Interviewés : Zed Amarin / Kevin McCombs / Mo Lamastro / Austin Burleigh – Esodic
Interviewers : P-Roxy-D et Seb D
Interview réalisée le 13 janvier 2026 à la MJC de Morlaix.
C’est chose rare qu’un groupe de Metal américain passe par la Bretagne. Et c’est encore plus rare qu’il y joue plusieurs concerts d’affilés. C’est donc à l’occasion de leur tournée commune avec les Finistériens d’Anthares, le Crimson Mirage France Tour 2025, que notre duo de choc, P-Roxy-D et Seb D., se sont entretenus avec le quatuor tout juste débarqué de chez l’Oncle Sam.
Esodic existe depuis 2003. Pour autant nous vous connaissons très peu en France. Pouvez-vous nous présenter votre groupe et nous faire un rapide historique ?
Zed : Esodic est un groupe local jordanien. Durant mon adolescence, des potes m’ont contacté car il n’y avait pas beaucoup de batteurs et depuis, je fais partie du groupe.
Il a traversé des moments durs car nous voulions jouer en Jordanie et il m’a été difficile de trouver un bassiste.
J’ai donc déménagé aux États-Unis. Je suis allé à des concerts, j’ai rencontré des gens et cherché des musiciens, même en ligne, et depuis, nous avons trouvé l’actuel line-up.
Jouer du Metal en Jordanie ou dans certains pays du Moyen-Orient est un véritable sacerdoce. Pouvez-vous nous expliquer à quel point cela peut s’avérer difficile de jouer ce genre de musique dans votre pays ? À quels problèmes avez-vous pu être confrontés ?
Zed : Ça dépend ! La Jordanie est un chouette pays avec sa culture, sa cuisine et sa musique.
Un jour, vous pouvez jouer tranquillement et un autre, la police peut vous mettre en prison car vous êtes une mauvaise personne ou Satan. Les gens sont ignorants, mal éduqués ou incultes et quand ils nous voient, ils nous jugent. Avoir des tatouages, des piercings ou même des t-shirts noirs est un signe que vous êtes sataniste. La police peut vous interpeller pour ça et vous interroger. Même être sur scène et crier ! Vous devez vous justifier et donc je dis que je suis là pour jouer de la musique.
Même posséder un album de metal chez soi peut vous conduire en prison.
Mon père était militaire, je suis un peu tranquille car la police sait qui je suis. Si vous êtes arrêté, les policiers peuvent vous frapper, vous torturer psychologiquement et vous faire dire si vous connaissez des personnes qui écoutent ou possèdent des albums de metal comme si c’était une faute. Ils débarquent chez vous, vous confisquent les CD et t-shirts et vous demandent de passer le lendemain au commissariat et vous faire poireauter pendant 8h, sans poser de questions.
Nous avons fait tellement de choses pour cette musique comme monter des shows pour que la population en profite. Malgré nos efforts, les forces de l’ordre peuvent annuler le concert au dernier moment et vous arrêter parce que vous êtes l’organisateur.
Même marcher dans la rue avec un look metal peut vous causer des ennuis : ils vous fouillent et selon l’humeur du jour, soit vous repartez libre, soit vous allez avec eux.
Dans ces pays, si vous ne connaissez personne de bien placé, vous êtes embêté et ce n’est pas juste.
20 ans après le Printemps arabe, est-il plus facile de jouer du Metal au Moyen-Orient ou dans ton pays d’origine ?
Zed : Ça ne concerne pas la Jordanie. Lors de notre dernier concert en 2008, nous avons pu jouer mais après, certains groupes ont été annulés. Ils vous poussent à le faire et donc, vous perdez de l’argent. Certains musiciens jouent maintenant dans des groupes de jazz ou de blues. Moi, je ne peux pas car je ne joue que la musique que j’aime.
Que veut dire Esodic ?
Zed : Esodic est une métaphore d’un terme médical et littéralement, c’est une impulsion électrique qui part des membres, circule à travers les nerfs et finit dans le cerveau. C’est la métaphore de l’énergie. La référence depuis un livre n’est pas commune !
Parlons musique, pouvez-vous décrire le style que vous pratiquez ? Quelles sont vos influences ? Était-il important pour vous de mettre votre culture en avant par l’utilisation d’instruments orientaux ?
Kevin : Nous avons des influences Thrash Metal et Death Metal. Des groupes comme Testament, Cannibal Corpse, du Thrash Metal californien (Bay Area). C’est une combinaison de tout ça et aussi la musique traditionnelle jordanienne.
Zed : Au tout début du groupe, je jouais du darbouka qui est un tambour.
C’était un test et ça fonctionne bien donc comme la musique arabe est rythmée et basse, ça apporte du contraste dans nos morceaux metal.
Est-ce que le groupe Orphaned land est une inspiration ?
Zed : Carrément ! Tout comme Melechesh. Mais nous jouons différemment.
À ce jour, vous avez sorti 2 EP, un split avec le groupe Generichrist et plusieurs singles. Envisagez-vous de sortir prochainement un album ? Si oui, quand ?
Zed : Notre prochain album sort en 2027. Entre aujourd’hui et le Hellfest, il y aura un single extrait de notre prochain CD.

Devant : Kevin McCombs (basse et chant) – Zed Amarin (batterie et percussions)
Derrière : Austin Burleigh (guitare) – Mo Lamastro (guitare lead)
Comment travaillez-vous ? Vous vous retrouvez pour répéter ensemble ou vous travaillez à distance ? Y a t’il un seul compositeur ? Vivez-vous de la musique ou avez-vous un job à côté ?
Kevin : Mo habite à New-York, Austin vit en Floride, Zed et moi sommes de Los Angeles. Avant, nous jouions tous ensemble. Maintenant, nous échangeons à travers l’écran d’un ordinateur. Nous le faisons depuis novembre dernier car jouer tous ensemble, c’est compliqué.
Zed : Tout le monde compose. Si j’écris une chanson sur le coin d’une table, je vais la proposer aux autres et ensemble, nous la mettons en musique.
Nous avons la chance d’avoir Kevin qui est le producteur de Papa Roach. Il écrit des chansons et possède un studio.
Nous travaillons tous les 3 (ndlr : Zed, Mo et Kevin) dans l’industrie de la musique.
Austin : Je suis professeur des écoles et j’enseigne la littérature anglaise et la poésie.
Zed : Tout le monde apporte sa petite touche aux morceaux et j’adore !
Demain, vous démarrez une tournée marathon de 9 dates en 11 jours sur les routes de l’ouest de la France, passant notamment par la Bretagne, La Loire-Atlantique et la Normandie. Comment s’est montée cette tournée ? Comment vous sentez-vous à la veille de la débuter ?
Zed : François d’Anthares a tout organisé.
Au mois de juin, vous revenez en France pour jouer sur une des scènes du plus grand festival Metal français : le Hellfest ! Comment avez-vous réussi à décrocher une place sur cette très belle affiche ? Venez-vous en Europe uniquement pour cette date ou avez-vous prévu une tournée des festivals ?
Zed : Tout se fait par mail. Selon l’humeur de la personne qui répond de la part du Hellfest, soit on vous dit de retenter l’année prochaine, soit ça passe.
Après 2 ans d’échanges vains, pour cette année, la programmatrice a aimé ce que j’ai envoyé (démos, EP…). Elle nous a donné notre chance. Il faut persévérer et ça paye ! Je suis content qu’elle aime notre musique.
Nous avons contacté le Motocultor et ils nous ont dit peut-être l’année prochaine.
Nous venons en Europe seulement pour le Hellfest et si on nous propose de jouer à la dernière minute, nous irons. Nous serons en France de juin à août et je vais essayer de décrocher une ou plusieurs dates.

Diffusion de ce visuel avec l’aimable autorisation de Hellfest Productions
Connaissez-vous des groupes de Metal français (excepté Gojira et Anthares) ? Si oui, lesquels appréciez-vous le plus ?
Kevin : Gorod, des groupes de Montréal comme Beyond Creation.
Zed : Quo Vadis.
Kevin : La musique et la culture françaises sont très importantes dans la musique Metal.
Zed : Gojira aux JO a été la plus belle chose que j’ai vu. Et Igorrr.
Quel est votre souhait le plus cher ? Individuellement et pour le groupe ?
Zed : Que le groupe soit autonome, s’amuser, rencontrer le public, voyager dans le monde entier. Nous voulons être connus.
Kevin : Nous voulons avoir de l’impact sur les personnes qui écoutent notre musique. En allant au Hellfest, nous jouerons devant des milliers de personnes pour en toucher un maximum. Nous souhaitons jouer devant un tel public le plus souvent possible.
Austin : Progresser dans ma musique comme guitariste et dans l’écriture de chansons.
Mo : Je suis né pour jouer de la guitare. Je suis ravi de faire partie du groupe et faire ce que j’aime. Jamais je n’aurais imaginé jouer au Hellfest et avec ce groupe, c’est un grand
honneur.
De retour aux Etats-Unis, nous avons repris contact avec Zed Amarin afin de recueillir ses impressions sur la tournée passée.
Il y a 1 mois, Esodic était en tournée en France. Peux-tu me raconter comment ça s’est passé ? Qu’avez-vous ressenti ? Y a-t-il un concert qui vous a particulièrement marqué ? Et pourquoi ?
Cette tournée a été géniale et tout le monde est content de pouvoir retourner en France où nous pourrons peut-être jouer en Bretagne. Nous essayons de trouver des dates avant le Hellfest 2026 mais pour l’instant, rien n’est booké.
Voici les 3 dates que nous avons préférées en termes de public et d’interaction : Allaire (La Ferme de Couesle), Lorient (Pit Dog) et St-Herblain (AK Shelter).
Nous avons hâte de revenir !









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