Étiquette : L’Ordalie Noire

  • Owls – Une toile de plus à brûler

    Owls – Une toile de plus à brûler

    Genre : Avant-garde Black Metal/Post Black Metal
    Label : L’Ordalie Noire
    Sortie : 6 Juin 2025

    Note : 85/100 (Mémé Migou)

    Quel est le point commun entre le Black Metal et le Haïku ? Owls !

    Quel est le point commun entre le Haïku et le Tarot ? Owls !

    Quel est le point commun entre le Tarot et le Dark façon gothique ? Owls !

    Quel est le point commun entre le Dark et la nuit ? Owls !

    Et mon tout est… Un EP de 25 minutes qui vous happe dans ses serres de rapace, un soir de lune à peine pleine, où les étoiles se font toiles qui brûlent dans un noir si profond qu’il avale toutes les couleurs comme un ogre qui se gave sans se soucier de sa panse qui pourrait exploser.


    Bien qu’éclos en 2024 sous la poésie de Romain Nobileau, Owls est un projet, certes de Tours (car quoi de mieux, pour airer qu’une tour bien ancrée dans un passé revisité par les vents de nouveaux territoires), mais avec du beau monde venu tout droit de la scène nantaise, jusqu’au label, L’Ordalie Noire, que l’on ne présente plus. Et c’est le 6 juin 2025, que le sextuor scelle son premier envol du nid, avec Une toile de plus à brûler.


    Du Haïku, Owls va piocher non seulement son aura de Nature offrant un terrain de jeu pour les oiseaux de proie, mais également son pas de côté. En cela, on peut aussi le rapprocher de la carte XII, celle du pendu dans le Tarot. Quand on est face à un blocage, quoi de mieux que de faire un pas de côté pour voir le problème sous un nouvel angle. La solution vient la plupart du temps s’imposer d’elle-même. Et si on voit très bien le lien avec la Nature, quid du pas de côté ? La vision métaphorique de tranches de vie par les yeux perçants des rapaces nocturnes. Il suffit de lire les paroles pour comprendre la portée Dark, voire romantique d’un Caspar David Friedrich dans son tableau « Le voyageur contemplant une mer de nuages ».

    Si dans l’ombre je te suis, quand je me perds dans les méandres des cieux,

    Je perds la notion du temps, quand mon regard croise tes yeux.- (« Nos chairs ternies »)

    Et tes rémiges ont caressé mon côté sombre.

    Oui, ce sont bien elles qui m’ont d’abord séduit.- (« Effraie »)

    On pourrait y lire moult interprétations. Autant que nos préoccupations du moment nous les susurrent. Mais on ne pourra faire l’impasse sur ce jeu de l’amour et du hasard qui fait office de plume rouge tout au long des 4 titres.

    D’eux-mêmes, il s’étiquettent Avant-garde Black Metal. Bien sûr que c’est Black Metal ! Dans l’ambiance, dans le chant de Romain – un peu à la Anorexia Nervosa-, blast beats, mais pas que… ! (selon la formule consacrée). Il y a un côté Black atmosphérique avec des claviers typés sidéral. D’ailleurs, on peut aussi rapprocher certains passages de claviers à ceux que l’on trouve dans Korova (exemple sur la fin du second titre, « Rejection »). Et surtout, ils tentent des choses. C’est en cela qu’ils se réclament de la scène avant-gardiste. Du presskit, on peut lire Dodheimsgard (entre autres) en influences. Là, je suis bien moins convaincue. Dodheimsgard, je le vois plus sur le dernier album de Sun After Dark, qui peut perdre l’auditeur par ses plans qui partent dans tous les sens. Bien moins ici. Je ne vois pas ce côté chien fou, cette lueur de folie. Par contre, une lueur d’espoir et de désespoir acoquinée à des mises en place rythmiques assez osées. La basse a un son droit qui perce bien le mix, ce qui n’est pas pour me déplaire. Quant aux guitares, avec les claviers, ils offrent des mélodies qui se gravent dans nos esprit, tatouage de notes.


    « Nos chairs ternies » place l’ambiance nocturne. On navigue entre l’état contemplatif de ceux qui ouvrent leurs sens à la nuit et… à la peur que celle-ci peut engendrer. Le tempo est enlevé, course effrénée d’une proie après avoir entendu les hululements létaux.

    Dans nos chairs ternies, le temps ne fait que passer,

    Et cet air du temps, comme une ritournelle, sans se retourner,

    Lorsque je t’aperçois à contre-jour sans t’avoir espéré.

    Paroles de Anne Jambrek sur ce titre uniquement, on y lit l’amour, la vie, la vieillesse, le coup de foudre, les rides, les chairs ternies qui ne sont pas sans rappeler certains vers sombres de Baudelaire parlant de vers sur une carcasse.


    « Rejection » met de côté la poétique amoureuse pour se pencher sur la « gnose narcissique à l’odeur cadavérique »… Tout se fait angoissant, ici, autant les claviers que la batterie (vers 3:40 par exemple), quand le propos nous place face à notre société faite de hordes d’ultracrépidariens qui vont régurgiter leurs avis à la volette sur le terreau de l’ennui et de la bêtise humaine :

    Tu régurgites tes connaissances

    Sur l’humus frais de l’indifférence.

    Et pourtant, et pourtant,

    Tu craches ce que tu sais

    Sans même les avoir digérées.


    Ça nous parle, hein… Pourtant, ces boules que rejettent les hiboux pourraient s’avérer de belles œuvres d’art, comme César et ses compressions… Partir de la simplicité de ce qui nous entoure pour le rejeter en œuvre d’art… Mais on gardera le côté vorace recrachant ce qu’il ne peut appréhender.

    « Effraie » revient sur le jeu de cache-cache… De l’autre, il n’y a que le murmure… :

    Et quand finalement, tu réapparais.

    Je comprends que je ne peux plus me cacher.

    Voulant te serrer dans mes bras esseulés,

    Sans un bruit, à nouveau, tu disparais.

    Est-ce moi qui t’effraie ?

    Ces doubles sens, ces mots que l’on tord dans tous les sens, la polysémie, tout cela est savoureux. Au même titre que l’on déguste les jeux de mots d’un Souchon ou d’un Louise Attaque. Le texte soutient la musique et vice versa. La voix est bien plus grave et les guitares offrent du tremolo picking chère au Black Metal. Le tempo est pachydermique, lourd et lent. Plus lourd que lent, car les claviers apportent un léger souffle d’air. Écoutez la rythmique, tendez l’oreille à la basse, c’est pur bonbon. Le texte est clairement compréhensible (oui, ce sont deux termes redondants pour souligner la chose) et qu’est-ce que c’est agréable !

    On finit sur un titre doux-amer « Un masque de hasard », désabusé, même si le début reprend un tempo élevé et les blast, on a un côté rock gothique (c’est un peu exagéré), notamment quand après 1:15 la voix claire vient caresser nos sens. Une voix claire tutoyant le spoken words. On alterne breaks calmes, éthérés ( ce solo de guitare vers 5:00 et celui du clavier vers 7:00) et reprises tendues.

    Des mots tordus, des vers torturés,

    Comme pour masquer le vide que l’on veut ignorer.

    Elle sait que les mots, bien qu’enlacés,

    Ne sont qu’une toile de plus à brûler.

    Les mots, bien que enlacés, ne sont qu’une toile de plus à brûler… On termine comme on commence, sur des cris d’effraie ou de hibou… N’oublions pas qu’il est symbole de sagesse.


    Alors oui, ce premier EP est une belle réussite. Ce n’est pas un Black Metal Avant-gardiste comme on a pu l’avoir avec un Solefald en son temps, mais ils osent dépasser le genre avec des mises en place et des rythmiques terribles – j’emploierais plutôt le terme de Post Black Metal. On finit l’album avec un goût de trop peu. On veut encore de ces mélodies qui marquent au fer rouge, de ces textes qui viennent titiller nos côtés sombres et désenchantés. On veut encore planer avec les Hiboux, pour voir le monde, l’amour, d’un œil perçant, avec assez de hauteur pour fondre non pas en larmes, mais sur nos chairs ternies, point précis de nos désirs, cible de nos chasses nocturnes. Alors vous savez quoi ? Une fois fini, on recommence sans vergogne.

    La nuit s’éteint, l’oiseau s’envole

    Poètes taisons nous, le silence est notre rôle.- (« Un Masque de hasard »)


    Tracklist :

    1. Nos chairs ternies
    2. Rejection
    3. Effraie
    4. Un masque de hasard

    Line up :

    Romain Nobileau – Chants

    Tanguy Andujar – Guitare

    Damien Prunier – Guitare

    Rémy Robinot – Basse

    Nicolas Pourré – Claviers

    Quentin Regnault – Batterie

    Liens :

    https://lordalienoire.bandcamp.com/album/une-toile-de-plus-br-ler

    https://www.facebook.com/profile.php?id=61564394217979

  • Repurgator – Fovea Inferno

    Repurgator – Fovea Inferno

    Genre : Death Metal
    Label :  L’Ordalie Noire
    Sortie : 13/09/2024

    Note : 80/100 (Antirouille)

    Repurgator débarque sur la scène Death Metal française avec un premier album, sans passer par la case démo, split ou EP. S’ils dérogent un peu à cette règle, ils ne vont pas s’éloigner d’un iota de celles  établies par le registre joué ici, à savoir un Death Metal vieille école à chercher du côté de Cannibal Corpse pour les grandes lignes, Deicide dans certaines approches vocales ou encore Obituary pour le Groove. 

    Avec tout ça, ne cherche pas la modernité, des entames hypers chiadées ou des samples diverses et variés, non, tu auras du Death Metal pur et dur, primitif, comme on le jouait dans les années 90. Tu auras tout au plus une intro dont la durée aurait pu être diminuée de moitié et qui aurait tout simplement pu être dispensée pour coller parfaitement au thème. 

    Ça envoie du gras et du gros son bien dégueu, certes déjà entendu, sans grande surprise mais sans aucune monotonie. Les 31 minutes passent crème, excepté peut-être cette intro ( je t’ai déjà dit qu’elle était dispensable ?) et tu vas te surprendre à en redemander. Addictif Fovea Inferno ? Oui, et ce ne sont pas des titres très « Cannibouliens » comme «Blood & Gore » ou encore «Homicide or Suicide »  qui feront mentir.

    Comme convenu, les guitares envoient du son saturé, des mélodies rampantes, certaines répétées à l’infini et des solos hauts en couleurs comme sur «Blood Frenzy ». Bon, ne t’attends pas non plus à du Eddie Van Halen, faut pas pousser, c’est du Death Metal ! La batterie joue le plus souvent un mid tempo comme l’aime le registre, mais elle est capable de belles envolées et dézingue tout en mode Kalashnikov.  La basse aime plomber un titre, le stopper net dans sa course et l’enliser dans un groove étouffant, parfois proche du Doom, comme sur la fin de «Years of Torments ». Les voix de notre growleur sont maîtrisées, il passe volontiers d’un grunt classique à des growls profonds en passant par des effets de voix growlées/criées qui font leur petit effet. Nos franciliens dominent le sujet et ils nous le démontrent ici. 

    Si Fovea Inferno était sorti dans les âges d’or du registre, il aurait pu se faire une place entre Tomb of the Mutilated, Legion, The End Complete, Spiritual Healing ou encore Breeding the Spawn, mais voilà, on est dans les années 2020…  S’il ne surprendra pas les vieux hardos biberonnés aux albums cités ci-dessus dans leur adolescence, au moins arrivera-t-il à leur faire lever le nez de la bouillie actuelle en leur rappelant de bons souvenirs. Quant aux jeunes metalleux qui font leurs premiers pas dans le Metal et avides de découvertes, c’est une bonne entrée en matière pour appréhender le Death Metal, le old school, celui du vieil Antirouille

    Album complet

    Tracklist 

    1. Abyssi Tenebrarum
    2. Hammered Skull
    3. Plague Death
    4. Homicide or Suicide
    5. Years of Torments
    6. Blood & Gore
    7. Gruesome Masterpiece
    8. Blood Frenzy
    9. Savage Dismember

    Line up : 

    Thomas Beauquier – Basse

    Yann Iwach – Batterie

    Arthur Kayser  – Guitare 

    Florent Mignon  – Guitare

    Maxence Guibert – Chant

    Liens :

    https://www.deezer.com/en/artist/281761461

    https://www.facebook.com/repurgator

    https://www.instagram.com/repurgator

    https://twitter.com/i/flow/login?redirect_after_login=%2Frepurgator

    https://www.youtube.com/@Repurgatordeathmetal

    https://music.apple.com/us/artist/repurgator/1767695600

  • Orbital Decay MMXXIV –  Anthropos Anathema

    Orbital Decay MMXXIV –  Anthropos Anathema

    Genre : Black Metal/ parfois atmosphérique, parfois indus, parfois Black’N Roll
    Label : L’Ordalie Noire 
    Sortie : 28 Mars 2025

    Note : 80/100 (Mémé Migou)


    Il est des rencontres qui semblent couler de source.

    Ainsi, Le Corbusier aura rencontré l’après-guerre, alors que le monde était en train de pourrir sur les cendres chaudes d’un temps qu’on espère ne plus revoir. Hélas…

    Ainsi, le béton a rencontré le fer et le verre dans un maelström de plans et de concepts philosophico-architecturaux. Le Brutalisme aura à la fois brutalisé de nombreux locataires, quand d’autres s’en réjouissent et spéculent.

    Ainsi, il en est de J et K, alias Jonathan et Karine, qui unissent leurs capacités respectives – J à la composition et à la réalisation musicale, K à l’écriture poétique des lyrics – pour créer une œuvre qui leur ressemble : Orbital Decay MMXXIV.

    Né de cette rencontre, Orbital Decay MMXXIV porte sa date de naissance comme un chronogramme sur le fronton de sa demeure. MMXXIV… et pourtant, le premier single remonte à 2023… Mais ne chipotons pas… De cette jeune union une ambition palpable se fait tangible, car dès ce vendredi 28 mars 2025, le premier album verra le jour. Anthropos Anathema

    Souvenez-vous de Chandigarh, cette utopie brutaliste où toute une ville est pensée et régie par le rationalisme et le minimalisme des matériaux bruts. Elle est décrite comme « la cité idéale ». Tout est pensé par secteurs (il y en a 61), organisés autour de quatre fonctions (l’habitation, le travail, les loisirs et la circulation). C’est comme un immeuble de Le Corbusier, élaboré avec des unités d’habitations.

    Pourquoi Mémé vous parle de cela ? Parce que ça continue la comparaison avec Anthropos Anathema, à deux niveaux.

    Le premier, le plus easy, ou visible, est celui de cette Humanité qui est excommuniée de la cité idéale. Anthropos Anathema, excommuniée, virée, bannie… Il faut dire, comme un conglomérat de blattes ou autres nuisibles, les Humains détruisent tout sur leur passage, laissant pourrir ce qui doit revenir aux générations futures. Pas étonnant de les voir se faire signifier un bel avis d’expulsion !

    Le second niveau est plus pernicieux… Rappel : j’ai parlé plus haut des unités modulables d’habitations. C’est un peu la prolongation de chaque titre de l’opus global, qui fera office d’immeuble complet (saviez-vous qu’à Hangzhou, en Chine, le Regent International peut accueillir jusqu’à 30 000 habitants?!).

    Qu’entends-je par là ? Eh bien que chaque titre porte en lui non seulement une ambiance bien spécifique, mais aussi des vocalistes différents. Car oui, K ne chante pas, elle écrit. J ne chante pas plus, il joue de tous les instruments, compose et produit… Qui donc va chanter ? Eh bien plusieurs candidats, dont la plupart ne nous sont pas inconnus. Ainsi, nous aurons Misein (FT17 entre autres… d’ailleurs, pensez à aller voir l’interview que nous avons faite de FT17 avec Tom) sur deux titres, dont celui qui ouvre l’opus, « Brutalism » et le second, « Amen ». Normal, ils sont voisins de palier, ces deux titres. Ensuite, nous avons Florian Desormière (ex Grimhowl Grave, ex Dysmorphic, …) vient pousser sa voix sur « Elder Gods » et « Ozymandias », les deux derniers titres de l’album. À noter que nous avons sur cet ultime titre une voix supplémentaire en la présence de Soizig ( mea culpa) offrant alors une coloration toute particulière. 

    Il n’est pas étonnant que le label estampille le projet « ffo Dimmu Borgir (mais pas que !) », entre les chœurs et les nombreuses nappes de synthé, électro ou indus. Mais ce n’est pas tout, nous avons Nicolas Foucault (Vosegus, Trollheart, FT17 et bien d’autres) sur «Drowned » et Romain Nobileau (Toter Fisch) sur le titre éponyme de l’album. Bon, tout ce petit monde se retrouve en guest sur un projet nantais, signé par un label nantais, chacun ayant des liens avec le milieu nantais (non, ce n’est pas une mafia). C’est un album de voisins, qu’on trouve ici. Mais des voisins de qualité. Le monde est petit, surtout quand on le compare à un seul immeuble brutaliste.

    Les unités de l’album, en d’autres termes les différents titres, vont également proposer des ambiances changeantes, non seulement d’un titre à l’autre, mais de façon intrinsèque également. Plusieurs titres sont longs et offrent plusieurs breaks qui, pour ma part, ne sont pas toujours amenés de la meilleure des manières qui soient (par exemple  sur « Brutalism »). Bon, et tant qu’à faire, autant lâcher mon petit point noir de l’album, qui justement peut être en lien avec cette comparaison de l’immeuble brutaliste : j’ai parfois cette impression de juxtapositions de plans et d’ambiances. Il me manque un soupçon de mastic ou de ciment entre les blocs de béton, autrement dit un brin de cohérence.

    Bon, ça c’est dit, passons aux aspects positifs. D’emblée, que ce soit la description du groupe ou celle du label, on n’est pas pris au dépourvu. On nous parle d’influences Mglà, Blut aus Nord avec de la dissonance, Dimmu et NIN. Ce qui va être intéressant c’est que – oui, je vais légèrement me contredire – on commence avec l’aspect grandiloquent du Black’N Roll à la Mglà. Dès le premier titre, cela s’entend, avec des riffs marqués et des incursions indus pour aller vers des choses plus « atmosphériques » et symphoniques. Et si… je vous parlais de Satyricon, avec leur titre « Angrstridden », de l’album Volcano qui laisse pas mal d’influences ici. Le chant, les plans… Vous êtes d’accord ?

    « Brutalism » vous fera passer par de nombreuses atmosphères, avec autant de Black atmosphérique, de nappes de claviers, de l’indus, des ralentissements…

    « Amen » sera plus typé Black Metal. Le propos suit. Ce ne sont pas de simples paroles, ce sont des poèmes mis en musique. Nous avons un riff qui va tourner sur un temps assez long, offrant une mélopée qui restera en tête. Elles sont par ailleurs très classieuses, ces mélodies. Sur ce titre, à plusieurs reprises, nous aurons des nappes (ou des interventions) de cuivre qu’un François Kärlek n’aurait pas reniées. La seconde partie du morceau prendra déjà la route du Black Atmosphérique, avec entre autres, cette envolée de clavier, vers 3:30.

    Plus on avancera sur l’album, plus on ira vers des atmosphères moins sautillantes que celles du Black’N Roll. Le troisième titre, « Drowned », est de la trempe des titres angoissants. On sent planer sur nous les ailes noires du grand corbeau annonciateur de séisme. Là encore, les structures, derrière, donneront de la dissonance, pour rajouter au malaise ambiant. La fin, après un passage à la fois de piano et de synthé, ne laissera pas sans étonner par le chant clair qui sort sans crier gare.

    « Anima Mundi » est le seul morceau instrumental, comme un enterrement en plein milieu d’une tempête. De la tristesse et du froid…


    Certaines voix offrent des incursions dans le Death, accompagnées, par ailleurs de riffs de bon aloi. Je pense à « Anthropos Anathema ». On navigue entre Black et Death. Là, la rythmique y est volontairement bancale. C’est un fait, le travail de la batterie est intelligent. La fin du titre est enveloppée d’une orchestration qu’un Septicflesh aurait appréciée.


    Pénultième titre, « Elder Gods », vous cueillera à divers niveaux : ses passages au piano, l’orchestration touffue, et vers 3:00 ce chant clair à la voix façon Johan Edlung ou encore du groupe Embraced (sur le titre « The Beautiful Flow of an Autumn Passion »… sur l’album Amorous Anathema… tiens donc…)

    Et pour terminer en apothéose, « Ozymandias » qui, à l’instar du titre d’ouverture, vous offrira un florilège pour que vous puissiez garder en bouche et en oreilles l’album et tout le travail que Orbital Decay MMXXIV vous propose. Une forme de prière qui s’élève comme une volute d’encens, du papier d’Arménie qui nettoie les habitations des mauvaises ondes. Et tout à la fois, flotte un peu de Dimmu et de Morgul, avec ce petit côté piano Honky Tonk désaccordé.

    Alors oui, on a parfois des riffs et des plans qui peuvent nous sembler avoir déjà été entendus. Mais le tout est terriblement bien foutu. Et puis, merde, on passe un excellent moment à écouter cet opus qui, pour un jeune groupe – rappelons, création en 2023 ! -, est déjà bien réfléchi. Dans la cité idéale de la musique extrême, on sent les influences des ancêtres. Il reste juste à les digérer un peu pour prendre son envol. Car nul doute que Orbital Decay MMXXIV est un architecte à suivre au plus près.

    Tracklist :

    1. Brutalism
    2. Amen
    3. Drowned
    4. Anima Mundi
    5. Anthropos Anathema
    6. Elder Gods
    7. Ozymandias

    Line up :


    J – Composition, Musique, création design

    K – Écriture paroles.


    Guests :


    Misein – chant sur Brutalism et Amen

    Florian Desormière – chant sur Elder Gods et Ozymandias

    Nicolas Foucault – chant sur Drowned

    Romain Nobileau – chant sur Anthropos Anathema

    Soazig – Chœur sur Ozymandias

    Liens :

    https://orbitaldecayuniverse.bandcamp.com

    https://www.facebook.com/profile.php?id=61556767846604

    https://www.instagram.com/orbitaldecayuniverse

    https://www.youtube.com/@orbitaldecayuniverse

    https://www.lordalienoire.fr/orbitaldecaymmxxiv

  • Malkavian – Delusion

    Malkavian – Delusion


    Genre
    : Death/Thrash Metal… Mais pas que !
    Label : L’Ordalie Noire
    Sortie : 10/01/2025

    Note : 85/100 (Mémé Migou)

    Ce sont des enfants stars, vous savez, ces jeunes qui tournent tôt et connaissent quasi de suite le succès. Si on pense à la genèse du groupe comme à leur enfance, alors oui, ce sont des enfants stars qui, dès leur premier EP, November Ends, ont partagé la scène avec de grands noms. Ils ont connu de grandes scènes, le Motocultor, le Hellfest… De qui parles-tu Mémé ? Eh bien, de Malkavian, pour sûr !


    Et puis, après 2 Albums…

    8 Ans ! Vous vous rendez compte ? 8 Ans sans donner de leurs nouvelles… Bon, ce n’est pas tout à fait vrai… Il y a eu un EP de 4 titres, dont la moitié a été reprise pour ce Delusion. Ainsi que le single « Calling Out the Prophet ».

    D’un autre côté, il fallait bien tout ce temps pour entamer la mue du groupe d’un Thrash Groove Metal vers tout autre chose. Les enfants stars grandissent et évoluent pour ne pas s’ankyloser dans ces rôles qui ont fait leurs beaux jours, mais qui ne leur correspondent plus. Alors notre jeune groupe-là, il a fait de même. Il a grandi, il a vieilli et il a bonifié…

    Et en début d’année 2025, comme un retour de l’enfant prodigue (autant que prodige), Malkavian nous revient en pleine forme avec un 9 titres, Delusion et son nouveau look.


    Nouveau look à deux niveaux, le premier étant sa signature avec un label nantais, assez jeune, mais au roaster bien choisi, L‘Ordalie Noire. Nous ne serons pas étonnés que le second niveau soit celui du genre, comme un fute bien ajusté. Un skinny, une seconde peau.

    Et ça s’entend dès le premier titre de ce nouvel opus, « Calling Out the Prophet » qui, même si le premier cri, qui arrive après une fessée de batterie, reste marqué de l’accent Thrash, toute l’intro se fait sur un tempo plus lent que ce qu’on attend d’un Thrash Metal, plus lourd et sur une impression plus grave. Et c’est bien ce qui va tendre tout au long de l’album, on va naviguer sur des eaux troubles, bouillonnantes parfois, des rapides qui restent dans l’attitude Thrash des débuts, mais aussi des eaux plus tumul-tueuses. Car on a un réel virage Death mélodique, parfois même épique, appelant les auditeurs à les suivre dans cette épopée. Et cela ne s’arrête pas là, car on trouvera, dans le courant de l’album, des relents Black Metal, pour une ambiance très sombre. Dans l’interview qu’il nous a accordée avec Romaric, Nicolas, guitariste et cofondateur, nous parle également d’influences cold et gothiques, rajoutant encore à cette impression de noirceur et d’étouffement. Vous voulez un exemple, écoutez donc l’intro de « Life can’t be Undone »  ou encore « The Cold Place ». Attention, si vous avez le moral dans les chaussettes, ça ne va pas vous mettre du baume au cœur.


    Mais rassurez-vous, Thrashers invétérés, il reste encore des titres ou des passages typés de votre genre fétiche. Romaric, dans ses divers chants, offre encore des morceaux avec sa voix typée Thrash US, comme dans le second titre « Threshold of Death »… Également, avec le jeu de batterie. Néanmoins, Thrasher, il te faudra accepter d’emprunter d’autres chemins, au fil du voyage.

    Repartons avec cette 3ème piste, abordée plus haut, « Life Can’t Be Undone », qui nous terrasse de son intro au spleen évocateur. Le chant y est plus écorché. Et ce riff, en arrière-plan vers 1:55… Et cet autre, vers 2:20 qui apporte une touche Black… Et pourtant, vers le milieu du morceau, ni vu ni connu, on se retrouve avec cette impression de Death-Thrash où chacun aura droit de citer. On a le solo de la basse (son typé Darkglass) ou encore la guitare et son envolée vers 3:35. Sans excès. Jamais. Et l’air de rien, on revient sur un tempo plus lent et la mélancolie du début. Parfait !

    Romaric et Nicolas, lors de la release party au Cold Crash 15/2/25. Crédit : Mémé Migou

    Abordons un peu des riffs… Nous avons de très bons riffs qui seront étirés. Cependant, on ne s’ennuiera jamais puisque, mine de rien, Malkavian a cette intelligence de composition d’apporter de petites altérations qui va faire évoluer le tout. Par exemple dans l’intro du titre « The Cold Place » ou encore « Tormented Souls ». On garde encore, de temps en temps, un peu de groove sur les riffs, parfois même dans les breaks qui sont toujours efficaces. Cette respiration qui permet de se projeter dans la musique. Pour autant, cet aspect sera bien moins prégnant que dans les précédents albums. Les riffs sont bons et les soli de guitare… allez, écoutez donc « Devotion in Pain », vers 2:45, et vous comprendrez. C’est de la dentelle.

    Les titres vont s’enchaîner avec des colorations différentes. Entre ce qu’on avait l’habitude d’entendre chez Malkavian, mais avec des passages différents. Et puis d’autres à la coloration plus lourde. Écoutez-moi cette voix de Romaric dans « The Cold Place », vers 2:35. Mais quelle beauté ! Ce côté cold wave lui va comme un gant. On en redemande ! Surtout quand il s’énerve pour offrir des fins de phrases soit growlée soit plus saturée dans l’aigu. 


    La prod est moderne, touffue, laissant chaque instrument s’exprimer. Quant à l’artwork, il est assez étonnant pour un groupe qui, à la base, est libellé Thrash/Groove.Ça ça met déjà la puce à l’oreille….. Il est signé Newsalem.


    C’est un retour gagnant. Gagnant en maturité de groupe. Gagnant car l’album est une réussite. On peut certes survoler l’opus, mais un moment, l’oreille va être tirée façon “hop hop hop, viens écouter ça, toi” ! Et une fois que tu écoutes avec ton cerveau, tu te dis que c’est sacrément bien écrit. Mais le principal, c’est avant tout d’écouter avec ses sensations et de laisser parler ses poils. Delusion, c’est un album qui, au-delà des étiquettes Metal, va surtout être 45 minutes d’émotions variées, passant du pesant, du dissonant (« Devotion in Pain ») à la colère et à la tristesse.


    Le dernier titre, « Desperate All Out War », résume à lui seul tout ce qui a pu être dit. On a les poils dressés !

    Tracklist :

    1. Calling Out the Prophet
    2. Threshold of Death
    3. Life Can’t Be Undone
    4. Splattering the Wall
    5. The Cold Place
    6. Church of Violence
    7. Tormented Souls
    8. Devotion in Pain
    9. Desperate All Out War


    Line up :

    Nicolas Bel – Guitare

    Romaric Lamare – Chant

    Florian Pesset – Basse

    Martin Allas – Batterie

    Alexandre Arnout – Guitare


    Liens :

    http://malkavian.bandcamp.com/

    http://www.facebook.com/Malkavianmetalfr

    https://www.instagram.com/malkavian.band

    https://www.youtube.com/channel/UCA_6p0MJ2XTKKEovwj8tqjQ

    Retrouvez l’interview ici :

    Retrouvez le live report de la release party au Cold Crash ici :

  • CIRCLES OV HELL – Thus Began the Descent

    CIRCLES OV HELL – Thus Began the Descent

              

     Genre : Black Death Sympho
    Label : L’Ordalie Noire
    Sortie : 20 décembre 2024

    Note  : 90/100 (LB D)

         Trois ans après “Hope All Abandon”, Circles Ov Hell nous présente son deuxième album intitulé “Thus Began The Descent“. Le groupe Nantais, toujours composé de Damned à la basse, Alcinos à la guitare et Kratos au chant, accueille un nouveau membre en la personne d’Antoine Denis, qui rejoint l’équipe en tant que batteur. Formé à en 2018, les musiciens avaient pour idée de base de faire de Circles Ov Hell un groupe concept basé sur La Divine Comédie, l’œuvre de Dante Alighieri. Ce n’est pas la première fois qu’on entend parler de cette œuvre dans le domaine du Metal, mais la particularité ici, c’est que les paroles conçues par Kratos ne sont ni plus ni moins qu’une adaptation des textes originaux traduits en anglais. Le cantique consacré à l’enfer (les deux autres étant le purgatoire et le paradis) comprend trente-trois versets, autant vous dire que quelques albums supplémentaires seront nécessaires pour explorer en profondeur ce psaume dédié à la résidence principale de Baphomet et de ses acolytes. Alors que le premier album, publié en 2021, se composait des quatre premiers chants du Cantique et de l’arrivée de Dante dans les limbes. Le deuxième sera lui, consacré aux trois chants suivants, invitant à suivre notre héros accompagné de Virgile durant leur périple à travers les cercles de la Luxure, la Gourmandise et l’Avarice. Trois des sept péchés capitaux.

         L’album débute par une intro à base de chœurs symphoniques qui nous laisse le temps de nous familiariser avec le son. On rentre dans le vif du sujet dès les premières notes de “Minos”, et ça démarre très fort avec au menu un gros blast beat des familles accompagné d’un hurlement d’outre-tombe. S’ensuit une rythmique ainsi que des sections orchestrales à la fois énergiques et mélodiques, histoire de nous rappeler que Circles Ov Hell demeure avant tout un groupe de Black Death Sympho. La première surprise viendra du break fait d’orchestration et de chant démoniaque au sein du morceau, apportant ainsi une dimension plus progressive à la composition. À ma connaissance, ce type d’exercice est inédit de leur part, en tout cas, il n’est pas présent sur le premier album. Le thème musical du début sera repris pour conclure superbement ce premier titre, rappelant ainsi que l’influence majeure du groupe demeure celle des Norvégiens de Dimmu Borgir. Minos, c’est aussi le personnage de la mythologie grecque qui sera choisi pour orner la pochette de l’album. Cette magnifique œuvre d’art a été élaborée et dessinée par le talentueux Vincent Fouquet (Above Chaos). L’artwork représente le fils de Zeus à l’entrée des Enfers, et selon la mythologie grecque, c’est lui qui détermine dans quel cercle seront envoyées les âmes damnées pour y subir un tourment éternel.

         “The Infernal Hurricane”, lui, se distinguera par son riffing thrashisant et l’alternance du chant, oscillant entre le growl et le vociférant caractéristique du Black Metal. Deux invités de marque sont présents sur cette œuvre, apportant chacun à leur manière une petite pierre à l’édifice. Tout d’abord, Adèle alias Adsagsona, chanteuse dans le groupe parisien de Houle, incarnant ici le personnage de Francesca da Rimini. Pour la petite histoire, Francesca da Rimini est l’épouse de Giovanni Malatesta, elle entretient une liaison secrète avec son beau-frère Paolo Malatesta. Lorsque son mari découvre cette infidélité, il poignarde les deux amants. Dans la Divine Comédie, cette tragédie est transformée en un mythe sur l’amour interdit et la damnation éternelle. Adèle surprend son monde dans ce rôle, avec une prestation vocale qu’on ne lui connaissait pas avec sa formation initiale. Le chant clair dont il est question est plutôt théâtral et lui va comme un gant, apportant ainsi une dimension mystique et horrifique au morceau. Par cette performance, elle démontre également l’étendue et la richesse de son registre vocal. 

         Le deuxième invité n’est autre que Fred, le chanteur du groupe ACOD, dont la renommée n’est plus à faire. Nous avions déjà eu un aperçu de sa performance lors de la diffusion en avant-première du clip de « Ciacco ». Cependant, replacé dans le cadre de l’album, ce titre acquiert une nouvelle dimension, notamment grâce à la complémentarité des growls des deux chanteurs, engendrant de la sorte un supplément d’énergie.

         C’est une accélération du tempo qui nous attend sur “The Resurrection of the Damned” et “Plutus“, avec des synthés dépassant aisément les 120 BpM au moins, ils seront accompagnés dans cette  effervescence d’une batterie à la cadence effrénée (Bon sang, mais quel batteur ce Antoine Denis !) Il n’hésite pas non plus à ralentir le rythme le temps d’un break, afin de nous permettre de reprendre notre souffle. Ces deux titres sont influencés par Septicflesh, en particulier par ses chœurs masculins, véritable marque de fabrique chez nos Grecs préférés. “Plutus”, c’est peut-être aussi le titre le plus marquant et le plus dynamique de l’album, le refrain “Pape Satan” vociféré à maintes reprises par Kratos finit par vous ravager tellement le cerveau qu’on en arrive même par le chanter sous la douche. On ramène la fréquence cardiaque à une cadence plus soutenable avec “Avarice and Prodigality”, où l’on retrouve l’alternance du chant, avec cette fois-ci l’une des deux voix légèrement plus stridente sur la fin de morceaux, évoquant le Dani Filth de qui vous savez.

         En résumé, je dirais que Circles Ov Hell a brillamment réussi à passer le cap du deuxième album, confirmant ainsi tout le bien que je pensais de lui. Les titres se distinguent par leur identité propre et une plus grande diversité dans les tempos. Les dix titres se sont enchaînés à une vitesse folle et à aucun moment je ne me suis ennuyé. Je note également le travail remarquable sur les orchestrations et les parties symphoniques de la part de Nicolas Jeudy de Dark Fantasy Studio. Sans jamais tomber dans l’excès, elles sont parfaitement intégrées aux compositions et établissent un parfait équilibre avec les parties de musique extrême. Il est indéniable que des progrès significatifs ont été réalisés par rapport au premier album. 

          Malheureusement, son arrivée tardive dans l’année ne me permet pas de le classer dans mon TOP ALBUMS 2024, n’ayant pas eu le recul nécessaire pour l’analyser en profondeur. Mais est-ce réellement important après tout. L’essentiel, c’est d’avoir éprouvé un immense plaisir à l’écouter, à le décortiquer, à faire mes recherches sur la Divine Comédie afin de rédiger cette chronique. À un tel point que ce « Thus Began The Descent » m’a donné envie de redécouvrir l’œuvre de Dante Alighieri. Et si finalement, ce n’était pas ça le plus important ?

    Tracklist : 

    01 – Thus Began The Descent (Intro)

    02 – Minos 

    03 – The Infernal Hurricane 

    04 – Francesca Da Rimini 

    05 – Cerberus 

    06 – Ciacco 

    07 – The Resurrection Of The Damned 

    08 – Plutus 

    09 – Avarice And Prodigality 

    10 – The Muddy Marsh Of Styx 

    Line-up :

    Kratos : Chant / Acilnos : Guitare / Damned : Basse / Antoine Denis: Batterie

    Guests :

    Fred (ACOD) – Chant sur « Ciacco » / Adsagsona (Houle) – Chant sur « Francesca Da Rimini »

    Liens :

    https://lordalienoire.bandcamp.com/album/thus-began-the-descent 

    https://www.facebook.com/circlesovhellofficial

    https://www.instagram.com/circles_ov_hell/#