Genre : Black Metal
Label : Les Acteurs de L’ombre productions
Sortie : 20 Février 2026
Note : 92 / 100 (LB D)
Le galibot est le nom donné aux enfants qui travaillaient à partir de treize ans dans les mines. C’est également le nom adopté depuis 2021 par ce groupe de Black Metal originaire des Hauts-de-France, plus précisément de Wallers-Arenberg. Les passionnés de cyclisme connaissent bien cette commune, non pas comme un bastion du Black Metal, mais plutôt pour sa célèbre « Trouée d’Arenberg », un secteur pavé particulièrement difficile que doivent franchir les coureurs cyclistes lors de la fameuse course Paris-Roubaix.
Non, ne me remerciez pas pour cette info sportive d’une extrême importance ; mais concentrons-nous plutôt sur la musique, c’est ce qui nous intéresse avant tout. Ainsi, Galibot démarre son aventure avec la sortie d’un court morceau sur le split intitulé Grind the Coal – 4-Way Split. Toutefois, cette aventure prend réellement son essor en 2022 avec la parution en auto-production de leur démo Wallers-Arenberg. Puis, il faudra attendre 2024 pour la sortie de leur véritable premier album, toujours en indépendant, intitulé Euch’Mau Noi et traduit par le mal noir en ch’ti. À l’instar du one-man-band Silicose, les membres de Galibot ont choisi à travers leur album de nous faire revivre l’histoire de l’industrie minière de leur région, une histoire qui a réchauffé les cœurs des Français pendant des siècles : celle des mines, des terrils, de la sueur et du travail acharné pour extraire le charbon. Certes, ce ne sont pas les premiers à mettre en avant leur terroir et plus globalement leur région ; je pourrais même affirmer qu’au fil du temps, cela est devenu une véritable marque de fabrique du Black Metal français. Je ne vais pas citer tous les exemples, mais parmi les premiers qui me viennent à l’esprit figurent, La Bretagne avec Belenos, L’Auvergne pour Aorlhac et Sühnopfer, la Franche-comté pour Autarcie, plus au sud, il y a la Provence pour Loupobuli, entre autres. On pourrait presque envisager une émission intitulée « Nos régions du Black Metal ont du talent », tant les exemples sont nombreux.

C’est en octobre 2025 que l’annonce a été faite : Galibot allait signer avec le label français Les Acteurs de L’Ombre, pour le meilleur comme pour le pire. C’est précisément le 4 décembre, le jour de la Sainte Barbe, (tient comme par hasard) qu’a été annoncée cette réédition d’Euch’Mau Noir, désormais intitulé Euch’Mau Noir bis. Pour établir une connexion cohérente entre les deux entités, le terme « bis » désigne, dans l’industrie minière du Nord, des puits secondaires creusés dans le but de réguler la ventilation des veines et d’augmenter la capacité d’extraction du charbon. Il a été décidé que cette nouvelle version comprendrait les six titres originaux, certes métamorphosés par de nouveaux arrangements ainsi que d’un nouveau mixage et mastering réalisés au Minotaure Studio sous la direction de Julien Baquero. La liste des morceaux s’enrichit de “Schlamms”, un titre issu de la démo Wallers-Arenberg, mais il a été entièrement recomposé, réenregistré, afin qu’il soit parfaitement intégré à cette version définitive de ce premier album.
Le titre “Les Galibots” sert d’introduction à ce Euch’Mau Noir bis, autant vous le dire tout de suite que l’atmosphère y est déjà lourde, pesante. Le morceau débute de manière dramatique avec ces coups répétés d’une pioche sur la pierre, accompagnés d’un texte évoquant la vie de ces enfants qui descendaient au fond des mines, malgré leur jeune âge et souvent pour un salaire de misère.
Le premier véritable morceau, “Cheval de fosse”, est consacré aux chevaux qui ont passé leur vie à tirer des chariots dans les galeries souterraines sans en voir la lumière du jour. Le Black Metal proposé est un black metal tranchant, virulent et sans concession. Dès les premiers instants, la chanteuse Diffamie, de par son chant brut et éraillé, vociférant ses paroles en français, parvient efficacement à nous transmettre une sensation de claustrophobie, rappelant celle éprouvée par de nombreux mineurs de l’époque lors de leurs descentes dans les profondeurs des puits. Il en est de même pour le titre “Courrières” qui nous raconte l’histoire de la commune et de la compagnie minières du même nom. Une histoire vraie où le 10 mars 1906, 1099 mineurs précisément ont péri dans “un coup de poussier” initié par un coup de grisou d’une rare violence, ravageant ainsi en quelques secondes 110 kilomètres de galeries. Cet événement tragique a entraîné une crise politique majeure ainsi qu’un mouvement social qui ont conduit à l’instauration du repos hebdomadaire.
“Barbara” est un hommage à Sainte Barbe, la patronne des mineurs et des pompiers. C’est la seule composition dans laquelle on peut entendre le chant clair de Diffamie, suscitant en nous, des émotions aussi touchantes que soudaines. Les riffs sont agressifs et mémorables, on y retrouve également des accords légèrement dissonants sur la fin.
“Les Nords” se caractérise par un Black Metal à la fois tranchant et intense, le riffing et les trémolos évoquent immédiatement le groupe québécois Forteresse, voire même Cantique lépreux. Sans aucun doute possible, c’est la plage la plus violente de l’album. Toutefois, il est également le seul titre à comporter un passage mid-tempo au milieu de la composition, constituant une sorte de moment de répit permettant de reprendre son souffle avant de repartir de plus belle.
“Terre d’euch mau” se distingue par une batterie que l’on peut qualifier de martiale. Ici, point de blast beats : Robin G frappe ses fûts avec une intensité et une détermination comparables à celles d’un mineur frappant la pierre avec sa pioche. Par ce titre, les musiciens ont souhaité rendre un bel hommage à leur région, à l’ensemble des villes et villages où subsistent les vestiges de ce bassin minier. Ils honorent également toutes les familles de mineurs ayant perdu des proches dans les profondeurs de cette terre, ainsi qu’à tous les artistes qui ont célébré ce terroir, d’Émile Zola à Carpeaux en passant par Pierre Bachelet. Ce morceau constitue à lui tout seul, un vrai concentré de ce qu’ils ont pu produire sur cet album et, plus précisément, une ode authentique à ce pays noir où ils sont nés. Terrifiant, émouvant mais tellement beau.
La septième piste, intitulée “Le galibot”, pourrait être considérée comme un interlude, bien qu’elle occupe l’avant-dernière position sur l’album. L’imagerie cinématographique qui s’en dégage est saisissante, évoquant une scène qui pourrait être directement sortie du film Bienvenue chez les Ch’tis. Elle illustre un homme se préparant à partir travailler en laissant derrière lui sa femme en pleurs. Du moins je le suppose car ce n’est pas facile pour un Breton pur beurre comme moi de comprendre ce dialecte venu tout droit du nord de la France. Quoi qu’il en soit, ce passage apporte sa petite touche d’authenticité rurale fortement appréciable.
Je n’avais qu’une seule inquiétude en apprenant leur signature chez Les Acteurs de l’Ombre pour cette nouvelle mouture : que cela nuise à l’âme de Galibot. Cette crainte s’est accentuée en découvrant que certaines parties allaient être réenregistrées et remixées, je redoutais alors que le son de l’album ait perdu son charisme pour correspondre à une espèce de son plus “Acteurs de l’Ombre compatible”. Que nenni, pour notre plus grand plaisir, ils ont su préserver l’authenticité de ce Black Metal issu du nord, ce qui est, d’une certaine manière, particulièrement rassurant quant à la suite des événements, déjà en cours de préparation apparemment.
Je connaissais déjà la première version qui m’avait particulièrement impressionné à l’époque. Avec l’ajout de ces deux nouvelles pistes, cette édition a gagné en épaisseur et en profondeur. Finalement, malgré ces petites modifications, cette nouvelle variante reste tout aussi remarquable que la précédente. Je ne souhaite qu’une seule chose à ce groupe : que, par la signature sur ce label, nos amis Nordistes puissent émerger de leur puit minier pour entrevoir la lumière et proclamer haut et fort
« Hey ! Ché le ch’nooooord mon biloute. »
Tracklist :
01 – Les galibots
02 – Cheval de fosse
03 – Courrières
04 – Barbara
05 – Les nords
06 – Terre d’euch mau
07 – Le Galibot
08 – Schlamms
Line-up :
Clément Joly – Basse
Diffamie – Chant
Thomas Deffrasne – Chant, Guitare
Robin G. – Batterie
Julien Baquero – Guitare









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