Catégorie : Chronique

  • Heretoir – Nightsphere (2023)

    Heretoir – Nightsphere (2023)

    Genre : post black metal
    Label : Northern Silence Productions
    Sortie : 6 octobre 2023

    Note : 80/100 (Seblack)

    Pour autant que je me souvienne, j’ai toujours aimé la musique et l’univers d’Heretoir, formation allemande naviguant dans les eaux mélancoliques d’un post black teinté d’influences shoegaze. Non, non ce ne sont pas des gros mots et cela ne signifie pas pour autant qu’on va avoir droit à un copier-coller d’Alcest.
    Pour Heretoir la musique est une affaire d’émotions, de sentiments et d’expressions par rapport à un monde que le mythe du progrès conduit à sa perte.. Il y a sonc de la colère, du dégoût, de la tristesse, de la mélancolie, de la rage, de la haine parfois. Autant d’éléments que beaucoup d’artistes cherchent à exprimer quelque soit le support (littérature, peinture, musique…). Certains n’y parviennent jamais ne dépassant jamais le stade informe d’un rendu sans âme. D’autres, plus rares, y parviennent totalement, souvent au prix d’un travail acharné sur soi et sachant se taire quand il n’ont rien à dire ou ne sont pas certains de pouvoir l’exprimer comme ils le souhaiteraient.
    Heretoir est de ces groupes. Avec trois albums “seulement”, l’un en 2011, un autre en 2017 et donc un troisième cette année, la formation n’est pas du genre bavarde et à enfiler les sorties comme des perles.
    Par contre quand il le fait, chaque album est une perle. “Nighsphere” ne fait une nouvelle fois pas exception.
    Commençons par l’artwork, car ceux-ci ont toujours eu leur importance pour la formation allemande qui nous a régalé les yeux et l’imagination avec des oeuvres de
    Metastazis (pour l’album éponyme), de Fursy Teyssier (pour l’album “The Circle”) ou de Antti Keränen pour l’EP paru en 2023. Cette fois le choix d’Heretoir s’est porté sur une peinture avec la “Danse des fées”, tableau de Karl Wilhelm Diefenbach. Un choix d’œuvres et d’artiste qui sont tout sauf anodins. Le thème d’où d’abord renvoie à la nature et sa magie, trait extrêmement fort de l’univers d’Heretoir. L’auteur était quant à lui un peintre symboliste allemand dont l’œuvre a contribué à donner à la nature un côté magique et irréel. Il a d’ailleurs longtemps vécu en communauté à l’écart de la société, prônant un mode de vie fondé sur le respect de la nature.

    Mais venons en à la musique tout de même. Cela commence tout en douceur mais assez progressivement vient aussi la douleur avec un chant écorché vif qui contraste avec des parties musicales plutôt douces et mélodiques. Alors bien sur “Santum – Nightsphere Part I”, qui ouvre l’album, n’est pas un tube mais il donne le ton d’un album aux ambiances intimistes et doloristes.
    L’essentiel réside dans le contraste entre accalmies (parfois un peu longues) et envolées émotionnelles transmises par les voix, des mélodies éthérées ou des rythmiques parfois plus appuyées. Plaçant ses pas, dans ceux qui étaient déjà les siens, Heretoir offre ici un album tout en émotions et en feeling.
    Bien sûr, on est loin de la fureur d’un black scandinave où même du côté massif de certaines formations de post black, on est davantage sur un univers post romantique ou l’art se place au service d’une nature menacée par le progrès.
    Une nouvelle fois on retrouve chez Heretoir, ce côté “Sturm und Drang” assez répandu dans d’autres formations allemandes ou autrichiennes : pensons à Bonjour Tristesse qui a sorti un album sur des thématiques assez proches en 2023 et dont le chanteur est aussi membre d’Heretoir. On pourrait songer également à Karg, Ellende voire Der Weg Einer Freiheit (dont le chanteur, Nikita Kamprad, est invité sur “Glacierheart – Nightsphere Part II”). Tous ont en commun de mettre en exergue l’émotion, la passion comme seules armes face aux périls d’une modernité dévorante.
    Il en découle une musique ciselée mais malgré tout spontanée et accessible. Nightsphere est toutefois un album qui se mérite. Il faut prendre son temps et lui donner son temps pour pleinement s’immerger dedans. C’est bien cela qui en fait un très bel album. Si vous appréciez des formations telles que Bonjour Tristesse ou Les Discrets, “Nightsphere” est une œuvre qu’il vous faut impérativement écouter et vous procurer.

    Tracklist :

    1. Sanctum – Nightsphere Part I
    2. Twilight of the Machines
    3. Pneuma
    4. Glacierheart – Nightsphere Part II
    5. The Death of Man

    Line-up : Eklatanz – Chants, guitares / Nathanael – Chant (backing) / Max F. – Guitares / Nils Groth – Batterie / Kevin Storm – Guitares

    Guests : Tim Yatras – Chant (additionnel) sur Twilight of the Machine / Nikita Kamprad – Chant (additionnel)

    Liens :
    https://heretoir.bandcamp.com/album/nightsphere
    https://store.northern-silence.de/

  • A/Oratos – Ecclesia Gnostica

    A/Oratos – Ecclesia Gnostica

    Genre : Black metal mélodique
    Label : Les Acteurs de l’Ombre Productions
    Sortie : 19/01/24

    Note : 80/100 (Mémé Migou)

    Il faut remettre l’église au centre du village…

    Drôle d’expression pour débuter une chronique d’album, vous ne trouvez pas ? Je vous rassure de suite, point de prêche dans ma chronique car l’Ecclesia (l’Eglise), dans son étymologie, n’est jamais qu’une assemblée de citoyens dans les villes grecques.
    “Remettre l’église au centre du village”, signifie entre autres de rester attaché aux traditions. Mais pourquoi parler de traditions ? Parce que c’est là où A/Oratos veut nous emmener : ramener de la réflexion et de la spiritualité au sein de la société.

    Pfiouuuuu quelle entrée en matière ! Et de la matière il y en a. Commençons par les points forts de « Ecclesia Gnostica », premier album après leur EP « Epignosis », autoproduit et sorti en 2019. La gnose est présente partout. Et si « Epignosis » signifie la connaissance précise, nous passons au stade supérieur sur le LP. Les Parisiens se décrivent eux-mêmes comme une « force clandestine émergente de musique mystique ». Du black metal gnostique… Quelque chose me chafouine dans cette phrase.

    Passons aux choses plus « chronique-like » :

    Je ne pourrai faire l’impasse sur la relation (qui a dit comparaison?) avec le groupe parisien Griffon, dont le chanteur et le bassiste sont partie prenante. Aharon est, par ailleurs, coauteur avec le guitariste Wilhelm, des paroles de «Ecclesia Gnostica». C’est tout naturellement qu’on retrouve des similitudes dans le chant entre les deux groupes. Quand nous avons des titres qui font appel au Grec ancien, comme sur l’album « O Theos, O Basileus », on pourra faire le lien avec « Deuteros » chez A/Oratos, où les chœurs viennent prêter voix forte…. en Grec ! Et peut-être plus particulièrement sur le titre « Apostheosis » de Griffon, où on pourra faire l’analogie avec l’alternance de la voix chantée façon black haineux et la voix parlée… Certaines structures peuvent être semblables sur des passages somme toute assez courts et qui sont la norme dans le black metal. Maintenant, je vais arrêter là les relations, car ce serait assez malheureux de ne s’en tenir qu’à ça. Car au final, les deux groupes sont assez différents. Hey ! N’oublions pas que A/Oratos est né sous la houlette de Wilhelm, le guitariste, qui sera seul compositeur de l’album.

    N’ayez donc aucune crainte, car nous n’avons aucunement l’impression d’un Griffon bis. A/Oratos a sa propre patte. Par contre, ce qui me chagrine un peu, c’est cette réflexion qui m’est venue d’entrée de jeu, dès la première écoute et qui ne m’a pas lâchée, même si elle s’est atténuée au fil des écoutes : « Oh ! On dirait du Helioss ! » Et si vous avez suivi les propos de Mémé par ailleurs, vous savez combien elle est fan du travail de Nicolas Muller ! Cette alternance entre le chant saturé et quelques bribes ciblées de lyrics déclamées comme on prêche, le tout en Français, vous ramènera vers un « Devenir le Soleil ». Mais ici, la teneur des paroles, qui sont recherchées et porteuses de réflexion, serait plutôt portée sur la gnose. Les titres parlent pour eux ! Se pencher sur les mots-clés, c’est déjà passer un temps fou à réfléchir, à se placer dans une forme de spiritualité. Et là, c’est bien joué pour les intentions du groupe qui sont de combattre la vacuité et la matérialité extrême de la société en amenant à penser.

    C’est ici que se pointe la seconde chose qui me tracasse : je suis foncièrement agnostique. On pourrait me dire de faire abstraction… Ben non ! Les paroles en français, surtout quand elles sont déclamées donc compréhensibles, sont là pour nous rappeler la dimension gnostique. Et puis, quand on sent que les paroles sont ciselées, qu’on y a apporté du soin, la moindre des choses est d’y prêter attention !

    Revenons à la musique… Nous avons les codes du black metal, c’est indéniable. Mais pas tout le temps. Dans les breaks, on passe sur des parties moins rentre-dedans, à la saveur plus lente, même si ce n’est pas un changement de tempo.
    Globalement, ça joue bien. Très bien, même. Les riffs sont au cordeau, ultra mélodiques, pour compenser un chant version hyène enrhumée très haché… trop haché. Il se dégage un côté martial, jusque dans le tempo, fortement marqué sur les temps forts. La guitare est mise en avant dans le mix, ce qui permet de contrebalancer le chant black qui souvent suit la rythmique de la mélodie pour donner l’impression d’en suivre les notes. La structure des morceaux est assez similaire en ce sens qu’on a souvent un schéma narratif et mélodique qui sera répété à l’envi. C’est raccord avec le côté prêche…

    Deux morceaux se dégagent pour ma part, « Deuteros », qui commencera de façon minimaliste sur une guitare « sèche », guitare qui nous montrera l’étendue de son talent sur une version très douce. Petit à petit le morceau va s’étoffer, offrant à la mélodie une version riffée plus black. Derrière, très rapidement, on sent bien des nappes d’un chœur, omniprésent dès 2:20. On alterne les passages calmes et d’autres plutôt d’un black puissant. On est pris dans un tourbillon. C’est d’une beauté ! Le genre de morceau qui fout la capillarité des bras en érection.
    L’autre titre serait le dernier, avec cette intro touffue au niveau des samples. Normal, on parle tout de même de l’ouverture du septième et dernier sceau du rouleau de l’Apocalypse (apocalypse qui signifie « révélation »… la boucle est bouclée). Bon OK, le deuxième titre, « Daath », nous reste bien en tête aussi. Le premier, comme le quatrième, auront aussi cet effet « tu vas le chantonner toute la journée ». C’est dû à quoi ? Aux riffs simples dans la rythmique, marqués, travaillés et mélodiques, mais aussi à la répétition narrative.

    La production et le mixage sont faits au studio Henosis. Rien que de mentionner le nom, on sait déjà que ce sera de qualité. Pour la dimension visuelle, notamment l’artwork, on reconnaît d’emblée la patte de l’excellent Vincent Fouquet. Il sera raccord avec le doré omniprésent sur l’album. Il n’y a qu’à regarder le grimage des musiciens pour s’en rendre compte. Des tenues blanches, façon toges, avec liseré doré ; un maquillage facial d’or et de noir. L’or, symbole de sainteté et de pureté ; de l’or jusque dans la couleur de la guitare…. Et dans la main de Wilhelm ? Un encensoir dont la fumée symbolise le mystère de dieu… Que de symboles ! Ce qui me frustre, c’est que je suis persuadée qu’une analyse musicale poussée permettrait de voir combien la partition en est jonchée. Mais peut-être que je divague…

    Pour résumer, l’album se veut une pièce maîtresse dans l’élévation de nos esprits vers une forme de réflexion. A/Oratos se fait Hiérophante, avec des paroles assez obscures qui laisseront certains sur le bas côté. Eh ouais, va falloir creuser un peu pour mériter le passage au grade supérieur. Musicalement, si le chant est très haché, si la rythmique reste assez martiale dans le marquage des temps (ce qui n’empêche pas des rythmiques à contre-temps ou des passages un peu foufous, hein ), nous avons des riffs et des soli ciselés, des choeurs à filer la chair de poule. Pour autant, une forme de manichéisme vient nous cueillir, avec d’un côté une musique facile d’accès par son côté ultra mélodique et ses riffs entêtants, et de l’autre des paroles et un visuel terriblement symbolisés au point qu’on pourrait les qualifier d’élitistes.

    Tracklist :

    1. Le Hiérophante
    2. Daath
    3. Deuteros
    4. Disciplina Arcani
    5. Ô Roi des Éons
    6. De la Gnose Éternelle
    7. Le septième Sceau

    Line up : Wilhelm – Guitare / Aharon – Chants / Léo – Basse / Kampen – Batterie

    https://aoratosmusic.bandcamp.com/
    https://www.facebook.com/AOratos.Music/
    https://www.instagram.com/a.oratos_official/

  • Paradise Lost – Icon 30

    Paradise Lost – Icon 30

    Genre : doom metal gothique
    Label : Indépendant
    Sortie : 1er décembre 2023

    Note : 70/100 (Seblack)

    Quelle mouche a donc piqué Paradise Lost au point de réenregistrer intégralement son quatrième album sorti initialement en 1993 ? Quelle idée que d’aller retoucher, au risque de le profaner, un album passé depuis longtemps à la postérité ?
    Alors certes 2023 marque le trentième anniversaire de la sortie de Icon mais un bon vieux remaster de derrière les fagots aurait bien pu faire l’affaire non ? Ben non.
    Bref sur le papier cet Icon 30 s’annonçait comme une filouterie de premier ordre : une sortie facile, surfant, qui plus est, sur l’engouement du format vinyle.

    Dans les faits les choses sont toutefois à nuancer et à circonstancier un peu plus. Tout d’abord, selon le groupe, une sombre histoire de droits serait à l’origine de ce réenregistrement et du nouvel artwork. Oui le groupe se serait fait rouler dans la farine par Music For Nations qui aurait cadenassé le contrat du groupe sur Icon au point de lui retirer tout accès à sa musique ainsi qu’à son iconique artwork.
    Curieuse et embarrassante situation donc, d’autant plus que Music For Nations n’existe plus vraiment, une partie de son catalogue se trouvant désormais dans le giron de Sony Music. Icon a d’ailleurs fait l’objet d’une réédition en vinyle en 2020 sur le label néerlandais Music On Vinyl sous licence de Sony. Un beau bordel en somme.
    Toujours est-il qu’à l’heure de célébrer la trentième bougie de Icon, Paradise Lost n’aurait donc eu d’autre choix que de le réenregistrer en le dotant d’un nouvel artwork.
    Le résultat final est, disons le, bien moins pire que ce que laissait entrevoir le projet sur le papier. Bon je ne trouve pas l’artwork de Scott Robinson extraordinaire, il n’arrive en tout cas, pas à la cheville de l’original. Il n’est pas horrible non plus.

    Musicalement par contre, il faut reconnaître que le groupe a mené un travail intéressant et se sort avec les honneurs d’un exercice ô combien périlleux et casse-gueule.
    L’expérience faisant et le matériel évoluant, cette nouvelle version sonne résolument plus moderne, plus aérée, plus dynamique. Le chant de Nick Holmes est beaucoup plus assuré dans l’exercice de l’alternance chant saturé / chant clair. Les leads de Gregor Mackintosh ont également gagné en clarté et en finesse et s’articulent beaucoup mieux avec les parties rythmiques d’Aaron Aedy. La partie guitares est, au final, beaucoup plus lisible sans pour autant dénaturer de quelque manière que ce soit l’œuvre originale. A cela il faut ajouter une basse bien mieux mise en valeur et des parties de batterie bien plus dynamiques que celles enregistrées à l’époque par un Matthew Archer à bout de souffle (il fut d’ailleurs remercié peu après). Finalement les changements les plus notables interviennent du côté des orchestrations (sur “Dying Freedom” par exemple) et sur la chanson “Christendom” où la compagne de Greg Mackintosh supplée Denise Bernard.

    En bref Paradise Lost est donc parvenu à conserver l’esprit de Icon tout en lui donnant une nouvelle jeunesse et un nouvel intérêt. Avouons-le, ce n’était pas une partie gagnée d’avance. Reste que si l’exercice n’est pas déplaisant, il n’est pas indispensable non plus. De quoi patienter en attendant un nouvel album qui, lui,se laisse quelque peu attendre.

    Tracklist :

    1. Embers Fire
    2. Remembrance
    3. Forging Sympathy
    4. Joys Of The Emptiness
    5. Dying Freedom
    6. Widow
    7. Colossal Rains
    8. Weeping Words
    9. Poison
    10. True Belief
    11. Shallow Seasons
    12. Christendom
    13. Deus Misereatur

    Line-up :
    Nick Holmes – Chant
    Gregor Mackintosh – Guitares
    Aaron Aedy – Guitares
    Steve Edmondson
    Guido Zima – Batterie.

    Guest : Heather Thompson Mackintosh – chant / Milton Evans – Piano.

  • Aset – Astral Rape

    Aset – Astral Rape

    Genre : Black metal occulte
    Label : Les Acteurs de l’Ombre Productions.
    Sortie : 22 septembre 2023

    Note : 60/100 (Seblack)

    Assez inattendu, pour ne pas dire venu de nulle part, ce premier album de Aset est sorti au mois de septembre sur le label français Les Acteurs de l’Ombre Productions. Le label n’en étant pas à sa première découverte, il y a déjà donc de quoi nourrir une certaine curiosité.

    Cela est d’autant plus vrai, que Aset implique des membres du groupe français Seth et de la formation finlandaise Oranssi Pazuzu. Pas plus d’informations toutefois car Aset est de ces formations qui entretiennent volontairement un voile de mystère sur l’identité de ses membres. Tout juste sait-on, qu’apparemment, des musiciens d’autres formations se sont joints à ceux déjà cités. Après tout, peu importe, seule la musique compte à la fin.

    Notons tout de même que la musique composée pour ce premier opus intitulé « Astral Rape » n’a que peu à voir avec celle de Seth ou de Oranssi Pazuzu. L’entité se place en effet sous les auspices d’un black metal plutôt orthodoxe et inspiré par l’occultisme égyptien.

    Une influence qui transparaît parfaitement dans l’artwork et le logo du groupe, quand bien même les différentes illustrations ornant l’album fleurent le recours à l’intelligence artificielle. Il va sûrement falloir s’habituer à ce genre de choses dans un proche avenir et ce n’est pas pour me réjouir.  Simple réflexion personnelle : le vaste univers du black metal me semble comporter suffisamment de d’illustrateurs et d’illustratrices de talent pour ne pas avoir recours à ce genre de procédés. Passons, seule la musique compte à la fin.

    Venons en justement à la musique de « Astral Rape ». Dès les premières notes de « A Light in Disguise », on est plongé dans un univers occulte et mystérieux. Mélodique, légèrement dissonant et d’une belle richesse vocale, ce premier morceau annonce bien la couleur. Ces ingrédients, somme toutes assez classiques dans ce genre, on va les retrouver sur l’ensemble des titres. « Astral Rape » s’avère donc comme un album cohérent dans ses intentions, son propos et sa musique.

    Toutefois bien que sans défaut particulier et habilement composé, cet opus a eu du mal à trouver totalement grâce à mes oreilles. La faute à des ambiances finalement assez répétitives et à un sentiment de déjà vu. Entendons- nous  bien, « Astral Rape » est un bon album de black metal occulte mais il ne me semble pas présenter pour autant toutes les qualités pour sortir pleinement du lot dans un genre particulièrement encombré et que je trouve, personnellement, de plus en plus rébarbatif.

    L’effet de curiosité passé, je ne suis pas certain que cet opus marque durablement les esprits, ce d’autant plus que l’entité ne défendra pas sa musique sur les planches (pour préserver son anonymat et plus encore en raison de son line-up éclaté aux quatre coins du monde).

    Finalement, ce premier album d’Aset laisse donc une impression de verre à moitié plein ou à moitié vide. D’un côté un projet et une musique qui tiennent plus que la route, de l’autre l’impression qu’il manque ce petit quelque chose qui permettrait à « Astral Rape » d’évoluer à un niveau encore supérieur. Après, vu le CV de certains de ses musiciens, il n’est pas dit que ce sera le cas pour la suite. Si suite il y a, bien sûr. 

    Tracklist

    1-A Light in Disguise

    2-Abusive Metempsychosis

    3-A New Man for a New Age

    4-Lord of Illusions

    5-Astral Dominancy

    6-Force majeure

    7-Serpent Concordat

    Line-up : Anonyme

    Liens : 

    https://aset-magic.bandcamp.com/album/astral-rape

    https://lesacteursdelombre.net/product-category/bands/aset/

  • Atrium – Spectral Oneiric Lands

    Atrium – Spectral Oneiric Lands

    Genre : Black metal atmosphérique
    Label : Remparts Productions
    Sortie : 27 novembre 2023

    Note : 80/100 (Seblack)

    Au XVe siècle, l’Amérique du Sud était supposée abriter l’Eldorado, une contrée mythique regorgeant d’or. Au XXIe siècle, l’Amérique du Sud serait-elle en train de devenir ce territoire rêvé pour ceux cherchant encore et toujours un black metal empreint de ses saveurs originelles. Un black metal revigorant et détaché de toute arrière pensée?
    S’il est bien évidemment difficile de répondre à cette question, toujours est-il que cette partie du monde regorge désormais de groupes maintenant la tradition d’un black que certains qualifieraient de “old school” aussi bien dans sa forme que dans son fond.

    Prenons le one man band colombien Atrium dont le deuxième album vient de sortir en cd sur le label français Remparts Productions. On a ici un album qui fleure bon la belle époque, ne serait-ce que par son artwork dont le château ravive tout un pan de l’imagerie black metal (Sacramentum, Mephistopheles et tant d’autres).

    Musicalement aussi cet opus intitulé Spectral Oneiric Lands se situe dans cette longue lignée des albums de black metal atmosphérique aux accents presque symphoniques.
    Dans l’absolu vous me direz que Magister L., le maître à penser d’Atrium, ne propose ici rien de bien neuf et joue au contraire la carte de la tradition et de la nostalgie.. Peut-être et alors ?

    Qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore, les années 90s constituent pour moi, une sorte d’âge d’or du black metal, une période d’ébullition artistique sans commune mesure où ce genre musical s’est définitivement enraciné donnant naissance à toute une arborescence de sous genres.
    Alors oui avec Spectral Oneiric Lands, Atrium rallume en moi le chandelier d’un black metal atmosphérique aux mélodies ensorcelantes et aux touches de claviers si caractéristiques.

    Les ayatollah de la nouveauté à tout crin ne verront là qu’une redite ou un anachronisme de plus. Je me garderai bien d’un jugement aussi péremptoire, car c’est précisément ce cachet très années 90s qui m’a séduit dans cet album aux compositions amples et haletantes.
    Assez clairement Atrium puise dans cette période le meilleur de son inspiration tout en laissant de côté le moins bon de cette décennie, à savoir des productions faites avec les moyens du bord et de l’époque.

    Non content de proposer des compositions tout à fait plaisantes, le son de cet album est, en effet, tout à fait honorable permettant d’apprécier à leur juste valeur les guitares, les claviers ou le chant. Jouant sur un contraste entre atmosphères éthérées et plus belliqueuses, Atrium parvient donc à proposer un album tout à fait séduisant.
    En trois quarts d’heure et six compositions, il est donc parvenu à me faire voyager dans une sorte d’eldorado temporel et musical. Ce n’est pas le moindre de ses mérites. Une preuve de plus que l’Amérique du Sud est une terre féconde et préservée pour le black metal.

    Tracklist :

    1. A Dungeon in the Tower
    2. Spectral Oneiric Lands
    3. A Reign under the Spell of the Night
    4. Into the Abyss of Nightmare
    5. Apollo’s Deception
    6. Spellcut

    Line up :
    Magistère L. – Tous les instruments

    Lien : https://rempartsproductions.bandcamp.com/album/spectral-oneiric-lands

  • Praïm Faya – Abyss Of A Light Planet

    Praïm Faya – Abyss Of A Light Planet


    Genre : Metal moderne extrême
    Label : Indépendant

    Note : 95/100 (JP)

    Hell’O !
    Retrouvez la capsule vidéo pour la chronique du groupe Praïm Faya.
    Savant mélange aux influences telles que Thy Art Is Murder ou Gojira et n’hésitant pas à parfois s’aventurer sur les sentiers du Black Metal, nos 5 normands nous offrent avec cet album un voyage dont on ne ressort pas indemne.

    Vous retrouverez tous les liens propres au groupe ici : https://linktr.ee/PraimFaya?utm_source=linktree_profile_share&ltsid=a6d1fabd-003b-4c5f-9bba-6a54408cdd2a



  • Pénitence Onirique  /  Nature Morte

    Pénitence Onirique  /  Nature Morte

    Genre : Black metal mélodique
    Label : Les Acteurs de l’Ombre Productions
    Sortie : 03/11/2023

    Note : 90  /100 (Mémé migou)

    « Chaque tableau apporte avec lui un carré de silence et une raison à notre ramage intérieur de s’interrompre », avançait Paul Claudel à propos d’une nature morte de Fantin Latour. Et c’est bien tout l’inverse que les 6 membres du groupe français Pénitence Onirique défendent en nous prouvant par ce superbe « Nature Morte », dont chaque tableau intérieur formant l’œuvre au grand complet titillent notre réflexion par les mots, par les émotions portées et les mélodies.

    7 Ans après son premier album, « V.I.T.R.I.O.L », Pénitence Onirique revient nous caresser les fesses de la badine de leur black metal mélodique. C’est une fessée qu’on se prend de pleine volée. A plusieurs niveaux, d’ailleurs.

    Pour commencer, je ne peux que reconnaître l’évolution du groupe depuis sa création en 2015. « V.I.T.R.I.O.L » était plutôt calqué sur un black metal haineux, plus dans la mouvance de ce qui se produisait à grandes brassées. Le changement était déjà notable dans l’album suivant, « Vestige », sorti en 2019, avec une approche mélodique que le black metal Xème génération tend à défendre. Et combien j’aime ce black metal qui, certes, fait la part belle aux mélodies, tout en vous envoyant une décharge d’émotions sans transiger avec la voix venimeuse.

    Avec « Nature Morte », on pousse le bouchon encore un peu plus loin. On y entend des voix variées, même si le chant reste la plupart du temps celui qui sied au black metal. Mais à plusieurs reprises on entend une voix plus grave, ce qui est loin de me déplaire. Et même quelques voix en clair, en chœur.


    Les textes sont fouillés, en écho à l’artwork qui met en évidence une couronne d’épines dans une nature morte… On y retrouve donc des thèmes flirtant avec les propos de la Bible, tout en explorant les désirs qui émaillent la gent humaine autant que celle des cieux. La perfection désire également… A moins que le désir ne soit l’artisan de l’imperfection. Du désir à la passion, il n’y a qu’un pas. Et pas à pas, on pourra suivre le texte, bien articulé, sur tout le morceau, selon le schéma du genre : pas de refrain, juste une histoire – la Passion du Christ – qui avance et évolue au fil des notes, rendant chaque morceau d’un foisonnement tel qu’on s’y plonge comme on plonge notre regard dans le moindre élément d’un tableau, pétale après pétale, d’une nature morte.

    Pénitence Onirique - band

    De la tracklist, nous avons 6 morceaux chantés (sur 7) qui se répondent avec la ligne de démarcation du 4ème titre, bien au milieu, comme un miroir. Un titre instrumental qui offre un moment de répit à nos oreilles et dans la tension des émotions. Mais à s’y pencher d’un peu plus près, c’est bien le répit de la mise à mort, celle qui engendre la peur, l’appréhension, le questionnement : « Lama Sabachtani »… Ce sont bien là les paroles de Jésus sur la croix, qui crache à la face de son père : « pourquoi m’as-tu abandonné ? ».

    Les titres, hormis l’instrumental, sont pédale au plancher, comme « Les Mammonites ». Les intros sont globalement assez courtes, bien que suffisantes pour placer l’ambiance. Le chant de Logos, le verbe qui représente le Verbe, est cinglant, cuisant. On passe du chant black, haut perché, empli de fiel, sur des riffs moyen-orientaux. Mais point trop n’en faut. On tend l’oreille et on s’en rend compte. On écoute sans prêter attention et c’est là, ça se distille, tellement toute la composition est drue. On passe donc du chant black à une voix plus grave, comme vers 2:58 (in “Les Mammonites”). Et les riffs soutiennent, avec un côté plus haché, avec toujours une mélodie en fond. Et voilà que vers 4:00, c’est une voix quasi claire, mais criée qui intervient, rendant les propos plus sensibles encore. Et ce jeu de batterie, qui alterne des passages plus lents, martiaux et des tapis de double qui reviennent en force.

    Les guitares ne sont pas en reste. C’est riff sur riff, tous aussi mélodiques les uns que les autres. Certains, comme le riff d’introduction du premier morceau, « Désir », qui termine son schéma narratif sur un écart qui vibre de dissonance légère. On est constamment sur le fil du rasoir.

    Et pourtant, tout s’enchaîne, comme si un morceau commençait en reprenant là où le précédent s’était arrêté. Attention, on n’a pas cette impression d’un seul et unique morceau. Chacun, comme un tableau, apporte son aura. Le troisième, « Nature Morte », accuse une ambiance plus sombre, défaitiste. On a légèrement ralenti le tempo, ce qui nous amènera sur le fameux « Lama Sabachtani ».

    Après cette pause instrumentale, le récit se fait autre, nous avons un changement de regard. Le martyre est mort, réintégrant les cieux, que voit-il ? « Je vois Satan tomber du ciel », « Pharmakos »… pour finir sur « Les Indifférenciés », qui résonne chez moi comme une peinture de notre société actuelle, où plus rien n’a d’intérêt car tout est lissé. Le revers de la morale…

    Pénitence Onirique - logo

    « Le désir n’étant en réalité que le secours décisif et puissant qu’apporte la nature à quelque chose qui existait avant elle et sans elle. La main de la nature délivrant, des viscères de l’avenir, la substance toute humaine et morale des choses futures », pourrait conclure Moravia. Mémé se contentera de dire que nous avons face à nous, une œuvre qui bien loin de faire taire notre ramage intérieur, exacerbe nos émotions. Je comprends pourquoi, bien qu’il soit sorti en novembre 2023, nombreux sont ceux qui en ont fait leur AOTY.

    Titre préféré : « Les Indifférenciés ».


    Tracklist :

    1.   Désir
    2. Les Mammonites
    3. Nature Morte
    4. Lama Sabachtani
    5. Je vois Satan tomber comme l’éclair
    6. Pharmakos
    7. Les Indifférenciés


    Line-up : Logos – Chants / Noktürn – Guitare « ambient » / Obscur – Basse / Bellovesos – Guitare Lead / Vorace Tenebrae – Guitare rythmique / Iendar – Batterie


    Liens : http://penitence-onirique.bandcamp.com/

    https://www.youtube.com/channel/UCFpQb3dMxwNTuvuRhcgFpwwhttps://www.youtube.com/channel/UCFpQb3dMxwNTuvuRhcgFpww

  • Marduk / Memento Mori

    Marduk / Memento Mori

    Genre : Black metal
    Label : Century Media Records
    Sortie : 1er septembre 2023

    Note : 90/100 (Seblack)

    Cinq ans après un « Viktoria » des plus classiques mais pas des plus mémorables, Marduk a signé en 2023, un retour assez étonnant avec son nouvel opus intitulé « Memento Mori ».

    Abandonnant (enfin) la thématique rebattue de la deuxième guerre mondiale, Marduk explore ici davantage un thème tout aussi classique dans le black metal : en l’occurrence celle de la mort dont chaque jour nous rapproche. 

    Le graphisme de l’album connaît aussi une évolution notoire : exit le logo du groupe (déjà porté disparu sur « Viktoria ») et place à un lettrage beaucoup plus classique et raccord avec cette gravure d’une mort ricanante rappelant celles de la fin du Moyen-âge. Du noir, du blanc, une pointe de rouge, cet artwork est à la fois sobre, parlant et efficace. Pour les heureux possesseurs de la version vinyle, la jaquette est éditée sur un carton qui donne un cachet supplémentaire à ce « Memento Mori ».

    C’est toutefois au niveau musical que les changements sont les plus notables, le groupe revenant  à fois à ses racines profondément malsaines tout en se dotant de sonorités bien plus modernes. Pour la modernité, inévitablement la référence à Funeral Mist est sur toutes les lèvres. Normal quand on voit que Mortuus a composé la plus grosse partie de ce nouvel opus. Pour ce qui concerne un certain retour aux fondamentaux, on relèvera surtout un son plus brut et la cohabitation de morceaux très rapides et de pièces mid tempo très insidieuses..

    Il est fort probable que certains trouveront que cet opus ne sonne pas vraiment comme du Marduk. Il est vrai que parfois, on serait tenté de dire « Funeral Mist sort de ce corps ! ». Le hic c’est que d’une part, Funeral Mist c’est excellent et que d’autre part, Mortuus s’est fixé suffisamment de limites pour éviter que cet album de Marduk soit un album déguisé de Funeral Mist. Par exemple, dans « Memento Mori » on ne trouve pas trace des samples ou arrangements sonores qui sont une des caractéristiques de l’univers de Funeral Mist. Cela n’empêchera probablement pas certains de penser que « Memento Mori » n’est pas tout à fait un album de Marduk. Personnellement je n’adhère pas à cette assertion mais c’est un point de vue tout à fait défendable aussi, il faut bien le dire.

    Marduk - membres

    Me Concernant avec « Memento Mori », j’ai la nette impression qu’on retrouve un groupe capable de mettre tout le monde à genoux avec des titres diaboliquement rapides aussi bien qu’avec des morceaux et passages lourds et malsains. En vérité, je crois que je n’avais pas autant apprécié une sortie de Marduk depuis « Heaven Shall Burn.. » c’est dire…

    Le constat est donc simple, de mon petit point de vue, Marduk délivre avec « Memento Mori » son album le plus vicieux, le plus brutal et le plus viscéral depuis bien longtemps. Il se délivre aussi (au moins temporairement) de ses thématiques guerrières qui finissaient par être redondantes tout comme les polémiques à deux balles que cela pouvait susciter.

    Oui, honnêtement je n’attendais pas grand-chose de cette sortie, à l’image de celle d’Immortal ou de Taake, mais au final ce quatorzième album s’avère être une des très bonnes surprises de l’année 2023.

    Tracklist :

    1. Memento Mori

    2. Heart of the Funeral

    3. Blood of the Funeral

    4. Shovel Beats Sceptre

    5. Charlatan

    6. Coffin Carol

    7. Marching Bones

    8. Year of the Maggot

    9. Red Tree of Blood

    10. As We Are

    Line-up : Morgan Håkansson – Guitares / Daniel Rostén – Chant, basse, Guitares / Simon Schilling – Batterie

    Guest : Devo Andersson -Basse/ J. Lindholm – Basse (pistes 3, 8) / LG Petrov (R.I.P. 2021) – Chant (piste 10)

    Lien https://www.facebook.com/Mardukofficial

  • Eitrin – Eitrin

    Eitrin – Eitrin

    Genre : Black metal hybride
    Label : Debemur Morti Productions
    Sortie : 1er décembre 2023

    Note :   80/100 (Seblack)

    Cette année 2023 marque la vingtième année d’existence du label français Debemur Morti Productions. Vingt années consacrées à mettre en avant des artistes avant-gardistes de la scène extrême, vingt années d’un travail passionné (et passionnant) pour proposer des supports sonores et graphiques de grande qualité.

    2023 a d’ores et déjà été une année riche de belles sorties pour Debemur Morti : pensons, entre autres, au troisième volet du triptyque de Aara ou au nouvel album de Blut Aus Nord. En guise de surprise,  le label nous propose ici le premier album d’un tout nouveau groupe formé par des artistes emblématiques du label français. Ce groupe c’est Eitrin, nom qui reprend celui de la société mère de Debemur Morti Productions.

    Aux manettes, excusez du peu, on retrouve l’incontournable Vindsval, extrêmement créatif ces derniers mois avec l’album de Blut aus Nord, bien sûr, mais aussi le projet Ershetu ou encore sa participation à un titre du dernier opus de Sühnopfer. Au chant on retrouve Marion, chanteuse et âme pensante de Mütterlein. Enfin Dehn Sora (Throane et graphiste phare de Debemur Morti), complète cette dream team ou cette nightmare team si vous préférez.

    Comme on pouvait s’y attendre, la rencontre des trois univers de ces musiciens a donné naissance à une nouvelle hydre musicale évoluant dans les confins les plus sombres d’un metal extrême hybride aux atmosphères baignées d’atmosphères empoisonnées.

    De poison, il est d’ailleurs beaucoup question dans cette œuvre puisque chaque titre porte le nom d’une substance toxique : ricin, sarin, cyanide, phenol, arsenic, muscarine ou curare. Vous aurez donc l’embarras du choix.

    Incontestablement Eitrin laisse le sentiment que ces trois artistes étaient faits pour se rencontrer, il n’y a pas d’autres mots pour le dire. Les lignes sous-accordées et dissonantes de Vindsval associées aux atmosphères mystérieuses et délétères de Dehn Sora confèrent à Eitrin l’allure d’une immense et sombre masse menaçante et malaisante. De ce canevas de noirceur émerge, avec rage, la voix rauque et si expressive de Marion Leclercq qui hante littéralement l’œuvre de ses imprécations.

    Avec un côté très cinématique, l’album progresse de manière reptilienne, peu à peu il s’enroule autour de tout ce qui existe comme pour étouffer les derniers cris qui résonnent encore dans ce monde dont il est en train de s’emparer.

    Explorant et liant divers horizons musicaux des musiques sombres et extrêmes, Eitrin ne parlera pas forcément à tout le monde, mais incontestablement il s’affirme d’ores et déjà comme une entité digne du plus grand intérêt et une synthèse parfaite de l’univers construit par Debemur Morti depuis cette vingtaine d’années. Un cadeau délicieusement empoisonné.

    Tracklist

    1. Ricin – The Bloody King of All Poison

    2.Sarin- Consigned to Oblivion

    3.Cyanide – A Cracked Dam  

    4.Phénol – Sinister  

    5.Arsenic – The Eye of the Whale

    6.Muscarine – What Is Sacred

    7.Curare – The Silence of the Innocent

    Line-up : Vindsval – Guitares, basse / Mütterlein – Chant / Dehn Sora – Chant, atmosphères.

    Guest : W.d.F – Batterie.

    Lien : https://eitrin.bandcamp.com/album/eitrin

  • Drache – Devenir le Rien

    Drache – Devenir le Rien

    Genre : black metal
    Label : Transcendance
    Sortie : 6 octobre 2023.

    Note : 100/100 (Seblack)

    En comptant le split avec Brouillard et “De Mauvais Augure” sortis en 2022, “Devenir le Rien” est déjà le troisième coup de Drache que l’on se prend sur le dos. Mais si les quelques rais de lumière pouvaient poindre dans les deux œuvres citées un peu plus haut, ici on a le droit à des compositions beaucoup plus drues.

    Non, ce n’est pas un simple coup de Drache mais bel et bien un déluge de flotte colossale et glaciale. Dès le morceau “A la gloire de rien du tout” on comprend qu’on ne va  pas juste se prendre un petit grain sur la tronche car d’emblée la musique s’avère dense autant qu’écrasante. Le chant, lui aussi, est plus rugueux que jamais, porte-parole de mots emplis de colère et de rage.

    Cette drache là ne rigole pas, elle n’est pas de celle qui vous fait rêvasser d’aise au creux du lit ou d’un chemin. Elle frappe au toit à ne plus s’entendre penser, elle fait courber l’échine, transi de froid. Bien sûr, elle a sa petite mélodie, sa petite musique, mais ces ritournelles sont plus de celles qui vous arrachent des larmes que de celles qui vous réchauffent l’âme ou flattent une mélancolie dominicale. Point de salut, juste le nez dans une flaque profonde et glacée avec un Corvus qui vient ajouter son grincement sur “La lumière radiante”.

    Pour que le sinistre tableau soit complet il fallait bien que le brouillard finisse par pointer son nez tôt ou tard. C’est sur “A la gueule” qu’il déploie son manteau de mots doux-amers dessinant là un “arc en fiel” pour finir par nous dracher à la gueule.

    Non, clairement, Déhà ne prend ici aucune pincette avec le monde absurde qui l’entoure, ça drache dur. Mais tout aussi clairement, il n’en prend pas davantage avec lui-même :

    “Au delà des espérances je traîne en boucle un manque de tout. 

    Un départ foireux et une arrivée en dernier, le corps bien mou.

    Flasques et tombants sont les bras qui pourtant portaient montagnes.

    Mais c’est toujours à chercher des excuses pour celui qui ne gagne.”

    Bien plus qu’un simple exercice de style, bien plus que du black metal, bien loin des débats stériles, “Devenir le Rien” est une Drache venue de l’âme qui frappe aussi bien son auditeur que son propre créateur. Tout au long, c’est un véritable déluge de notes et de mots amers qui se déversent depuis des nimbus de noirceur. 

    Alors après la pluie le beau temps ? Rien n’est moins sûr.

    Tracklist

    1. À la gloire de rien du tout.

    2. La lumière radiante

    3. Devenir le rien

    4. A la gueule

    5. Le paradis

    6. Les arbustes sont morts

    Line-up : Déhà – Tous les instruments et le chant.

    Guests : Brouillard – Chant / Corvus – Chant

    Liens

    https://drache-bm.bandcamp.com/album/devenir-le-rien

    https://www.transcendance-bm.com/product-page/drache-devenir-le-rien