Étiquette : 2024

  • Live Report : BlackRain + Hell’s Pearls / Destrock

    Live Report : BlackRain + Hell’s Pearls / Destrock

    La Carène (Brest)
    2 Mars 2024

    Texte et photos de Mémé Migou

    On se retrouve dans le hall de la Smac La Carène, sur le port de co’ de Brest mêm’. Mémé aurait pu s’y rendre en tram, en bus, presque à pieds même. Mais ce sera au volant de sa p’tite voiture bleue qu’elle ira retrouver les copains de Destrock.

    L’association continue à nous régaler de soirées concerts, certaines à l’espace Léo Ferré, dans le quartier de Bellevue, d’autres à la Carène. Ce qui sera le cas cette fois. Quelques jours plus tôt, on parlait avec le président de la soirée et surtout de l’éternelle question « et niveau préventes, ça donne quoi ? ». Ils ont eu largement de quoi serrer les fesses. C’est carrément le jour J que tout s’est enfin décanté. La salle, “le Studio”, sera quasi remplie à fond. On n’est pas sold out, mais c’est tout de même pas loin.

    C’est donc des visages joyeux, des personnes sincèrement contentes de se retrouver qui hantent les abords de la scène. Je revois d’anciennes connaissances (coucou Brannwen et Fée) et rencontre de nouveaux photographes (coucou Sellomig).

    Je vous avoue que votre Mémé nationale n’est pas spécialement une grande fan du heavy metal, du glam ou simplement du hard rock. Or, cette soirée est placée sous le signe du heavy. Mais qu’à cela ne tienne, loin de se faire vieille chouette, Mémé va ouvrir ses chakras et être toute ouïe pour vous.


    On commence par les Hell’S Pearls.

    Trio avec une très jolie bassiste. Mais je vous rassure, je ne vais pas rester uniquement sur ces considérations volant bas. Car à vrai dire, ce qui est notoire, c’est de voir cette nana qui manie très très très bien sa basse. Ca groove à mort ! Le revers de la médaille, c’est que parfois, on peut avoir cette sensation d’être dans un autre genre que celui du metal.


    De fait, on n’est pas complètement dans du metal. Le chant, d’ailleurs, est assez sobre, non saturé. Une forme de rock mélodique mêlé au hard rock. On ne pourra, sur certains morceaux, nier la filiation avec Black Sabbath. Ce qui n’est pas une mauvaise réf, vous en conviendrez !

    Bon, un petit point noir, mais ce peut être  dû à la sonorisation qui distribuait le son de manière différente selon qu’on se postait à droite ou à gauche. Quand j’entendais la basse, juste devant moi de façon claire et précise, le chant me semblait loin. Et vice-versa sur le côté gauche de la scène. De fait, je n’entendais pas assez la ligne de chant, qui m’a semblé un peu linéaire. Pour autant, le vocaliste dispose d’une belle aura qui nous fait garder les yeux braqués sur lui.

    En même temps, je vais vous dire un petit secret : je n’avais d’yeux que pour le batteur qui, n’ayant pas toute la place sur scène (on verra que l’espace batterie de BlackRain était plutôt « spatiophage »), se retrouve au milieu du trio, version linéaire.

    Est-ce le fait d’être en plein centre ? Sont-ce les spots braqués sur lui ? Peut-être un peu des deux, mon capitaine. Mais j’ose avancer que c’était également sa démonstration de force. J’étais captivée par son jeu de batterie qui osait des propositions folles. On voit que Franky Costanza se baladait dans la salle ! D’ailleurs, Mémé a même eu droit à son bisou !

    Hell’s Pearls, un très chouette moment dont le partage avec le public fut en mode généreux. Belle entrée en matière.


    « C’est plutôt super Rock’N Roll. Je trouve que la voix du chanteur donne une coloration « pop », pas metal. Malheureusement il ne porte pas trop.

    Musicalement, j’aime bien. Pas tout, mais c’est bien ! De bons zicos. Ça joue vachement bien. 

    Dans l’ensemble c’est plutôt pas mal. Un peu plus rock que heavy. Ça leur donne une identité musicale. On sent les influences Metallica, Black Sabbath. » – Thierry, Thierry (qui venait de loin et organise aussi un festival… mais désolée, j’ai oublié quoi et où. N’hésite pas à faire de la pub en commentaire), et Steff quoâ !

    Setlist : Guilty Pleasures ; Times Goes By ; Forgotten Times ; Sold my Soul ; Travelers ; Forever & Ever ; Better from Hell ; Moody Stroll ; From the Way ; Windstorm ; Take it Easy


    Pour cette seconde salve de heavy metal, la salle se met en chauffe… que dis-je ! En surchauffe ! Mémé, en goguette avec son amie Camille (est-ce qu’on peut dire que c’est sa cAMIE?), espérait tellement croiser du legging léopard tellement moulant qu’on n’avait qu’une question à l’esprit « à gauche ou à droite ? », ou des bandanas rouges sur des chevelures échevelées et pétaradantes. On aura quelques bandanas, certes, des vestes à patches, mais point de léopard. A la place, nous aurons une de ces ambiances ! Mazette, j’ai rarement vu une salle aussi hot hot hot ! C’est qu’ils savent y faire, les quatre gars qui forment BlackRain.


    Donnant dans un registre de Heavy metal flirtant avec le glam et parfois le power (un côté western spaghetti pour leur dernier single sorti il y a peu). Les ombres de Motley Crue, WASP, planent sur la scène.

    Le show se fait éclatant, laissant la place à deux personnages particuliers, un gorille et un prêtre. On ne saura qu’à la toute fin, pour le rappel, qu’il s’agissait de l’ancien batteur, habitant désormais notre belle Bretagne. Il est venu, il a soutenu ses anciens potes et… il a une dernière fois repris les baguettes pour tanner les peaux des fûts qui s’étaient déjà pris une belle déculottée.

    La batterie est un élément important. Pas que, on est d’accord. Mais il faut savoir que c’est Franky Costanza qui a repris la place vacante derrière la batterie. Avec le niveau du gaillard, rien d’étonnant qu’il soit perché sur un cube proposant une scène à même la scène du studio. On ne pourra pas dire qu’on ne voyait pas le batteur !

    Et là, je peux vous assurer qu’on s’est pris une de ces branlées ! Le tout avec un sourire quasi enfantin. Il ne boudait pas son plaisir, le Franky ! Même mieux, puisqu’il a été le seul à slamer quand il a laissé sa place à son prédécesseur, sur l’ultime titre du set. Quel niveau, quel bonheur de le voir…

    Mais Black Rain, c’est aussi un bassiste, un guitariste chanteur et un guitare-solo. Chacun tient le show à bout de bras. Entre le chanteur qui te balance ses lignes avec une voix qui n’en met pas une à côté. Le bassiste, en chœur – et aussi en feat sur un titre. On a des jeux de guitares avec des manches qui se balancent version show synchronisé. Il faut dire qu’ils se connaissent bien, Max2, Heinrich (ou Matt, c’est comme vous voulez, hein) et Swan. 20 ans qu’ils tournent ! On n’est pas sur un jeune groupe. Mais c’te patate !

    Allez… Je vais quand même rappeler qu’en 2012, on a pu les voir traîner leur heavy sur les planches de « La France a un incroyable talent ». Si si ! 4ème, qu’ils ont fini ! Mais pour celles de Brest, c’est largement en tête qu’ils caracolent. Ils emportent un public qui se laisse aller à chanter, à crier, à hurler. Même Mémé a kiffé !

    « Très bien. Bon Hard Rock, façon USA des années 80. Simple et efficace. On voyait que le groupe était content. » – Sébastien

    « Une tuerie, une claque. A la Carène, j’ai rarement pris une aussi grosse claque. » – Luc

    Setlist : Untamed ; Kiss the Sky ; Dawn of Hell ; Wild Wild Wild ; Demon ; Summer Jesus ; Innocent Rosie ; We ‘re not Gonna Take It ; Blast Me Up ; Raise Your Glass ; Revolution ; Death Drive ; Neon Drift ; Rappel : All the Darkness ; Hellfire ; It’s a Long Way


    Ce fut une sacrée soirée ! Merci Destrock ! Et merci aux groupes dont la joie d’être sur scène fut communicative à souhait !

  • Dödsrit /  Nocturnal Will  (2024)

    Dödsrit /  Nocturnal Will  (2024)

    Genre : black metal / crust
    Label : Wolves of Hades
    Sortie : 22 mars 2024

    Note :   95/100 (Seblack)

    Dödsrit c’est au départ le one man band du Suédois Christoffer Öster qui avait composé les deux premiers albums de l’entité sous ce format. Depuis le line-up s’est étoffé pour atteindre quatre membres et permettre au groupe de présenter sa musique sur scène.

    Suivant Dödsrit depuis ses débuts, j’en ai toujours apprécié la musique débordante de feeling avec ce black metal habité par un fort backgound punk/hardcore mélodique. Sans refaire la discographie du groupe on retrouve dans chacun des albums de Dödsrit une énergie folle faite d’un chant éraillé, de mélodies accrocheuses, d’accélérations et de break ravageurs. 

    Pour ce quatrième chapitre intitulé « Nocturnal Will », et sortant de nouveau chez Wolves of Hades, quelques changements, et non des moindres, nous attendent.

    Logo

    Pour la première fois, l’artwork ne représente pas une scène de la nature, ou pas seulement disons. Tout en reprenant des teintes proches de « Mortal Coil », on voit un chevalier à genoux dans la neige et faisant face à une forêt dont on ne sait si elle est dans la brume ou détruite par les flammes.

    Anecdotique ? Peut-être pas tant que cela tant cet artwork résume finalement assez bien la démarche de Dödsrit sur « Nocturnal Will » avec à la fois une nette évolution musicale tout en conservant les principaux marqueurs du groupe.

    Non Dödsrit n’a pas renoncé à ce blackcore ultra mélodique et habité par une énergie punk/crust fracassante. Chacun des titres présentés ici va contenir ses doses d’énergies explosives et ses breaks permettant une brève respiration avant un nouveau déchaînement musical. En cela la musique et l’identité de Dödsrit restent parfaitement reconnaissables. « Nocturnal Will » n’est donc pas une révolution au sens strict du terme.

    Néanmoins un souffle réellement nouveau parcourt ce quatrième album et chacune des compositions qu’il contient. Cela tient notamment à des ambiances à la fois très épiques et mélancoliques qui nous ramènent à ce chevalier qui orne l’artwork. 

    Les six compositions semblent en effet former le récit d’une épopée. Quel en est le sujet ? Contre qui ces combats? Pourquoi ? L’absence des paroles au moment d’écrire ces quelques lignes ne me permet pas de le dire. Mais quiconque écoutera cet album devinera que “Nocturnal Will”  nous raconte une histoire avec ses moments où la tension monte petit à petit, et d’autres où celle-ci va se déchaîner. Souvent aussi on sent que la musique reflète la place laissée aux doutes, aux souvenirs, à la mélancolie. Cela est tangible par le biais de passages où le tempo et les mélodies prennent des formes beaucoup moins enragées avec une coloration que l’on pourrait presque qualifier de médiévale. 

    Certaines lignes ne manqueront pas d’étonner les amateurs de Dödsrit avec parfois des incursions qui ne sont pas sans évoquer la NWOBM notamment sur la seconde partie du titre « Noctural Fire » ou l’instrumental «  Utmed Gyllbergens Stig ». 

    Car c’est là une autre des surprises de ce quatrième opus que de proposer deux compositions sans chant dans sa partie centrale. L’une acoustique avec « Ember and Ash », la seconde, déjà citée, étant plus électrique. Deux compositions qui semblent laisser la place à la remémoration des souvenirs dans des atmosphères plus volontiers intimistes et mélancoliques.

    La dernière partie de l’album laisse de nouveau la place à deux longs titres haletants avec toujours cette richesse de composition nous faisant voyager dans un univers faits de montées émotionnelles, de tempêtes ravageuses et d’accalmies promptes au vague à l’âme.

    Définitivement, ces nouveaux visages adoptés par Dödsrit peuvent surprendre…positivement. Personnellement, si Dödsrit m’avait servi un quatrième album dans la stricte lignée des trois précédents, cela ne m’aurait pas dérangé le moins du monde ; quand bien même je sentais qu’avec « Mortal Coil » le groupe semblait avoir été un peu moins inspiré et avait peut-être fait le tour de la question. Mais plus encore, j’apprécie quand un groupe s’éloigne un peu de sa zone de confort tout en conservant l’essentiel de ce qui a fait son identité.

    Or « Nocturnal Will » s’inscrit précisément dans cette démarche d’un renouvellement intelligent, à la fois rafraîchissant et stimulant, aussi bien pour ses créateurs que pour l’auditeur. Ce quatrième album parvient avec maestria à conserver la rage et l’énergie des opus précédents tout en y glissant nombre d’éléments lui permettant de se mouvoir dans un univers encore plus vaste.

    « Nocturna Will » surprend, mais il surprend dans le bon sens avec des compositions inspirées, pleines de nouveaux motifs musicaux, de rebondissements. Tout en évoluant, le groupe a su conserver intacte sa capacité à transmettre ses émotions, qu’il s’agisse aussi bien de cette rage ou de cette mélancolie qui affleure partout dans sa musique.

    Avec ce quatrième opus Dödsrit montre que la formation n’est pas de celle qui propose toujours la même recette. Alors quand bien même les formules précédentes étaient très bonnes, la nouvelle s’avère excellente car Dödsrit nous cueille à un endroit où on ne l’attendait pas forcément au départ. Pour peu que le groupe parvienne à venir jouer sa musique dans nos contrées un de ces jours, et la satisfaction sera absolument totale.

    Tracklist :

    1. Irjala (10:37)  

    2. Nocturnal Fire (08:03)

    3. Ember and Ash (00:44)   

    4. Utmed Gyllbergens Stig (04:32)   

    5. As Death Comes Reaping (10:44)  

    6. Celestial Will (08:29)  

    Line-up : Christoffer Oster – Guitare, Chant / Georgios Maxoris – Guitare, Chant / Jelle Soolsma – Basse / Brendan Duffy – Batterie.

    Liens :

    https://dodsrit.bandcamp.com/album/nocturnal-will

    https://www.facebook.com/DODSRIT

    https://www.instagram.com/dodsrit_official/

    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/1ZR1y4fCztcaoliwAIbEAb?si=qy9qBEpmTTybUS–Eg-lQg&nd=1&dlsi=eb789c03170a488f

  • LVME  – Of Sinful Nature  (2024)

    LVME  – Of Sinful Nature  (2024)

    Genre : Black metal
    Label : NoEvDia
    Sortie : 16 février 2024

    Note :   90/100 (Seblack)

    LVME est de ces formations dont les membres nous sont inconnus. Quelques noms ressortent bien ici et là mais cela reste à l’état de supputations. Le groupe pratique un black metal d’obédience occulte, tout du moins fortement marqué par cette veine ésotérique et ritualiste.

    L’anonymat dans ce style de black metal n’est pas rare, on rappellera le cas récent de l’entité Aset, par exemple. La démarche est somme toute cohérente même si leur label n’est peut-être pas toujours du même avis quand il s’agit de promouvoir le dit album.

    Parlons un peu du label qui a jeté son dévolu sur LVME : il s’agit de No Evangelium Diaboli  (ou NoEvDia pour les intimes). Une maison bien connue pour abriter Deathspell Omega et d’autres groupes très qualitatifs (Funeral Mist, Misþyrming…). Un label qui n’a, par ailleurs, pas l’habitude de signer des groupes à tour de bras, privilégiant la qualité à la quantité. Donc forcément, le fait que NoEvDia se penche sur LVME n’a pu qu’attiser un peu plus encore ma curiosité pour cette formation.

    Bon ceci étant, le black occulte ou orthodoxe, appelez cela comme vous voulez, c’est de moins en moins ma tasse de thé. Trop de groupes, trop d’albums semblables les uns aux autres. Attention, ce n’est pas un genre que je n’aime pas, j’ai simplement tendance à me montrer un peu plus difficile et à ne pas m’emballer outre mesure.. Pourtant qualité et technicité  sont souvent de mise dans ce genre exigeant, mais l’adhésion sans réserve est de moins en moins présente et ces productions ont une forte tendance à finir dans les limbes de mon esprit.

    Pourtant, tel ne sera pas le verdict pour ce deuxième album de LVME qui réussit là où beaucoup d’autres ont échoué ces dernières années. Pourquoi? Parce que d’emblée le groupe parvient à proposer une musique qui accroche l’oreille. Non qu’elle soit facile ou racoleuse, loin de là ; mais dès les premières notes de « The Venomous Fire », on ressent ce petit déclic qui fait que la porte s’ouvre et que l’on s’y engouffre volontiers. Cela tient à la puissance de l’instrumentation à la fois massive et toute en clarté . Cela tient aussi au chant tout à fait prenant par la conviction que son auteur parvient à transmettre. La qualité de la production est également à souligner, laissant respirer chacun des instruments tout en donnant à l’ensemble une cohérence et une efficacité redoutable. 

    On a ainsi la possibilité de déguster les cinq compositions dans leur globalité autant que de porter son attention sur les mélodies, les légères dissonances, les circonvolutions de la basse, le chant glacial ou sur cette batterie qui donne bien plus que la cadence et s’avère être un instrument à part entière.

    Outre la sonorité générale de l’album, le groupe sait par ailleurs amener ces mêmes respirations dans ses compositions avec de courtes transitions entre chacun des morceaux, quelques chœurs masculins par ci, quelques voix féminines par là, mais jamais dans l’excès, tout en finesse. Les breaks ou les parties plus atmosphériques que l’on va trouver sur un morceau comme « Without Light nor Guide » ne dérogent pas à la qualité de l’ensemble. Là encore LVME se distingue par cette capacité à proposer quelque chose qui est à la fois très travaillé tout en sonnant de manière naturelle. 

    L’un dans l’autre, les trois quarts d’heure de « Of Sinful Nature » passent comme d’un rien et sans cette désagréable impression de s’ennuyer. Est-ce le timbre du chanteur ou certaines ambiances musicales ? Toujours est-il que cet album est parvenu à captiver mon attention autant qu’avait pu le faire les Islandais Sinmara par exemple. LVME nous offre ici un album de haute volée et donc hautement recommandable.

    Tracklist :

    1. The Venomous Fire (09:36)  

    2. Strix rêverie (05:44)  

    3. Without Light nor Guide (09:13)  

    4. Into Ashen Stone (10:43)  

    5. Obenaus und Nirgends an! (09:28)  

    Line-up : anonyme

    Liens :

    https://lvme.bandcamp.com/album/of-sinful-nature

  • Etoile Filante  /  Mare Tranquillitatis

    Etoile Filante  /  Mare Tranquillitatis

    Genre : Black Metal Atmosphérique
    Label : Northern Silence Productions
    Sortie : 1er mars 2024

    Note : 75/ 100 (Seblack)

    Né en 2014, le groupe français Etoile Filante ne s’était plus manifesté musicalement depuis 2020 et son premier album «Magnum Opus Caelestis», déjà sorti alors chez Northern Silence Productions. En 2024, revoilà donc le quatuor de retour avec un deuxième opus intitulé « Mare Tranquillitatis ».

    Il est parfois de bon ton de reprocher aux groupes actuels de ne rien proposer de bien neuf, de ne pas sortir assez du rang pour se distinguer de la masse des sorties estampillées black metal. Voilà un grief que l’on ne pourra formuler concernant la musique et l’univers développé par Étoile Filante depuis ses débuts.

    Comme son nom l’indique le groupe se place dans une thématique cosmique, celle-ci étant largement suggérée par l’utilisation abondante de nappes de synthétiseur. L’autre marqueur fort d’Étoile Filante est de lier cet élément à la mythologie grecque. Pour « Mare Tranquillitatis », le quatuor fait principalement référence à la cité de l’Atlantide. C’est d’ailleurs probablement cette cité engloutie qui figure sur l’artwork dans des couleurs et un graphisme relativement proche de ce que le groupe avait proposé sur son premier album. La lecture de la tracklist finit de confirmer la place de la cité des Atlantes avec, par exemple, un hommage au recueil de nouvelles fantastiques « Poseidonis », de l’écrivain américain Clark Ashton Smith, écrit dans les années 1930-40.

    Ce mélange entre futur et passé, on le perçoit dans les lignes de synthétiseur évoquées plus haut mais aussi avec l’utilisation d’un des plus anciens instruments électroniques : le thérémine. Créé dans les années 1920, cet appareil a notamment été utilisé dans les films des sciences fictions des années 1950. Il apporte, sans nul doute, à la musique d’Étoile Filante une certaine patine qui peut évoquer ce pan du cinéma tout aussi bien que certaines séries d’animations japonaises des années 80 qui aimaient, elles aussi, mélanger passé mythologique et sciences fictions.

    A cette bande sonore assez particulière, le groupe associe un black metal que l’on pourrait qualifier de progressif dans le sens où la musique se développe selon une progression narrative faite de circonvolutions qui parfois prennent le temps de se dérouler tout en se montrant plus appuyées à d’autres. Si on ajoute à cette formule un chant au timbre très amer, la musique de « Mare Tranquillitatis » s’avère aussi étonnante que l’était celle de «Magnum Opus Caelestis». Durant ces années, on sent aussi que le groupe a peaufiné sa formule et parvient à proposer un ensemble de compositions plus fluides et doté d’un son plus travaillé encore.

    Au-delà de ces quelques remarques, il est assez difficile de trouver les justes mots pour décrire la musique de ce deuxième album. Très personnellement la musique d’Étoile Filante m’évoque quelque chose qui serait au croisement de K Amon K et de Monolithe. Le premier pour la partie black avec des structures progressives et surtout le chant. Le second pour les synthétiseurs et le côté cosmique.
    Après ce n’est qu’un vague ressenti mais ce qui est certain c’est que l’on est pas ici face à un black metal atmosphérique ordinaire. Comme pour le premier album, il m’a fallu un peu de temps pour totalement me familiariser avec les nappes de clavier. Mais au fil des compositions et des écoutes ce sentiment un peu mitigé s’est largement dilué pour me laisser porter dans l’univers bien particulier du groupe, au point d’y revenir avec une certaine délectation.

    Pour ceux et celles qui suivaient déjà le groupe, ils ne seront pas totalement surpris par le contenu de « Mare Tranquillitatis » qui se situe dans la continuité de son aîné. Pour les autres, l’étonnement sera certainement plus important dans le bon sens ou le mauvais car les choix faits par le groupe en matière d’instrumentations peuvent autant plaire que déplaire. Dans tous les cas, voilà un album qui ne devrait pas laisser indifférent.

    Tracklist :

    1. Sur les stèles des soleils entrevus, ou le châtiment de Neptune (10:55)
    2. Fragments de Poseidonis – d’après Atlantide de Clark Ashton Smith (08:20)
    3. Mare Tranquillitatis (02:05)
    4. La traversée (04:02)
    5. Naufragés de l’océan d’Onyx (08:01)
    6. Le vent des éternels (06:27)

    Line-up : Einsiedler – Basse / Phobos – Chant / Chazoul – Guitares, synthétiseurs, thérémine / Kryos – Batterie.

    Liens :
    https://etoilefilante-northernsilence.bandcamp.com/album/mare-tranquillitatis
    https://www.deezer.com/fr/artist/83920992?autoplay=true
    https://www.facebook.com/Etoile.Filante.France
    https://www.instagram.com/etoilefilante_blackmetal

  • Corpus Diavolis  /   Elixiria Ekstasis (2024)

    Corpus Diavolis  /   Elixiria Ekstasis (2024)

    Genre : Black Metal
    Label :
    Les Acteurs de l’Ombre Productions
    Sortie :
    15 mars 2024

    Note : 80 /100 (Seblack)

    Corpus Diavolis est de retour. Deux ans et demi après le flamboyant « Apocatastase » le groupe nous convie à un nouveau rituel entièrement tourné vers cet univers sataniste et ésotérique qui est le sien. Pour ce cinquième opus intitulé « Elixiria Ektasis », la formation du sud de la France a renouvelé son pacte avec les Acteurs de l’Ombre Productions.

    Se pencher sur un album de Corpus Diavolis ne peut se résumer à simplement parler de musique. C’est aussi une expérience esthétique et philosophique où ces différents éléments sont réfléchis et liés entre eux. Pour «Elixiria Ektass», le groupe se montre toujours aussi ambitieux puisant la quintessence de son travail dans, je cite : «la sexualité féminine divine, la femme libérée en tant qu’initiatrice, en union mystique avec le Chaos. Elle lève haut son calice et offre son sang, l’Elixir de l’Extase. La bestialité, poussée à son paroxysme, se manifeste dans sa pureté, puis se métamorphose en nappes d’ambiance psychédéliques, en basses fréquences progressives et en chants sacerdotaux, pour former les parchemins sur lesquels sont inscrites les visions et les formules complexes d’un Esotérisme Charnel Satanique».

    Particulièrement dense, cette description vient confirmer que pour Corpus Diavolis, le black metal est bien plus qu’une musique et le satanisme bien plus qu’un simple affichage. Sans nul doute, le groupe fait partie de ceux qui embrassent cet univers avec une conviction inébranlable et un niveau d’exigence et de connaissances toujours plus élevé.

    L’artwork réalisé par l’artiste chilien Kerbcrawlerghost ne manquera pas d’interpeller également, quitte à susciter l’opprobre des puritains, que l’on parle ici d’individus ou des algorithmes qui sévissent sur divers réseaux sociaux. Toujours sur le plan visuel, le groupe continue d’affiner et de ciseler son univers comme en témoignent les photos et vidéos qui accompagnent la sortie de «Elixiria Ektasis». Un univers que le groupe conserve autant que possible pour ses prestations en concerts remarquables par leur esthétique très travaillée.

    Afin d’aller au bout des choses, Corpus Diavolis a enregistré ce nouvel opus au Dæmonicreation studio, le mixage et le mastering ayant été, une nouvelle fois, confié à George Emanuel du Pentagram Studio à Athènes.

    Nul doute donc «Elixiria Ektasis» ne peut se concevoir autrement que comme une expérience rituelle à la fois musicale, visuelle et philosophique ponctuée de différents moments que Corpus Diavolis développe sur neuf titres pour près d’une heure de musique.

    Passé le nécessaire moment d’introduction, le groupe enchaîne sur un black des plus occultes. Guitaristiquement et vocalement, on est dans univers connu mais qui a encore gagné en finesse et en nuances avec de multiples transitions, des passages de chant scandés et bien sûr des chœurs. Ces traits on les retrouve sur l’ensemble de l’album mais avec une infinité de variations selon la couleur dominante que le groupe entend donner à chacune des compositions.

    «Elixiria Ektasis» sera ainsi traversé de titres aux ambiances assez différentes. Le déchaînement et la frénésie habiteront ainsi « Key To Luciferian Joy » ou « Vessel Of Abysmal Luxury ». L’occulte saura se faire plus reptilien sur des compositions mid tempo tout aussi prenantes comme «Carnal Hymnody». L’aspect pleinement ritualiste se manifestera à diverses reprises notamment dans les pistes les plus longues qui laissent la part belle à des sonorités de synthé, de chœurs ou de sitar, pensons à «Cyclopean Adoration» ou au très riche final «Chalice of Fornication».

    Mais bien évidemment, on ne saurait résumer l’album à une simple succession de compositions tantôt rapides ou plus atmosphériques. Ces nuances, Corpus Diavolis les amènent au cœur de morceaux tout en contrastes et en reliefs qui font de « Elixiria Ektasis » un album riche de multiples nuances de noirceur. Certains pourront toujours reprocher à cet opus quelques longueurs mais ce grief est hors de propos par rapport aux intentions artistiques du groupe qui est justement de donner vie à un véritable rituel.

    Conséquent et travaillé dans ses moindres des détails, Corpus Diavolis délivre avec ce cinquième chapitre un album très abouti. Peut-être est-il un peu moins accrocheur que ne l’était «Apocatastase», encore que cela se discute, mais il est surtout beaucoup plus dense par la multiplicité de ses nuances qui en font un album qui s’apprécie autant dans l’immédiateté que sur la durée.
    Tel Satan assoiffé de connaissances, le groupe poursuit de la plus belle manière son cheminement sur les sentiers du black metal et l’occultisme, à chaque sortie il s’enrichit et abreuve toujours un peu plus son auditoire sans jamais dévier de son cap.

    Tracklist :

    1. His Wine Be Death (07:52)
    2. Key to Luciferian Joy (05:16)
    3. Carnal Hymnody (06:08)
    4. Cyclopean Adoration (09:59)
    5. Vessel of Abysmal Luxury (07:48)
    6. The Golden Chamber (05:03)
    7. Menstruum Congressus (04:46)
    8. Enfleshed in Silence (01:09)
    9. Chalice of Fornication (09:59)

    Line-up : Daemon Creator – Chant, Synthétiseurs / Analyser – Guitares / Funeral – Basse / King Had – Batterie / Martial – Chœurs.

    Liens :
    https://corpusdiavolis.bandcamp.com/
    https://www.deezer.com/en/artist/13546445?autoplay=true
    https://www.facebook.com/CorpusDiavolis
    https://www.corpusdiavolis.com/
    https://www.instagram.com/corpusdiavolisband/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/3Ek2lLBUgcbcse2JUMbxEr

  • Anthropovore – Parthénogénèse

    Anthropovore – Parthénogénèse

    Genre : Black Metal… mais pas que
    Label : France Black Death Grind
    Sortie : 9/02/2024

    Note : 90/100 (Mémé Migou)


    Notre mère qui êtes sur terre, que ta bête soit sanctifiée.

    Que ta volonté de faire prendre conscience de l’abrutissement de nombreux humanoïdes, dont le nombre est toujours exponentiellement croissant, soit faite. Et pour cela, tu as fait appel à la Bête.

    Donne lui aujourd’hui son pain quotidien, ces Humains qu’elle aime dévorer, en commençant par l’innocence et les peurs infantiles ( album « Boogeyman » ) et poursuivant sur la “crétidiotie” congénitale de l’espèce ( album « Parthénogénèse »). Pardonneras-tu nos offenses ?

    Notre mère qui êtes sur terre, ta bête agit en miroir de notre histoire. Elle se repaît des autres, sans se soucier du bien ou du mal qu’elle peut causer autour d’elle. La suite logique est donc bien « allez et pullulez ! » Ta bête n’a besoin de rien d’autre qu’elle-même pour se démultiplier comme des petits pains. C’est la parthénogenèse. Tout ce qu’elle vise, c’est l’ascenseur social, celui qui la propulsera au sommet de la hiérarchie. Laquelle ? La plus importante, celle qui gouverne toutes les formes de vies : la chaîne alimentaire. Ça ne vous rappelle rien ?


    Notre mère la terre, tu as deux apôtres pour délivrer ton message : Gévaudan (l’autre Bête) et El Pradosaure (la créature) sont tes hérauts. Ils usent d’un black metal génération alpha mais sur des bases de la génération X, celle avec laquelle tout a débuté, celle des Mayhem, Darkthrone, Impaled Nazarene et cie. Bref, un black metal incisif, implacable, tempétueux, mauvais comme les vents de Verlaine. Mais on n’a pas envie de dire au revoir, on n’est pas là pour annoncer qu’on s’en va. On reste dans ce marasme de riffs pénétrants comme une fraise sur une molaire. Et on va s’en prendre plein la tête au tout long de l’album « Parthénogénèse ». C’est souvent le pied au plancher, qu’on se fait aborder par la Bête et ses acolytes. Riffs puissants et rapides, chants criés doublés. On y entend la version de la bête qui parle par l’entremise de Simon, alias Gévaudan, et parfois Adèle ( du groupe Houle) et Stéphane.

    C’est une histoire que nous narre Anthropovore, une histoire commencée en 2020 dès le tout premier opus « Rip and Tear », celle de la Bête qui utilise sa voracité de l’humanité comme ascenseur social et se hisser en haut de la chaîne alimentaire. Bon, OK, ça, je l’ai déjà dit. Mais si je me répète ici, c’est pour expliquer pourquoi chaque morceau a sa propre identité, son atmosphère. Car oui, nous sommes bien sur une base de black metal, avec ses codes comme le tremolo picking. Malgré cela on se sent parfois un peu perdu car d’autres influences viennent s’y mêler. Du death… car le duo de base – Anthropovore est initié par Simon et Stéphane qui en a l’étincelle de la genèse en 2019 – se retrouve également dans Muertissima, qui hisse le death comme oriflamme.

    Mais quand on commence à se dire qu’on aimerait un petit changement de tempo, c’est là où les grands esprits se rencontrent, puisque le ralentissement est au rendez-vous. Et on n’est pas loin de titiller le doom, comme sur « Ternir », qui commence vite et fort, pour ralentir sur un break douloureux, vers 1:00. Est-ce que ça reprend après ? Oui, un peu mais tout en restant sur de la lourdeur pachydermique. C’est boueux à souhait jusqu’à nous amener à ce petit chœur tout doux, une minute plus tard. Alors oui, ça reprend comme ça a commencé. D’ailleurs dans l’introduction, tendez l’oreille sur la guitare, c’est simplement magique.

    Dans d’autres pistes, ce sont des sons électros, du genre qui vous vrillent le crâne, mais pour mieux faire ressortir le malaise du moment, qui vont vous happer.

    Et par-dessus tout cela, nous avons ces textes compréhensibles, cette « mauvaise » parole (mais ô combien belle et porteuse d’une vérité que l’on n’a pas toujours envie d’entendre) chantée la plupart du temps en français. Mais en sus, on la retrouve également slamée. Le slam, cette façon unique de déclamer un texte… Dès le « Notre père » du titre éponyme, on est plongé dedans. Pour ceux qui ne connaissent que peu le slam, ils penseront d’emblée à Grand Corps Malade. Moi, je vous parlerais plutôt de Pilot le Hot, et de sa somptueuse Libellule. Une espèce de punk poétique. Sauf qu’ici, on entre dans une dimension « punk » de par son esprit foutraque (mais le black n’est-il pas un tantinet issu du mouvement punk ?!), et très metal par son aspect granuleux, lacérant et saturé dans le son comme dans les émotions. Ces textes ne sont pas bêtes et méchants… Loin de là. Disons plutôt qu’on parle de la bête et qu’ils sont méchants de cynisme et de froideur dans le regard porté sur nos sociétés. Ô combien ce texte me parle. Une fois la musique lancée sur le dernier mot prononcé, il n’y aura pas de pitié. Vous serez mis à pied d’emblée et vous ne pourrez plus lâcher l’affaire. Une déferlante d’émotions vous passera dessus comme un rouleau compresseur… avant de passer par la lame du hachoir des riffs et des chants (dans l’île aux enfants, c’est tous les jours le printemps… ah zut ! Je me suis laissée emporter par le lyrisme ambiant). Vous finirez en tartare bien juteux et sanguinolent. Parce que ce premier titre est une pure merveille. Pour moi, il est juste parfait, entre ce texte parlé, le chant craché au visage, l’instrumentation qui fuse dès le départ. Tout est dosé et… Gros point positif que l’on retrouve sur d’autres pistes : dans l’ironie et le cynisme, il y a ce pas de côté qui nous amène à mourir de rire… jaune.


    J’en veux pour preuve ce break dans « Mal dedans », vers 2 :00, qui sort d’on ne sait où. Et, au passage, si vous aviez des doutes sur la technicité du groupe, ils vous offrent un petit passage aérien, tout en poésie, nous proposant des coups de latte dans la gueule sur un air jazzy des plus appropriés. Ensuite ? Ensuite, le titre tient bien son nom. Entre la phrase répétée à l’envi, façon méthode Coué, « tu as mal dedans », les riffs qui se font légèrement dissonants, et les ritournelles, tant musicales que rythmiques qui tournent et tournent jusqu’à te mettre mal à l’aise, jusqu’à ce qu’une migraine ne vienne pointer le bout de son nez. C’est étourdissant.

    J’en veux pour preuve ce titre lâché en preview, « Mangez-moi », véritable cover du morceau de Billy Ze Kick. A cette différence que la sauce est moins planante, moins ensoleillée, moins sautillante… on y retrouve ce côté sludge (qui sied à la dégustation des champignons) vers 1:10 ou encore sur la fin de la piste. Je vais vous raconter une petite histoire, tiens ! Mon petit doigt m’a dit que certaines paroles ont été édulcorées pour ne pas choquer la populace qui aurait pu mal interpréter. Un bad buzz ? Oh, cela ne faisait pas peur à Gévaudan qui aurait bien pris une petite tranche de provoc en guise de pub. Mais… ils n’ont pas besoin de ça, pour se démarquer ! Ils ont un monde à eux, de la technicité, de l’originalité, le cynisme, et un véritable objet auditif non identifié. « Mangez-moi, mangez-moi, mangez-moi, c’est le chant des Humains qui supplient, qui préfèrent se faire bouffer que de se faire torturer à petit feu ». Ça ne vous fait pas mourir de rire, ça ? Moi, si !


    « Souffrir » renoue avec ce black metal moderne, mélangeant les voix, aiguë et plus grave. On se laisse embarquer par cette nuisance extrême. Alors que « Déconstruit » me laisse un peu plus de marbre, pour la simple raison que le chant se fait un tantinet répétitif sur ses fins de phrases. Néanmoins le chœur sur la fin qui accompagne le « Je ne veux que baiser » est un contrepoids de poids à la rage exposée.


    On termine sur un superbe « Better Off Alive », l’un des deux titres qui ne soit pas en français. D’ailleurs, pourquoi de l’anglais et de l’espagnol (« Castigo ») ? Revenons sur le morceau, qui clôt cet opus en retrouvant des codes d’un black mélodique. De quoi faire redescendre la pression – un retour au calme, comme on dit dans le milieu de l’animation – par une forme de berceuse… Ben oui ! Après une bonne partie de parthénogénèse, c’est normal qu’il y ait un baby boom de petits monstres affamés d’Humains. Parlant d’animation, cette fois celui du 7ème art, je rêverais d’un ciné concert avec en projection un anime de Macchabées Artworks qui a signé toutes les pochettes d’Anthropovore, donnant visuellement vie à la Bête.


    Tout au long de l’album, nous avons des parties de chants assez variées, entre le crié, un growl grave filtré ou saturé et le chant plus aigu d’Adèle. Le tout transpire la folie, la peur, la violence. Un régal. Quant aux parties instrumentales, elles foisonnent de plans qui dissonent ou encore se mettent en retrait pour chantonner une mélodie sophistiquée, des riffs qui tournent à l’envi. C’est foisonnant de détails et mérite plus d’une écoute.


    Pour terminer, le mix est réalisé par Gévaudan et le mastering par Edgar Chevallier. Ils nous proposent une production claire qui tabasse. Il est à noter que l’album physique est accompagné d’un album concept « F(a)I(m)N », qui aborde le thème de la surconsommation excessive des ressources par une espèce qui finira par s’éteindre. Le titre de 32 minutes mérite une chronique à lui seul.


    Notre mère qui êtes sur terre, je n’ai qu’une prière…

    …celle de t’envoyer en l’air dans une parthénogénèse,

    pour que la Bête puisse nous nuire une fois encore.

    Pour que la Bête puisse nous dévorer sans le moindre remord.

    Amen

    Tracklist :

    1. Notre père
    2. Transmigre-moi
    3. Castigo
    4. Parthénogénèse
    5. Souffrir
    6. Mal dedans
    7. Ternir
    8. Déconstruit
    9. Mangez-moi
    10. Better Off Alive

    Line – up : Simon Perrin « Gévaudan » – Chants (et lyrics), Guitares rythmique et lead, Basse, Programmation de la batterie, Claviers / Stéphane Prados « El Pradosaure » – Guitare lead, Cris étranges (dit le press kit) 

    Guests : Adèle Grammatico « Adsagsona » – Chants (et lyrics) / et la Bête… sur toutes les pistes, puisqu’elle a pris possession des Humains sus cités

    Liens :

    https://www.facebook.com/anthropovore

    https://anthropovore.bandcamp.com/album/parth-nogen-se

    https://www.youtube.com/@anthropovore

  • Tragos / EP MMXXIV (2024)

    Tragos / EP MMXXIV (2024)

    Genre : Death metal
    Label : Autoproduction
    Sortie : 14/03/2024

    Note : 80  /100 (Mémé Migou)

    Oyez Oyez (enfin, oyez l’« EP MMXXIV » et lisez la chronique) !

    En l’an de grâce (Alors on est du côté de Rouen… Ne pas confondre avec Grâces ou Grasses, villes respectivement des Côtes d’Armor et du Sud de la France) 2024, Mémé s’est penchée sur le nouvel écot accordé par Tragos à l’ensemble de la population, “EP MMXXIV” (du nom de cette même année…). Comme un soin particulier a été apporté aux lyrics, nous ne pouvons faire moins que d’écrire une chronique en forme de sonnet. (Mais comme un sonnet, c’est trop court, il vous faudra vous farcir aussi les astérisques, parties prenantes de la chronique ! Eh ouais !) :


    …Et dès lors, je me suis baignée dans le Poème*1

    de la musique à la fois classique et moderne

    Que propose Tragos, du death pour ta gouverne,

    Mais avec des riffs de classique comme schèmes.

    Il n’y a pas que la musique classique qui parsème

    l’inspiration du quatuor, on y discerne

    les textes de notre héritage poétique

    Poe, Trakl, Rimbaud, Hugo*2, des pépites, des gemmes !


    Le trio se fait désormais quatuor

    Avec l’adjonction d’un batteur. On dit d’accord !*3

    Et un changement notoire de vocaliste*4


    Plus abouti, avec une prod. actuelle *5

    « EP MMXXIV » propulse le groupe

    un gros pas en avant. C’est du beau matériel ! *6

    1* Rimbaud, “Le bateau Ivre”

    2* « Askesis Objur » fait référence à « Dream Land », de Edgar Alan Poe / « Splendora Disgust » rappelle « Grodek », de Georg Trakl / « Chaos Jubilem » nous renvoie au « Bateau Ivre » de Rimbaud / « Nox Bulemia » nous attire dans les eaux sombres de « Oceano Nox », de Victor Hugo

    3* Ben oui, c’est largement mieux que sur « Radix Mendosa », le premier album où la batterie était programmée. Surtout quand Laurent apporte des mises en place bien léchées, comme sur l’intro de « Nox Bulemia », où riff et batterie s’en viennent se titiller mutuellement. Un peu plus tard, dans le morceau, nous aurons également de courts passages syncopés, donnant des petites touches groovy. Ce qui est assez agréable, car arrive un petit point noir : s’il y a régulièrement des petits ralentissements, de petites accélérations, de petits passages breakdownés, ça reste un petit peu… petit ! De fait, on reste dans une zone de mid tempo, qui mériterait quelques fêlures plus importantes.

    4* Kevin reprend le flambeau d’Antoine. Une belle voix bien grave dans le growl. Et pourtant, elle reste veloutée. On ne peut nier que c’est un réel plus.

    Relevons le feat de Julien Dève, en solo guitare, sur « Splendora Disgust ». Et ça match à merveille. Quand toutes les étoiles s’alignent, ça ne peut qu’être un bon coup de l’oracle…

    5* La prod. est de Mathieu de The Security Records. Et mon petit doigt me dit que c’est suite au super boulot que ledit Mathieu a pu faire sur l’EP « Sic Semper Tyrannis » de Nocebo, que Tragos s’est décidé à confier leur propre bébé. Encore une fois, grand bien leur a pris. Car ici est une des grandes différences avec « Radix Mendosa », une production claire, qui laisse la place à chaque instrument, voix comprises, de se faire entendre. La basse est par ailleurs assez audible et propose des lignes bien foutues, avec des fulgurances propres à faire briller l’EP sans être too much. Pour ma part, c’est un réel pas en avant que Tragos a pu faire, avec un son plus large, une instrumentation bien plus étoffée.

    6* Damned ! Je n’ai pas encore fini…

    Les riffs sont, vous l’avez compris, issus de la musique classique. Certains pourront avoir une impression de riffs scolaires, quand d’autres vont apprécier ce côté à la fois old school et hyper mélodique. On pourrait avancer des accointances avec des groupes comme Sadus ou Quo Vadis. Le death metal que Tragos propose est tout de même légèrement teinté de touches thrashisantes dans les rythmiques, ce qui va de pair avec leur côté non sous-accordé qu’on retrouve pourtant dans le death metal. Mais ça joue et ça joue très bien. Les uns et les autres tentent des choses, ont des idées, et prennent plaisir à jouer. Ça se sent comme le parfum au milieu de l’œuvre de Süskind. Néanmoins, il me manque un petit truc qui fera upgrader encore un peu plus le groupe. Une seconde guitare peut-être ?

    Quoi qu’il en soit, Tragos, à peine deux ans après son premier opus, offre un EP de 4 titres, promesse d’un futur album qui sera certainement à tutoyer l’aboutissement. « EP MMXXIV » montre l’évolution du groupe, qui fait un pas en avant avec des compositions étoffées et une production digne de ce nom. Et un réel plaisir à côtoyer une proposition qui fait la part belle à la culture générale, mêlant riffs inspirés de la musique classique, textes de poètes romantico-gothico-expressionnistes et death/thrash Metal.

    Beau boulot !


    Tracklist :

    1. Askesis Objur
    2. Splendora Disgust
    3. Chaos Jubilem
    4. Nox Bulemia

    Line-up : Cédric – Guitares / Kevin – Chants / François – Basse / Laurent – Batterie

    Guest : Julien Dève – Solo guitare sur la 2

    Liens :

    https://tragos666.bandcamp.com/releases

    https://www.facebook.com/TragosDeathMetal666

    https://www.instagram.com/tragos_death_metal_band/

    https://open.spotify.com/artist/2CPBQgIOStQwjhO3stP9ME

    https://www.youtube.com/channel/UCdeCaOto6v5Rxb_skkz–2Q

    https://music.apple.com/us/artist/tragos/1627530303

  • Pestilential Shadows / Devil’s Hammer

    Pestilential Shadows / Devil’s Hammer

    Genre : Black Metal
    Label : Northern Silence Productions
    Sortie : 1er mars 2024

    Note : 90/100 (Seblack)

    Mieux vaut tard que jamais. Voilà une expression bien banale mais qui tombe à point nommé pour évoquer ce nouvel album du groupe Pestilential Shadows dont le nom et la musique n’étaient pas parvenus jusqu’à mes oreilles jusque là.

    Et pourtant…avec cet opus intitulé « Devil’s Hammer », ce groupe australien est loin d’être un nouveau venu au sein de la scène black : septième album, vingt ans de carrière tout pile, voilà qui en impose tout de même… Toujours est-il que j’étais passé totalement à côté du groupe jusqu’à l’annonce de cette nouvelle sortie chez Northern Silence qui a souvent le nez creux pour dénicher des pépites. Le label n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai avec le black metal en provenance d’Australie. Pensons, pour une période récente, au one man band Midnight Betrothed au black metal pour le moins étrange.

    Bon le passeport mis à part, la comparaison s’arrête là car Pestilential Shadows présente un tout autre visage avec un black qualifié d’atmosphérique, certes, mais bien venimeux. L’artwork ne paie peut-être pas de mine mais croyez bien que le marteau tenu par ce démon va s’abattre sur votre tête et pas qu’une seule fois…

    Commençant tambour battant par le morceau éponyme, le quatuor n’est effectivement pas du genre à tourner autour du pot et donne le ton dès les premières mesures : « Devil’s Hammer » est à la fois une composition très puissante, mélodique et alambiquée. Qui plus est, le son est excellent et met bien en valeur toute l’énergie déployée par les musiciens que ce soit au niveau des guitares (très travaillées), de la basse qui claque implacablement, du chant ou de la batterie. D’emblée Pestilential Shadows frappe donc un très grand coup.

    Mais les huit autres compositions vont-elles être du même niveau ? Incontestablement, la réponse est oui. Que ce soit en mode mid tempo hyper lourd ou par des accélérations ou des breaks ravageurs, le quatuor australien ne fait pas de quartier. Tout juste une petite pause sur «Scaphism» histoire de reprendre son souffle et ça repart de plus belle.

    Certes les difficiles opposeront qu’en soi, la musique de Pestilential Shadows évolue dans un registre somme toute assez classique, mais franchement quand on tient un opus aussi ravageur et inspiré, on ferme sa grande gueule, on écoute ou on part…

    Le meilleur dans tout ça, c’est qu’on est loin d’être face à une musique simpliste qui se contenterait de balancer quelques riffs bas du front par la figure. Chaque composition est ciselée, traversée de changements de rythmes, de lignes qui s’entrecroisent et forment un maelstrom absolument ténébreux et passionnant à écouter. Au fil de chacune des pistes, on se dit que le groupe va bien finir par fléchir à un moment mais non, il tient bon et à aucun moment ne faiblit.

    Juste équilibre entre tradition et modernité, Pestilential Shadows propose avec « Devil’s Hammer » un album de très grande qualité. Accrocheur mais pas simpliste, complexe mais jamais chiant, ce septième album constitue d’ores et déjà une de mes découvertes de ce début d’année.

    Tracklist :

    1. Devil’s Hammer (5:52)
    2. Bitter Cross (5:05)
    3. Despot of Cathartic Vigor (5:03)
    4. Tears of the Scythe (7:24)
    5. Scaphism (1:20)
    6. Jackal (6:34)
    7. Armour Satanised (5:17)
    8. Goddess of Winter (6:25)
    9. Shards of Dusk (7:50)

    Line-up : Balam – Guitare, basse, chant / Basilisk – Batterie / Krvna Vatra – Guitare / Mourn – Guitare.

    Liens :

    https://www.facebook.com/PestilentialShadowsOfficial
    https://www.instagram.com/pestilentialshadows/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/4Io6LqqUYF5oGksMaiXO3L?si=qgQTXugHTeGoLbxB4ed9qQ&dl_branch=1&nd=1&dlsi=6b02684a33004c1d

  • Interview Nocebo – Memento Mori

    Interview Nocebo – Memento Mori

    Interviewés : Nico et JP (Nocebo)
    Interviewer : Mémé Migou
    26/2/2024

    C’est Mémé Migou qui s’est prêtée au jeu de l’interview sans son comparse JP… et pour cause !

    Vous découvrirez tout au long de ces quelques 100 minutes d’échanges, la genèse du projet, ce que signifie Nocebo, leur façon de travailler alors qu’ils sont aux antipodes de la France, les guests de renom (Gaerea, François Kärlek, Sab Elvenia, Jay, Fred), les galères et les joies…

    Alors n’hésitez pas à regarder ou simplement écouter la discussion, liker et vous abonner à la chaîne YouTube de Memento Mori Webzine. Mais avant tout, allez donc écouter l’EP « Sic Semper Tyrannis » de Nocebo, l’acheter mais aussi le découvrir en avant-première sur Radio Metal Revolution, 29 février 2024 à 20h pétantes !

    Interview à retrouver ici :

    https://youtu.be/25081ROF3oY