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Möhrkvlth – Gwenjennoù an Ankounac’h (2026)

 Style : Black Metal

 Label : Antiq records

                        Sortie : 5 Mai 2026                        

 Note : 85 / 100 (LB D)

Purée… huit ans ! Il aura fallu attendre huit longues années pour que Möhrkvlth donne une suite à son excellent premier album A-dreñv ar vrumenn. Bon sang, ça fait long, huit ans, on n’y croyait plus, on pensait tous que le groupe était mort et définitivement enterré. Mais non, il est bien là, le Möhrkvlth 2.0. Exit tous les musiciens qui ont enregistré le premier opus, seul demeure le membre fondateur, Gregory Person, qui a dû s’atteler à recruter de nouveaux musiciens, ce qui explique en partie cette longue absence, je pense. Néanmoins, certains membres ne sont pas nouveaux, comme Sven Vinat (guitare) qui faisait déjà partie du groupe depuis un certain temps en tant que guitariste live. De mémoire, je crois même qu’il avait assuré la production du premier album. La section rythmique basse / batterie n’a pas été non plus trop difficile à constituer, puisqu’elle se compose de Florian Le Borgne et Galaad Biannic, respectivement bassiste et batteur des ex-Fallakr/Goatslave. Les deux musiciens sont également originaires du Nord Finistère et gravitent autour de Möhrkvlth en tant qu’amis du groupe.

Le plus difficile je pense a été de trouver un chanteur, un bon chanteur capable d’associer le chant typiquement Black Metal et la langue bretonne. Croyez-moi si vous le voulez mais une personne réunissant ces deux critères ne se trouve pas dans n’importe quel troquet et encore moins dans les coins de rue en Bretagne. Pourtant, ils ont finalement réussi à dénicher cette perle rare tant convoitée : l’heureux élu se nomme Mathieu Losq-Le Bars et demeure un parfait inconnu, du moins à mes yeux. 

   *

Après cette longue période d’absence et ce changement de line-up, j’abordais les premières écoutes avec une certaine appréhension mais j’ai rapidement été rassuré par ces premiers instants. Première observation, deux titres sont interprétés en français, ce qui représente en soi une évolution par rapport au premier album. Mais une question se pose déjà : doit-on s’attendre à une révolution à l’avenir ? Cependant, cela demeure un détail puisqu’il ne modifie pas fondamentalement la nature des compositions ; il faut véritablement tendre l’oreille pour percevoir ce changement. Il m’a néanmoins fallu un certain temps pour m’habituer à ce nouveau chant, que je trouvais parfois proche de la rupture, voire forcé sur certains passages. Toutefois, cela appartient désormais au passé car, avec le temps et de nombreuses écoutes, je me suis habitué et ces légers défauts se sont estompés. 

Il y a une chose avec laquelle j’ai du mal à me familiariser, c’est le son de la caisse claire qui, parfois, a le don de m’agacer car elle est mixée bien trop en avant. On finit par n’entendre qu’elle : “Va c’heriadenn”, “Noz ar re grouget“ et “Aux songes de l’hiver” en sont principalement impactés. Heureusement, cela ne me dérange que lors de moments bien précis. Nous ne sommes pas au niveau du son intempestif de la caisse claire de Lars Ulrich sur l’album St Anger, faut pas exagérer non plus.

Abordons les éléments que j’ai particulièrement appréciés dans cet album, dont la liste est assez longue finalement. Tout d’abord, tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la Bretagne mérite d’être souligné : le chant clair présent sur plusieurs morceaux apporte une identité bretonne assez prononcée et, de manière plus générale, donne une orientation Pagan aux compositions. J’approuve également ces petits samples qui nous rappellent notre belle région, tels que le bruit des vagues s’échouant sur les rochers ou encore cette bourrasque s’engouffrant dans les voiles. D’ailleurs, ce passage achève de fort belle manière cet album. 

On pourrait également mentionner cette remarquable illustration qui orne la pochette, réalisée par le batteur Galaad Biannic himself : elle représente un chemin qui nous emmène au loin, séparant d’un côté un champ apparemment gelé et, de l’autre, une forêt délimitée par une barrière. Au premier plan, on remarque ce calvaire, symbole emblématique que l’on retrouve en grand nombre à travers notre paysage et qui incarne à lui seul la Bretagne. Cet artwork est tout simplement magnifique et parfaitement en raccord avec ce titre d’album, car Gwenjennoù an Ankounac’h se traduit en français par : Le sentier de l’oubli.

Je savoure également le solo de guitare qui conclut parfaitement “Dindan gouloù ar c’hroajoù mein”  ainsi que les quelques riffs disséminés çà et là, rappelant agréablement le Heavy Metal des années 80 et, surtout, ça me rappelle ma jeunesse et cette vague de groupes français tels que Sortilège, ADX et consorts. Au même titre, j’apprécie l’enchaînement de l’interlude acoustique « Recueillement », à la fois mélancolique et romantique suivi de « Pour une couronne de chrysanthèmes ». Pas la peine de faire un dessin : les seuls titres suffisent à évoquer cette ambiance proche d’une messe funéraire. Tout cela me rappelle les Australiens d’Austère, C’est particulièrement bien réfléchi et ça ne s’invente pas.

Cependant, je suis convaincu que le point fort de cet album réside dans la qualité de ses mélodies. Aucun morceau ne se présente sans une ligne mélodique qui ne marque pas de son empreinte la composition. Chacune d’entre elles est remarquablement inspirée et mémorable, avec une mention spéciale pour celles de “Va c’heriadenn”, “Pour une couronne de chrysanthèmes” ou encore “Aux songes de l’hiver”. Attention, c’est possible qu’elles vous grignotent le cerveau et vous poussent à siffloter allégrement, même après l’écoute.

Avec cette galette, Möhrkvlth s’éloigne nettement du Metal Noir québécois prédominant sur l’album précédent. Bien qu’on en retrouve encore quelques bribes par endroit, l’orientation musicale est marquée par le Black Metal des pays nordiques en particulier, à travers une diversification des tempos parfois au sein d’un même morceau. Cette évolution mérite d’être soulignée et constitue, à mon humble avis, une vraie progression de leur part.

Certes, cette œuvre n’est pas parfaite (bordel, cette caisse claire !) Cependant, malgré ce petit défaut de fabrication, je lui trouve quand même beaucoup de qualité et je suis convaincu qu’elle contribuera à propulser le groupe vers une autre dimension à l’avenir. Ce Möhrkvlth 2.0 est assurément sur la bonne voie, et je ne peux que les encourager à poursuivre dans cette direction, notamment en valorisant cette forte identité bretonne ainsi que la personnalité affirmée qui s’en dégage. Vous savez… cette fameuse personnalité qui permet de reconnaître un groupe dès les premières notes.

   *

J’ai pris grand plaisir à rédiger cette chronique, bien que cela ne soit ni une tâche aisée ni simple, surtout lorsque l’on connaît plusieurs de ces musiciens. Bon, ceci étant dit, j’espère deux choses maintenant : d’abord ne pas attendre huit ans avant d’avoir un successeur et, surtout, de les voir enfin sur scène prochainement. En effet, je suis maudit à ce niveau-là, à chaque fois que j’ai tenté d’assister à un concert de Möhrkvlth, celui-ci a été annulé pour diverses raisons, souvent légitimes et compréhensibles. À l’heure où j’écris cette chronique, une première date vient de tomber et, cette fois, c’est moi qui serai absent. Quand je vous dis que j’suis maudit avec ce groupe.

Titres : 

 01 – Dindan gouloù ar c’hroajoù mein

 02 – Va c’heriadenn

 03 – Recueillement

 04 – Pour une couronne de chrysanthèmes

 05 – Noz ar re grouget

 06 – Aux songes de l’hiver

Line-up : 

Florian Le Borgne – Basse

Galaad Biannic – Batterie

Grégory Person – Guitare, Chant

Mathieu Losq-Le Bars – Chant

Sven Vinat – Guitare, chant

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