Memento Mori Webzine

Du Metal… mais pas que !

Memento Mori Webzine logo

Au loin – Au loin (2025)

Genre : Black Metal Atmosphérique

Label :  Antiq records

Sortie : 4 Juin 2025

Note :  88 / 100 (LB D)

Au loin est une nouvelle formation dans le paysage sonore du Black Metal français, ce projet a été initié par Beobachten peu après le premier confinement lié à la pandémie de Covid-19 en 2020. On le connaît bien dans le milieu, notamment en tant que guitariste au sein d’Arkaist ainsi que lors des sessions live avec Prieuré. Ici, il s’occupe de tout ; composition, interprétation de tous les instruments, arrangements, mixage, de la photo prise en forêt destinée à la pochette, et même de la narration sur certains passages. Presque tout lui revient donc, à l’exception toutefois du logo et du mastering qu’il a confiés à Borie de La Combe Noire. N’étant pas très à l’aise au chant (comme il l’a lui-même précisé dans l’entretien consacré à Au loin dans l’émission Le Masque et L’Enclume), il a fait appel à Erroiak Udazken pour venir pousser la chansonnette. Je ne vous ferai pas l’affront de le présenter, tellement il est impliqué lui aussi dans de multiples projets dédiés à l’art noir français. Le nom “Au Loin” a été choisi afin de symboliser l’idée d’un horizon lointain, représentant une destination spirituelle apparemment inaccessible. Cette pochette s’accorde parfaitement avec ce choix, illustrant un chemin encombré traversant une forêt dense, tandis qu’à l’horizon se distingue une lumière faible suggérant un espace plus vaste, pouvant être interprété comme un signe d’espoir. 

         

*

Beobachten y aborde un thème délicat, celui de la souffrance humaine, qui ne trouve pas son terme dans la mort, mais plutôt dans l’acceptation de celle-ci afin d’en comprendre le sens afin d’y mettre fin. Pour ce faire, il va s’appuyer sur des poèmes de René-François Sully Prudhomme, Victor Hugo et Charles Baudelaire, non seulement pour leur rendre hommage, mais également pour renforcer les compositions en leur conférant une dimension plus sombre et pessimiste. L’album est constitué de trois titres ainsi que d’une outro, pour une durée totale d’environ trente minutes, chaque poète étant honoré par un morceau bien distinct selon l’ordre mentionné plus haut.

Le premier titre, “Sans fin”, s’ouvre sur une longue plage d’ambient avant qu’un cri puissant, venant du fond des tripes d’Erroiak, ne vienne y mettre un terme. À ma connaissance et quels que soient les projets (à part peut-être avec Eminentia Tenebris), je n’ai jamais entendu Erroiak s’exprimer de cette manière : non pas chanter, mais plutôt hurler, s’époumoner avec une telle hargne tout en éructant ses paroles avec une intensité comme si sa vie en dépendait. Il en sera ainsi tout au long de cet album, s’harmonisant parfaitement avec la musique et constituant sans doute l’une des grandes surprises de cet opus. L’atmosphère du morceau y est sombre, ténébreuse et est principalement créée par des claviers que l’on pourrait qualifier de cosmiques, ainsi qu’un son de guitare froid et dense. Le break en milieu de morceau est idéalement placé ; ces quelques notes de guitare très planantes, comme si Pink Floyd s’était invité sur ce passage, nous permettent de s’évader de cet environnement pesant le temps de quelques secondes. Cette composition se termine par un extrait d’un des poèmes de René-François Sully Prudhomme narré par Beobachten lui-même, apportant ainsi une bonne dose de mélancolie. L’ambiance est posée et on ne peut pas se tromper sur  les influences provenant de groupes tels que Darkspace, Paysage d’Hiver, Battle Dagorath, voire même du One Man Band Ukrainien Severoth.

”Vient la nuit” s’impose ensuite avec une stabilité et une continuité rythmique, soutenues par un tempo légèrement plus rapide. Les guitares se distinguent davantage, accompagnées de quelques notes de piano fortement influencées par le style de B*rz*m, apportant de ce fait, beaucoup de mélodies et une certaine légèreté à la composition. On notera l’intervention d’une voix féminine, apparemment c’est celle de la fille d’Erroiak. Il me semble qu’elle avait déjà été mise à contribution sur l’album Shigenso d’Enterré Vivant. Les textes sont extraits du recueil Toute la lyre, issu du poème La Nuit de Victor Hugo, illustrent les errances que l’on peut rencontrer au cours de notre existence, ainsi que les doutes et les souffrances susceptibles de nous affecter.

Abordons à présent la troisième piste, intitulée “Décadence”, qui, selon moi, illustre le mieux la thématique développée et incarne parfaitement l’esprit de cet album. Erroiak a accompli encore une fois un travail remarquable sur ce morceau, alternant avec une grande maîtrise des passages narratifs en voix claire et des sections de chant black, parfois chantées, souvent hurlées. Le résultat est tout simplement exceptionnel. Les synthés apportent beaucoup de profondeur à cette composition, parfois soutenus par une guitare lancinante et plaintive. Les solos sont d’une grande beauté, accompagnés à certains moments par une basse slappée [NDLR : très rare dans ce style de musique] ainsi que par quelques chœurs masculins inédits jusqu’à présent, caressant agréablement l’oreille. L’ensemble est entrecoupé d’extraits d’une interview dans laquelle un homme exprime son mal-être, profondément marqué par une existence ratée et d’un avenir sans espoir, des mots à la fois lucides, justes et émouvants, à tel point que sa douleur est palpable : on souffre avec lui. Ce morceau oscille entre splendeur et décadence, provoquant un froid dans le dos, il est impossible de rester insensible devant cela ; d’ailleurs, je frissonne et mon cardio s’accélère à chaque fois que je l’écoute. Un signe révélateur qui ne trompe pas : je le réécoute systématiquement deux fois avant de passer à la piste suivante. Si j’avais établi un Top Singles 2025 cette année, nul doute que celui-ci serait monté sur le podium, tout simplement fantastique.

Le morceau éponyme sert d’outro et se compose d’une longue séquence de Dark Ambient rendant hommage à notre ami Varg Vikernes. Il débute par le vent et des chants d’oiseaux et s’achève sur le son d’une personne se promenant sur un sentier en pleine forêt. Les feuilles craquent sous ses pas alors qu’elle s’éloigne progressivement, et qui sait, peut-être va-t-elle rejoindre cette faible lumière qu’elle aperçoit au loin.

*

Certes, cet album n’est pas parfait ; je trouve la batterie quelque peu faiblarde, manquant de puissance et de clarté sur certains passages de “Décadence”. Mais ceci n’est qu’un petit détail qui, j’en suis sûr, sera rapidement corrigé sur les prochains enregistrements.  En ce qui concerne la composition et la performance des artistes, il n’y a rien à redire tant le niveau est élevé. Il est vrai que nous avons affaire à des personnes très expérimentées et maîtrisant parfaitement leur art. Bon sang, j’ai failli passer à côté de cette œuvre et je ne peux que vous conseiller de jeter une oreille si ce n’est déjà pas fait. Perso, je suis déjà impatient d’écouter la suite.

Trackslist : 

01 – Sans Fin 

02 – Vient La Nuit 

03 – Décadence 

04 – Au Loin 

Line-up : 

Beobachten – Instruments, Narration, Arrangements, Composition

Erroiak : Chant

Liens : 

https://auloinbm.bandcamp.com/album/au-loin

https://www.instagram.com/au_loin_bm

https://antiqofficial.bandcamp.com/album/au-loin

Categories:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Article