2025
Genre : Black Metal Expérimental / Sludge*
Note : 90/100 (Mémé Migou)
Label : Pelagic Records
Sortie : 17 Janvier 2025
Mourir**, la belle affaire.
Mais vomir, ô vomir…
Vomir des flots torrentiels
Le trop-plein cathodique, numérique,
Les tranches grasses de notre consumérisme
Toujours plus épaisses, toujours plus plus plus
Tout avaler, plus vite, sans même digérer
L’inFAUXrmation
Comment satisfaire l’insatisfait ?
Sinon en le gavant
Un foie gras d’acquéreurs compulsifs
Mais ces oies pas si blanches
Sont fières d’exhiber leur cirrhose sociétale.
Elles vomissent en gerbes et en chœur
Et dans leur HUBRIS s’entêtent aveuglément. ATIS….
Jusqu’à ce que la sanction tombe – NEMESIS…
La vengeance d’un corps en déroute
D’une Terre en reboot
Décadence, déchéance, Destruction – TISIS !
Movrir, la belle affaire… Une bonne dose d’Insolence pour conter et contrer ce cycle de la tragédie Humaine. Hubris, Atis, Nemesis, Tisis…
Le quatuor toulousain, composé entre autres de membres de Plebeian Grandstand et de Bruit ≤ , rentre droit dans le sujet, en hurlant en chœur « La folie, la foi, en Babylone… » Ah ! La grande prostituée, celle qui manie les langues à foison pour mieux vous perdre. La folie, la foi et l’orgueil, définition de l’Hubris. Movrir, bien que né en 2019, ne nous avait pas encore habitué à ce genre de chœur, harangue vénéneuse, populace aveugle, des voix encore et toujours plus. Mais cela sert le propos bien à propos ! Et déjà, au bout des 30 premières secondes du premier titre de cet EP, Insolence, on comprend que le son sera trituré, malaxé, retenu puis relâché… En cela, nous avons une œuvre quelque peu différente des deux premiers albums du groupe.
Vomir son dégoût de notre société de consommation… Il me revient à l’esprit un concert performance de VOMIR, qui opposait un bruit blanc et continu, sans la moindre variation, en harsch noise wall pour mettre au pied du mur les auditeurs et provoquer « le repli sur soi, l’époché (la mise en parenthèse) de ce qui nous entoure ». Oui, mais voilà, c’est compter sur nos paréidolies auditives. Et si la démarche m’avait alors intéressée, intriguée, j’en suis restée de marbre. Ce qui est loin d’être le cas dans ce titre « Hubris ». Loin de l’esthétique Vomir du « pas d’idées, pas de changement, pas de développement, pas de divertissement, pas de remords », Movrir nous offre un déferlement d’émotions viscérales. Changements de voix, de la fureur dans le son, du feu et du sang, de la pisse et des os, c’est sale, c’est rugueux, c’est… addictif au possible ! Antinomique, n’est-il pas ?!

Quand les précédents albums nous proposaient des œuvres plus typées Black Metal expérimental, avec ce son de guitare typique, la batterie à fond et ces voix hurlées qui n’étaient pas sans me rappeler les hurlements de Dark Tribe, que l’ami Russel m’avait fait découvrir, Movrir s’octroie avec Insolence, un EP qui rebat les cartes. Certes, on reste dans l’expérimental, avec des touches de noise, mais également des explorations plus « instrumentales », comme avec le second titre « Punitive ». Mais retour sur le titre d’ouverture où, après un début Griffonesque, on finit vers 3:00 par retrouver ces passages mélodiques qu’ils pratiquaient déjà auparavant.
« Hubris » est un titre fort, foisonnant, en complète adéquation entre sa définition et la musique qu’il propose.
En cela, il est bon de lui opposer un second titre qui semble plus épuré, mais avec une ambiance de folie. Au carnyx de Samuel Meric, cor celte utilisé pour la guerre, s’opposent des guitares agressives, des bruits blancs, une flûte (?)… « Punitive », une expédition sonore de quelque 2 minutes pour nous emmener vers une nouveau titre phare au nom révélateur, « Nemesis », non sans une fin en suspens.
Et c’est reparti dans la violence avec cette troisième piste de plus de 7 minutes. Nos oreilles seront à nouveau ballottées dans tous les sens, faisant de nos osselets des glaçons dans un shaker. Pour autant, dès 0:40, on revient sur une mélodie en tempo lent salie par les triturations sonores. Une fois celles-ci passées, on retrouve le Movrir des précédents albums, avec cette faculté à nous faire dresser les poils. Mais ne vous y trompez pas,, cela ne restera pas sain et sauf, les quatre nous emmèneront vers les mélodies tronquées, des accélérations rythmiques, des changements de voix sur une palette assez large.
Les 7 minutes ? On ne les sent absolument pas passer !
Dernière plage de l’EP, « Illusions », en écho à « Punitive », repart sur du grave, du lent, du cinématique, de l’ambiance, du jeu dans les sonorités, entre roulis des vagues qui s’échouent et mélopée éthérée, on est en suspension dans le Grand Néant… Et toujours ce son Crust qui dégringole de plus en plus. Sans parler de la voix d’outre-tombe qui nous appelle, qui nous rappelle que tout est dévasté ; un râle… On clôture sur une descente qui s’arrête brusquement, nous laissant pantois.
Certains diront que l’EP ne fait réellement que 2 morceaux, les 2 à tendance plus instrumentale étant dispensable. Dispensable ? Absolument pas. Au pire, à accoler aux deux autres. Mais même là-dessus, je ne suis pas cette voie. Pourquoi ? Parce qu’on navigue dans cette dualité entre des morceaux chantés et des morceaux instrumentaux (ou presque), entre prolifération, abondance et lourdeur cinématographique ; entre les grandes Hubris-Nemesis et les mineures Atis-Tisis… En cela, on y trouve l’intelligence de composition, alliée à un choix de production au son granuleux, noisy assumé.
Un EP qui ne surpasse pas « Disgrâce », mais le tutoie sans vergogne. J’en suis fan !
« Movrir, la belle affaire »… Oh oui ! La très belle affaire
***
*Il est question de Sludge quand d’autres parlent plutôt de Crust… j’ai fait mon choix sur ce dernier, et vous ?
**On trouve aussi bien Movrir que Mourir dans nos recherches et liens sur le net…
Tracklist :
01. Hubris
02. Punitive
03. Nemesis
04. Illusions
Line up :
Olivier Lolmède – Guitare, Chant / Alexandre Bérenguer – Guitare / Maël Pretet – Batterie / Théophile Antolinos – Basse
Guest : Samuel Meric – Carnyx sur « Punitive »
Liens :
https://www.facebook.com/movrir
https://www.instagram.com/movrir/
http://mourir.life/









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