car nul doute que Orbital Decay MMXXIV est un architecte à suivre au plus près.

Tracklist :

  1. Brutalism
  2. Amen
  3. Drowned
  4. Anima Mundi
  5. Anthropos Anathema
  6. Elder Gods
  7. Ozymandias

Line up :


J – Composition, Musique, création design

K – Écriture paroles.


Guests :


Misein – chant sur Brutalism et Amen

Florian Desormière – chant sur Elder Gods et Ozymandias

Nicolas Foucault – chant sur Drowned

Romain Nobileau – chant sur Anthropos Anathema

Soazig – Chœur sur Ozymandias

Liens :

https://orbitaldecayuniverse.bandcamp.com

https://www.facebook.com/profile.php?id=61556767846604

https://www.instagram.com/orbitaldecayuniverse

https://www.youtube.com/@orbitaldecayuniverse

https://www.lordalienoire.fr/orbitaldecaymmxxiv

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