Genre : Avant-Garde Metal
Note : 80/100 (WvG)
Label : Holy Records
Sortie : 28 Février 2025
Misanthrope… Que j’aime à faire entendre ce nom utile aux sages, et pi c’est tout… Ce groupe français dans la sphère métallique depuis plus de trois décennies, bientôt quatre, est inclassable (ou alors dans les bacs de chez Virgin/FNAC dans la catégorie « Dark/Doom/Death » tant même les vendeurs de galettes ne savaient où mettre leurs opus), si ce n’est en tant qu’« avant-garde ».
Leur point d’ancrage initial, la référence au Misanthrope de Molière a évolué entre temps, faisant des bisous tout doux et léchouilles saphiques à l’œuvre de Baudelaire dans IrréméDiable, des à-côtés avec le side project Argile (également mené par le duo Philippe « SAS de l’Argilière » Courtois et Jean-Jacques Moréac mais dans un registre musical différent bien que proche), deux récents albums de reprises et remakes de précédents morceaux (Bâtisseur de cathédrales : Les fissures de l’édifice, EP assez détonant et étonnant, puis Les Déclinistes), un live Immortal Wars in Eden (officiel cette fois-ci, pas le bootleg du coffret Recueil d’écueils).
Il va de soi que je ne ferai pas l’analyse et la chronique des dix précédents albums studio de Misanthrope – allant de l’assez bon à excellent, et je reste subjectif – parce que ce n’est pas le sujet du jour : aujourd’hui, en 2025, on approche Death Ascent, le nouvel album du quatuor français et surtout francophone, qui a sa patte et joue de cette identité dans le paysage métallique français et international.
Il se faisait attendre, du moins JE l’attendais, ce nouvel album de compositions nouvelles !
Et…
Et merde…
Pas un nouvel album de nouvelles compos mais un nouvel EP de reprises ou remakes…
Mais POURQUOI ?!
Déjà, pourquoi mon « merde » : parce que ça fait depuis Alpha X Omega (2017, donc, le « assez bon » évoqué plus haut) que j’attends de nouvelles œuvres voire chefs-d’œuvre (Libertine Humiliations, Misanthrope immortel, IrréméDiable, mes « excellents » ci-dessus) de la part du groupe qui m’a mis le pied à l’étrier de l’étalon « élitiste » du Metal extrême (avec le morceau « 1666… Theatre bizarre » sur une compilation, Hate over Blood, trouvée hasardeusement et à prix très modique pour l’époque dans les bacs de l’Audito – c’est dire si ça remonte, même le nom de l’enseigne qui voulait concurrencer la FNAC n’existe plus depuis belle lurette –, les fameux « Dark/Doom/Death »). Oui, je redonde dans cette chronique, mais c’est pas moi qu’ai commencé, hein !
Bien ! Passé ce moment coup de gueule, on retire la casquette et le t-shirt de fanboy et on redevient pragmatique pour entrer davantage dans le sujet.
*

Couronné d’un artwork classieux, une peinture de Jean Delville datée de 1903 intitulée L’homme Dieu, cet « album » est, pour commencer et mettre à plat, un EP de huit pistes pour quarante-deux minutes, réalisé par des professionnels aguerris. C’est indéniable, que ça soit de l’exécution parfaite et carrée au mixage/mastering fait aux Morrisound Studios à Tampa, ceux derrière les albums de Death – le titre de l’EP était un indice pas subliminal, la reprise en titre d’ouverture de « Lack of Comprehension » du Human de ce même groupe en étant la confirmation – avec aux potards LE Jim Morris qui donne son nom aux studios idoines. Je ne cache pas que ma préférence dans les albums de Death va à Symbolic mais chacun ses goûts quant au choix du morceau à reprendre et, après tout, ce morceau est annonciateur de ce qu’allait être Symbolic.
Comme amuse-gueule, il y a pire : cette reprise de Death est parfaite. Trop… Calquée, même, avec la différence d’énergie liée au fait que le grain de Misanthrope, même approchant et respecté, n’est pas celui de Death. Je comprends l’idée de faire un hommage mais dans ce cas, pourquoi faire le même ou quasi sans rien apporter (quand une reprise de Mylène Farmer, aussi improbable soit-elle, amène quelque chose de différent) ? Un cahier des charges ? La « patte blanche » montrée au tenancier des lieux ?
*
Je le subodorais à la lecture des titres des morceaux (celui de l’album ne définit rien vraiment), tous en anglais : Misanthrope a mis de côté son identité francophone quand c’est ce qui faisait sa particularité, qu’on adhère ou pas d’ailleurs. Cependant, dépoussiérer, c’est parfois pertinent. Eu égard au « Hater of Mankind » qui s’ensuit, toujours aussi nerveux et acéré que l’original de 1991 mais franchement moins crado niveau son et nettement plus intelligible, particulièrement sur la partie de batterie ici jouée par Gaël Féret.
Pour avoir poncé Misanthrope immortel et en connaître quasi chaque note, je réagis directement aux premières de « Emperors of the Void », ou « Les empereurs du néant » en VF… quasi identique, hélas, morceau toujours parfaitement exécuté mais, sorti de la VENG et de l’ajout de quelques changements de patches (de claviers) et d’ajout de fills de guitare par Anthony Scemama, ainsi que de cordes incisives en arrière-plan, rien de bien changeant.
Le constat est un peu similaire aux précédents sur la version 2025 de « 1666… Theatre bizarre », avec un son plus léché et donc plus intelligible, particulièrement sur les lignes de basse de Jean-Jacques Moréac, toujours aussi technique et pointu dans son jeu. Là, c’est vraiment par nostalgie que je vais dire que je préfère la VO, parce que celle-ci est tout à fait convenable, avec des choix assumés de jouer plus sur le légato que le staccato aux guitares. Les quelques petits changements sur l’outro sont intéressants (supprimer la seconde guitare pour mettre en relief la lead accompagnée de nappes, la variation harmonique) mais – je ne sais plus avec qui on parlait de ça récemment – le fade out de fin m’a manqué, et on n’en fait plus assez, je trouve.
S’enchaine une reprise de Atheist, « Piece of Time » ; à l’image du « Lack of Comprehension », c’est une reprise quasi identique et parfaite à l’original, avec le son de Misanthrope.

Ensuite, « Legacy of Leprosy », une version du « Deus puerilis », un titre datant initialement de la période Deus Puerilis*. Enfin, une fois encore la version 2025 est nettement plus audible, même si je trouve le son vintage plus intéressant. Chacun discutera du choix de supprimer les psalmodies grégoriennes d’intro mais de mettre en filigrane des chœurs masculins en backing sur le milieu de cette version : c’est le vrai choix de cette mouture.
S’il y a des morceaux « madeleine de Proust » sur lesquels je suis tatillon, que j’adore, qui font partie de mes « hep, hep, hep, pas touche ! », c’est bien celui-là : « L’envol ». Ici, intitulé « Omega Flight », chantée en VENG, la version proposée est une fois encore tout à fait correcte et intéressante sous différents aspects (les sons synthétiques modernisés), mais je la trouve surchargée sur les couplets par rapport à l’originale.
L’EP s’achève sur « Diabolical Lamentations », donc « Les lamentations du Diable » en VO. Pour le coup, si on omet la VENG – je préfère la VF, sans nul doute –, le choix de mettre en avant la partie orchestrale dans l’arrangement est nettement plus judicieux dans ce cas et c’est un bon choix de morceau pour clore cet opus.
Cet EP est probablement un petit plaisir que se (nous ?) fait Misanthrope, axé sur son amour pour le Death Metal tant dans le choix des reprises que des versions restaurées et l’empreinte du genre dans ces morceaux. Je ne cracherai évidemment pas sur le travail fait en amont et, j’imagine, la sensation d’accomplissement que de se dire qu’on a enregistré à Tampa, le berceau d’un sous-genre qui nous a suivi pendant tant d’années.
Le non-initié y trouvera son compte pour la découverte du groupe, certes : sur le papier, cet enregistrement est d’une carritude exemplaire et efficace (et pour cause, c’est une des nombreuses qualités de Misanthrope depuis des décennies, probablement ce qui fait sa longévité) et le son est chiadé, eu égard à la qualité fournie pour que toutes les conditions soient les meilleures dans le (sous-)genre. Les morceaux sont forcément intéressants, puisque représentatifs de ce que propose Misanthrope, avec sa patte compositionnelle unique. Pourtant je ne peux que regretter que cet EP ne soit pas un CD bonus de coffret édition spéciale… d’un vrai album tout beau tout neuf, avec plein de nouvelles idées Misanthrope-proof mises en musique. Et, si les titres des productions du groupe laissent des indices comme supposé plus haut, on enquille « oméga », « fissures », « déclin » et « mort », ça ne sent pas bon… J’espère que l’avenir me donnera tort. Et je ne veux pas « préparer mon âme au pire des cauchemars » donc, Misanthrope, « Créateur du Mal, je t’en prie, redonne vie au néant ».
[NdlA : cette chronique a été réalisée avant l’interview du groupe, certains éléments prennent leur explication dans celle-ci. Par honnêteté et mise en condition d’auditeur sans ces informations, le choix a été fait de ne pas transformer la chronique initiale, ce qui ne changerait pas grand chose à l’appréciation positive quoi qu’il en soit – lien vers l’interview, ici : Interview – Misanthrope – Memento Mori Webzine]
* »Pour être exact, il s’agit du premier titre composé juste après les 5 titres du split CD Hater of Mankind et juste avant les 4 titres de Deus Puerilis » – Dixit S.A.S de l’Argilière
Tracklist :
1 – Lack of Comprehension (Tribute to Death) (3:41)
2 – Hater of Mankind 2025 (6:02)
3 – Emperors of the Void (5:40)
4 – 1666…Theatre Bizarre 2025 (5:46)
5 – Piece of Time (Tribute to Atheist) (4:21)
6 – Legacy of Leprosy (6:03)
7 – Omega Flight (5:35)
8 – Diabolical Lamentations (4:55)
Line up :
- Jean-Jacques Moréac – Basse
- Anthony Scemama – Guitares
- Gaël Féret – Batterie
- Philippe Courtois de l’Argilière – Voix
Liens :
https://www.facebook.com/misanthrope.official









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