Genre : Black Metal
Note : 75, 80, 85, puis finalement 90 / 100 (LB D)
Label : Soulseller Records
Sortie : 21 Mars 2025
Aran Angmar est un projet musical lancé en 2020 avec la sortie du single intitulé “The Scion”, initié par deux musiciens : Maahes, guitariste et bassiste d’origine grecque, ainsi que Lord Abaghor, chanteur néerlandais. L’année suivante, le duo s’est rendu en studio afin d’enregistrer son premier album, Black Cosmic Elements, qui avait alors suscité un vif intérêt grâce à de bonnes critiques de la part de la presse spécialisée. Avec Atavism & Dying Stars, le groupe s’est davantage internationalisé en intégrant deux musiciens italiens à la section rythmique : Simone Esperti à la basse et Alessandro Cupici à la batterie. En 2025, Aran Angmar revient sous la forme d’un trio, suite au départ du bassiste, pour l’enregistrement de son nouvel album, le troisième en l’espace de cinq ans tout de même.

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Et quelle ne fut pas ma surprise lors de cette première écoute de ce Ordo Diabolicum. J’ai d’abord pensé à une erreur dans la transmission du presskit, mais après vérification, non, ce n’était pas un album de Rotting Christ que j’étais en train d’écouter mais bel et bien le nouvel album d’Aran Angmar. Mes premières impressions sont mitigées et le doute s’installe : mais que vais-je dire pour cette chronique ? Faut-il les démonter pour s’être Rotting Christianiser? Les accuser de s’être soumis aux exigences d’un gros label tel que Soulseller Records, garantissant ainsi un avenir prometteur ? Ou bien reconnaître qu’ils ont su habilement tirer parti de l’engouement actuel pour Rotting Christ tout en tentant de préserver leur propre identité ? De nombreuses questions demeurent en suspens. C’est pourquoi j’ai décidé de prendre du recul et de reporter la rédaction de cette chronique afin d’examiner la situation avec un jugement plus jugement plus éclairé.
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Bien que l’album débute tambour battant et de façon somme toute assez classique, cette approche très hellénique se manifeste dès le premier refrain, qui se révèle particulièrement mélodique et entraînant. Toutefois, le véritable point de discorde réside dans l’introduction des chœurs féminins, une nouveauté dans la discographie du groupe. Bien que surprenants au premier abord et potentiellement déconcertants pour ceux qui connaissent les albums précédents, Il convient de reconnaître que ces voix aux accents orientaux apportent une dimension mélancolique ainsi qu’un aspect grandiloquent aux compositions, en particulier sur le morceau “Aeon Ablaze” et durant la dernière minute du titre final “Vae Victis”. Ne voyons pas le mal partout non plus, hein !
D’autres passages nous rappellent clairement le pays d’origine de Maahes, et c’est encore sur “Aeon Ablaze”, avec cette introduction quelque peu énigmatique : elle évoque un rite chamanique, semblable à ceux que l’on pourrait observer dans une série télévisée ou toute autre œuvre cinématographique. On pourrait également mentionner l’atmosphère médiévale créée par la guitare acoustique sur le morceau mid-tempo “Hêlēl ben-Šaḥar”. Toutefois, la plus grande surprise réside dans le septième et avant-dernier titre, “Primordial Serpent”, qui intègre des instruments traditionnels. Exécutés avec maîtrise par Jarosław Niemiec, ces instruments rappellent parfois Nightfall sur Athenian Echoe. Ils enrichissent considérablement les passages purement Black Metal et permettent même de conclure la pièce par une longue séquence entièrement acoustique. Purée, on se croirait au cœur d’une fête folklorique en plein centre d’Athènes.
Par ailleurs, cette volonté de renforcer cette identité grecque bien plus chaleureuse peut également s’expliquer par un retour aux sources en matière de production. C’est le Sound Abuse Studio basé à Athènes qui a été retenu et, pour boucler la boucle, c’est Psychon, le guitariste de Septicflesh, qui a été choisi pour assurer le mixage et le mastering, en remplacement du Suédois Tore Stjerna .
Mais rassurez-vous, Aran Angmar n’a pas complètement renoncé à l’esprit des premiers albums. On le retrouve notamment sur le morceau éponyme ainsi que dans “Chariots of Death”, des lignes de guitare percutantes, ce chant agressif et cette batterie toujours judicieusement placée. Certes elle ne fait rien d’extraordinaire, mais elle contribue tout de même à rajouter du poids aux compositions, sans jamais vraiment prendre le dessus non plus.
Néanmoins, l’album me paraît bien plus mélodique qu’à l’accoutumée, avec des refrains accrocheurs et mémorables. Permettez-moi de citer deux titres pour illustrer mes propos : tout d’abord “Vae Victis”, dont la mélodie est si entêtante qu’elle pourrait aisément être chantée sous la douche ; ensuite, “Crown of the Gods”, qui nous transporte vers des contrées bien plus au nord, évoquant les ambiances vikings propres à Amon Amarth, notamment grâce à certains riffs et au chant de Lord Abagor qui présente une forte ressemblance avec celui de Jonas Hegg.
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Finalement, avec beaucoup de recul, mon opinion concernant cet album a considérablement évolué au fil du temps. Cette œuvre est passée d’une simple imitation de Rotting Christ vers une création riche aux sonorités raffinées, présentant des compositions nettement plus élaborées et des atmosphères plus diversifiées. Délaissant le Black pur et dur des deux premiers albums au profit d’un Black Metal épique plus dense, Il est indéniable qu’elle se révèle beaucoup plus accessible et attirera très probablement un public différent. En définitive, après de nombreuses écoutes attentives, j’ai fini par l’apprécier pour complètement l’adopter au final. Et puis, la morale de cette histoire, c’est qu’il faut parfois laisser du temps au temps avant de rédiger une chronique.
Tracklist :
01 – Dungeons of the Damned
02 – Aeon Ablaze
03 – Ordo Diabolicum
04 – Hêlēl ben-Šaḥar
05 – Crown of the Gods
06 – Chariots of Death
07 – Primordial Fire
08 – Vae Victis
Line-up :
Lord Abagor – Chant
Maahes – Guitares, Basse
Alessandro Cupici – Batterie
Guests :
Androniki Skoula – Chant sur “Aeon Ablaze“
Thyragon – Chant sur “Ordo Diabolicum”
Jarosław Niemiec Saz – Instruments traditionnels sur “Primordial Fire”
Liens :
https://www.facebook.com/AranAngmar
https://soulsellerrecords.bandcamp.com/album/ordo-diabolicum

