Rockiavelic (Carantec, 29)
Texte : Seb D
Tungs10, No Retry, Incinerator, Realm of Perdition
Samedi 06 septembre 2025
Photos : Mémé Migou
Vidéos : Bruno Guézennec
En ce samedi 06 septembre, il flotte dans l’air comme un doux parfum de rentrée. Les mioches ont repris le chemin de l’école et les metalleuses et metalleux commencent à ressentir une nostalgie en se remémorant les souvenirs des festivals en open air d’un été qui ne va pas tarder à laisser sa place à l’automne et ses feuilles mortes. C’est dans ce climat qu’une partie de la team Memento Mori Webzine (Mémé Migou, Bruno G, LB D et moi) se dirige vers Carantec pour un rendez-vous annuel devenu incontournable.

C’est dans cette station balnéaire bretonne que se déroule chaque année le festival Rockiavelic. Et pour cette 24ème édition, il s’installe dans la salle du Kelenn flambant neuve, réhabilitée et inaugurée en avril dernier. D’emblée, je me dis que la scène du festival risque de paraître bien petite dans un lieu aussi immense. Mais l’orga a eu la très bonne idée de placer la scène en son centre, ce qui réduit l’espace de moitié.


Petit par la taille, le Rockiavelic fait tout comme les grands : bar, food-truck, stand de merch et de vinyles, tatoueuse ainsi qu’un stand par groupes présents à l’affiche. On a même le droit aux cacahuètes et biscuits apéro mis à disposition pour éponger la bière. Yann et son équipe de bénévoles font tout pour qu’on se sente bien, comme à la maison. Petite précision, et non des moindres, l’entrée du festival est gratuite. Oui GRA-TUI-TE ! Argument qui rend toute absence à l’événement inexcusable.
Et la musique dans tout ça ? On garde la même formule : 4 groupes pour 4 styles différents. De quoi contenter tout le monde. Un seul mot d’ordre : support your local scene !


Les hostilités démarrent à 19h directement dans le gras avec le Metal Extrême de Realm Of Perdition. Une étiquette qui lui sied à merveille tant le groupe s’amuse à piocher aussi bien dans le Death Metal que dans le Black Metal n’hésitant pas, au passage, à saupoudrer le tout d’éléments Deathcore savamment sélectionnés. C’est donc à un décrassage des cages à miel auquel nous avons le droit en ouverture de cette soirée.


L’un des atouts majeurs de cette jeune formation est d’avoir 2 chanteurs : Alex se charge des growls quand Dav s’occupe du chant crié tout en jouant de la six cordes. Le mélange des 2 voix n’est pas juste là pour faire joli. Le mix des 2 apporte une vraie plus-value. Alex en véritable leader charismatique n’hésite pas à venir au contact du public sur la petite avancée de scène en nous éructant son chant de boucher en pleine face. Quelle voix ! Le public, clairsemé et plutôt timide en début de set, se laisse peu à peu prendre au jeu. Si à cette heure il n’en est pas encore à pogoter, la qualité des titres et son exécution parfaite en live fait instinctivement secouer la tête de bon nombre de personnes dans l’assistance. Preuve que ceux-ci sont plutôt bien ficelés.


Très vite, il me semble reconnaître un visage déjà vu dans une autre formation. Cela se vérifiera lorsque le groupe fera les présentations. Il s’agit bien de Jo, guitariste de Möhrkvlth (ou ex- Möhrkvlth ?). La formation arrive au bout de sa setlist avant la fin du temps imparti. Elle en profitera pour en rejouer 2 d’entre eux dont un « Holocaust » réclamé unanimement par la foule.



Lien vidéo REALM OF PERDITION :
Pour le prochain groupe, nous sommes sur de la scène locale d’un peu plus loin puisqu’Incinerator a fait un petit bout de route depuis Nantes pour nous offrir une prestation Thrash Metal. Après tout, la Loire-Atlantique fait partie de la Bretagne historique, non ? Sortez les vestes à patchs et les baskets à languettes apparentes car le groupe nous fait revivre les plus belles heures de ce style iconique.

Les virtuoses Pierre et Romain, armés de leurs Jackson Randy Rhoads, prennent un malin plaisir à nous asséner leurs riffs précis et rapides tout en nous régalant de belles batailles de soli. La section rythmique exclusivement féminine, assurée par Anaïs et Claire, offre une ossature solide à la musique du groupe n’omettant pas quelques lignes de basse groovy bienvenues.



Quant à JP, très à l’aise, il assure le show en occupant très bien l’espace scénique et en plaçant quelques interventions pleines d’humour entre les titres. Ses vocalises criardes et sa gestuelle me font penser plus à un chanteur de Black Metal que de Thrash. Notre homme serait-il fan de ce courant musical plus extrême ? L’ambiance passe au niveau supérieur lorsqu’il est demandé à la foule de se séparer en 2.


Les gratteux descendent dans la fosse et vont chacun d’un côté. Au signal du chanteur, le petit wall of death entre en action et se termine en circle pit autour de Pierre et de Romain qui continuent à tricoter sur leurs manches. Ce concert d’Incinerator a une saveur particulière puisqu’il s’agit du dernier de Claire, la bassiste.


Ceci ne signifie en rien la fin du groupe car plusieurs dates sont déjà prévues d’ici la fin de l’année. Vous n’avez donc pas fini d’entendre parler de cette formation très prometteuse. Vous verrez également Pierre, cet automne, puisqu’il va arpenter les routes avec Anthares, remplaçant ponctuellement David, lors de la tournée européenne commune avec les Américains de Lacabra au mois d’octobre.

Lien vidéo INCINERATOR :
La scène Metalcore française se porte très bien. Des locomotives telles que Landmvrks et Novelists ont le vent en poupe et font parler d’elles bien au-delà des frontières hexagonales, faisant de celles-ci des exemples pour de nombreuses jeunes formations. Seules les plus talentueuses pourront s’extirper de la masse et il se peut bien que Nø Retry en fasse partie.

Il est fascinant de voir la vitesse à laquelle ce jeune groupe (moins d’un an d’activité) nous sert un show ultra carré et professionnel. Rien n’est laissé au hasard. Des compos, aux lights en passant par la mise en scène, tout est pensé pour faire vivre une expérience immersive au public.


Denis, le chanteur, a le sourire tout au long du show. En véritable pile électrique, il occupe l’espace et capte immanquablement tous les regards. Ses camarades de jeu, concentrés sur leurs instruments et aidés par les machines, fabriquent un vrai mur du son auquel l’assistance ne peut rester insensible.


Cédric, chanteur / guitariste de Tungs10 viendra pousser la chansonnette sur le titre « Solace » pour un duo percutant. Le temps de jeu alloué aux finistériens passe à une vitesse folle. Preuve de la qualité de la prestation. Un groupe à suivre !


Lien vidéo NØ RETRY :
C’est à Tungs10 que revient l’honneur de clôturer cette soirée. Avec leur 10 ans d’existence, ils ont écumé suffisamment de scènes pour être rodé à l’exercice. Le groupe vient défendre son dernier bébé, « Chronicles Of The Living » sorti en janvier dernier.

Cependant, une certaine pression doit peser sur les épaules de la formation. En effet, Nathalie/Madeleine, la chanteuse emblématique de la troupe, ne fait plus partie des effectifs. Les Morlaisiens ont néanmoins su réagir assez vite en la remplaçant par Morgane peu avant une date charnière au festival Kreiz Y Fest au mois de mai. Ce soir, il s’agit donc de la 2ème date avec cette nouvelle vocaliste. Et il ne doit pas être aisé d’enfiler les chaussons de Nathalie/Madeleine, tant elle a marqué le groupe avec sa personnalité aussi bien vocalement que scéniquement. Mais c’est sans compter sur l’expérience passée de Morgane au sein de son groupe Octane. Si bien que nous avons à faire à une chanteuse qui prend possession de la scène avec une aisance folle amenant avec elle une nouvelle énergie plus brute et « rock’n’roll ».


Le groupe, électrisé par ce souffle nouveau, me semble moins statique que par le passé. Le nouvel opus est naturellement mis en avant avec 7 titres joués sur les 11 que contient la setlist. Le test du live se fait sans heurt même si le chant est aux antipodes entre les versions studios et celles exécutées devant nous ce soir.


Certains regretteront le côté plus pop (non il ne s’agit pas d’un gros mot) de Nathalie/Madeleine qui apportait un aspect plus lumineux à l’ensemble. De mon côté, je trouve que les 2 interprétations ont leurs charmes. [Note de Mémé : ahhhh… pour ma part, il n’y a pas photo… Le groupe retrouve ici une énergie plus Metal, plus sombre, plus libérée. C’est un Tungs10 nouveau qui va arriver et il va faire mal ! ]


Denis de Nø Retry vient donner de la voix sur le morceau « Wake Up And Fight ». Malgré quelques problèmes de micro qui ne ternissent pas le show, Tungs10 délivre un set carré et tout en énergie. Morgane est définitivement adoptée !


Une image me restera tout de même en tête par sa puissance : celle de Nathalie/Madeleine, dans le public, faisant face à Morgane. Personne ne saura quel est son ressenti face à la prestation de ses anciens compères et de sa remplaçante. Elle applaudit tout de même après chaque morceau. De nombreuses personnes la reconnaissent et la saluent chaleureusement.


Lien vidéo TUNGS10 :
Le bilan de cette nouvelle édition est très positif. Les 4 groupes nous ont régalés avec des prestations de qualité et l’organisation a tout mis en œuvre pour que l’on se sente bien, dans une atmosphère conviviale. Seul point négatif, car il y en a un, c’est l’affluence qui aurait pu être beaucoup plus fournie. Comment un événement gratuit ne blinde-t-il pas une salle ? A l’époque où l’on voit partout sur les réseaux « il faut supporter la scène locale », il est navrant de remarquer que les mots ne sont pas mis en application. Pour blinder des arénas ou un Stade de France à des prix délirants il y a du monde mais pour une soirée Metal gratuite on fait la fine bouche. C’est incompréhensible !
Peu importe, ceux qui ont fait le déplacement sont pour la majorité d’entre eux repartis avec le sourire aux lèvres. Encore une fois, les absents ont eu tort. Un grand merci à Yann et à ses bénévoles de se défoncer autant pour offrir un festival d’une telle qualité et de mettre en lumière les jeunes pousses de notre région.
Vivement l’année prochaine !









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