Genre : Death Metal progressif Label : M-Theory Audio Sortie : 4 Avril 2025
Note : 95/100 (WvG)
C’est sans filtre que je vais vous parler de The Great Filters de Fractal Universe, quatrième album du quatuor nancéen. Et il me sera TRÈS difficile d’en dire du mal…
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Si le groupe avait déjà précédemment fait la démonstration de ses qualités tant sur scène qu’en album, on atteint avec cet album un sommet, peut-être pas encore leur Everest (ou leur Himalaya pour les fans de Bayrou résiduels) mais on est déjà très haut sur tous les plans ou reliefs et il va m’être difficile d’être critique de manière négative tant cet album revêt des aspects qui ne sont sans me déplaire.
D’abord, et même si je ne suis pas un fan de la première heure du Metal Prog, il y a la technicité, indéniable, celle de chacun des intervenants : les modulations de voix de Vince Wilquin aussi à l’aise dans les longueurs de notes tenues et harmonisées que dans le growl (hé, c’est du DEATH prog !), la fluidité des guitares et particulièrement dans les soli école Satriani/Vai/Petrucci (par Yohan Dully), la basse de Valentin Pelletier qui ondule (particulièrement dans l’introduction de « The Equation of Abundance », probablement le plus « Dream Theater » des morceaux de l’album alors que « Dissecting the Real » irait plutôt piocher chez Symphony X dans les influences) quand Clément Denys à la batterie tape fort et précis… En clair, pas un reproche à faire sur cet aspect.
Ensuite, la musicalité : comme dit plus haut avec un présupposé, je suis davantage de l’école harmonique et mélodique, pas forcément celle de la recherche de l’extrême – mais je pense qu’au fil des lectures des diverses chroniques proposées [et si ce n’est pas encore le cas, ruez-vous dessus ainsi que (et surtout) sur celles de mes confrères de MMW], vous l’aviez compris. Or, ici, la recherche de l’équilibre entre tension et détente tant dans la brutalité que les variations de tonalité, avec des enchaînements harmoniques fouillés et pas des degrés I-IV-V-I en boucle, va évidemment en faveur de mon appréciation positive.
Enfin, l’originalité et la démarcation sur la scène Metal entrent en ligne de compte. En effet, non content de s’affirmer vocalement (et à la guitare), Vince Wilquin se permet de faire apparaître fréquemment, en premier plan ou en sous-texte, son saxophone qui ajoute ce groove typé jazz ou pop-jazz tout en glissandi et vibrato prononcé. Si le groupe n’est pas précurseur dans cet ajout instrumental, il sait efficacement l’exploiter. À ceci s’ajoutent les plages planantes et subtiles de piano, particulièrement sur « Specific Obsolescence » qui joue sur de multiples tableaux harmoniques et modaux. De surcroît, l’album n’est pas réfléchi comme une succession de morceaux formatés, limite radio edit, mais avec un concept (dystopique et/ou futuriste… hé, c’est du PROG !) introduit par un artwork d’une qualité picturale de toute beauté. Je retrouve donc une forme d’originalité musicale et sensorielle que je n’avais plus vraiment ressentie depuis le Amoeba de Hacride (autant vous dire que ça date : 2007).
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Je vous ai spoilé d’entrée de jeu mais il était nécessaire de ne pas vous faire perdre trop de temps en lecture inutile de mon baratin qui touche limite au promotionnel voire au plébiscite présentement : sautez sur cet album dès que vous en aurez l’occasion, il en vaut la peine. Sur ce, je pars allumer ma clope, avec filtre quant à elle, et inhaler cet album de nouveau par les oreilles.
Genre : Death Metal Label : Hail Shitar Records / Nihilistic Holocaust
Sortie : 1er Novembre 2023
Note : 75/100 Robin le contrit
J’arrête pas de m’interroger sur la musique et sur le Death Metal, sa place dans ma vie, son paradoxe : une sécurité et un chaos grimé d’incertitudes.
Du temps ou j’étais jeune, entre deux compositions des Pixies et de Muse, survinrent dans mon mp3 Nasum,Benighted, Morbid Angel, Decapitated et Mortician. Oui, c’était pêle-mêle, sans hiérarchie. A l’époque je distinguais assez mal les différences entre ces genres variés (à part les éléments les plus évidents). Mais ce dont je me souviens très précisément, c’est cette sorte de soulagement lorsque les guitares saturées étaient présentes, ce son agressif mais cajoleur, cette batterie surpuissante, sans mesures ou nuances dans l’occupation de l’espace sonore… Tout cela je l’adorais et je me disais « ah ouais, putain, y a pas photo, le reste c’est vraiment tellement moins important pour moi… »
J’ai donc toujours eu plus d’indulgence pendant longtemps pour les groupes de Metal extrême : j’ai toujours trouvé que quel que soit le niveau, quelle que soit l’audace, l’inventivité, qu’il y en ait ou pas, je défendrais fièrement et avec pugnacité chaque putain de groupe de Metal extrême qui subirait l’affront d’une critique par des personnes qui se croiraient en position de juger les goûts des autres et l’intensité artistique des œuvres.
J’ai changé.
Aujourd’hui me voilà, regardant avec sévérité chaque groupe de Metal extrême qui passe à ma portée… Même mon groupe n’y échappe pas ; notre premier album, je ne supporte plus ce son de guitare noyé derrière la batterie. Je juge, je critique, je juge ceux qui jugent que tout est génial dès que ça grésille, dès qu’il y a un solo pas trop mal branlé, une imagerie bien « iveul » !
Je juge je juge je jugejugejegejugejujuegjuegjuejeugjeugjeugjeugjeugjeugjeu
Gnéééééé
La spirale infernale m’a happé, celle qui te fait dévaler les escaliers de la dévaluation de soi et des autres ; au point que toutes réflexions et pensées sont mues par une telle peur de la médiocrité et donc d’être médiocre, que ça en devient absurde. Tu n’envoies plus que des signes de “oh mon dieu j’ai peur !”. Se démarquer, être au-dessus, ne pas s’extasier, ne pas s’impressionner, montrer l’expérience, montrer la connaissance, montrer, paraître, sembler, semblant, creuser, chutant.
J’en suis revenu, évidemment. La vie, l’expérience de la vie en plus de celle musicale, m’a rendu meilleur, je crois… En tous les cas, j’ai voulu élaborer mes propres critères, qu’ils soient semblables aux autres tant mieux, tant pis. Le commun ne me fait pas peur et je ne l’associe plus à la médiocrité. L’originalité ne me fait plus peur et je l’admire quand un-e autre le-la détient, je ne lui cours plus après : je suis un médiocre avec des fulgurances. Comme toi.
Mais, vous allez me dire : quel est le rapport avec le CD de ce groupe ?…
Vous ne le voyez pas, le rapport… Vraiment ?
Vous n’entendez pas ce son grésillant, lourd, et en même temps, permettant de tout bien entendre… ???
Vous ne les entendez pas, ces riffs Death Metal mais diversifiés, élaborés sans être à étudier, efficaces sans être simplistes…
Vous ne l’entendez pas, cette batterie furieuse et sachant se faire entraînante sur des rythmiques brises nuques ?
Vous ne l’entendez pas, cette ambiance mortifère et lugubre… ?
Vous ne l’entendez pas, cette énergie toute brutale… Qui empêche de sombrer dans un ennui ambiant.
Vous ne l’entendez pas, cette fluidité dans les compositions qui empêche de lever un sourcil interrogateur ?
Vous ne l’entendez pas, cette certitude, désormais, qu’un groupe pareil arrive à vous faire redevenir le jeune que vous étiez, à vous faire ressentir ce que vous ressentiez alors : du bien ? L’impression que quelque chose enfin vous correspond, vous parle, vous émeut, vous fait sentir chez vous…
Ces groupes, il faut les chérir… Mortiferoth est un de ceux-là.
Genre : Black Metal Label : Van Records Sortie : 25 novembre 2024
Note : 88 / 100 (LB D) Note : 95/100 (Mémé Migou)
“Dear disciples of the Great Old Ones, dear offsprings of their greatness ! For over 20 years lost in the Endless meanders of outer space, far from men's Devious existence, worshippers of their own Decline... I've been working, dead but dreaming, on the creation of a new Requiem beyond Light and Shadows. From my cosmic journey, a circle of four hateful bringers of blasphemy has been gathered to bring 8 Symbols of slimy and crawling ocular distorted art so called "black metal", the way it shall be... Today, with malicious pride, we bring you, dear disciples and dear toys, what many of you have been asking for these past two decades. And no one was better suited to bring this nightmare to your innocent ears and to sublimate it than the nonetheless well-known Ludovic Tournier who gave its final form to this new Stone, achieved and erected in 20 years from the Echoes of painful torments. A final shape of a nightmare that has gone through many manifestations... The chaos starts again exactly where it left off... Dear disciples, dear puppets, I have the great honor to introduce you to the new form of an old succubus: OMEGAETERNUM.May the Incantation begin... Spread their wrath!” - Sorghal
Lorsque les premières rumeurs ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux concernant un retour de Sorghal avec un projet comportant de nombreux points communs avec Nehëmah,cela suffisait déjà à nous mettre l’eau à la bouche. De plus, il avait été annoncé qu’Arawn, ami de longue date et guitariste live du groupe Savoyard, ainsi que Ludovic Tournier, le producteur emblématique seraient associés à ce projet. Si l’on ajoute la relative discrétion du chanteur bassiste Corven depuis 2019 et l’album Deus Sive Natura de Evohé (Il se murmure quand même qu’un nouvel album serait en préparation). Croyez-moi ou pas, mais, on était en droit de rêver, voire même de fantasmer (enfin surtout moi, lol!) sur un éventuel retour presque improbable d’une des légendes du Black Metal français des années 2000
Alors évacuons le sujet tout de suite, NON, il ne s’agit pas d’une reformation de Nehëmah, mais précisément la naissance d’une nouvelle entité au doux nom de Omegaeternum. Sorghal fera appel à des musiciens chevronnés de la scène nantaise pour compléter sa formation afin d’assurer la section rythmique du groupe. Ainsi nous retrouvons Oberkommander666 à la basse et Sistre à la batterie, deux artistes ayant déjà collaboré ensemble au sein des formations Les Chants De Nihil,Bestial Nihilism et Gotholocaust. Pour en terminer avec les présentations, on notera que c’est au label allemand Van Records que reviendra l’honneur de publier ce premier opus, intitulé tout simplement 1248.
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Avant d’attaquer le vif du sujet, une petite explication historique s’impose autour du concept album et de ce titre plus ou moins énigmatique. 1248, c’est l’année où eut lieu l’effondrement du Granier, montagne qui culmine à 1933 m dans le massif de la Chartreuse et domine la cluse de Chambéry. Un éboulement des marnes situées à la base de la montagne, consécutif à la chute d’une portion de la falaise calcaire, est à l’origine de cette catastrophe. Cette tragédie a enseveli et écrasé un grand nombre de villages et de paroisses, entraînant la mort d’entre 4 000 et 6 000 personnes, enterrées sous les décombres. Bonjour l’ambiance.
L’atmosphère froide, inquiétante et délétère imprègne l’ensemble de cet album, y compris le morceau d’ouverture intitulé “Ye Incantation”. L’introduction se révèle lente et troublante, les premiers riffs apparaissant progressivement, pour finir par se jeter sur vous. Ces derniers sont similaires, tant dans leur nature que dans l’ambiance qu’ils instaurent, à ceux de “Through The Dark Nebula”, le dernier titre de Requiem Tenebrae, troisième et ultime album de Nehëmah. Ainsi, la boucle est bouclée : Omegaeternum est bien le digne successeur des Savoyards.
— Ah ! mon cher LB D, quoi de plus naturel, au final, qu’un éternel recommencement, une histoire perpétuelle, qui se répète, une histoire sans fin, avec un nom tel que Omegaeternum. Peut-être aurons-nous plus d’éclaircissements lors d’une interview, mais on peut laisser notre esprit vagabonder dans les mots. “Je suis l’Alpha et l’Omega, le début et la fin”, raconte une histoire vieille de plusieurs milliers d’années. Omegaeternum, “pour toujours et à jamais”. Tout est dans le tiraillement de la dichotomie du monde. Et comme le dit Sorghal dans son propos introductif : “Le chaos reprend exactement là où il s’est arrêté”.
Dès les premières notes de « The Endless Quietus », une sensation de lourdeur s’installe, donnant l’impression d’une chape de plomb pesant au-dessus de votre tête. On perçoit une abondance de trémolo picking ainsi que de blast beats. La brutalité est omniprésente tout en conservant une dimension mystérieuse lorsque le tempo ralentit. Il ne fait aucun doute que musicalement, nous sommes profondément ancrés dans les années 1990. Autant vous le dire tout de suite, que la joie et la bonne humeur ne figurent pas au programme.
“The Devious Deceiver” commence là où s’arrête “The Endless Quietus”. Une légère dissonance apparaît au début du morceau, au fur et à mesure, le tempo se ralentit considérablement laissant la place à une atmosphère pesante, parfois à la limite du Doom. Les riffs de guitares s’assombrissent tandis qu’une voix malsaine surgit de nulle part, accompagnée par les premiers passages de claviers qui se dévoilent à nous, apportant un aspect plus atmosphérique au morceau. Cette piste est la plus longue, la plus épique et la plus mystique de l’album.
— Ahhhhh (bis), mon cher LB D… As-tu remarqué sur l’artwork, signé Ritual Art Spirit, tous ces symboles qui ouvrent les portes d’un monde chaotique, celui de notre imagination ou celui d’une explication apportée à un mystère, celui du Mont Granier, par exemple. Cette lune avec les tentacules, pour commencer. Les paroles de Sorghal en incise, quand il s’adresse à nous, ne laissent que peu de doutes “Dear disciples of the Great Old Ones”… Rajoutons le titre du premier morceau, qui nous place dans le mode incantatoire, que l’on retrouve avec ces voix fourmillantes. On comprend vite où l’histoire veut en venir : l’éboulement du Mont Granier n’est certes pas sans lien avec le culte des Grands Anciens, couché originellement sur papier par Lovecraft.
Après, on ne peut nier que les symboles y soient nombreux. Déjà le logo en lui-même, que l’on retrouve presque entre les mains de ce grand prêtre, un coeur très vulvé par où s’immisce un serpent. Je ne vais pas te faire un dessin, tu auras compris l’allusion. Et comme médaille au cou de ce personnage central, l’arrière-plan stylisé, c’est-à-dire un faisceau de sommets montagneux. Mais tu vois, Sorghal mentionne 8 symboles… Penses-tu que ces 8 symboles se retrouvent déjà dans l’artwork ? Bien entendu, on ne va pas jouer les naïfs, nous avons 8 pistes…
Au fait… la symbolique du chiffre 8, c’est bien l’infini (mets-le sur le flanc…) et le renouveau. Aussi l’équilibre, paraît-il…
“1248 The Symbols Swallower” constitue le premier des trois volets consacrés à l’effondrement du mont Granier. On observe une plus grande diversité dans les voix et d’un clavier à la fois sinistre et omniprésent, s’enchaînant directement sur le court instrumental faisant office d’interlude.
Intitulé “1248 The Silent Tears of the Stone Giant”, il se compose exclusivement de rythmes de batterie lancinants et d’un son singulier émanant des claviers. Les tempi s’accélèrent à nouveau pour la troisième partie du triptyque. L’alternance des chants se fait remarquer, oscillant entre le rauque et le crié. Bien que la première section soit rapide, la deuxième est plus modérée, marquée par l’apparition d’une voix claire sortie tout droit d’un office religieux voire d’un rituel de magie noire. Cette voix s’harmonise parfaitement avec le puissant son d’une double grosse caisse, créant ainsi l’un des passages les plus marquants de l’album.
Cet enregistrement comprend également deux autres pavés d’une durée approximative de quinze minutes chacun, intitulés “My Inner Decline » et « In Outverse Slumber », et qui viennent conclure cet album. Bien qu’ils présentent un certain intérêt, ils s’inscrivent dans la continuité des œuvres précédentes, épiques, mélodiques, mais toujours dans cette atmosphère angoissante. On notera tout de même, ce final qui nous rappelle le Black Metal Orthodoxe de Batushka (pour ne citer que lui), avec ses chants liturgiques, cette voix rocailleuse et ces nappes de synthés. Ce passage crée un climat tout particulier semblable à celui d’une période de deuil et de recueillement. Si je dois émettre une petite critique, c’est précisément la durée de ces deux titres qui me pose problème : ils sont beaucoup trop longs, on a du mal à rester concentré jusqu’à la fin et on finit par se lever de son canapé pour faire autre chose. À mon humble avis, ils auraient mérité d’être raccourcis afin de captiver l’auditeur jusqu’à la fin, évitant ainsi toute impression de monotonie.
— Ahhhh (ter), mon cher LB D permets-moi de m’inscrire en faux, tout du moins en contre. En ce qui me concerne, je me suis laissée embarquer dans cette aventure avec délectation. Je n’ai pas eu once d’ennui ou de déconcentration. Au contraire, dès la première écoute, je me suis dit que cette œuvre ne se laisserait pas facilement apprivoiser, et qu’il m’en faudrait de nombreuses autres pour tout appréhender. Et plus on met le bout de l’oreille dans cette cérémonie, plus on découvre de petites choses restées secrètes, discrètes ou passées sous silence par une attention occupée par d’autres aspects de la musique ou de l’œuvre.
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Au premier abord, cet album peut paraître fastidieux et linéaire, je conçois qu’il puisse en fatiguer plus d’un. Cependant, ces impressions seront vite balayées si vous persévérez dans le nombre d’écoutes et c’est seulement après que vous allez prendre conscience de toutes les subtilités que renferme ce 1248, hormis le petit reproche mentionné un peu plus haut. Cet album, je le trouve relativement bien équilibré, cohérent, oscillant entre des passages brutaux et des moments de tranquillité pour le moins sinistres. Il offre également de nombreuses montées en puissance imprégnées d’occultisme et de mysticisme. En exécutant des riffs froids et glaciaux selon leur propre philosophie du Black Metal, les musiciens parviennent à se forger une identité qui leur est propre, et ça, ce n’est pas donné à tout le monde.
Je reste persuadé qu’à l’avenir, Omegaeternum gravira aisément la montagne qui les emmènera vers les sommets du Black Metal français.
— Pour ma part, c’était la révélation de cette fin d’année…
Genre : Black Metal Atmosphérique Label : Antiq Records Sortie : 26 Mai 2025
Note : 95/100 (LB D)
Après avoir exploré les thèmes des saisons dans Shiki et les quatre éléments de la vie dans Shigenso, Enterré Vivant revient avec un nouveau concept album intitulé Akuzaï, qui se traduit en français par “péchés diaboliques”. Sakrifiss, la tête pensante du projets’attaque cette fois-ci aux dix péchés capitaux selon une branche du bouddhisme, ayant pour point commun la Seconde Guerre mondiale vécue par les civils et les soldats japonais.
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Mais, avant de passer au crible cet album, permettez-moi tout d’abord de revenir sur cette photographie d’époque qui illustre la pochette. Elle représente une femme au regard perdu, allaitant son enfant après le largage de la bombe atomique sur Nagasaki. Si le visuel de l’album précédent était magnifique, celui-ci, bien que porteur d’une certaine beauté, engendre en moi un sentiment de malaise, particulièrement après avoir appris que le nourrisson est décédé quelques jours plus tard.
L’introduction débute par un discours historique de l’empereur Hiro-Hito, diffusé à la radio lors de l’entrée du Japon dans la Seconde Guerre mondiale. Il est marqué par des grésillements caractéristiques de l’époque et d’un son de flûte traditionnelle, renforçant ainsi sa dimension dramatique. De cet extrait découle le premier titre, intitulé “Chûtô”, démarrant tout en douceur avec ces quelques notes de guitare acoustique, accompagnées encore une fois par cette flûte dont la mélodie finit par vous entêter. Suit alors un black metal atmosphérique où apparaissent les premiers gémissements de Sakrifiss. Il ne s’agit pas d’un black agressif, mais plutôt d’une composition que je qualifierais de mélodique, somptueuse, où se dégage une certaine forme de sérénité. Mais, bon sang, que ce morceau nous met en appétit pour la suite.
L’ensemble des six compositions (si l’on excepte l’intro, l’outro et les deux interludes) est principalement interprété sur un mid-tempo, qui, accompagné de multiples samples, est en parfaite harmonie avec la dimension dramatique du thème abordé. L’exception qui confirme la règle est peut-être “Sesshô”, qui est très probablement le titre le plus énervé de l’album. Un Black Metal à la fois virulent et sans concession qui, mélangé aux bruits des bombes et des avions, nous plonge immédiatement dans la Seconde Guerre mondiale. Les interventions vigoureuses de Sakrifiss et le chant si particulier et immédiatement identifiable d’Erroiak, se révèlent particulièrement complémentaires dans ce contexte, témoignant d’une complicité sans égal à ce jour.
Mais le savoir-faire d’Erroiak ne se limite pas à ces seules parties de chant. Je voudrais mettre en lumière ses talents de compositeur à travers trois autres œuvres qui représentent véritablement les pièces maîtresses de cet album. En premier lieu, “Jaïn” et ses parties de piano mélancoliques interprétées par l’artiste lui-même, lesquelles, associées à des extraits sonores tirés du film Hiroshima* de 1953, lui adjugent une dimension à la fois sombre et dramatique où l’ambiance est particulièrement pesante. Ensuite, “Shin’i” se distingue par une approche nettement plus mélodique, orientée résolument vers le Heavy Metal, avec une touche d’optimisme soulignée par un passage symphonique à la fois entraînant et d’une grande beauté. Enfin, “Kigo” nous rappelle qu’il est un grand fan de Summoning. Ce morceau épique et très atmosphérique dont l’ambiance générale, notamment avec un son de batterie particulièrement épais, nous replonge directement à l’époque des albums Minas Morgul et Dol Guldur des Autrichiens. Ces trois titres, aussi divers que variés, nous prouvent une nouvelle fois qu’Erroiak est un auteur compositeur hors pair et qu’il maîtrise parfaitement aussi bien la musique classique que les différents styles de Black Metal existants. Et pas que, apparemment, car il semblerait même qu’il fasse référence à un certain groupe de Rap sur cet album. Bon, autant vous le dire tout de suite, je n’ai aucune compétence dans cette musique, donc je laisserai les autres en parler, okay.
Sakrifiss n’est pas en reste pour sa part. En plus d’être à l’origine de la thématique, il a réalisé un véritable travail approfondi au niveau du chant. Je trouve ses interventions moins agressives, plus posées et réfléchies que par le passé. Si, parfois, elles avaient tendance à agacer certains auditeurs [ndlr : pas moi !], Ce ne devrait plus être le cas sur Akuzaï, car ici, elles sont parfaitement intégrées et judicieusement placées au sein des compositions, ce qui n’était pas toujours le cas, notamment sur le premier album. À titre d’exemple, son travail remarquable sur la deuxième partie de “Shin’i”. Après la courte section symphonique mentionnée plus haut, Sakrifiss prend le relais d’Erroiak pour une narration endiablée, avec ce côté un peu torturé qui me fait penser par instants à Dani de Craddle of Filth. C’est tout simplement fantastique et constitue très certainement mon morceau préféré de l’album.
Je terminerais cette analyse avec les deux interludes et l’outro plus ou moins énigmatiques. Tout d’abord, “Waruguchi”(insulte en français). Imaginez un peu un petit démon semblable à Golum du Seigneur des Anneaux, proférant des menaces au-dessus d’un berceau, provoquant ainsi les pleurs d’un bébé (sic !). Le deuxième “Môgo” est l’œuvre de l’artiste d’origine suédoise Athena Nahkriin Halphas, qui nous expose ici, d’une voix possédée et malfaisante, les raisons pour lesquelles les jeunes Japonais sont conduits à mourir prématurément, tout en étant élevés au rang de héros pour une idéologie qu’ils n’ont pas choisie. Enfin, l’outro intitulée “Ryôshita” est en partie composée d’un extrait du film La Harpe de Birmanie, dans lequel on peut entendre des soldats chanter à l’unisson accompagnés de cris d’animaux et le son d’une harpe. Une voix explique que la musique et le fait de chanter ensemble les ont aidés à surmonter l’enfer de la guerre auquel ils étaient confrontés*. Cette conclusion, à la fois belle et légèrement inquiétante, représente néanmoins une clôture parfaite pour cet album.
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Pour conclure cette chronique, il convient de souligner que ce nouvel opus constitue une suite cohérente de Shigenso. Toutefois, en adoptant une écriture plus ambitieuse, plus approfondie et d’une richesse musicale remarquable, Akuzaï se révèle nettement supérieur à tous égards. Les deux artistes ont ainsi su affirmer davantage leur personnalité ainsi que leur identité franco-japonaise déjà esquissée dans l’album précédent. L’imagerie cinématographique qui se dégage de cet opus se révèle particulièrement saisissante. À travers ses dix compositions, le duo parvient à traduire avec précision les émotions et la souffrance du peuple japonais, ainsi que l’incompréhension face à la perte de tant d’innocents engendrée par cette guerre. Pour ma part, je trouve cette œuvre profondément émouvante, sombre et presque bouleversante, mais avant tout remarquable et très certainement la plus aboutie de leur discographie. Alors, peut-on le considérer comme l’album de la maturité ? Bonne question ; seul l’avenir nous le dira. En tout état de cause, ce Akuzaï fera date et il faudra compter sur lui pour le décompte final en fin d’année.
*Informations issues de l’interview de Sakrifiss pour le Webzine Thrashocore.
Genre : Black Metal Label : War Anthem Records Sortie : 9 Mai 2025
Note : 75/100 Robin
Vous le savez peut-être très bien vous-même.
Y a des albums, ils nous laissent un peu… sans voix, sans mots.
C’est le cas de ce premier album du groupe où j’ai si peu de choses à redire concernant les morceaux, tant l’excellence est ici de mise et le parti pris assez clair, tout en étant soigneusement conforme aux attentes.
Ici on a à faire à du Black Metal 100% ténèbres. Un Black Metal lancinant mais toujours intense.
Des mélodies infernales, des voix possédées qui n’hésitent pas à lorgner vers le Death pour apporter pluralité mais surtout plus d’Horreur.
Car ce que j’aime énormément avec Nail by Nail, c’est que tout est fait non pas pour innover, non pas pour se démarquer, mais pour renforcer et accroître l’ambiance anxiogène et sombre de la musique.
Et c’est là où le groupe réussit : l’ambiance de mort, caverneuse et effrayante.
Alors, oui, ça ne se démarque pas de beaucoup d’autres formations, leur musique n’invente et ne crée rien. On a déjà entendu chacun des éléments, des choix faits par le groupe. Mais l’ambiance reste, s’imprègne, et on se surprend à vouloir y rester, dans cette humeur… dans ces mélodies lugubres et désespérantes.
Et finalement, l’essentiel est là… Court mais intense, court mais infiniment sombre.
Heaving Earth : « Denouncing the Holy Throne » Robin + JP + Antirouille
À écouter, commenter et partager…
Sur la proposition de Robin- aka Pouletto Demoniako -, Memento Mori Webzine se dote d’un nouveau terrain de jeu : le podcast débat autour d’un album, qu’il soit coup de coeur, culte ou surfait. 1 Episode = 1 album.
Pour ce premier épisode pilote, Robin s’est entouré de JP (Memento Mori Webzine), ainsi que d’Antirouille (Underground Investigation et Memento Mori Webzine). Ensemble, ils revisitent l’album Denouncing the Holy Throne de Heaving Earth.
Heaving Earth, Denouncing the Holy Throne, Lavadome Productions, 2015. Et vous, vous en pensez quoi, de cet album ?
Genre : Black metal Label: Altare Productions Sortie : 30 avril 2025
Note : 90/100 (LB D)
Après trois EPs, deux splits (avec Peurbleue et Vermineux) et un album complet en 2023 qui avait marqué un peu les esprits dans le milieu de l’underground français. Sans Visage, (oui, c’est son pseudo) et son groupe Prieuré, ou plutôt One Man Band, nous revient en 2025 avec une nouvelle offrande intitulée Jusqu’au Bénitier.
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Initialement ancré dans le Raw Black Metal à ses débuts, Sans Visage s’est orienté ces derniers temps vers quelque chose de plus atmosphérique. Les compositions se sont significativement allongées et enrichies, témoignant d’une progression indéniable tant au niveau des arrangements que de la production. Ce travail a abouti à un premier album de grande qualité, nécessitant à l’époque plusieurs écoutes pour en saisir et maîtriser pleinement toutes les subtilités présentes dans Le Départ.
Alors qu’en est-il sur ce deuxième album ?
Tout d’abord, Parlons un peu de l’artwork, réalisé par l’artiste lui-même. Celui-ci est une fois de plus présenté en noir et blanc et orné du logo Prieuré en lettres gothiques. Cette œuvre illustre des personnages qui, après leur débarquement, escaladent une falaise en tenant une bannière qui semblerait être le Kroaz Du (croix noire), le drapeau historique de la Bretagne.
Jusqu’au Bénitier se présente comme un album conceptuel, composé d’une introduction et de cinq compositions agrémentées de trois interludes musicaux. S’inspirant du voyage de Saint Brandan dans une odyssée celtique du haut Moyen Âge, Sans Visage a choisi de réinterpréter le périple des moines. Focalisant leur quête non pas sur le paradis originel, mais sur la conquête d’un bénitier. Cette approche est enrichie par l’intégration de légendes provenant de la forêt de Brocéliande.
Il s’ouvre par une longue introduction au cours de laquelle résonne une procession religieuse, ponctuée par des sonorités d’une guitare acoustique. Ce son me rappelle ce passage instrumental dans le morceau “Priusquam” du premier opus. S’ensuit, le premier titre “Prieuré”, où l’on retrouve ce Black Metal primitif à mi-chemin entre le Raw et le Black Metal atmosphérique avec cette production un peu rêche, brute, sans fioriture et dépouillée de tout artifice. Le chant hurlé de Sans Visage, lui, est toujours aussi torturé, rugueux, et pourrait s’apparenter à celui d’un écorché vif.
Une petite pause s’impose après cette séance un peu brutale mais tellement addictive. Et c’est ici qu’intervient le premier interlude qui se veut apaisant, reposant, composé d’accords joués à la guitare sèche au son très cristallin. Ils seront accompagnés par des chants d’oiseaux afin de renforcer cette atmosphère de douceur.
Cela fait du bien avant d’attaquer “À Travers la Forêt”, ce titre est peut-être celui qui s’apparente le plus au Black Metal Rural tel qu’il est pratiqué dans notre pays. Il évoque fortement des formations telles qu’Autarcie, Palefroid ou encore Pétracorensis, qui célébraient en leur temps les charmes de nos campagnes, de nos villages et de la France profonde en général.Il convient de souligner la présence d’un invité de prestige qui vient donner la réplique à Sans Visage : ni plus ni moins que Torve d‘Ascète,dont l’apport confère un supplément d’âme à ce morceau. Cette collaboration fonctionne à merveille et se révèle particulièrement complémentaire. Notamment, après cette courte pause acoustique, où l’on sent bien qu’ils prennent du plaisir à chanter à l’unisson pour conclure ce morceau. Sans aucune contestation possible, le meilleur titre de l’album pour moi.
“Marécages” constitue le deuxième interlude, il est divisé en deux parties bien distinctes. D’abord, en premier lieu, sous la forme d’un conte, et qui, de mieux en Bretagne que Quentin Fourreau pour cet exercice, je vous le demande ? Fort de son expérience dans la narration de contes et légendes lors des soirées organisées notamment par les labels Antiq ou LADLO, il nous offre ici un récit captivant sur les mésaventures des moines au cours de leur pérégrination. La deuxième partie est entièrement instrumentale marquée par l’apparition d’un son d’orgue suivi d’un son de basse, qui confèrent une ambiance à la fois énigmatique et mélancolique. On peut aisément imaginer que le déplacement de nos braves ne s’est pas déroulé non sans difficultés, ce qui explique sans doute le choix de ce titre “Marécages”.
Sans Visage conserve ses racines punk dans “Le Grand Incendie”, notamment au début du morceau où l’intensité caractéristique de ce genre musical est clairement perceptible. Par la suite, le titre se développe selon une structure complexe, avec des riffs d’une puissance remarquable et parfois saccadés. Une légère dissonance accompagnée de quelques samples se fait ressentir au milieu du morceau, créant une atmosphère pesante et dérangeante. On peut évoquer à cet égard la proximité avec l’univers de Pensées Nocturnes.
Le troisième et dernier interlude entièrement acoustique est particulièrement apprécié après ce morceau torturé et malaisant, éprouvant pour nos esgourdes. Il permet avant tout de retrouver un état d’esprit favorable pour aborder la dernière piste de l’album intitulée “Triomphe”. Ce dernier titre sonne la fin du voyage pour nos moines et insuffle une note d’optimisme. En effet, après avoir surmonté la forêt et les marécages, ceux-ci se retrouvent en mer pour une traversée chaotique à bord de barques qu’ils ont eux-mêmes construites. Passé de nombreuses péripéties, ils parviennent finalement à débarquer et trouvent enfin le graal tant recherché : le fameux bénitier (tiens! Un rapport avec l’artwork peut-être?). Et c’est le dernier invité, Geoffroy Dell’Aria (Paydretz), qui, avec son bagpipe est chargé de célébrer cet événement. Il apportera ainsi une petite touche celtique empreinte de gaieté, concluant cet album de manière remarquable.
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Le premier album avait déjà su me convaincre, cependant, avec ce nouvel opus, Sans Visage a franchi un palier supplémentaire. Les compositions ont gagné en maturité, les ambiances se révèlent nettement plus variées qu’auparavant. Cet équilibre parfait entre passages brutaux et moments mélodiques constitue une véritable réussite. En définissant avec précision les contours de son Black Metal médiéval et rural, qu’il pousse à son paroxysme, il rend Jusqu’au Bénitier particulièrement agréable à l’écoute, sans jamais provoquer de lassitude. Ce One Man Band s’impose désormais comme une référence incontournable et facilement identifiable entre mille. Toutefois, à l’instar du premier album, cette œuvre mérite d’être explorée en profondeur et analysée minutieusement, un nombre d’écoutes assez conséquent est nécessaire pour y saisir toutes les subtilités de l’univers de Prieuré.
En tout cas, moi, j’y ai pris beaucoup de plaisir à l’écouter, à le décortiquer, à faire mes recherches sur le voyage de Saint Brandan afin de rédiger cette chronique. Sans trop hésiter, il aura sa petite place de réservée dans mon top 30 des meilleurs albums de l’année.
Tracklist :
01 – Introït
02 – Prieuré
03 – Foi
04 – À travers la forêt
05 – Marécages
06 – Vautour
07 – Le grand incendie
08 – Patience
09 – Triomphe
Line up :
Sans-Visage – Chant / Tous les instruments
Guests :
Torve – Chant Additionnel sur « À travers la forêt »
Genre : Black/Death Metal Symphonique Label : Antiq Records Sortie : 4 Avril 2025
Note : 90/100 (WvG)
Le manichéisme… cette tendance en vogue : on se fait sa propre définition du Bien et du Mal, on s’en fait l’apôtre et on crache ou cherche à détruire la vision de l’opposant/adversaire/ennemi… Oui, ça vous paraît radical, tout autant que le modus operandi de cet état d’esprit, mais je trouve qu’on est dans le bon ton pour aborder Dark Tales of Zarathustra de Belnejoum.
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Friedrich Nietzsche, très sûr de son potentiel d’artiste philosophe, a écrit un poème long comme… comme un long poème, se voulant chantre de la continuité et du renouveau, telle une nouvelle pierre d’achoppement de la philosophie sous forme métaphorique à l’image des Dante Alighieri ou Johan Wolfgang von Goethe. Si j’aborde, cette chronique sous la forme plutôt soutenue et littéraire, qui peut sembler élitiste, ce n’est pas pour faire de moi un surhomme (d’ailleurs Nietzsche en flingue lui-même la notion dans son bouquin le plus célèbre, qui sert de trame à l’album de Belnejoum, tout comme il a inspiré Richard Strauss, ainsi que Gustav Mahler dans sa troisième symphonie) mais pour aller dans la notion du dépassement de soi.
Parce que Dark Tales of Zarathustra n’est pas un album nihiliste en soi, ou destructeur comme on pourrait en approcher avec les notions dans le satanisme 2.0 d’Aleister Crowley ou Anton LaVey, même si on trouve une grande notion de construction/destruction dans son antonymie et l’organisation même de l’album, avec un titre introductif d’une dizaine de minutes « Prophet of Desolation », format que l’on retrouvera sept pistes plus loin avec « Upon the mortal Blight », et son opposition aux formats courts des autres morceaux (deux à trois minutes en moyenne, ou du cinq-six minutes).
Pour entrer dans du factuel et vous situer l’album esthétiquement, si le Dimmu Borgir entre Enthroned Darkness Triumphant et Abrahadabra vous manque, c’est probablement l’album qu’il vous faut. On sent une influence notable, certes mais pas du tout un copié-collé, comme si Mohamed Baligh, fondateur du projet, avait voulu dépasser l’œuvre du groupe norvégien. Pour ce faire, ce natif égyptien naturalisé américain (d’Arlington) s’entoure de beaucoup de monde à l’international, déjà au taquet dans le Metal peu ou prou symphonique sous ses différentes moutures (George Kollias de Nile, Francesco Ferrini et Fabio Bartoletti de Fleshgod Apocalypse – dont on sent bien la patte, particulièrement dans la sonate en trio centrale teintée Lied intitulée « Elegie », la sonate pour piano « As she drowns » [qui me rappelle de lointaines compositions personnelles, totalement inédites, ne les cherchez pas en vain] ou même la présence d’une reprise de la partie « Aquarium » du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns pour « In their darkest Aquarium » –, Rich Gray de Annihilator, etc.) en s’adjoignant les services d’artistes d’aspects plus traditionnels arabes (Tamara Jokic au chant mélismatique, la présence fréquente du ney, flûte arabe, surplombant avec légèreté les pistes orchestrales). L’artwork suggérait déjà nettement cette approche cosmopolite avec – ce qui ressemble à – un moine derviche face à la Cité en flammes.
On se trouve donc face à cinquante-deux minutes d’un BM sympho teinté Death jouant sur les tensions-détentes, harmonies et dissonances, pour un concept album philosophique qui tient son aspect narratif par la découpe de ses morceaux et la diversité dans la palette musicale et la sonorité globale, un mélange de poème symphonique et de conte musical mais version extrême. Et autant dire que pour un premier album, c’est extrêmement réussi !
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En vérité, je vous le dis : Dieu est mort. Obvious ? Oui, évidemment (c’est probablement parce que j’adhère dans les grandes lignes à la philosophie nietzschéenne à laquelle j’ajoute un fagot de misanthropie) mais, à défaut de se complaire dans la médiocratie – voire l’idiocratie, nouvelle tendance elle aussi avec le vent en poupe, particulièrement dans le pays d’adoption de l’auteur-compositeur – Belnejoum nous propose un album abouti, brutal et sombre, qui cherche à se dépasser, se surpasser et qui, s’il n’atterrira pas dans votre discothèque, ne souffrira aucune pitié tant le chemin/périple du prophète à son requiem est une procession et un voyage initiatique simultanément. Ainsi parla Zarathoustra !
[ NB : pour les Terminales ou en fac de philo qui perdraient leur temps à lire mes conneries, ne rêvez pas, je ne vous ferai pas de fiche de lecture : dépassez-vous et allez vous faire… vous-même votre lecture des œuvres dont je fais mention plus haut… Non mais ! ]
Hey, toi ! Oui, toi là ! L’amateur de Sludge et de musique lourde et crasseuse. Tu aimes Yob, Neurosis ou Primitive Man ? Tu n’es pas fermé aux ambiances que peut dégager un groupe tel que Triptykon ? Bouge pas ! Je crois que j’ai un truc à te faire découvrir.
Tu vas pouvoir retrouver tout ça et bien plus encore chez Salace. Formation qui nous vient tout droit de Seine-et-Marne composée de gars qui ne sont pas des perdreaux de l’année. Ils traînent leurs guêtres sur la scène française depuis la fin des années 90 et ont un CV long comme le bras d’un orang-outan. Ça te dit quelque chose Call Us As You Wish!, Sarkazein, Beast, Barabbas ? Et là je ne te nomme que les projets les plus connus par lesquels ils sont passés. Car il y en a encore une palanquée. Les gars ont du métier comme j’te dis.
Après un 1er album très prometteur, Down Below, sorti en autoproduction en 2021, voilà qu’ils remettent le couvert cette année avec une nouvelle galette qui risque de faire grand bruit dans le milieu des musiques boueuses.
Suite à la courte intro “Madness”, la basse ronflante de Vince se fait entendre dès l’entame du 1er véritable titre “Icarus”, vite accompagnée par les vocaux torturés de Kev. On sent tout de suite qu’on va en prendre plein la tronche. Et c’est exactement ce qu’il se passe quand les guitares lourdes se joignent à la fête. A croire que l’adage “le gras, c’est la vie” a été inventé pour Salace. Mais résumer la musique de la formation à quelque chose de lourd et monolithique serait une erreur. Le Doom / Sludge peut s’avérer être un style très répétitif et hermétique pour une oreille profane. Ne pas se pencher sur cet album par peur de l’ennui risquerait de te faire passer à côté d’une pépite. Car là où nos Seine-et-Marnais se démarquent, c’est par l’intelligence dont ils font preuve dans la construction des morceaux. N’hésitant pas à assaisonner leurs titres de passages plus calmes où les arpèges de guitares lancinants viennent aérer le propos pour mieux te décocher un riff façon uppercut au moment où tu t’y attends le moins. Comme sur “Pariah”, histoire de te faire cracher tes chicos. En parlant de dents, cette partie du corps a l’air d’être un élément central pour la bande car on la retrouve sur tous leurs visuels depuis leur début, du logo jusqu’aux pochettes des albums. L’illustration de ce nouvel effort, œuvre de Quentin (aka Sir Maskox), colle parfaitement à l’ambiance dégagée par la musique. Là encore les dents sont présentes en nombre dans un orifice inhospitalier où je ne laisserai pas traîner mes doigts ni aucune autre partie de mon anatomie.
Max insuffle une énergie brute dans ses patterns de batterie me faisant penser par moment à Mehdi Birouk Thépegnier (batteur de Hangman’s Chair) qui a une force de frappe assez similaire. Le passé plus teigneux de la troupe ressurgit également sur des titres comme “Lies” et “Brain Crack” où certains passages flirtent avec le Hardcore.
Lien vidéo “Lies” :
Le chant est mixé à peine plus haut que les instruments comme si Kev tentait de s’extraire de ce marécage sonore, ce qui appuie la sensation de malaise et de désespoir. Et c’est tout à fait intentionnel car l’enregistrement, le mixage et le mastering ont été faits maison, à l’Empreinte de Savigny-le-Temple, par le guitariste Jay. Ce même Jay qui s’est chargé d’enregistrer toutes les parties de guitares car Christophe (aka Kraken) a dû quitter le groupe avant l’enregistrement de “Dragged Into Rot”. Depuis, une nouvelle recrue, Flo, a rejoint la team pour tenir la seconde gratte en live.
“Curse”, clôturant l’album, casse un peu les codes grâce à l’ajout de sonorités de claviers dissonantes, habillant une rythmique énergique et puissante, avant de se terminer sur une partie Doom d’une lourdeur pachydermique. Effet brutal garanti comme si une batte de baseball venait t’achever en te brisant la nuque et les genoux. Le morceau imparable du skeud !
Lien vidéo “Curse” :
L’outro énigmatique et glauque te laisse reprendre tes esprits et ton souffle, après cette monstrueuse claque que tu viens de prendre. Tu ne sais plus où tu es, mais tu n’as qu’une envie, rappuyer sur play une fois la dernière seconde écoulée. Tellement jouissif !
Les labels seraient bien inspirés de se pencher sur ce groupe qui risque de devenir la nouvelle sensation Doom / Sludge française.
Genre : Symphonic Progressive Black Metal Label : Les Acteurs de l’Ombre Production Sortie : 2 Mai 2025
Note : 85/100 (WvG)
Pour certains, papa est une pierre qui roule (et qui n’amasse pas mousse) … pour Khôra, papa est empereur et maman est un volcan islandais. Test de paternité par l’écoute avec Ananke, leur album, ci-présentement.
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La génétique, ça ne trompe pas, moins qu’un éléphant du moins : quand un enfant a le nez de maman, les lobes d’oreilles de papa ou est capable de lécher son propre coude – faut-il être couillon pour perdre du temps à vérifier cette information par la démonstration. Mais quitte à parler d’oreilles et de parentalité, si vous posez la vôtre sur Ananke, deuxième album après Timaeus en 2020 de l’Allemand Ole, qui concrétise son projet de one-man-band initial de 2012 en un groupe s’épaulant des talents de Frédéric Gervais au chant (qui a aussi réalisé les mix et mastering aux studios Hénosis bien connu des followers de Misanthrope, Monolith ou Pensées Nocturnes par exemple) ainsi que Göran Setitus à la basse et Kjetil Ytterhus à l’orchestration et aux claviers, vous en serez convaincu.
Et ici le terme « orchestration » n’a jamais été aussi évident tant le Black Sympho Progressif dans lequel nous entraîne le groupe est une symbiose totale entre Emperor et Dimmu Borgir de leurs débuts jusqu’à In Sorte Diaboli. Tout y fait penser : le riffing, la construction des morceaux, les enchainements harmoniques, le blastbeat… et l’orchestration, massive et d’une qualité sonore époustouflante, d’autant quand on tend bien l’oreille et qu’on sait que ce ne sont que des banques de sons (genre Eastwest Hollywood ou Spitfire) qui font le taff – merci la technologie qui permet tout ça. Ne manque plus que la voix de Shaggrath et on y est…
Et, oui, il vaut mieux ne pas se trainer la migraine des Enfers comme c’est mon cas actuellement, tellement on se prend de dissonances, hautes fréquences et frappes de caisse claire et cymbales diverses, la qualité de production est incroyable : imaginez les albums de Dimmu Borgir de la période que j’évoquais ci-dessus avec un grain plus net et plus digeste (sans pour autant être moins sale) … Les quarante-et-une minutes passent donc assez aisément dans ce déferlement de violence grâce à cet aspect harmonieux. Le seul moment un peu paisible intervient sur la première partie de « Crowned », antépénultième piste avant de clore l’album sur un épilogue symphonique.
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Très clairement, le compositeur est un fan de Dimmu, la jaquette allant jusqu’à imiter fidèlement celle de Abrahadabra. Si le groupe originel (et sa qualité musicale et compositionnelle) vous manque, posez assurément votre conduit auriculaire sur cet album sombre et puissant.
Tiens, en parlant d’oreille… vous êtes toujours en train d’essayer de vous lécher le coude, pour vérifier ? 😉