Catégorie : Chronique

  • Dödsrit /  Nocturnal Will  (2024)

    Dödsrit /  Nocturnal Will  (2024)

    Genre : black metal / crust
    Label : Wolves of Hades
    Sortie : 22 mars 2024

    Note :   95/100 (Seblack)

    Dödsrit c’est au départ le one man band du Suédois Christoffer Öster qui avait composé les deux premiers albums de l’entité sous ce format. Depuis le line-up s’est étoffé pour atteindre quatre membres et permettre au groupe de présenter sa musique sur scène.

    Suivant Dödsrit depuis ses débuts, j’en ai toujours apprécié la musique débordante de feeling avec ce black metal habité par un fort backgound punk/hardcore mélodique. Sans refaire la discographie du groupe on retrouve dans chacun des albums de Dödsrit une énergie folle faite d’un chant éraillé, de mélodies accrocheuses, d’accélérations et de break ravageurs. 

    Pour ce quatrième chapitre intitulé « Nocturnal Will », et sortant de nouveau chez Wolves of Hades, quelques changements, et non des moindres, nous attendent.

    Logo

    Pour la première fois, l’artwork ne représente pas une scène de la nature, ou pas seulement disons. Tout en reprenant des teintes proches de « Mortal Coil », on voit un chevalier à genoux dans la neige et faisant face à une forêt dont on ne sait si elle est dans la brume ou détruite par les flammes.

    Anecdotique ? Peut-être pas tant que cela tant cet artwork résume finalement assez bien la démarche de Dödsrit sur « Nocturnal Will » avec à la fois une nette évolution musicale tout en conservant les principaux marqueurs du groupe.

    Non Dödsrit n’a pas renoncé à ce blackcore ultra mélodique et habité par une énergie punk/crust fracassante. Chacun des titres présentés ici va contenir ses doses d’énergies explosives et ses breaks permettant une brève respiration avant un nouveau déchaînement musical. En cela la musique et l’identité de Dödsrit restent parfaitement reconnaissables. « Nocturnal Will » n’est donc pas une révolution au sens strict du terme.

    Néanmoins un souffle réellement nouveau parcourt ce quatrième album et chacune des compositions qu’il contient. Cela tient notamment à des ambiances à la fois très épiques et mélancoliques qui nous ramènent à ce chevalier qui orne l’artwork. 

    Les six compositions semblent en effet former le récit d’une épopée. Quel en est le sujet ? Contre qui ces combats? Pourquoi ? L’absence des paroles au moment d’écrire ces quelques lignes ne me permet pas de le dire. Mais quiconque écoutera cet album devinera que “Nocturnal Will”  nous raconte une histoire avec ses moments où la tension monte petit à petit, et d’autres où celle-ci va se déchaîner. Souvent aussi on sent que la musique reflète la place laissée aux doutes, aux souvenirs, à la mélancolie. Cela est tangible par le biais de passages où le tempo et les mélodies prennent des formes beaucoup moins enragées avec une coloration que l’on pourrait presque qualifier de médiévale. 

    Certaines lignes ne manqueront pas d’étonner les amateurs de Dödsrit avec parfois des incursions qui ne sont pas sans évoquer la NWOBM notamment sur la seconde partie du titre « Noctural Fire » ou l’instrumental «  Utmed Gyllbergens Stig ». 

    Car c’est là une autre des surprises de ce quatrième opus que de proposer deux compositions sans chant dans sa partie centrale. L’une acoustique avec « Ember and Ash », la seconde, déjà citée, étant plus électrique. Deux compositions qui semblent laisser la place à la remémoration des souvenirs dans des atmosphères plus volontiers intimistes et mélancoliques.

    La dernière partie de l’album laisse de nouveau la place à deux longs titres haletants avec toujours cette richesse de composition nous faisant voyager dans un univers faits de montées émotionnelles, de tempêtes ravageuses et d’accalmies promptes au vague à l’âme.

    Définitivement, ces nouveaux visages adoptés par Dödsrit peuvent surprendre…positivement. Personnellement, si Dödsrit m’avait servi un quatrième album dans la stricte lignée des trois précédents, cela ne m’aurait pas dérangé le moins du monde ; quand bien même je sentais qu’avec « Mortal Coil » le groupe semblait avoir été un peu moins inspiré et avait peut-être fait le tour de la question. Mais plus encore, j’apprécie quand un groupe s’éloigne un peu de sa zone de confort tout en conservant l’essentiel de ce qui a fait son identité.

    Or « Nocturnal Will » s’inscrit précisément dans cette démarche d’un renouvellement intelligent, à la fois rafraîchissant et stimulant, aussi bien pour ses créateurs que pour l’auditeur. Ce quatrième album parvient avec maestria à conserver la rage et l’énergie des opus précédents tout en y glissant nombre d’éléments lui permettant de se mouvoir dans un univers encore plus vaste.

    « Nocturna Will » surprend, mais il surprend dans le bon sens avec des compositions inspirées, pleines de nouveaux motifs musicaux, de rebondissements. Tout en évoluant, le groupe a su conserver intacte sa capacité à transmettre ses émotions, qu’il s’agisse aussi bien de cette rage ou de cette mélancolie qui affleure partout dans sa musique.

    Avec ce quatrième opus Dödsrit montre que la formation n’est pas de celle qui propose toujours la même recette. Alors quand bien même les formules précédentes étaient très bonnes, la nouvelle s’avère excellente car Dödsrit nous cueille à un endroit où on ne l’attendait pas forcément au départ. Pour peu que le groupe parvienne à venir jouer sa musique dans nos contrées un de ces jours, et la satisfaction sera absolument totale.

    Tracklist :

    1. Irjala (10:37)  

    2. Nocturnal Fire (08:03)

    3. Ember and Ash (00:44)   

    4. Utmed Gyllbergens Stig (04:32)   

    5. As Death Comes Reaping (10:44)  

    6. Celestial Will (08:29)  

    Line-up : Christoffer Oster – Guitare, Chant / Georgios Maxoris – Guitare, Chant / Jelle Soolsma – Basse / Brendan Duffy – Batterie.

    Liens :

    https://dodsrit.bandcamp.com/album/nocturnal-will

    https://www.facebook.com/DODSRIT

    https://www.instagram.com/dodsrit_official/

    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/1ZR1y4fCztcaoliwAIbEAb?si=qy9qBEpmTTybUS–Eg-lQg&nd=1&dlsi=eb789c03170a488f

  • LVME  – Of Sinful Nature  (2024)

    LVME  – Of Sinful Nature  (2024)

    Genre : Black metal
    Label : NoEvDia
    Sortie : 16 février 2024

    Note :   90/100 (Seblack)

    LVME est de ces formations dont les membres nous sont inconnus. Quelques noms ressortent bien ici et là mais cela reste à l’état de supputations. Le groupe pratique un black metal d’obédience occulte, tout du moins fortement marqué par cette veine ésotérique et ritualiste.

    L’anonymat dans ce style de black metal n’est pas rare, on rappellera le cas récent de l’entité Aset, par exemple. La démarche est somme toute cohérente même si leur label n’est peut-être pas toujours du même avis quand il s’agit de promouvoir le dit album.

    Parlons un peu du label qui a jeté son dévolu sur LVME : il s’agit de No Evangelium Diaboli  (ou NoEvDia pour les intimes). Une maison bien connue pour abriter Deathspell Omega et d’autres groupes très qualitatifs (Funeral Mist, Misþyrming…). Un label qui n’a, par ailleurs, pas l’habitude de signer des groupes à tour de bras, privilégiant la qualité à la quantité. Donc forcément, le fait que NoEvDia se penche sur LVME n’a pu qu’attiser un peu plus encore ma curiosité pour cette formation.

    Bon ceci étant, le black occulte ou orthodoxe, appelez cela comme vous voulez, c’est de moins en moins ma tasse de thé. Trop de groupes, trop d’albums semblables les uns aux autres. Attention, ce n’est pas un genre que je n’aime pas, j’ai simplement tendance à me montrer un peu plus difficile et à ne pas m’emballer outre mesure.. Pourtant qualité et technicité  sont souvent de mise dans ce genre exigeant, mais l’adhésion sans réserve est de moins en moins présente et ces productions ont une forte tendance à finir dans les limbes de mon esprit.

    Pourtant, tel ne sera pas le verdict pour ce deuxième album de LVME qui réussit là où beaucoup d’autres ont échoué ces dernières années. Pourquoi? Parce que d’emblée le groupe parvient à proposer une musique qui accroche l’oreille. Non qu’elle soit facile ou racoleuse, loin de là ; mais dès les premières notes de « The Venomous Fire », on ressent ce petit déclic qui fait que la porte s’ouvre et que l’on s’y engouffre volontiers. Cela tient à la puissance de l’instrumentation à la fois massive et toute en clarté . Cela tient aussi au chant tout à fait prenant par la conviction que son auteur parvient à transmettre. La qualité de la production est également à souligner, laissant respirer chacun des instruments tout en donnant à l’ensemble une cohérence et une efficacité redoutable. 

    On a ainsi la possibilité de déguster les cinq compositions dans leur globalité autant que de porter son attention sur les mélodies, les légères dissonances, les circonvolutions de la basse, le chant glacial ou sur cette batterie qui donne bien plus que la cadence et s’avère être un instrument à part entière.

    Outre la sonorité générale de l’album, le groupe sait par ailleurs amener ces mêmes respirations dans ses compositions avec de courtes transitions entre chacun des morceaux, quelques chœurs masculins par ci, quelques voix féminines par là, mais jamais dans l’excès, tout en finesse. Les breaks ou les parties plus atmosphériques que l’on va trouver sur un morceau comme « Without Light nor Guide » ne dérogent pas à la qualité de l’ensemble. Là encore LVME se distingue par cette capacité à proposer quelque chose qui est à la fois très travaillé tout en sonnant de manière naturelle. 

    L’un dans l’autre, les trois quarts d’heure de « Of Sinful Nature » passent comme d’un rien et sans cette désagréable impression de s’ennuyer. Est-ce le timbre du chanteur ou certaines ambiances musicales ? Toujours est-il que cet album est parvenu à captiver mon attention autant qu’avait pu le faire les Islandais Sinmara par exemple. LVME nous offre ici un album de haute volée et donc hautement recommandable.

    Tracklist :

    1. The Venomous Fire (09:36)  

    2. Strix rêverie (05:44)  

    3. Without Light nor Guide (09:13)  

    4. Into Ashen Stone (10:43)  

    5. Obenaus und Nirgends an! (09:28)  

    Line-up : anonyme

    Liens :

    https://lvme.bandcamp.com/album/of-sinful-nature

  • Etoile Filante  /  Mare Tranquillitatis

    Etoile Filante  /  Mare Tranquillitatis

    Genre : Black Metal Atmosphérique
    Label : Northern Silence Productions
    Sortie : 1er mars 2024

    Note : 75/ 100 (Seblack)

    Né en 2014, le groupe français Etoile Filante ne s’était plus manifesté musicalement depuis 2020 et son premier album «Magnum Opus Caelestis», déjà sorti alors chez Northern Silence Productions. En 2024, revoilà donc le quatuor de retour avec un deuxième opus intitulé « Mare Tranquillitatis ».

    Il est parfois de bon ton de reprocher aux groupes actuels de ne rien proposer de bien neuf, de ne pas sortir assez du rang pour se distinguer de la masse des sorties estampillées black metal. Voilà un grief que l’on ne pourra formuler concernant la musique et l’univers développé par Étoile Filante depuis ses débuts.

    Comme son nom l’indique le groupe se place dans une thématique cosmique, celle-ci étant largement suggérée par l’utilisation abondante de nappes de synthétiseur. L’autre marqueur fort d’Étoile Filante est de lier cet élément à la mythologie grecque. Pour « Mare Tranquillitatis », le quatuor fait principalement référence à la cité de l’Atlantide. C’est d’ailleurs probablement cette cité engloutie qui figure sur l’artwork dans des couleurs et un graphisme relativement proche de ce que le groupe avait proposé sur son premier album. La lecture de la tracklist finit de confirmer la place de la cité des Atlantes avec, par exemple, un hommage au recueil de nouvelles fantastiques « Poseidonis », de l’écrivain américain Clark Ashton Smith, écrit dans les années 1930-40.

    Ce mélange entre futur et passé, on le perçoit dans les lignes de synthétiseur évoquées plus haut mais aussi avec l’utilisation d’un des plus anciens instruments électroniques : le thérémine. Créé dans les années 1920, cet appareil a notamment été utilisé dans les films des sciences fictions des années 1950. Il apporte, sans nul doute, à la musique d’Étoile Filante une certaine patine qui peut évoquer ce pan du cinéma tout aussi bien que certaines séries d’animations japonaises des années 80 qui aimaient, elles aussi, mélanger passé mythologique et sciences fictions.

    A cette bande sonore assez particulière, le groupe associe un black metal que l’on pourrait qualifier de progressif dans le sens où la musique se développe selon une progression narrative faite de circonvolutions qui parfois prennent le temps de se dérouler tout en se montrant plus appuyées à d’autres. Si on ajoute à cette formule un chant au timbre très amer, la musique de « Mare Tranquillitatis » s’avère aussi étonnante que l’était celle de «Magnum Opus Caelestis». Durant ces années, on sent aussi que le groupe a peaufiné sa formule et parvient à proposer un ensemble de compositions plus fluides et doté d’un son plus travaillé encore.

    Au-delà de ces quelques remarques, il est assez difficile de trouver les justes mots pour décrire la musique de ce deuxième album. Très personnellement la musique d’Étoile Filante m’évoque quelque chose qui serait au croisement de K Amon K et de Monolithe. Le premier pour la partie black avec des structures progressives et surtout le chant. Le second pour les synthétiseurs et le côté cosmique.
    Après ce n’est qu’un vague ressenti mais ce qui est certain c’est que l’on est pas ici face à un black metal atmosphérique ordinaire. Comme pour le premier album, il m’a fallu un peu de temps pour totalement me familiariser avec les nappes de clavier. Mais au fil des compositions et des écoutes ce sentiment un peu mitigé s’est largement dilué pour me laisser porter dans l’univers bien particulier du groupe, au point d’y revenir avec une certaine délectation.

    Pour ceux et celles qui suivaient déjà le groupe, ils ne seront pas totalement surpris par le contenu de « Mare Tranquillitatis » qui se situe dans la continuité de son aîné. Pour les autres, l’étonnement sera certainement plus important dans le bon sens ou le mauvais car les choix faits par le groupe en matière d’instrumentations peuvent autant plaire que déplaire. Dans tous les cas, voilà un album qui ne devrait pas laisser indifférent.

    Tracklist :

    1. Sur les stèles des soleils entrevus, ou le châtiment de Neptune (10:55)
    2. Fragments de Poseidonis – d’après Atlantide de Clark Ashton Smith (08:20)
    3. Mare Tranquillitatis (02:05)
    4. La traversée (04:02)
    5. Naufragés de l’océan d’Onyx (08:01)
    6. Le vent des éternels (06:27)

    Line-up : Einsiedler – Basse / Phobos – Chant / Chazoul – Guitares, synthétiseurs, thérémine / Kryos – Batterie.

    Liens :
    https://etoilefilante-northernsilence.bandcamp.com/album/mare-tranquillitatis
    https://www.deezer.com/fr/artist/83920992?autoplay=true
    https://www.facebook.com/Etoile.Filante.France
    https://www.instagram.com/etoilefilante_blackmetal

  • Corpus Diavolis  /   Elixiria Ekstasis (2024)

    Corpus Diavolis  /   Elixiria Ekstasis (2024)

    Genre : Black Metal
    Label :
    Les Acteurs de l’Ombre Productions
    Sortie :
    15 mars 2024

    Note : 80 /100 (Seblack)

    Corpus Diavolis est de retour. Deux ans et demi après le flamboyant « Apocatastase » le groupe nous convie à un nouveau rituel entièrement tourné vers cet univers sataniste et ésotérique qui est le sien. Pour ce cinquième opus intitulé « Elixiria Ektasis », la formation du sud de la France a renouvelé son pacte avec les Acteurs de l’Ombre Productions.

    Se pencher sur un album de Corpus Diavolis ne peut se résumer à simplement parler de musique. C’est aussi une expérience esthétique et philosophique où ces différents éléments sont réfléchis et liés entre eux. Pour «Elixiria Ektass», le groupe se montre toujours aussi ambitieux puisant la quintessence de son travail dans, je cite : «la sexualité féminine divine, la femme libérée en tant qu’initiatrice, en union mystique avec le Chaos. Elle lève haut son calice et offre son sang, l’Elixir de l’Extase. La bestialité, poussée à son paroxysme, se manifeste dans sa pureté, puis se métamorphose en nappes d’ambiance psychédéliques, en basses fréquences progressives et en chants sacerdotaux, pour former les parchemins sur lesquels sont inscrites les visions et les formules complexes d’un Esotérisme Charnel Satanique».

    Particulièrement dense, cette description vient confirmer que pour Corpus Diavolis, le black metal est bien plus qu’une musique et le satanisme bien plus qu’un simple affichage. Sans nul doute, le groupe fait partie de ceux qui embrassent cet univers avec une conviction inébranlable et un niveau d’exigence et de connaissances toujours plus élevé.

    L’artwork réalisé par l’artiste chilien Kerbcrawlerghost ne manquera pas d’interpeller également, quitte à susciter l’opprobre des puritains, que l’on parle ici d’individus ou des algorithmes qui sévissent sur divers réseaux sociaux. Toujours sur le plan visuel, le groupe continue d’affiner et de ciseler son univers comme en témoignent les photos et vidéos qui accompagnent la sortie de «Elixiria Ektasis». Un univers que le groupe conserve autant que possible pour ses prestations en concerts remarquables par leur esthétique très travaillée.

    Afin d’aller au bout des choses, Corpus Diavolis a enregistré ce nouvel opus au Dæmonicreation studio, le mixage et le mastering ayant été, une nouvelle fois, confié à George Emanuel du Pentagram Studio à Athènes.

    Nul doute donc «Elixiria Ektasis» ne peut se concevoir autrement que comme une expérience rituelle à la fois musicale, visuelle et philosophique ponctuée de différents moments que Corpus Diavolis développe sur neuf titres pour près d’une heure de musique.

    Passé le nécessaire moment d’introduction, le groupe enchaîne sur un black des plus occultes. Guitaristiquement et vocalement, on est dans univers connu mais qui a encore gagné en finesse et en nuances avec de multiples transitions, des passages de chant scandés et bien sûr des chœurs. Ces traits on les retrouve sur l’ensemble de l’album mais avec une infinité de variations selon la couleur dominante que le groupe entend donner à chacune des compositions.

    «Elixiria Ektasis» sera ainsi traversé de titres aux ambiances assez différentes. Le déchaînement et la frénésie habiteront ainsi « Key To Luciferian Joy » ou « Vessel Of Abysmal Luxury ». L’occulte saura se faire plus reptilien sur des compositions mid tempo tout aussi prenantes comme «Carnal Hymnody». L’aspect pleinement ritualiste se manifestera à diverses reprises notamment dans les pistes les plus longues qui laissent la part belle à des sonorités de synthé, de chœurs ou de sitar, pensons à «Cyclopean Adoration» ou au très riche final «Chalice of Fornication».

    Mais bien évidemment, on ne saurait résumer l’album à une simple succession de compositions tantôt rapides ou plus atmosphériques. Ces nuances, Corpus Diavolis les amènent au cœur de morceaux tout en contrastes et en reliefs qui font de « Elixiria Ektasis » un album riche de multiples nuances de noirceur. Certains pourront toujours reprocher à cet opus quelques longueurs mais ce grief est hors de propos par rapport aux intentions artistiques du groupe qui est justement de donner vie à un véritable rituel.

    Conséquent et travaillé dans ses moindres des détails, Corpus Diavolis délivre avec ce cinquième chapitre un album très abouti. Peut-être est-il un peu moins accrocheur que ne l’était «Apocatastase», encore que cela se discute, mais il est surtout beaucoup plus dense par la multiplicité de ses nuances qui en font un album qui s’apprécie autant dans l’immédiateté que sur la durée.
    Tel Satan assoiffé de connaissances, le groupe poursuit de la plus belle manière son cheminement sur les sentiers du black metal et l’occultisme, à chaque sortie il s’enrichit et abreuve toujours un peu plus son auditoire sans jamais dévier de son cap.

    Tracklist :

    1. His Wine Be Death (07:52)
    2. Key to Luciferian Joy (05:16)
    3. Carnal Hymnody (06:08)
    4. Cyclopean Adoration (09:59)
    5. Vessel of Abysmal Luxury (07:48)
    6. The Golden Chamber (05:03)
    7. Menstruum Congressus (04:46)
    8. Enfleshed in Silence (01:09)
    9. Chalice of Fornication (09:59)

    Line-up : Daemon Creator – Chant, Synthétiseurs / Analyser – Guitares / Funeral – Basse / King Had – Batterie / Martial – Chœurs.

    Liens :
    https://corpusdiavolis.bandcamp.com/
    https://www.deezer.com/en/artist/13546445?autoplay=true
    https://www.facebook.com/CorpusDiavolis
    https://www.corpusdiavolis.com/
    https://www.instagram.com/corpusdiavolisband/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/3Ek2lLBUgcbcse2JUMbxEr

  • Cryptic Process / Human Snack

    Cryptic Process / Human Snack

    Genre : Brutal death metal
    Label : Crypt Of Dr.Gore/Drowning in Chaos Records
    Sortie : 15 Décembre 2023

    Note : 90  /100 (Mémé Migou)

    9 Titres pour 33 minutes de Brutal death… Laissez-moi vous dire que dans les faits c’est :

    1/ Brutal

    2/ Technique

    3/ Très grind friendly

    4/ D’une efficacité redoutable


    Que le procès de Cryptic Process commence !

    Mesdames et Messieurs les jurés, je vais, tout au long de ce discours qui, à votre jugement sera panégyrique ou à charge, réquisitoire ou plaidoyer, synthétiser les faits qui m’amèneront à vous exposer ma conclusion.

    Si le moindre doute persiste, mesdames et messieurs les jurés, n’hésitez pas à vous replonger dans le dossier auditif, écouter par vous-même et faire votre propre investigation. Mais il me faut malgré toutes ces précautions vous préciser que je ne suis l’avocate d’une partie, pas plus que celle de l’autre, simplement un organe sensoriel qui tente de percer à jour leur propos.

    Je souhaitais, en guise d’entame, vous présenter les deux personnes qui se trouvent dans le box des accusés. Mais accusés de quoi, messieurs-dames ?! Accusés d’avoir commis un excellent premier album ! Regardez donc ces minois aux sourires angéliques, eh bien sachez qu’ils cachent bien leur jeu ! Un premier album ? Vraiment ? Oui, mesdames et messieurs les jurés, un réel premier album sous le pseudonyme de Cryptic process ! Car avant cela, leur casier auditif comporte déjà quelques lignes : Heresy, Goryptic (tiens tiens, vous remarquerez la marque -yptic à l’œuvre). Et ce fait, c’est pour le duo Ugo et Dam. Car nous pouvons allonger la liste avec chacun une ligne supplémentaire, Trepan’Dead pour le premier et Unsu pour le second.

    Comme vous venez de le découvrir, nous n’avons pas affaire à de jeunes premiers qui découvrent la vie. Les accusés, si vous aviez encore quelques doutes, avaient cette volonté de commettre ce Human Snack. Oui, on peut parler de préméditation !

    Si on s’appesantit quelques instants sur cette dernière notion, nous pouvons scinder le mot en méditation/cogitation et pré/avant. Et, en effet, on sent bien que tout cet effort a été bien réfléchi, un vol à l’étalage qui sera construit note après note, morceau après morceau.


    Entrons dans le vif du sujet… Pouvons-nous d’ores-et-déjà dégager une accusation ? La réponse est encore oui ! Vous, les jurés, ne vous y trompez pas. Ils vous vendent leur produit comme du brutal death, mais en réalité – et le passé du duo aurait dû vous mettre la puce à l’oreille -, on a une grosse touche de grind et une bonne dose d’enrobage technique. Oui oui oui, je vous entends déjà hurler « objection, votre Honneur ! », je vous concède que le genre veut ça aussi. Comme quoi, nous naviguons bien en eaux troubles. Et je vous le dis haut et fort, parfois, il est bon de ne pas savoir ce qu’il y a sous nos pieds, juste se laisser bercer par les flots de la confluence des genres. Ça bouillonne, ça fait jacuzzi. Qui n’aime pas ces petits massages sensoriels ? Qui ? Une accusation qui pourra donc être facilement balayée par les bienfaits qu’elle apporte.

    Exposons quelques faits, si vous le voulez bien. J’ai pu consulter l’avis d’un expert. Il confirme ce que je pressentais, savoir que nous sommes bien dans du brutal death bien technique. Et dès le premier titre, « From Your Shackles… », nous sommes mis à genoux par ce riff mitraillette qui sied parfaitement au genre.

    Autre fait notoire, à la différence d’un morceau de grind qui va vous passer dessus comme un rouleau compresseur à la vitesse d’un cheval au galop, ici, les morceaux prennent plus de temps. On navigue entre 2:40 et 5:51 pour les longueurs extrêmes. Entre ces deux pistes, nous avons essentiellement des morceaux en moyenne de 3 minutes. Sauf que Cryptic Process ne va pas pour autant prendre son temps. Il va plutôt le mettre à profit. Reprenons « From Your Shackles… », et exposons quelques faits allant en ce sens :

    1. à 1 minute, nous avons déjà un premier gros ralentissement, quand d’autres groupes n’en seraient encore qu’à la fin de l’intro du morceau. Ici, nous sommes en plein dans le vif du sujet.
    2. Vers 1:30 entre en jeu un peu de grunt. Mais attention, l’esprit de ce grunt n’est pas façon pig squeal. Plutôt une forme de son électro qui fait partie intégrante de la musique. Un grunt qui , souvent, suit la rythmique.
    3. 10 secondes plus tard, la voix se fait plus blackisante.

    Notre expert me souffle à l’oreille qu’on peut comparer ce jeu de voix avec celui de Julien Truchan.

    1. De nouveau un bon gros break vers 2:21, avec un jeu de guitare façon dodécaphonique.


    La deuxième piste « … To the Dawn of Omnicide » poursuit sans quasi rupture le titre d’entame. On a cette alternance des trois techniques vocales, notamment aux alentours des 45 secondes. Une vraie démonstration de la facilité pour Dam de varier ses voix, de passer de l’une à l’autre. D’ailleurs, les breaks jouent souvent avec les voix, qu’on retrouve par moment doublées (vers 4:00, par exemple). Et il me faut bien vous avouer, messieurs-dames, que le tout n’écorche pas les oreilles. En cela, il nous faut saluer la production qui a réussi ce tour de passe-passe de garder l’esprit « tornade dans la gueule », tout en offrant aux sons une forme de rondeur qui adoucit sans amoindrir le propos.

    Ne vous y méprenez pas, ça tabasse sec et le tout est d’une efficacité sans nom, notamment avec ce tapis de double alternant avec des blasts. Vers 1:50, toujours sur cette deuxième piste, c’est la guitare qu’il nous faut saluer avec ce solo en « branlage de manche » digne de ce nom.

    Les morceaux n’ont aucune perte de motivation, de temps morts. En règle générale, le duo va jusqu’au bout du propos, jusqu’à la dernière seconde, relançant souvent la dynamique et la vitesse par un nouveau riff pour clore le débat brutalement. N’oubliez pas, messieurs-dames les jurés, que nous sommes dans du brutal death !

    N’oublions pas également les sons de régurgitation en veux-tu en voilà. On en trouve sur plusieurs morceaux, non sur tous. C’est le cas, de « Oniomaniac ». Mais ce titre met en exergue un nouveau fait : dans les phases de ralentissement ou d’accélération, nous avons une dichotomie écartelante entre une guitare qui offre des riffs ou des soli en accélérant le tempo alors que le reste ralentit la cadence et vice versa. Notre expert usera, pour ce morceau, du superlatif « PUNITIF ».

    Nous pouvons rajouter, au fil de l’écoute de Human Snack, une quatrième technique utilisée par le chant : le ska. Voilà, je crois que nous pouvons dire que la panoplie est complète.

    Parlant de panoplie, le jeu des guitares est assez phénoménal. Elles usent du swipping et de riffs dissonants, comme sur « Awakening Before This » qui sera le morceau de bravoure pour tout le monde. La partie instrumentale, guitares et programmation, en colle partout. C’est terriblement complet, foisonnant, comme dans beaucoup de groupes de tech death. Et c’est peut-être un petit point noir. Car il nous faut une attention et une écoute soutenues pour aborder ce Human Snack. Et…. la basse est noyée complètement dans le mix. Y a-t-il d’ailleurs une basse ?!

    Voilà, Mesdames et Messieurs les jurés, il est temps pour moi de vous offrir ma conclusion. J’aurais pu détailler plus encore, tellement il y a matière à dire. Mais il ne faudrait pas que vous soyez noyés de précisions.

    Dans la durée, l’album est ce que je considère comme excellent. Un très bon riffing, de la dissonance, de la double et du blast viennent soutenir le jeu des diverses techniques vocales. Pas une seule minute de perdue, Human Snack est du genre rentre dedans et le fait très bien. Très bonne production que je prendrai plaisir à réécouter sans me lasser.

    Le verdict est à vous !


    Tracklist :

    1. From Your Shackles…
    2. … To the Dawn of Omnicide
    3. Oniomaniac
    4. Obvious Eschaton
    5. Social Network Suicide
    6. Awakening Before This
    7. Bleat
    8. Egregor
    9. Human Snack

    Line-up : Dam – Chants / Ugo – Guitares, Programmations

    Liens :

    https://crypticprocess.bandcamp.com/

    https://www.facebook.com/crypticprocess

    https://www.instagram.com/crypticprocess/

    https://www.youtube.com/@crypticprocess

  • Astral Spectre – Ars Notoria (2024)

    Astral Spectre – Ars Notoria (2024)

    Genre : black / heavy metal
    Label : Northern Silence Productions
    Sortie : 2 février 2024

    Note : 70/100 (Seblack)

    Astral Spectre est un projet solo de Tenebros, musicien originaire d’Allemagne, il est également le chanteur et guitariste de Mournful Winter.
    Il a fondé Astral Rape en 2020 et après une démo en 2021, son premier album est sorti sur le label Northern Silence Productions en 2022. Un album singulier qui s’éloignait déjà volontiers du black metal pur et dur pour évoluer dans un univers mélangeant autant le métal noir, le heavy metal sauce NWOBHM que des sonorités très seventies.

    Pour ce deuxième opus, toujours chez Northern Silence Productions, pas de changement notoire, Astral Spectre enfonce le clou et ancre peut-être un peu plus encore sa musique à la charnière des années 70 et 80. Pour l’occasion il retrouve son complice du premier opus en la personne de Befana, de nouveau invité sur le titre éponyme avec des sonorités de clarinette et de flûte.
    Le mélange est assurément étonnant et peu commun. Honnêtement, je pense qu’on aime ou qu’ on déteste mais on ne peut guère rester indifférent face à un tel attelage musical.

    A titre personnel, et plus que la dimension black metal, c’est le côté très NWOBHM qui m’a frappé et séduit avec ces mélodies de guitares me ramenant à l’album Killers de Iron Maiden et à toute cette époque. Eh oui ça ne nous rajeunit pas dites donc. N’empêche, cette filiation avec cette période du heavy metal est frappante. Concentrez votre attention sur les mélodies de guitares c’est loin d’être déplaisant.
    Les sonorités d’orgue Hammond nous emmènent encore un peu plus loin dans le temps des seventies. Là par contre je bloque davantage. Je n’en dirai pas beaucoup plus à ce sujet car de manière totalement subjective j’ai toujours eu une sainte horreur de cet instrument ; sans savoir exactement pourquoi d’ailleurs. Disons que sur “Ars Notoria” ’il apporte un cachet supplémentaire à une musique qui n’en manquait déjà pas.

    Le chant, lui, se place davantage dans la sphère extrême. On peut parler de chant black mais là encore avec un petit tour dans le passé. Pour décrire cette voix caverneuse et assez gutturale parfois, on peut remonter à la charnière des années 80 et 90 avec des intonations qui rappellent aussi bien le chant black de cette époque que les voix death / thrash. Quelques intonations du chant de Tenebros m’ont parfois évoqué celui de David Vincent sur les premier Morbid Angel mais dans un rythme beaucoup plus mid tempo.
    Passé l’étonnement, cette curieuse alchimie musicale s’avère plutôt intéressante avec ses résonances occultes voire psyché. L’album est assez concis, ne souffre pas de longueurs rédhibitoires et la curiosité faisant son petit effet, on pousse assez facilement le bouton replay.

    Après comme mentionné plus haut, le style pratiqué est tellement singulier qu’il pourrait s’avérer clivant : les uns détesteront, d’autres adoreront. De mon côté je me situerai à mi chemin saluant l’audace d’Astral Spectre avec une musique sortant vraiment de l’ordinaire et pleine de clins d’œil à des périodes pour lesquelles j’éprouve toujours une petite pointe de nostalgie. Ah si seulement j’aimais l’orgue Hammond…mais sans lui Astral Spectre ne serait plus tout à fait Astral Spectre.
    Si vous êtes curieux, allez jetez une oreille et même deux sur « Ars Notoria », à coup sûr il ne pourra pas vous laisser indifférents.

    Tracklist :

    1. Spellbreaker – 04:45
    2. Gypsy Witch – 03:52
    3. The Magician’s Horse – 04:19
    4. Possessed by Ancient Spells – 05:31
    5. A Sign in the Sky – 06:59
    6. Ars Notoria – 06:02
    7. Floating Through Time – 07:21
    8. Sigil of Zagan – 03:26

    Line-up : Tenebros – Tous les instruments et le chant.

    Guest : Befana – Clarinette, basse flûte

    Liens :
    https://astral-spectre.bandcamp.com/music
    https://www.facebook.com/OfficialAstralSpectre
    https://www.instagram.com/astral_spectre/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/01WoYykKR

  • Anthropovore – Parthénogénèse

    Anthropovore – Parthénogénèse

    Genre : Black Metal… mais pas que
    Label : France Black Death Grind
    Sortie : 9/02/2024

    Note : 90/100 (Mémé Migou)


    Notre mère qui êtes sur terre, que ta bête soit sanctifiée.

    Que ta volonté de faire prendre conscience de l’abrutissement de nombreux humanoïdes, dont le nombre est toujours exponentiellement croissant, soit faite. Et pour cela, tu as fait appel à la Bête.

    Donne lui aujourd’hui son pain quotidien, ces Humains qu’elle aime dévorer, en commençant par l’innocence et les peurs infantiles ( album « Boogeyman » ) et poursuivant sur la “crétidiotie” congénitale de l’espèce ( album « Parthénogénèse »). Pardonneras-tu nos offenses ?

    Notre mère qui êtes sur terre, ta bête agit en miroir de notre histoire. Elle se repaît des autres, sans se soucier du bien ou du mal qu’elle peut causer autour d’elle. La suite logique est donc bien « allez et pullulez ! » Ta bête n’a besoin de rien d’autre qu’elle-même pour se démultiplier comme des petits pains. C’est la parthénogenèse. Tout ce qu’elle vise, c’est l’ascenseur social, celui qui la propulsera au sommet de la hiérarchie. Laquelle ? La plus importante, celle qui gouverne toutes les formes de vies : la chaîne alimentaire. Ça ne vous rappelle rien ?


    Notre mère la terre, tu as deux apôtres pour délivrer ton message : Gévaudan (l’autre Bête) et El Pradosaure (la créature) sont tes hérauts. Ils usent d’un black metal génération alpha mais sur des bases de la génération X, celle avec laquelle tout a débuté, celle des Mayhem, Darkthrone, Impaled Nazarene et cie. Bref, un black metal incisif, implacable, tempétueux, mauvais comme les vents de Verlaine. Mais on n’a pas envie de dire au revoir, on n’est pas là pour annoncer qu’on s’en va. On reste dans ce marasme de riffs pénétrants comme une fraise sur une molaire. Et on va s’en prendre plein la tête au tout long de l’album « Parthénogénèse ». C’est souvent le pied au plancher, qu’on se fait aborder par la Bête et ses acolytes. Riffs puissants et rapides, chants criés doublés. On y entend la version de la bête qui parle par l’entremise de Simon, alias Gévaudan, et parfois Adèle ( du groupe Houle) et Stéphane.

    C’est une histoire que nous narre Anthropovore, une histoire commencée en 2020 dès le tout premier opus « Rip and Tear », celle de la Bête qui utilise sa voracité de l’humanité comme ascenseur social et se hisser en haut de la chaîne alimentaire. Bon, OK, ça, je l’ai déjà dit. Mais si je me répète ici, c’est pour expliquer pourquoi chaque morceau a sa propre identité, son atmosphère. Car oui, nous sommes bien sur une base de black metal, avec ses codes comme le tremolo picking. Malgré cela on se sent parfois un peu perdu car d’autres influences viennent s’y mêler. Du death… car le duo de base – Anthropovore est initié par Simon et Stéphane qui en a l’étincelle de la genèse en 2019 – se retrouve également dans Muertissima, qui hisse le death comme oriflamme.

    Mais quand on commence à se dire qu’on aimerait un petit changement de tempo, c’est là où les grands esprits se rencontrent, puisque le ralentissement est au rendez-vous. Et on n’est pas loin de titiller le doom, comme sur « Ternir », qui commence vite et fort, pour ralentir sur un break douloureux, vers 1:00. Est-ce que ça reprend après ? Oui, un peu mais tout en restant sur de la lourdeur pachydermique. C’est boueux à souhait jusqu’à nous amener à ce petit chœur tout doux, une minute plus tard. Alors oui, ça reprend comme ça a commencé. D’ailleurs dans l’introduction, tendez l’oreille sur la guitare, c’est simplement magique.

    Dans d’autres pistes, ce sont des sons électros, du genre qui vous vrillent le crâne, mais pour mieux faire ressortir le malaise du moment, qui vont vous happer.

    Et par-dessus tout cela, nous avons ces textes compréhensibles, cette « mauvaise » parole (mais ô combien belle et porteuse d’une vérité que l’on n’a pas toujours envie d’entendre) chantée la plupart du temps en français. Mais en sus, on la retrouve également slamée. Le slam, cette façon unique de déclamer un texte… Dès le « Notre père » du titre éponyme, on est plongé dedans. Pour ceux qui ne connaissent que peu le slam, ils penseront d’emblée à Grand Corps Malade. Moi, je vous parlerais plutôt de Pilot le Hot, et de sa somptueuse Libellule. Une espèce de punk poétique. Sauf qu’ici, on entre dans une dimension « punk » de par son esprit foutraque (mais le black n’est-il pas un tantinet issu du mouvement punk ?!), et très metal par son aspect granuleux, lacérant et saturé dans le son comme dans les émotions. Ces textes ne sont pas bêtes et méchants… Loin de là. Disons plutôt qu’on parle de la bête et qu’ils sont méchants de cynisme et de froideur dans le regard porté sur nos sociétés. Ô combien ce texte me parle. Une fois la musique lancée sur le dernier mot prononcé, il n’y aura pas de pitié. Vous serez mis à pied d’emblée et vous ne pourrez plus lâcher l’affaire. Une déferlante d’émotions vous passera dessus comme un rouleau compresseur… avant de passer par la lame du hachoir des riffs et des chants (dans l’île aux enfants, c’est tous les jours le printemps… ah zut ! Je me suis laissée emporter par le lyrisme ambiant). Vous finirez en tartare bien juteux et sanguinolent. Parce que ce premier titre est une pure merveille. Pour moi, il est juste parfait, entre ce texte parlé, le chant craché au visage, l’instrumentation qui fuse dès le départ. Tout est dosé et… Gros point positif que l’on retrouve sur d’autres pistes : dans l’ironie et le cynisme, il y a ce pas de côté qui nous amène à mourir de rire… jaune.


    J’en veux pour preuve ce break dans « Mal dedans », vers 2 :00, qui sort d’on ne sait où. Et, au passage, si vous aviez des doutes sur la technicité du groupe, ils vous offrent un petit passage aérien, tout en poésie, nous proposant des coups de latte dans la gueule sur un air jazzy des plus appropriés. Ensuite ? Ensuite, le titre tient bien son nom. Entre la phrase répétée à l’envi, façon méthode Coué, « tu as mal dedans », les riffs qui se font légèrement dissonants, et les ritournelles, tant musicales que rythmiques qui tournent et tournent jusqu’à te mettre mal à l’aise, jusqu’à ce qu’une migraine ne vienne pointer le bout de son nez. C’est étourdissant.

    J’en veux pour preuve ce titre lâché en preview, « Mangez-moi », véritable cover du morceau de Billy Ze Kick. A cette différence que la sauce est moins planante, moins ensoleillée, moins sautillante… on y retrouve ce côté sludge (qui sied à la dégustation des champignons) vers 1:10 ou encore sur la fin de la piste. Je vais vous raconter une petite histoire, tiens ! Mon petit doigt m’a dit que certaines paroles ont été édulcorées pour ne pas choquer la populace qui aurait pu mal interpréter. Un bad buzz ? Oh, cela ne faisait pas peur à Gévaudan qui aurait bien pris une petite tranche de provoc en guise de pub. Mais… ils n’ont pas besoin de ça, pour se démarquer ! Ils ont un monde à eux, de la technicité, de l’originalité, le cynisme, et un véritable objet auditif non identifié. « Mangez-moi, mangez-moi, mangez-moi, c’est le chant des Humains qui supplient, qui préfèrent se faire bouffer que de se faire torturer à petit feu ». Ça ne vous fait pas mourir de rire, ça ? Moi, si !


    « Souffrir » renoue avec ce black metal moderne, mélangeant les voix, aiguë et plus grave. On se laisse embarquer par cette nuisance extrême. Alors que « Déconstruit » me laisse un peu plus de marbre, pour la simple raison que le chant se fait un tantinet répétitif sur ses fins de phrases. Néanmoins le chœur sur la fin qui accompagne le « Je ne veux que baiser » est un contrepoids de poids à la rage exposée.


    On termine sur un superbe « Better Off Alive », l’un des deux titres qui ne soit pas en français. D’ailleurs, pourquoi de l’anglais et de l’espagnol (« Castigo ») ? Revenons sur le morceau, qui clôt cet opus en retrouvant des codes d’un black mélodique. De quoi faire redescendre la pression – un retour au calme, comme on dit dans le milieu de l’animation – par une forme de berceuse… Ben oui ! Après une bonne partie de parthénogénèse, c’est normal qu’il y ait un baby boom de petits monstres affamés d’Humains. Parlant d’animation, cette fois celui du 7ème art, je rêverais d’un ciné concert avec en projection un anime de Macchabées Artworks qui a signé toutes les pochettes d’Anthropovore, donnant visuellement vie à la Bête.


    Tout au long de l’album, nous avons des parties de chants assez variées, entre le crié, un growl grave filtré ou saturé et le chant plus aigu d’Adèle. Le tout transpire la folie, la peur, la violence. Un régal. Quant aux parties instrumentales, elles foisonnent de plans qui dissonent ou encore se mettent en retrait pour chantonner une mélodie sophistiquée, des riffs qui tournent à l’envi. C’est foisonnant de détails et mérite plus d’une écoute.


    Pour terminer, le mix est réalisé par Gévaudan et le mastering par Edgar Chevallier. Ils nous proposent une production claire qui tabasse. Il est à noter que l’album physique est accompagné d’un album concept « F(a)I(m)N », qui aborde le thème de la surconsommation excessive des ressources par une espèce qui finira par s’éteindre. Le titre de 32 minutes mérite une chronique à lui seul.


    Notre mère qui êtes sur terre, je n’ai qu’une prière…

    …celle de t’envoyer en l’air dans une parthénogénèse,

    pour que la Bête puisse nous nuire une fois encore.

    Pour que la Bête puisse nous dévorer sans le moindre remord.

    Amen

    Tracklist :

    1. Notre père
    2. Transmigre-moi
    3. Castigo
    4. Parthénogénèse
    5. Souffrir
    6. Mal dedans
    7. Ternir
    8. Déconstruit
    9. Mangez-moi
    10. Better Off Alive

    Line – up : Simon Perrin « Gévaudan » – Chants (et lyrics), Guitares rythmique et lead, Basse, Programmation de la batterie, Claviers / Stéphane Prados « El Pradosaure » – Guitare lead, Cris étranges (dit le press kit) 

    Guests : Adèle Grammatico « Adsagsona » – Chants (et lyrics) / et la Bête… sur toutes les pistes, puisqu’elle a pris possession des Humains sus cités

    Liens :

    https://www.facebook.com/anthropovore

    https://anthropovore.bandcamp.com/album/parth-nogen-se

    https://www.youtube.com/@anthropovore

  • Tragos / EP MMXXIV (2024)

    Tragos / EP MMXXIV (2024)

    Genre : Death metal
    Label : Autoproduction
    Sortie : 14/03/2024

    Note : 80  /100 (Mémé Migou)

    Oyez Oyez (enfin, oyez l’« EP MMXXIV » et lisez la chronique) !

    En l’an de grâce (Alors on est du côté de Rouen… Ne pas confondre avec Grâces ou Grasses, villes respectivement des Côtes d’Armor et du Sud de la France) 2024, Mémé s’est penchée sur le nouvel écot accordé par Tragos à l’ensemble de la population, “EP MMXXIV” (du nom de cette même année…). Comme un soin particulier a été apporté aux lyrics, nous ne pouvons faire moins que d’écrire une chronique en forme de sonnet. (Mais comme un sonnet, c’est trop court, il vous faudra vous farcir aussi les astérisques, parties prenantes de la chronique ! Eh ouais !) :


    …Et dès lors, je me suis baignée dans le Poème*1

    de la musique à la fois classique et moderne

    Que propose Tragos, du death pour ta gouverne,

    Mais avec des riffs de classique comme schèmes.

    Il n’y a pas que la musique classique qui parsème

    l’inspiration du quatuor, on y discerne

    les textes de notre héritage poétique

    Poe, Trakl, Rimbaud, Hugo*2, des pépites, des gemmes !


    Le trio se fait désormais quatuor

    Avec l’adjonction d’un batteur. On dit d’accord !*3

    Et un changement notoire de vocaliste*4


    Plus abouti, avec une prod. actuelle *5

    « EP MMXXIV » propulse le groupe

    un gros pas en avant. C’est du beau matériel ! *6

    1* Rimbaud, “Le bateau Ivre”

    2* « Askesis Objur » fait référence à « Dream Land », de Edgar Alan Poe / « Splendora Disgust » rappelle « Grodek », de Georg Trakl / « Chaos Jubilem » nous renvoie au « Bateau Ivre » de Rimbaud / « Nox Bulemia » nous attire dans les eaux sombres de « Oceano Nox », de Victor Hugo

    3* Ben oui, c’est largement mieux que sur « Radix Mendosa », le premier album où la batterie était programmée. Surtout quand Laurent apporte des mises en place bien léchées, comme sur l’intro de « Nox Bulemia », où riff et batterie s’en viennent se titiller mutuellement. Un peu plus tard, dans le morceau, nous aurons également de courts passages syncopés, donnant des petites touches groovy. Ce qui est assez agréable, car arrive un petit point noir : s’il y a régulièrement des petits ralentissements, de petites accélérations, de petits passages breakdownés, ça reste un petit peu… petit ! De fait, on reste dans une zone de mid tempo, qui mériterait quelques fêlures plus importantes.

    4* Kevin reprend le flambeau d’Antoine. Une belle voix bien grave dans le growl. Et pourtant, elle reste veloutée. On ne peut nier que c’est un réel plus.

    Relevons le feat de Julien Dève, en solo guitare, sur « Splendora Disgust ». Et ça match à merveille. Quand toutes les étoiles s’alignent, ça ne peut qu’être un bon coup de l’oracle…

    5* La prod. est de Mathieu de The Security Records. Et mon petit doigt me dit que c’est suite au super boulot que ledit Mathieu a pu faire sur l’EP « Sic Semper Tyrannis » de Nocebo, que Tragos s’est décidé à confier leur propre bébé. Encore une fois, grand bien leur a pris. Car ici est une des grandes différences avec « Radix Mendosa », une production claire, qui laisse la place à chaque instrument, voix comprises, de se faire entendre. La basse est par ailleurs assez audible et propose des lignes bien foutues, avec des fulgurances propres à faire briller l’EP sans être too much. Pour ma part, c’est un réel pas en avant que Tragos a pu faire, avec un son plus large, une instrumentation bien plus étoffée.

    6* Damned ! Je n’ai pas encore fini…

    Les riffs sont, vous l’avez compris, issus de la musique classique. Certains pourront avoir une impression de riffs scolaires, quand d’autres vont apprécier ce côté à la fois old school et hyper mélodique. On pourrait avancer des accointances avec des groupes comme Sadus ou Quo Vadis. Le death metal que Tragos propose est tout de même légèrement teinté de touches thrashisantes dans les rythmiques, ce qui va de pair avec leur côté non sous-accordé qu’on retrouve pourtant dans le death metal. Mais ça joue et ça joue très bien. Les uns et les autres tentent des choses, ont des idées, et prennent plaisir à jouer. Ça se sent comme le parfum au milieu de l’œuvre de Süskind. Néanmoins, il me manque un petit truc qui fera upgrader encore un peu plus le groupe. Une seconde guitare peut-être ?

    Quoi qu’il en soit, Tragos, à peine deux ans après son premier opus, offre un EP de 4 titres, promesse d’un futur album qui sera certainement à tutoyer l’aboutissement. « EP MMXXIV » montre l’évolution du groupe, qui fait un pas en avant avec des compositions étoffées et une production digne de ce nom. Et un réel plaisir à côtoyer une proposition qui fait la part belle à la culture générale, mêlant riffs inspirés de la musique classique, textes de poètes romantico-gothico-expressionnistes et death/thrash Metal.

    Beau boulot !


    Tracklist :

    1. Askesis Objur
    2. Splendora Disgust
    3. Chaos Jubilem
    4. Nox Bulemia

    Line-up : Cédric – Guitares / Kevin – Chants / François – Basse / Laurent – Batterie

    Guest : Julien Dève – Solo guitare sur la 2

    Liens :

    https://tragos666.bandcamp.com/releases

    https://www.facebook.com/TragosDeathMetal666

    https://www.instagram.com/tragos_death_metal_band/

    https://open.spotify.com/artist/2CPBQgIOStQwjhO3stP9ME

    https://www.youtube.com/channel/UCdeCaOto6v5Rxb_skkz–2Q

    https://music.apple.com/us/artist/tragos/1627530303

  • Pestilential Shadows / Devil’s Hammer

    Pestilential Shadows / Devil’s Hammer

    Genre : Black Metal
    Label : Northern Silence Productions
    Sortie : 1er mars 2024

    Note : 90/100 (Seblack)

    Mieux vaut tard que jamais. Voilà une expression bien banale mais qui tombe à point nommé pour évoquer ce nouvel album du groupe Pestilential Shadows dont le nom et la musique n’étaient pas parvenus jusqu’à mes oreilles jusque là.

    Et pourtant…avec cet opus intitulé « Devil’s Hammer », ce groupe australien est loin d’être un nouveau venu au sein de la scène black : septième album, vingt ans de carrière tout pile, voilà qui en impose tout de même… Toujours est-il que j’étais passé totalement à côté du groupe jusqu’à l’annonce de cette nouvelle sortie chez Northern Silence qui a souvent le nez creux pour dénicher des pépites. Le label n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai avec le black metal en provenance d’Australie. Pensons, pour une période récente, au one man band Midnight Betrothed au black metal pour le moins étrange.

    Bon le passeport mis à part, la comparaison s’arrête là car Pestilential Shadows présente un tout autre visage avec un black qualifié d’atmosphérique, certes, mais bien venimeux. L’artwork ne paie peut-être pas de mine mais croyez bien que le marteau tenu par ce démon va s’abattre sur votre tête et pas qu’une seule fois…

    Commençant tambour battant par le morceau éponyme, le quatuor n’est effectivement pas du genre à tourner autour du pot et donne le ton dès les premières mesures : « Devil’s Hammer » est à la fois une composition très puissante, mélodique et alambiquée. Qui plus est, le son est excellent et met bien en valeur toute l’énergie déployée par les musiciens que ce soit au niveau des guitares (très travaillées), de la basse qui claque implacablement, du chant ou de la batterie. D’emblée Pestilential Shadows frappe donc un très grand coup.

    Mais les huit autres compositions vont-elles être du même niveau ? Incontestablement, la réponse est oui. Que ce soit en mode mid tempo hyper lourd ou par des accélérations ou des breaks ravageurs, le quatuor australien ne fait pas de quartier. Tout juste une petite pause sur «Scaphism» histoire de reprendre son souffle et ça repart de plus belle.

    Certes les difficiles opposeront qu’en soi, la musique de Pestilential Shadows évolue dans un registre somme toute assez classique, mais franchement quand on tient un opus aussi ravageur et inspiré, on ferme sa grande gueule, on écoute ou on part…

    Le meilleur dans tout ça, c’est qu’on est loin d’être face à une musique simpliste qui se contenterait de balancer quelques riffs bas du front par la figure. Chaque composition est ciselée, traversée de changements de rythmes, de lignes qui s’entrecroisent et forment un maelstrom absolument ténébreux et passionnant à écouter. Au fil de chacune des pistes, on se dit que le groupe va bien finir par fléchir à un moment mais non, il tient bon et à aucun moment ne faiblit.

    Juste équilibre entre tradition et modernité, Pestilential Shadows propose avec « Devil’s Hammer » un album de très grande qualité. Accrocheur mais pas simpliste, complexe mais jamais chiant, ce septième album constitue d’ores et déjà une de mes découvertes de ce début d’année.

    Tracklist :

    1. Devil’s Hammer (5:52)
    2. Bitter Cross (5:05)
    3. Despot of Cathartic Vigor (5:03)
    4. Tears of the Scythe (7:24)
    5. Scaphism (1:20)
    6. Jackal (6:34)
    7. Armour Satanised (5:17)
    8. Goddess of Winter (6:25)
    9. Shards of Dusk (7:50)

    Line-up : Balam – Guitare, basse, chant / Basilisk – Batterie / Krvna Vatra – Guitare / Mourn – Guitare.

    Liens :

    https://www.facebook.com/PestilentialShadowsOfficial
    https://www.instagram.com/pestilentialshadows/
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/4Io6LqqUYF5oGksMaiXO3L?si=qgQTXugHTeGoLbxB4ed9qQ&dl_branch=1&nd=1&dlsi=6b02684a33004c1d