Le sujet de l’enfance dans le Metal
à lire, savourer, commenter…
Un billet de WvG

Photo actu.fr
Les métalleux aiment les enfants. Toujours certainement moins qu’un pédophile ou un membre du clergé, ce qui est limite un pléonasme, mais plus qu’un personnel du corps en saignant sur lequel on aurait testé le couteau en céramique, la minute de silence et le sempiternel « on va faire quelque chose pour vous… des moyens supplémentaires ? Nooooon faudrait pas déconner : on va interdire l’abaya, c’est plus urgent ».
Engeance désirée ou conséquence malheureuse d’une soirée un peu trop arrosée à la 8.6 lors de la clôture d’un festoche, la « maladie d’amour » de neuf mois va grandir, s’agripper à vous tel un parasite et il va bien falloir gérer le fruit de vos entrailles pour qu’il ne devienne pas un sauvageon chevelu qui se fait des permanentes et écoute de la musique de barbare en spandex et veste à patches cloutés, déjection de Metal hurlant et de Billie Eilish.
Le sujet concerne tant le Metal et ses griots que les autres styles musicaux, certes, soit par instinct de reproduction, génétique et cortex reptilien agissant de pair, soit parce que le besoin irrépressible d’assouvir ses besoins naturels – je parle de ken, pas de caca – s’est fait sentir avant l’haleine imbibée de binouze bon marché. Aussi ceux-ci ont une approche toute particulière de l’enfance, avec des biais divers et variés.
Petite sortie scolaire, garantie sans arme blanche ni victime ou dommage collatéral, si ce n’est votre approche de l’enfance et son bien-être… et du vôtre, tant qu’à faire.
Le sauvetage dans un immeuble en feu, c’est comme l’agression sexuelle : les femmes et les enfants d’abord ! Et d’abord, puisque les femmes pourraient être un sujet à part entière d’article – peut-être le sera-ce ? – occupons-nous des enfants. Oui, occupons-nous de nos enfants. Enfin occupez-vous de vos affaires, déjà, et de vos enfants. Et donnez-leur de la nourriture, de l’eau, un placard sous l’escalier où loger en leur laissant le vain espoir qu’une chouette bourrée leur apportera une lettre pour aller dans un grand château avec un vieux monsieur qui leur fera des tours de passe-passe (« Et hop ! Sans les maiiiins ! »). Mais surtout, diversifiez leurs écoutes. Si l’école ne peut résoudre tous les problèmes, c’est qu’il y a un problème qui vient de l’extérieur de l’école ; aussi, proposez-leur de la musique, qui n’adoucira pas les mœurs mais peut servir de vecteur pédagogique. Tiens, au hasard, prenez une thématique sur l’enfance et faites une playlist de chansons de Metal qui parle des enfants ; vous pourrez discuter avec eux poésie, linguistique, géopolitique… bref, des trucs qui emmerdent les enfants mais qu’ils sont bien contents d’avoir appris des années plus tard quand ils participent à un jeu télé qui leur permet de gagner mieux qu’un Petit Larousse Illustré… ou éventuellement leur permettra d’avoir un job en adéquation avec leurs ambitions car vous aurez éveillé leur curiosité et leur sens naturel et inné du second degré – normal, ce sont vos enfants, de métalleux, donc théoriquement doués de second degré… hein ?
Commençons par ces chansons qui parlent des enfants sous des aspects les plus directs… puisque dans le titre.
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Avec « Children of the Grave », pour débuter cette partie, on rebondit pé-da-go-gie ! C’est l’occasion rêvée pour leur expliquer Black Sabbath, considéré comme pionnier du mouvement et de la trademark « Heavy Metal », du « vieux continent » … vous savez, celui sur lequel pissent les vieux incontinents outre-Atlantique qui lui attribuent cette épithète… Tiens, l’occasion de parler géopolitique avec vos mômes, de surcroît.
Restons en Angleterre puisque la perfide Albion nous a gratifié aussi d’un autre groupe fer de lance, de la nouvelle vague présentement, j’ai nommé Iron Maiden. Passez-leur « Children of the Damned », ça vous offrira sur un plateau l’abordage de l’Histoire puisque le groupe a offert à son public tant d’occasion de la découvrir, ne serait-ce que par son nom en référence à la Dame de Fer, miss Maggie.
« Children of the Sun » vous permettra d’aborder l’écologie avec elleux, pour peu qu’iels soient non binaires. Ça vous fera également une porte d’entrée pour évoquer la carrière de Judas Priest et leur dire combien c’était mieux avant, jusqu’à Painkiller… enfin Jugulator pour moi… mais bon, Painkiller ayant été enregistré en France – on entend limite le taux d’alcoolémie au Saint Emilion sur les enregistrements – autant en profiter pour faire un peu de chauvinisme [NB : leur expliquer ce qu’est le chauvinisme, une mauvaise foi indéfendable face à l’indéfendable… leur expliquer aussi au passage ce qu’est une anaphore, une épanode et une concaténation, ils feront des high scores au Scrabble chez Mémé].
Si « Dead Boy’s Poem » de Nightwish n’est pas le point d’accroche le plus godelurant de votre éducation positive, ça vous ouvrira la porte maléfique de la philosophie et de la morale : un enfant, ça meurt. Ça meurt parce que c’est une victime, ça meurt de maladie, ça meurt par choix… ou ça meurt de ne savoir s’exprimer… Ce « poème » en est donc la « lettre d’amour à personne » sauf à la musique. Quitte à traiter du sujet musical, profitez-en pour parler organologie avec l’orchestre symphonique, une sorte de « Guide de l’orchestre pour les jeunes » de Benjamin Britten mais, si vous vous en sentez les épaules, à raconter en finnois.
« Le monsieur avec la tronche bizarre mais rigolote qui te propose des bonbons, même s’il ne fait que chanter Smells like Children, tu n’acceptes pas les bonbons… » Oui, la pédagogie, c’est aussi la prévention, prévention qui n’a pas forcément lieu que dans un cadre extérieur mais un cadre domestique. Si tonton fredonne « je suis l’homme tout nu qui touche à ton corps », c’est qu’il a une culture musicale parodique passéiste ; s’il se met à le faire, là, faut intervenir. Ma proposition : rebondir pédagogie… et apprendre à votre petiot.e à faire rebondir sa pointure 32 sur les burnes du monsieur. Oui, la pratique sportive, c’est aussi du bien-être pour l’enfant, et c’est pas Françoise Dolto qui me contredirait… Oui, d’accord, c’était la maman de Carlos donc on repassera, mais ai-je dit quelque part que celui ou celle qui propose des pistes de réflexion est forcément exemplaire ? Oui ? Non. Voilà. Bref, ça évitera également que votre enfant devienne un émo ou, pire, un fan de JuL. Ceci dit, il aurait aussi pu tourner néométalleux en un temps – pas si – lointain [je ne suis pas vieux et je vous emmerde : les 90’s, c’est pas si loin !] et faire du KoRn. Appréciez cependant le résultat d’une éducation où papa a voulu découvrir la beauté intérieure de son fiston et demandez-vous si vous souhaitez la même chose pour le vôtre…
Intégrer Children of Bodom à votre cursus pédagogique, c’est aussi le bon moment pour leur parler du Nord… Pas celui où l’on parle bizarrement et se nourrit de curieux tubercules passés deux fois dans de l’huile bouillante [NB : profiter de l’instant pour aborder aussi la diététique] mais de celui de l’Europe, cette région enclavée entre la peur de l’ouverture à l’UE et la peur de la fermeture à l’URSS, la Finlande. La géographie et la géolocalisation sont aussi des bases pour savoir se dispenser d’outils numériques et cartographier des espaces dans sa tête… méthode Montesori avec la préhension et la spatialisation, mais en version plus hardcore. Ça pourrait éviter à votre enfant de se retrouver malgré lui ou elle à visiter malencontreusement un endroit où il ou elle n’est pas le bienvenu.e, comme une réunion de l’Amicale du KKK si tu es noir.e, un CA de Tesla si tu es chicano, une barmitsva chez un dirigeant israélien si tu es gazaoui et n’a pas prévu de transformer les restes de ta maison en VVF sous aval US… Les exemples sont de plus en plus nombreux, semble-t-il, je doute d’avoir assez de place et de métaphores pour développer plus sans être soit barbant soit déprimant – et pis j’ai plus ni Xanax ni corde à vous fournir, donc bon…
Si « The Kids aren’t allright », c’est pas forcément parce qu’ils sont HPI… des fois, ce sont simplement des petits connards parce qu’ils ont de qui tenir. Néanmoins, vous pourrez aborder avec eux le pourquoi de l’existence du punk, même s’il s’agit ici de sa version « no future but partytime quand même ». Expliquez-leur que le punk, initialement, chiait sur le système plus que sur le ventre de votre pote pour filmer, diffuser sur un RS quelconque – tant qu’à faire un sans filtre au nom du sacro saint Premier Amendement – et en faire marrer d’autres sur un fond de rire gras et guttural. Nous voici donc du côté de Venice Beach, son surf, ses nanas en bikini et son punk californien avec son engeance, puisque c’est littéralement ce que signifie « The Offspring » et les rêves déçus eux également sont abordés dans cette chanson.
Soyez un parent digne de moralité, diffusez-leur « 18 and Life » de Skid Row pour leur remettre les pieds sur terre : la vie, ça tue, autant quand c’est toi qui es du côté de la détente et que tu butes un autre gosse que quand tu es du côté du canon. « Accidents will happen » qu’y disaient…
« Un peu d’amour, un coin tranquille pour les enfants de l’an deux mille » chantait Lââm… C’est vrai qu’on met souvent beaucoup d’espoir en eux et qu’on leur souhaite le meilleur, tout le bonheur du monde et que quelqu’un leur tende la main… Même si parfois ça sert d’argument à sa propre défaite face à l’état du monde et ses propres rêves déçus et ambitions déchues, c’est toujours mieux de leur faire écouter une chanson empreinte d’espoir que de leur donner un Magnum 45 et les envoyer jouer « à la balle » dans la rue.
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« Heading for Tomorrow » de Gamma Ray… « Where will the children go… tomorrow? » Peut-être inviteront-ils tous ceux qui leur ont pourri leur futur à se donner la main et… sauter du haut d’une falaise ? Une idée comme ça, qui évite de stipuler le conduit anal et l’intromission de tout objet contondant dans son for intérieur pour un papier qui se veut pour petit et grands enfants… il ne tient qu’à nous et eux de ne pas se fourvoyer en faux espoirs…
Dans « Bless the Child », Nightwish – oui, encore – vous invite à donner de l’espoir aux enfants et ne pas se fourvoyer en faux-semblants… « Remember, my child, without innocence the cross is only iron », souvenez-vous aussi de votre propre innocence et de la désillusion qui s’en est suivie, quand vous avez compris que le Père Noël n’était qu’une vaste fumisterie, à l’image de l’oreille attentive et surtout attentiste des énergumènes à qui vous donnez votre voix et votre foi…
Si « When the Children cry » n’est pas leur plus connue, White Lion en son sein vous propose de donner une couleur à votre émotion… et donc d’écouter le pourquoi l’enfant pleure… et lui expliquer pourquoi malgré votre bonne volonté vous et vos semblables ont merdé et leur laissent un champ de ruines… Mais bon, ils sont l’avenir, ils peuvent rebâtir, même s’il leur faudra plus de temps que pour la vantardise d’un président face aux sponsors d’une grande église que face à ceux qui se saignent pour donner une enfance décente à leur descendance… « Then the new world begins » …
Si je sors un peu des clous rouillés métalliques, c’est évidemment pour lancer le cri de la muette, pour parodier le titre du bouquin d’Emmanuelle Laborit, un cri inaudible lié également à l’espoir et au risque des montées des fascismes, tendance qui à le vent en poupe, un vent bien nauséabond… Ce n’est pas faute d’avoir prévenu… Et je vais donc de ce pas, placer un oldies but goodies de derrière la vague psyché. Ça parait loin, hein ? Un truc de « ieuv » … Et pourtant, ça ne reste que trop d’actualité, à savoir dans tout l’album – pas américain – The Wall, particulièrement leur « Another Brick in the Wall », des Pink Floyd…
Il n’y a pas d’âge pour débuter le Metal. C’est pourquoi certains artistes prennent les devants avec des chansons enfantines ou des covers pour les pioupious. C’est d’autant mieux que si jamais vous pensiez vous faire chier à les emmener à un concert type Chantal Goya ou Dora, the Musical, au moins vous pourrez leur apprendre à gérer la flexion-extension de leurs cervicales sur du gros son. Et puis… vous trouvez pas ça meugnon, une poupette sur les épaules de son papounet, son casque antibruit vissé sur les oreilles, en train de faire des horns ? On finira donc ce divertissement éducatif avec les chansons destinées aux enfants… pour en faire vos dignes successeurs !

[Hellfest Kids 2024] -photo de Le Parisien
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Hevisauraus, ou comment aborder la paléontologie avec vos explorateurs en herbe, peut-être pas encore dopés à Jurassic Park. Sont forts, ces finlandais : faire chanter des chansons par des dinos ! Je plains quand même tout autant les être vivants en déliquescence à l’intérieur des costumes sous un cagnard en open air… Nota 1 : c’est pas en Finlande qu’on doit le plus cuire à l’étuvée. Nota 2 : avec le dérèglement et le réchauffement climatique, pas dit que mon Nota 1 soit vraiment encore valable…
Helldebert, aussi connu par les enfants et leurs darons sous le nom d’Aldebert, auteur-compositeur-interprète de chansons destinées au Premier Âge, pas celui des Terres du Milieu mais du rampant qui a fini par prendre son équilibre et vous poser des questions à la con pour laquelle la réponse « va demander à maman » reste la plus sage… En aficionado de Metal, il paraissait évident qu’à un moment il passerait du côté obscur pour proposer à son doppelganger maléfique de prendre la parole et la six-cordes électrique pour envoûter les plus jeunes et les inciter sournoisement à faire comme maman et papa : des doigts ! enfin, l’index et l’auriculaire, de fait. Naturellement, c’est le papa qui parle, le papa qui s’occupe des enfants malgré ses défauts… et ça donne des choses amusantes sur Enfantillages 666.
On ne pouvait décemment pas passer à côté du trop fameux « Let it go », en versions multiples. Cette chanson disneyenne vous a pourri la tête à force de l’entendre bramée par des charmantes têtes blondes défoncées au sucre ? Trollez-les en retour avec les covers greuh greuh… ou pourrissez vous-mêmes cette génération de futurs parents en faisant ouïr à leur descendance ces versions qui leur rappelleront des souvenirs.
La pédagogie et la découverte en symbiose vous permettront d’aborder au plus tôt la saturation non pas des données mais des guitares tout en leur apprenant les 3R basiques de l’éducation anglaise (Reading wRiting aRythmetic) : même les chaînes télé ou média s’y sont mises, en voici donc un exemple pour revoir vos bases.
Aussi pour continuer sur cette lancée, je vous invite à apprendre le calcul avec du gros son, celui originel de Drowning Pool et cette adaptation pour les tout-petits trop choupinous.
« Faites des gosses… » Je ne sais pas si je dois vous présenter cette sentence comme une injonction ou un soupir de désolation. Quoi qu’il en soit, sarcasme ou tentative de repeuplement, si c’est trop tard et que vous en avez déjà, faites ce qu’il faut pour leur éviter de devenir des sales connards ou des assassins, par acquit de conscience ou simplement parce que, que vous soyez ou pas un « bon » parent, vous aurez fait de votre mieux…

[L’afghane aux yeux verts, Steve McCurry]









