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  • Live Report – Motocultor 2024/J3

    Live Report – Motocultor 2024/J3

    Live report de la 3ème journée
    du MOTOCULTOR 2024
    Carhaix (29)

    Textes de Bruno Guézennec et Seb D.
    Crédits vidéos : Bruno Guézennec et Once Upon a Live

    N’ayant pas sollicité d’accréditations, c’est en qualité de festivaliers que nos deux comparses, Bruno et Sébastien ont arpenté les scènes du Motocultor édition 2024. Ils vous livrent ici leurs impressions.

    Samedi 17 août 2024

    FANGE

    Bruno : Début de programme pour le moins revivifiant avec le quatuor FANGE / CALCINE / JESUS PIECE / SORCERER !

    Les Rennais lançaient les hostilités (c’est le mot juste) sur la mainstage avec leur metal agressif, et enragé.
    Disparu le batteur qui était présent au Motoc 2019, remplacé par des machines. Le sludge/noise/indus du groupe n’est pas là pour faire de cadeau, c’est sombre, violent, avec Matthias, le chanteur au short noir qui arpente la scène comme un lion en cage. Cette fois çi il n’y a pas eu de lancé de pied de micro et bouteille d’eau dans la fosse. Il se calme peut-être avec l’âge 🙂

    Crédit vidéo : Bruno Guézennec

    CALCINE

    Bruno : Petit tour vers la gauche pour me poster devant la Supositor. Autant vous le dire tout de suite, ma journée a consisté à faire un mouvement de pendule entre la Supositor et la Mainstage. Je n’ai pas été sous les chapiteaux de tout le samedi.

    Les Parisiens de CALCINE arrivent avec une belle réputation scénique dans le monde du HxC et ils ont largement répondu à mes attentes avec un Hardcore puissant, une chanteuse qui occupe bien la scène. 30 min qui ont passé bien vite (il avait un créneau de 40 min mais les groupes de HxC jouent rarement plus d’une demi-heure).

    Crédit vidéo : Bruno Guézennec

    JESUS PIECE

    Bruno : Retour devant la Bruce ou les ricains de JESUS PIECE se préparent. J’ai vu beaucoup de groupes donc je ne suis pas certain, mais je crois bien que c’est avec eux que le public s’est montré taquin.
    Le chanteur faisant les tests son du micro « check », le public en chœur « CHECK », le chanteur « test », le public « TEST », ça a continué comme cela pendant 2 minutes avec différents mots. C’est très con mais ça bien fait rigoler tout le monde, y compris les mecs du groupe.
    Fin de la rigolade par contre quand ils sont revenus fouler les planches. On a tout de suite compris que c’était du méchant. Un beatdown hardcore qui tape fort, avec des breakdown de malade, un son énorme et un chanteur noir américain qui a bien enflammé le pit. Grosse prestation des Philadelphiens. Une autre bonne surprise du fest.

    Crédit vidéo : Bruno Guézennec

    SORCERER

    Bruno : SORCERER, lourde tâche pour les français que de passer après un tel rouleau compresseur. Malgré cela les parisiens ont harangué le nombreux public qui avait répondu présent et ça a bien bougé et soulevé pas mal de poussière. Mission accomplie.

    Seb : J’arrive sur site au moment où SORCERER termine son concert. Je regarde ça de loin. Ils ont l’air d’avoir un joli petit succès auprès de l’audience présente.

    Crédit vidéo : Bruno Guézennec

    KALANDRA

    Bruno : Après ce quatuor infernal, retour à du calme et de la douceur avec KALANDRA et sa petite chanteuse (ou ce sont le guitariste et bassiste qui sont très grands) et sa belle voix.

    Prestation convaincante des norvégiens et leur rock/hard aux influences folk. Ca s’écoute tout seul, les titres sont relativement courts (entre 4 et 5 mn) donc on n’a pas le temps de s’ennuyer.

    Crédit vidéo : Bruno Guézennec

    DIDIER SUPER

    Seb : Je me dirige ensuite vers la Bruce Dickinscène pour voir l’irrévérencieux DIDIER SUPER. Et c’est parti pour trois quarts d’heure de rigolade où tout le monde en prend pour son grade. J’avais déjà eu l’occasion de le voir au Festival des Vieilles Charrues en 2006 et son humour ravageur fait toujours mouche pour qui sera assez ouvert d’esprit pour le comprendre et ne pas prendre ses divers tacles au premier degré.

    Mon estomac criant famine, je décide d’aller manger une crêpe faisant ainsi l’impasse sur le concert de RÜYNN. “Choisir, c’est renoncer” comme disait l’autre [NdWvG : André Gide, probablement pompée sur Socrate 😉 ].

    RÜYNN

    Bruno : Re-changement de style, avec le black metal de RÜYNN (groupe LADLO) et son superbe backdrop noir et or, comme le maquillage des musiciens. Du black atmosphérique intéressant même si pas foncièrement original. 45 minutes bien remplies et qui montre encore une fois que la scène black metal française regorge de groupes talentueux. Je les reverrai avec plaisir.

    Crédit vidéo : Bruno Guézennec

    TOXIC HOLOCAUST

    Bruno : Après le hardcore/ le hard folk et le black, place au thrash avant-gardiste et révolutionnaire de TOXIC HOLOCAUST… non, je déconne, les américains proposent un thrash pur jus en version power trio. Énergique, à fond les ballons du début à la fin pour le plaisir des fans . Le son était bon, comme sur la plupart des concerts, et ils ont fait le job, comme on dit, avec leurs titres qui excèdent rarement plus de 4mn.
    Toxic Holocaust c’est du concis, il balance la purée à fond pendant 3mn et on passe au titre suivant. Vite fait, bien fait, ils ne sont pas là pour finasser.

    Crédit vidéo : Bruno Guézennec

    TRAIN FANTOME

    Seb : Une fois rassasié, je retourne sous la Bruce Dickinscène pour voir les derniers poulains de la Team Nowhere : TRAIN FANTOME. Ici, point de Metal mais un Hip Hop bien sévère et méchant. Les cinq rappeurs occupent bien la scène, mêlant flow traditionnel et cris à s’en arracher les cordes vocales sur fond de grosses basses venant alourdir le tout. Le crew fait sensation auprès du public venu voir le phénomène. Pour ma part, j’ai bien apprécié mais je n’ai pas tenu tout le concert : n’étant pas un grand client de ce type de musique à la base, je suis resté quinze-vingt minutes grand max. Mais ce groupe vaut qu’on y prête une oreille attentive.

    CRYPTA

    Seb : Un petit tour du côté du Metal Market pour faire un brin de causette avec Francis « Tonton » Zégut puis rejoindre la Supositor Stage où vont se produire les quatre furieuses de CRYPTA.

    Ça faisait un moment que je voulais voir ce que valaient sur scène les Brésiliennes. Lorsque la chanteuse / bassiste Fernanda Lira se présente devant nous, tous les regards se portent immédiatement sur elle tant ce petit bout de femme est charismatique. Le reste du groupe n’est pas en reste, la leadeuse de la bande ayant su s’entourer d’excellentes musiciennes. Pour ma part, je reste subjugué autant par la virtuosité que la beauté de la guitariste Tainá Bergamaschi. II y a de quoi tomber amoureux. Quelle musicienne talentueuse ! Exécutant rythmiques et solos avec une facilité déconcertante. Côté musique, le Death Metal des quatre amazones a de quoi régaler tout amateur du style : c’est propre, net et carré. Seul petit reproche que j’ai à faire, c’est un manque de puissance au niveau du volume. L’impact aurait été plus fort si celui-ci en façade avait été un peu plus gros. Excellent concert malgré tout.

    Bruno : CRYPTA s’est fait un nom sur la scène death internationale, le fait que ce soit 4 filles n’y est sûrement pas étranger, mais pas que, musicalement ça suit, leur concert tient la route, bonne présence, c’est propre, rien à dire.

    EXODUS

    Seb : On se décale de quelques pas sur la droite pour assister au concert d’un des patrons du Thrash Metal américain : EXODUS.

    Que dire à part que ce show est parfait de bout en bout. Le son est excellent et on voit que le groupe est rodé à l’exercice. Avec plus de quarante ans de carrière au compteur, l’inverse serait surprenant. Le chanteur Steve « Zetro » Souza est un leader ultra charismatique qui n’hésite pas à haranguer la foule pour son plus grand bonheur. Mais les regards se tournent aussi vers Gary Holt, guitariste référence dans ce style de musique. Le genre de concert qui fait toujours du bien en festival.

    Bruno : EXODUS, que dire, les légendes du thrash ont été dignes de leur statut. Pas le meilleur concert du week-end certes (question de goût), juste un show de plus des américains, mais ils enchaînent les classiques et le public adore ça.

    Je me demande quel casse-tête ça doit être pour ce genre de groupe pour choisir les titres qu’ils jouent. Quand tu as 11 albums derrière toi et que les fans ont envie d’entendre au moins 30 standards, il faut faire des choix qui de toute façon ne feront pas l’unanimité. Pas facile d’être un vieux groupe 🙂

    Crédit vidéo : Bruno Guézennec

    EMMURE

    Bruno : EMMURE, groupe ricain de metalcore (pour simplifier) et sa débauche d’effets spéciaux et de de décors incroyables qui consistaient en… une batterie posée au milieu de la Supositor Stage sur la petite estrade dédiée, point barre ! C’est ce que l’on appelle faire le minimum syndical !
    Par contre niveau ambiance c’était assez costaud, le pit est entré en fusion dès le 1er titre et étant dans les 2 premiers rangs, j’ai eu l’impression d’être dans une machine à laver le linge en fonction essorage rapide.
    Avalanche de slammeurs, et pogo à tous les étages. Revivifiant, ça fait quand même du bien, même si musicalement ce n’est pas spécialement mon truc (à part que j’ai eu mal à une vertèbre pendant 5 jours à cause d’un coude un peu pointu qui est arrivé au mauvais endroit).

    Seb : Je décide ensuite de jeter un coup d’œil au concert d’EMMURE, groupe de Deathcore américain, plus pour la rigolade qu’autre chose car j’ai beaucoup de mal à prendre ce groupe au sérieux. Tous les clichés de ce style musical sont ici réunis, mais il faut avouer qu’ils arrivent à fédérer une bonne partie du public, ce groupe agissant comme un gros défouloir à la vue du pit qui est chaud bouillant.

    Le moment est idéal pour retrouver une bonne partie des potes autour d’un apéro. 

    Crédit vidéo : Bruno Guézennec

    JINJER

    Bruno : Un coup à gauche (Supositor), un coup à droite (Dave Mustage). C’était au tour de JINJER, qui a fait le plein avec son metalcore. J’ai quand même trouvé cela un peu long car la musique des ukrainiens ne me parle pas. Pas désagréable non plus, il ne faut pas exagérer mais je n’ai pas été transporté, c’est le moins que l’on puisse dire.

    Crédit vidéo : Bruno Guézennec

    BERNARD MINET METAL BAND

    Seb : Après cette petite pause bienvenue, nous décidons d’aller voir ce que donne sur scène le BERNARD MINET METAL BAND. La tente est pleine à craquer et l’ambiance est folle. Il faut dire que le concept a de quoi plaire à un grand nombre de personnes : Bernard Minet, légende vivante pour qui a été bercé au Club Dorothée durant sa jeunesse, reprenant génériques de dessins animés et chansons des Musclés à la sauce Metal (« Les Chevaliers du Zodiaque », « La Merguez Partie », « La fête au Village » et un très bon « Capitaine Flam » renommé « Capitaine Slam » pour l’occasion). Venus initialement en curieux, nous nous faisons embarquer par l’atmosphère joviale du moment. Et nous voilà partis à reprendre les refrains en cœur et à danser. Une belle petite parenthèse.

    DØDHEIMSGARD

    Seb : On change radicalement d’ambiance pour le groupe suivant car il s’agit des Norvégiens de DØDHEIMSGARD et leur Black Metal avant-gardiste. Pour les avoir vus deux semaines avant le Motocultor, au Beyond The Gates à Bergen, je sais d’avance que le groupe est très clivant et peut rebuter les personnes qui n’arriveront pas à rentrer dans leur univers si particulier. En effet, leur musique n’est pas facile d’accès et celui ou celle qui ne trouve pas la porte d’entrée pour y pénétrer ne pourra pas se laisser transporter au travers de la richesse des atmosphères créées par cette entité. Le chanteur est encore plus déchaîné qu’il ne l’était quinze jours auparavant, n’hésitant pas à escalader l’une des colonnes du côté de la scène ou à venir aux barrières au contact du public. Les lumières à dominantes bleues aident à nous immiscer totalement dans cette prestation de haut vol et à nous transporter vers d’autres sphères, bien au-delà du terrain de Kerampuilh. Les cinquante minutes allouées au groupe vont passer à une vitesse folle, signe que le moment passé était très bon.

    Bruno : DØDHEIMSGARD, difficile de décrire ce genre de performance tant le chanteur est barré avec sa tenue extravagante, ses roulades par terre, son escalade d’un des piliers de la sono (il est monté à 5 ou 6 mètres de haut quand même) et ses jets de fumée (farine ?) sur les autres musiciens et son slam dans les premiers rangs. Musicalement c’est une sorte d’avant-garde black metal plutôt atmosphérique, un peu désarmant par moment. Je crois que c’est le genre de groupe dont il vaut mieux écouter quelques titres avant de les voir live pour s’y retrouver plus facilement. J’aimerai bien avoir l’occasion de les revoir pour mieux apprécier leur show.

    Crédit vidéo : Bruno Guézennec

    MILLENCOLIN

    Seb : Le concert suivant est beaucoup plus léger et va venir à point nommé pour redescendre sur terre puisqu’il s’agit des Suédois de MILLENCOLIN. Back in the 90’s où le punk à roulette régnait en maître à la fin de cette décennie. Cette prestation aura pour effet d’agir comme une cure de jouvence. Le groupe, bien qu’ayant plus de trente années de carrière dans les pattes, paraît toujours être aussi jeune et dynamique. C’est fou comme les années ne semblent pas agir sur eux. Un moment bien sympathique.

    Crédit vidéo : Once Upon a Live

    ARCHITECTS

    Bruno : Une des 4 têtes d’affiche du Fest, ARCHITECTS, a rameuté la foule devant la mainstage. Gros succès avec leur metalcore bien trop mélodique pour moi, même s’ils envoient du gros son de guitare quand il le faut.
    Pas grand-chose d’autre à signaler si ce n’est la horde de slameurs que j’ai pris sur la tronche. Pas vraiment de surprise, je m’y attendais.

    ABORTED

    Seb : Il fallait bien un peu de légèreté avant l’agression sonore qui allait nous tomber dessus. On savait qu’on allait ramasser une belle grosse mandale sur le show suivant mais pas à ce point là. Ce soir, ABORTED a décidé d’envoyer du lourd dès le premier titre « Retrogore » et de tenir le public à la gorge jusqu’à la dernière note. Le pit répond aux moindres demandes de Sven : circle pit, wall of death, tout y passe. Le groupe est en très grande forme et le son est impeccable. Lorsque la dernière note résonne dans les enceintes, le groupe salue et remercie le public sur un fond sonore électro (Darude – « Sandstorm ») en donnant rendez-vous, à qui veut les revoir, le mois suivant au Muscadeath.

    Plus rien d’intéressant pour moi ensuite et puis après un tel concert, tout m’aurait paru fade.

    Bruno : Une de mes têtes d’affiche à moi était les belges d’ABORTED avec leur grind/death énorme. Un mur du son qui vous arrive en pleine poire, hyper efficace, qui vous déboite la tronche méthodiquement. Ce groupe est une putain de machine à démonter les vertèbres. Grandiose comme d’habitude.

    Fin de la soirée, ayant fait l’impasse sur le choix DIRTYPHONICS / THE O’REILLYS AND THE PADDYHATS (qui je l’ai appris en cours de soirée était remplacé par un groupe dont j’ai déjà oublié le nom), histoire de gagner une petite heure de sommeil, ce qui n’est pas négligeable au bout de 3 jours.

    Crédit vidéo : Bruno Guézennec

    Crédit vidéo : Once Upon a Live

  • Memento Mori

    Memento Mori

    Par WvG – 24/10/24

    Je ne fête pas mes anniversaires… ni ceux des autres d’ailleurs… Non, je ne suis pas témoin de Jéhovah ; simplement, je dois inconsciemment attacher de l’importance au message profond de la locution latine qui sert de patronyme au webzine dans lequel vous pouvez lire ponctuellement mes conneries (et plus régulièrement les choses sérieuses des autres auteurs), Memento Mori, un webzine qui gagne à être plus connu, reconnu voire révéré (n’est-il pas ?) Je trouve ça déplacé voire impoli de (me faire) rappeler que le temps passe et que je suis, tout comme vous, destiné à en finir un jour ou l’autre, de la terre à la terre, de la poussière à la poussière. Aussi aujourd’hui, je vais m’attacher à faire une (brève) présentation du « Memento mori » dans l’Art car, comme dirait mémé (Migou, peut-être aussi) : « nul n’est éternel » ; la postérité ne m’intéressant pas et la conscience de la vacuité de ces monologues écrits étant actée, autant que le temps passé ne soit pas totalement perdu et que je vous apporte quelques connaissances que vous n’auriez pas encore en quelques œuvres qui me sont marquantes.

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    « Cueillez vostre jeunesse : comme à ceste fleur la vieillesse fera ternir vostre beautez ». Pourquoi citer Ronsard, qui plus est son « Ode à Cassandre » ? Pour commencer parce que j’ai vu passer une information sur Joachim du Bellay (sa tombe et son corps auraient été retrouvé par des archéologues sous Notre Dame de Paris), considéré comme fondateur de la Pléiade avec Pierre de Ronsard, et que ça m’a motivé et inspiré pour débuter cette page initialement blanche. D’autre part, même si ce poème est considéré comme un chef d’œuvre et une référence de la poésie française, bien que dans le sous-texte et dans le contexte on y lirait plutôt de la psychologie inversée #cé1PN (parce que, oui, la poésie, c’est le plus beau mensonge de la littérature : tu peux y dire toutes les saloperies que tu veux tant que les tournures sont belles… un peu comme la chanson, en somme), on peut mettre en relation ces deux valeurs pas du tout antithétiques : cueillir sa jeunesse (donc profiter de la vie) et « souviens-toi que tu vas mourir » (donc profite de la vie). Vous allez me dire que, oui, je « fais des raccourcis, c’était (parait-il, je n’y étais pas) une locution latine glissée à l’oreille des généraux romains lorsque qu’on les adoubait » (ce qui pouvait à la fois être un moyen de les redescendre illico de leur piédestal de vanité, tout comme une menace implicite sur leur proche assassinat). C’est exact ! Mais avouez qu’il est délicat de ne pas faire un parallèle tant on en revient à la même notion : celle du temps, court, qui passe, qui a un début mais surtout une fin, car tout a une fin (sauf la banane qui en a deux). Et c’est le temps qui court, court, qui nous rend sérieux ; la vie nous a rendus plus orgueilleux. On avait un relationnel très différent avec la mort autrefois : la conscience que du jour au lendemain, finie par accident, meurtre, maladie, épidémie (la peste noire n’avait jamais vraiment disparu, le taux de mortalité infantile était XXL, c’est pas pour rien qu’on faisait des gosses à la louche, loin des 1.8 enfant par famille !) Et hop, 21 grammes de moins…

    les amours de cassandre,les amours de marie,...

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    Tiens, la vanité, on en parlait ci-dessus ! C’est un peu une marotte de la peinture ; on y considère que la nature morte sous toutes ses formes – que l’on dénomme comme des « vanités » dans l’art pictural – est une vision du Memento mori : des choses autrefois vivantes, objets animés et destinés à se faner (comme la rose de Ronsard) parce que c’est le chemin naturel des choses, l’histoire de la vie, le cycle éternel… On considère tout autant la « Corbeille de fruits » du Caravage de la fin du XVIème siècle ou la célèbre « Vanité » de Philippe de Champaigne (illustration plus bas) de la première moitié du XVIIème siècle comme des représentants de cette locution. Si la vanité, le mot, se traduirait par la frivolité voire la futilité et l’intérêt qu’on accorde à celle-ci (en gros les broutilles à vue égocentrique, ce que je définirais comme cet objet « inutile, donc essentiel » qu’il nous faut posséder à tout prix), le fait de vouloir échapper à la fatalité et la finalité est aussi une vanité, littéralement une chose vaine que d’essayer de lutter ou passer outre cette fin annoncée par le début et dès le début. C’est intéressant – et ironique – qu’une période comme celle de la Renaissance [j’ai dit « période », pas « parti »] se soit tant intéressée à ces notions de mortalité, d’éphémère et donc de vanité. Certes, comme je l’évoquais au-dessus, la rencontre avec la Faucheuse était plus facile que d’obtenir un conseiller clientèle quand la Box internet est en rade (et à l’époque, tu pouvais toujours essayer de débrancher et rebrancher, ça ne marchait pas davantage) mais c’est intriguant quand on voit que les deux siècles précédents ont vu naître des grivoiseries rabelaisiennes ainsi qu’une pléthore de chansons paillardes qui parlent d’aller fourrer des nez dans des entrejambes (voire autre chose que des nez) en se foutant royalement de Metoo. Allez savoir… un jour prochain, je vous proposerai peut-être un article sur le lien ténu entre les comptines de votre enfance au sous-texte très sale et le glam Metal et ses sous-entendus… Hé, hé, hé…

    Vanité (de Champaigne) — Wikipédia

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    Je vous parlais plus haut de poésie et faisais un parallèle entre le fait que la vie soit courte et celui de « cueill[ir] dès aujourd’hui les roses de la vie » (encore Ronsard mais cette fois pour draguer Hélène [et non Sophie] de Fonsèque, fille d’un baron, après avoir fait de même avec Cassandre Salviati, fille d’un banquier italien…) Je pourrais donc vous citer directement une autre locution latine, Carpe diem, des « Odes » d’Horace, poète romain antique et aller sur le terrain du cinéma en m’attelant au « Cercle des Poètes disparus » de Peter Weir (avec les jeunes Ethan Hawke et Robert Sean Leonard, mais aussi Robin Williams dans un de ses meilleurs rôles, inspirant ou polémique selon le point de vue, surtout celui des pédagogues qui débattent encore maintenant, s’en inspirant ou le conspuant à souhait, de son opportunité), voire, pour revenir sur le cycle éternel du « Roi Lion », vous inviter à chanter « Hakuna matata », ce qui n’est pas évident quand on n’a pas une mangouste et un phacochère à proximité. Eh bien, non, que nenni : je vais vous parler de « Memento », le film qui a révélé Christopher Nolan. Qu’il en ait conscience ou pas, Nolan est très inspiré par l’Antiquité et particulièrement la tragédie et le péplum ; vous pouvez chercher, pas de comédie à son actif mais toujours des structures de tragédies grecques dans ses films, voire la mythification du héros/gladiateur dans l’arène (regardez la trilogie Batman) ancrée dans le contemporain et dans l’air (comme l’ère) de son temps. Le carré Sator qui sert de base à son « Tenet » est aussi éloquent, une référence à Pompéi. Mais puisque c’est « Memento » qui nous intéresse présentement, faisons un petit décryptage rapide ; en effet, le lien est direct avec la traduction de la locution puisqu’on connaît la fin dès le début. La spécificité de ce film, c’est son montage, à rebours : on connaît la fin et l’intrigue repose sur l’origine et les questions trouvent leur réponse avec non la fin du film (puisqu’on la connaît déjà, je ne spoile même pas) mais le début ; les « Qui ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ? » ne seront résolus qu’au début… enfin à la fin… Bref, vous avez compris, je pense. L’intérêt ici est de faire une allégorie avec les pertes de mémoire du protagoniste (Guy Pearce, très bon aussi dans ce film) obligé de se tatouer des reminders, aussi appelés memento (pour se souvenir) et la proximité permanente et incohérente dans sa situation initiale avec la mort. Je pourrais tout à fait reporter cette analyse sur son « Interstellar » qui traite aussi, en seconde lecture du Memento mori, avec son protagoniste (interprété par Matthew McConaughey) qui cherche à comprendre le début et la fin tout en sachant qu’il va/doit mourir, avec cette perpétuelle notion du temps qui passe, chronométré jusqu’à la BO de Hans Zimmer mais restons dans le sujet initial.

    Memento en Blu Ray : Memento - AlloCiné

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    Vu qu’on est dans le domaine des arts visuels, parlons de photographie. Quand j’étais gamin, la photo ci-dessous m’avait pas mal fait cogiter : elle ornait l’intérieur de la porte des toilettes chez mon père ; les chiottes, ce lieu propice à la réflexion sur l’être et le néant, la nausée puis les mains sales, clairement le spot pour philosopher dans la posture du « Penseur » de Rodin. Quand on est gosse, on réfléchit souvent à la mort (dixit les psys, c’est l’âge qui veut ça, la fameuse question enfantine du « toi aussi tu vas mourir ? » et « c’est quoi mourir ? »). Cette photo a ceci d’intéressant que, même si j’y voyais un brûlot politique (très clairement anti guerre du Vietnam), je pense que c’était surtout le « memento mori » paternel qui s’y cachait car par-delà la question, ce « pourquoi ? », il y a surtout l’idée que cette anonyme photo, comme toute photo d’ailleurs, arrête net le temps : ce soldat EST mort, on le sait, sa chute est annoncée, c’est déjà une nature morte avant de toucher le sol… C’est aussi « le choc des photos », ce temps figé qui est à lui seul un « memento mori ». C’est aussi ce qui est important et nécessaire dans le témoignage des reporters de guerre qui, eux aussi, vivent perpétuellement leur Memento mori (c’est le contrat tacite avec leur profession) : quelque biaisé et subjectif soient-ils, on tombe inéluctablement sur du factuel dans l’image. Tel une miss France, je suis contre la guerre mais, vu que c’est la nature humaine de vouloir aller déféquer sur le terrain du voisin avant de chercher à agrandir le sien, autant que les Arts s’en mêlent au préalable.

    WHY ? VIETNAMAffiches anciennes par ANONYME ANONYM

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    Comme je tarde sciemment à le faire, je vous vois déjà venir, grommelant et arguant que « Memento mori, c’est un webzine musical et metal d’abord ! Qu’est-ce qu’il nous prend la tête avec ses trucs de ieuv qui parlent pas de notre musique ?! » On se calme ! Oui, toi aussi, là-bas au fond : j’y viens… Je vous gardais le « meilleur » pour la fin : la Musique… Alooooors… Depeche Mode et son album de 2023 ? Nooooon… Le morceau de Lamb of God ? Le groupe de Metalcore suédois Memento Mori ? Hmmmm… Pourquoi pas… Mais non, tiens : parlons de « Memento Mori » de Architects. Quand un Freddy Mercury agonisant chante la chanson la plus noire du répertoire de Queen, « The Show must go on », personne, auditeurice, ne lit le sous-texte de son SIDA en phase très avancée voire fatale… Ce morceau de Architects, c’est le “show must go on” de Tom Searle, guitariste du groupe, atteint d’un cancer en phase terminale… Un ton général qui passe du déni à la colère au marchandage à la dépression pour finir sur l’acceptation, des paroles qui fleurent bon l’espoir, le tout étendu sur huit minutes. Un chant du cygne (pour citer littéralement les paroles) à l’instar de celui de Freddy Mercury. Ironique ? Hmmmm ? Bref, enjoy en cliquant sur le lien ci-dessous :

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    Voilà, un petit article en cinq visions artistiques différentes comme les cinq étapes du deuil. Mon message est le suivant : profitez que vous êtes encore vivant pour lire de la Poésie, aller à des expos photos, des galeries, mater des films, des photos, écouter de la musique… « Aimons nous vivants, n’attendons pas que la mort nous trouve du talent » … parce que vous ne savez pas si le soleil va se lever ou même si vous aurez l’occasion de le voir. Je vous souhaite donc une bonne soirée en vous rappelant que l’essentiel sera que demain soit un nouveau jour.