Genre : Metal Ethnique Label : Autoproduction Sortie : 6 Juin 2024
Note : 70/100 (Ymir)
SarmateS, ce nom qui sonne barbare, bah c’est justement le cas ! Inspiré des tribus barbares déplacées par les légions romaines, c’est ce que propose ce groupe dans ce premier opus. Ici un mélange et un voyage plein de surprises vous attendent !
Le groupe est formé de Laurent Broda au chant, Davoriin Sirok aux back vocals, Gün à la guitare, Antonio Xenfeild à la basse, Jérémy Marie aux fûts. Laurent est un féru d’histoire qui appuie le concept du groupe, ils sont d’ailleurs les heureux détenteurs du Samarta qui est un instrument, un corps de guitare avec un manche de Saz (instrument ressemblant fortement à un Luth originaire d’Irak), donnant des sonorités orientales.
C’est sur une espèce de croassement du chanteur, au rythme lent, que s’ouvre l’album. Ce titre donnera le ton de tout le disque. Ce chant est varié par un Laurent qui déploie en plus de gammes différentes dans sa voix, plusieurs langues dont le Russe, l’Anglais, le Perse, un dialecte Mongol et de l’Iranien. Quand je vous parlais de voyage, ce n’était pas une blague.
Le gros point fort de SarmateS, ce sont ces quarts de ton qui donnent un côté oriental. Leur musique nous ramène au fond des steppes autour du feu avec la tribu, comme sur le titre “Sherazadjanam”
On retrouvera quelque chose de plus classique, s’il en est, car SarmateS garde sa forte identité même si beaucoup est emprunté au Heavy ,sur ce titre qu’est “Fallen Angel”. Le chant est en anglais et la guitare électrique se fait sentir, maîtrisée, par Gün et Antonio.
« Légion » nous emporte avec ces arpèges, ces mélodies enflammées qui nous donnent un Orient fantasmé sur fond de post-apocalypse. Tel est l’univers de ce groupe. Les back vocaux sont assurés par Davoriin et sont superbement amenés.
La production est aux petits oignons, tous les instruments sont audibles et la voix n’emporte pas le reste.
Un album qui nous fait découvrir autre chose, qui surprend à la première écoute avant d’y trouver de petites pépites qui restent en tête. C’est donc une réussite pour ce premier album éponyme ! Groupe que vous retrouverez relativement rapidement sur les planches. Ma piste préférée est « Kotüyüm » !
Tracklist :
Zatmenia Gorad
Strelka
Sherazadjanam
Legion
Wherever you are
Fallen Angel
Sunday Dress
Kotüyüm
Plague
Another Way
Line up : Laurent Broda – Chants / Davoriin Sirok – Back Vocals / Gün – Guitares / Antonio Xenfeild – Basse / Jeremy Marie – Batterie
Genre : black metal Label : Indépendant Sortie : 10 mai 2024
Note : 80 /100 (Seblack)
Avec White Tower, le duo Biélorusse Downcross propose déjà son sixième album, ce qui, pour une formation créée en 2019, témoigne d’une cadence de sorties plutôt vigoureuse. Comme son prédécesseur, il sort pour le moment de manière indépendante. Mais comme pour les opus précédents une édition cd est disponible chez Cavum Atrum Rex et qui sait peut-être une sortie en vinyle chez Purity Through Fire?
Alors que Dzmtr et Ldzmr nous avaient jusque-là habitués à des ambiances incandescentes et malsaines sur leurs œuvres précédentes, White Power semble s’aventurer dans des univers différents avec des partis pris musicaux légèrement différents.
Le son de White Tower apparaît en effet beaucoup plus massif, moins sec que sur ce qu’ avaient proposé jusque là Downcross. Le résultat est fort intéressant car il met pleinement en valeur la richesse et la puissance de l’instrumentation : le riffing, les mélodies aussi bien que les lignes de basse, de batterie et de chant s’en retrouvent magnifiés et franchement dès la première piste « I am Entropy », on ne peut nier que le rendu soit des plus plaisants.
Avec de légères dissonances, « I Deny the World of Me » confirme qu’avec ce sixième opus Downcross a décidé d’emmener son auditeur vers des horizons beaucoup plus froids mais pas moins vigoureux. Très mélodique, très rythmé « Void That Came After » ne manque pas d’énergie faisant même fortement penser au Uada des grands jours.
Comme souvent chez Downcross la piste centrale, ici l’éponyme de l’album, marque une pause instrumentale. Un choix que l’on peut discuter mais qui d’albums en albums semble être devenu un parti pris pour le groupe.
La deuxième partie de White Tower se déroule sous des auspices plus empreints de lourdeur avec « Only Death Is Faithful to You » et « Demiurge Must Eliminate Himself ». Le rendu est peut-être un peu moins prenant que sur le début de l’album mais là encore on ne peut que relever la qualité de l’instrumentation, quand bien même deux-trois petites longueurs peuvent se faire sentir.
Le dernier « vrai » titre « AlphaBeast WorldMurderer pt.II » fait écho à celui du même nom présent dans l’album « Hexapoda Triumph ». Il en est le prolongement ou la deuxième partie et referme l’opus sur une cadence plus frénétique.
De la même manière que sur les derniers chapitres, le véritable titre final est également un instrumental, il porte cette fois le nom du groupe, ses sonorités d’orgues développant une ambiance quasi funéraire, on espère qu’il n’y a ici nul sombre présage pour le groupe.
Sur White Tower, Downcross a donc pris le parti d’amener son black metal sous des horizons plus massifs et glacés. Le résultat n’en est pas moins prenant que sur les albums précédents, grâce aux qualités musicales et d’interprétation du duo Biélorusse qui ne ménage pas ses efforts pour proposer des compositions chiadées et vigoureuses.
Lundi 20 Mai – Salem Bar / Bordeaux Mardi 21 Mai – Le Ferrailleur / Nantes
Texte et Photos de Didier Le Bail Photos de Mémé Migou
Photo Mémé Migou – Ultar / Ferrailleur, Nantes
J‘ai découvert GRIMA en 2017 avec leur deuxième album “Tales of the Enchanted Woods”, chaque sortie d’albums étant depuis considérée comme un événement pour moi, je suis devenu un fan invétéré des frères jumeaux Sysoev. Le point d’orgue de cet amour restera ma présence au concert des russes au Ferrailleur à Nantes en janvier 2023, un concert chargé en émotions qui restera gravé à tout jamais dans ma mémoire.
Photo Mémé Migou – Grima / Ferrailleur, Nantes
Alors quand l’agence de booking allemande ASGAARDIAN EVENTS nous annonce une nouvelle tournée Européenne en 2024 avec ULTAR en première partie, 4 dates en France sont prévues, sans aucune hésitation je décide de remettre le couvert. La difficulté pour l’obtention d’un visa, due en grande partie à l’incertitude du conflit Russo-Ukrainien, amputera de quelques dates la tournée et surtout me filera quelques frayeurs. Mais, heureusement pour moi les dates françaises de Bordeaux, Nantes et Paris seront maintenues et seront les dernières de la tournée (un grand ouf de soulagement !). C’est à ce moment-là que je décidais de ne pas faire une mais plutôt deux dates, on ne sait jamais des fois qu’ils ne peuvent plus sortir de leur pays à l’avenir. Ce sera au Salem bar à Bordeaux le lundi 20 mai et le lendemain au Ferrailleur à Nantes
Photo Mémé Migou – Trëma / Ferrailleur, Nantes
BORDEAUX
Le Salem bar lundi 20 mai
Selon Google maps, 665 km sépare ma demeure de la salle de concerts à Bordeaux où se produisent ce soir les groupes Grima, Ultar et Trëma. Ouf j’ai eu chaud, j’ai évité à un kilomètre près le chiffre du diable. Mais en y réfléchissant bien, en tant que black metalleux, ce serait plutôt un signe du destin quand la salle de concert s’appelle le Salem bar.
Après quelques errements pour trouver la salle dans cette grande zone commerciale, je pénètre pour la première fois dans ce club concert, endroit chaleureux avec une jauge d’environ 180 personnes, et cette particularité d’avoir une scène relativement basse dans un angle de la salle.
Photo Mémé Migou – Trëma / Ferrailleur, Nantes
En ce lundi de pentecôte c’est environ une centaine de personnes qui se sont donné rendez-vous pour cette affiche. Et c’est le groupe Français TRËMA qui a la lourde tâche de démarrer les festivités. J’avais assisté en Janvier dernier à leur tout premier concert au BLACK SHELTER à Nantes, j’y avais trouvé un groupe encore hésitant et pas tout à fait en place scéniquement mais on sentait quand même un fort potentiel et surtout une belle marche de progression. Ce sera chose faite, ce soir ! Pour seulement leur deuxième prestation, on les sent plus à l’aise sur scène et notamment le chanteur leader DISHEOL qui se permettra même de descendre dans la fosse.
Photo Mémé Migou – Trëma / Ferrailleur, Nantes
L’alternance entre les passages violents et les passages calmes est du plus bel effet, on ne s’ennuie jamais et le concert passe à une vitesse folle. Ce soir, les six premiers titres de leur premier album seront joués – et dans l’ordre s’il vous plaît ! Ils termineront leur set par “Les rêves de l’alb-atroce”, titre de leur mini EP sorti l’année dernière.
La progression est indéniable et le groupe mérite d’être suivi à l’avenir.
Trëma – Photo de DLB au Salem Bar Nantes
ULTAR est le deuxième groupe à monter sur scène, le seul que je n’avais jamais encore vu. ULTAR c’est l’autre projet des frères SYSOEV et a la particularité de regrouper en son sein les quatre membres de GRIMA, le bassiste en plus. L’autre point positif, c’est qu’enfin on voit les visages qui se cachent derrière les masques en bois de GRIMA, du moins presque, car ils arrivent sur scène maquillés et costumés.
Photo Mémé Migou – Ultar / Ferrailleur, Nantes
Musicalement on est dans un registre complètement différent, plutôt dans un black qui penche vers le post-black. Seul le chant et quelques cris aigus nous rappelleront GRIMA. ULTAR nous délivre un show intensif où le headbanging est incessant tout le long du set. Seuls quelques passages post-black, jamais trop longs, viendront calmer les ardeurs des musiciens.
Photo Mémé Migou – Ultar / Ferrailleur, Nantes
Le point fort du show restera la prestation du très charismatique chanteur dont les gestes sont précis et réglés comme une lettre à la poste, jusqu’à sa sortie de scène très soignée. Très bon concert de la part des russes même si, il faut être honnête, le groupe que j’attends le plus sera le suivant.
Ultar- Photo de DLB au Salem Bar Nantes
Enfin, voilà le moment tant attendu, celui qui m’a fait faire autant de kilomètres, et vraiment je n’ai pas été déçu, le groupe arrive dès les premières notes et se met en place lentement mais sûrement. Le chanteur est le dernier à monter sur scène, des branches cachent ses mains et prolongent ses bras. Le personnage donne froid dans le dos, l’ambiance est posée.
Photo Mémé Migou – Grima/ Ferrailleur, Nantes
Première petite surprise l’interprétation de “Devotion to lord”, titre issu de leur premier album. Le reste n’est qu’une succession de tubes “Sibérian Sorrow”, “Cedar and Owls” “Rotten Garden”, “Giant’s eternel sleep”, “Enisey”, plus quelques-uns que j’ai eu un peu de mal à reconnaître, mais c’est parce que je me suis laissé entraîner par leur musique dans des contrées lointaines, froides et mystérieuses. Il aura fallu que les lumières de la salle se rallument pour que je revienne à la réalité.
Le constat est indéniable, c’était encore une fois magique tout simplement.
Grima- Photo de DLB au Salem Bar Nantes
Ce fût une belle soirée en terre Girondine, aucun regret d’avoir avalé autant de kilomètres dont la moitié sous la pluie, avec la satisfaction aussi d’avoir vu en chair et en os des contacts Facebook, pas la peine de les nommer ils se reconnaîtront. Une dernière bière, une dernière discussion avec la patronne des lieux et hop ! direction le dodo. A ce stade-là, je ne le sais pas encore, mais le meilleur est à venir.
Jumeaux Sysoev- Photo de DLB au Salem Bar Nantes
Le lendemain matin alors que je m’apprêtais à quitter l’hôtel, je tombe nez à nez avec les musiciens de Grima/Ultar en train de prendre leur petit déjeuner, Gleb, le chanteur, alors qu’il était assis, voyant mon sweat de Grima se lève et vient à ma rencontre. Petit geste qui a l’air de rien mais qui en dit long sur la mentalité de ces mecs ! S’ensuit une petite séance photos avec les 2 frères, la communication en anglais est brève car difficile, mais peu importe, c’est le truc le plus improbable de mon week-end. Après une petite demi-heure sur le parking, histoire de me remettre de mes émotions, je prends la direction de Nantes pour rejoindre les copains et les copines, Héloise, Eric, Vince, Lucio, et la team Memento Mori Mémé Migou et Seb.
NANTES
Le Ferrailleur mardi 21 mai
Me voici arrivé à Nantes pour ma deuxième journée. Le concert est organisé comme toujours par LES ACTEURS DE L’OMBRE, dans le cadre de sa Black Metal Night, édition numéro XIII.
Photo Mémé Migou – Trëma / Ferrailleur, Nantes
Je ne vais pas m’étendre beaucoup plus sur la prestation de TRËMA et ULTAR car globalement les shows respectifs seront identiques à ceux de Bordeaux, en mentionnant tout de même qu’au Ferrailleur, les groupes ont joué dans de bien meilleures conditions. Scène plus grande et plus haute, l’équipement en matière du son et de la lumière est bien supérieur au Salem bar. Les shows n’en seront que bien meilleurs.
Photo Mémé Migou – Ultar / Ferrailleur, Nantes
C’est aussi un bon début d’explication pour noter une telle différence entre les deux concerts de GRIMA mais pas que je pense. En effet, alors qu’il ne reste plus qu’une date (au Glazart à Paris) et connaissant bien les lieux pour y avoir joué l’année dernière, je soupçonne le groupe d’avoir préparé ce concert en guise d’apothéose de leur tournée Européenne, ce n’est qu’une supposition mais elle est plausible.
Photo Mémé Migou – Grima / Ferrailleur, Nantes
Car ce soir, c’est feux d’artifice, un énorme light show qui mettra bien en valeur les différentes ambiances souhaitées, une bande-son extrêmement variée (quasiment inexistante ou inaudible à Bordeaux). Ce soir on a tout eu, de l’accordéon sur “Siberian sorrow”,” The moon and its shadow” et “Giant’s eternel sleep”, des cris de chouette sur “Cedar and owls”, un froid Sibérien sur “Moonspell and grief”, de la neige qui tombe sur “Leshiy”, certes tout ça peut prêter à sourire, mais l’effet escompté est bien là, le public est transporté et ne cesse de headbanger.
A partir du troisième morceau, l’ambiance ne cesse de monter, chez moi l’émotion est à son comble, le show est millimétré, dans les faits et gestes les musiciens sont en parfaite osmose, tout est coordonné. Et comme pour ULTAR, la sortie du groupe est soignée. Rien n’est laissé au hasard, c’est valable aussi pour la photo-finish qui est orchestrée d’une manière lente et posée.
Photo Mémé Migou – Grima / Ferrailleur, Nantes
Autour de moi je ne vois que des visages radieux, les gens ont le sentiment d’avoir vécu un truc mémorable. Les premiers commentaires fusent, “génial”, ”grandiose”, “le concert de l’année” pour certains, à en croire le tonnerre d’applaudissements pendant de longues minutes, je pense qu’on n’est pas loin de la vérité, du moins chez moi c’est sûr.
Je terminerai ce live report en remerciant Vince pour le couchage sur Nantes… Mais aussi d’avoir prolongé cette excellente soirée en discutant du show et surtout des bienfaits du houblon sur le corps humain. Demain dur retour à la réalité.
SETLIST : Bordeaux et Nantes : 01 - Jamais de Répit (intro) ; 02 - Orgueil Mortifère ; 03 - Les Accalmies ; 04 - Animal ; 05 - Dualité ; 06 - Péisithanatos ; 07 - Les Rêves de L’alb-atroce
ULTAR : Gleb Sysoev – chant / Max Sysoev – guitare / Pavel Dil – basse / Denis Susarev – guitare / Vlad Yungman – batterie
SETLIST : Nantes : 01 - Midnight Walk and Reminiscences of Necromancy ; 02 - Evening Star ; 03 - Through the Golden Gates of Dawn ; 04 - Innsmouth ; 05 - My Rope ; 06 - Azathoth
Genre : Black Metal Label : Eisenwald Records Sortie : 31 mai 2024
Note : 90/100 (Seblack)
Il aura fallu près de cinq pour que Krater donne un successeur à l’album « Venerare » sorti en 2019, déjà chez Eisenwald.
Krater c’est un quintet allemand qui produit un black metal assez typique de bon nombre de formations d’outre Rhin : c’est carré, techniquement impeccable, très bien produit et développant des atmosphères pesantes, empreintes de misanthropie. Sur la forme c’est souvent irréprochable mais parfois il manque ce supplément d’âme, ce petit quelque chose qui sépare les bons albums des très bons, voire des excellents.
Tel était un peu le cas de « Venerare » qui avait la lourde tâche alors de succéder à « Nocebo » (2011) et « Urere » (2016) que j’avais trouvé de très belle facture
.
Du coup, je m’interroge, que va-t-il en être de ce cinquième album intitulé « Phrenesis » ? Le groupe a-t-il définitivement perdu la main ou au contraire nous reviennent-ils remontés comme des coucous après ces années de silence discographique ? Les questions se bousculent d’autant que l’artwork de ce nouvel opus n’est pas des plus attirants, quand bien même il suggère bien les sombres chemins que le groupe compte arpenter.
Dans les faits la réponse ne se fait pas attendre et dès le premier titre « Hopesmoker – Celestial Apex », Krater remet les pendules à l’heure. Sur un tempo haletant, le groupe entame les hostilités de la plus belle des manières avec une instrumentation de feu et des lignes de chants presque bestiales. Le morceau est incroyablement nerveux avec des sonorités chaudes qui laissent toute latitude aux deux guitares et à la basse de s’exprimer. Voilà donc qui donne l’eau à la bouche et disperse déjà bien des doutes.
La suite est à l’avenant avec une combinaison d’atmosphères malsaines tantôt frénétiques tantôt lourdes et inquiétantes. Loin de se cantonner aux seuls sels du black metal, Krater épice encore un peu plus sa folie furieuse avec des touches de death, de sludge et nous sert même un « Once – Into the Endless Void » où le chant se pare d’accents gothiques étonnants mais prenants.
Doté comme à l’accoutumée d’une instrumentation irréprochable, Krater a,il me semble, trouvé sur cinquième album ce surcroît de caractère qui lui faisait, peut-être, un peu défaut. Son black metal moderne est ici totalement sublimé par une frénésie contagieuse. Bien inspiré, bien composé et superbement interprété « Phrenesis », le bien nommé, a de quoi ravager bien des paires d’oreilles.
Genre : Black Metal Label : Naturmacht Productions Sortie : 26 avril 2024
Note : 85 /100 (Seblack)
Fondé par Morior en 1999, le groupe finlandais Draugnim sort avec « Verum Malum » son quatrième album studio. Les moins oublieux se souviendront que l’opus précédent avait été publié par le label français Debemur Morti, mais pour cela il faut remonter à l’année 2016. Ce « Verum Malum » marque donc la fin d’un long silence discographique et paraît, cette fois, sous les auspices de Naturmacht Productions.
A l’image de son artwork, signé Cold Poison, la musique de ce nouvel opus de Draugnim est noire. Très noire. Toute noire. Beaucoup plus noire que ses productions précédentes qui étaient plus ou moins traversées par un souffle pagan qui s’est quasiment éteint ici. Il en reste bien peut-être quelques traces dans les claviers et dans le côté épique de certains riffs mais globalement l’horizon s’est considérablement assombri comme si Draugnim avait trouvé refuge dans les profondeurs de la Terre.
Les quatre premiers titres s’introduisent sur des rythmes vigoureux. Dans le riffing autant que dans le son, on découvre un côté étouffant et glacial qui contribue fortement avec le chant à cette coloration très sombre de « Verum Malum ». Tout en variant le tempo, une certaine agressivité domine. Celle-ci peut être contrastée par les touches de claviers et quelques mélodies éthérées mais globalement ces éléments restent plutôt au second plan sur cette première partie d’album. Le black metal de Draugnim ne déborde pas forcément d’originalité, certains pourraient même le trouver un peu austère…Mais c’est bien cette forme de sévérité et d’intransigeance qui le rend intéressant et donne envie de pousser plus loin dans la découverte des sombres horizons dépeint par Morior et sa bande.
C’est d’autant plus vrai que derrière l’apparence d’une uniforme noirceur, « Verum Malum » sait varier son propos sans changer sa coloration. Ainsi le titre « Aeons », laisse de côté la vitesse pour développer une ambiance plus calme avec des mélodies plus entêtantes. Les ténèbres continuent de dominer mais ça et là on sentirait presque poindre une fragile lueur. Le dernier morceau débute sous les mêmes auspices, nous emmenant toujours un peu plus dans des contrées certes moins venimeuses mais plus mornes, avec ces claviers envoûtants et glaçants. Une mélodie de guitare finit par amener un petit côté aérien, comme si la bête enfermée dans les profondeurs était parvenue à se libérer ou caressait l’espoir de l’être.
Ne vous y trompez donc pas, la musique noire de Draugnim n’est pas aussi commune qu’elle semble en avoir l’air. L’album « Verum Malum » mérite plus d’une écoute pour se laisser approcher et se révéler finalement comme une œuvre de plus en plus attirante par sa profonde noirceur et ses nuances.
Genre : black metal Label : Terratur Possessions Sortie : 19 avril 2024
Note : 85 /100 (Seblack)
On parlait il y a quelque temps du premier album des Finlandais Night Shall Drape Us regroupant des membres de Horna ou Behexen. Et bien pour Bythos on reprend presque les mêmes et on recommence. La formation compte effectivement L.R à la batterie ( Horna, Black Death Ritual…) et M.L à la guitare et à la basse (Behexen, Horna). A ce duo déjà bien remuant viennent s’ajouter les vocaux de M.S de Behexen.
Le groupe n’en est toutefois pas à son coup d’essai, Bythos ayant sorti son premier album intitulé « The Womb of Zero » il y a quatre ans de cela. Pour ce nouvel opus répondant au nom de « Chtonic Gates Unveiled », pas de changement notable avec le même line-up et toujours le soutien du label Terratur Possessions.
Thématiquement et musicalement, les sombres horizons dressés par « The Womb of Zero » se retrouvent totalement sur « Chthonic Gates Unveiled » : ambiances pesantes et occultes, mélodies prenantes, chant rauque, musique millimétrée, bonne production. Tout y est. Alors présenté ainsi ce deuxième album de Bythos pourrait paraître comme sans grande surprise et ce pourrait être un peu le cas pour certains. Et pourtant il surprend…et dans le bon sens du terme.
Bythos a beau présenter les contours d’un black metal occulte et orthodoxe tout ce qu’il y a de plus classique, il n’en possède pas moins cette faculté à capter l’attention et à vous emmener impitoyablement jusqu’au bout de ses neufs compositions. Là où certains deviendraient rasoirs au bout du deuxième titre, la musique du trio s’insinue sournoisement mais sûrement. C’est bien fait, rudement bien fait même et on se laisse vite piquer à ces ambiances pesantes comme de l’airain.
Mais au-delà de sa maîtrise incontestable des codes du genre, Bythos sait aussi amener ces petites touches qui vont faire la différence. Cela tient beaucoup au chant de M.S dont le timbre caverneux fait autant merveille que sur Behexen, si ce n’est plus. Quelques surprises vocales se glissent d’ailleurs par ci par là : chœurs à la fin de “Hidden Heart of Darkness”, dominante de chant clair sur “Broken Twines of Eden”. Plus étonnante encore sera l’incursion en chant criard à la fin de “Daimon of Nullification” qui est de mon point de vue l’un des morceaux les plus impressionnants de cet album.
L’instrumentation n’est pas en reste. Que ce soit en mode tabassage ou sur des accents plus pesants, la musique de Bythos imprime sa marque. Ultra charpentée tout en laissant toute leur place aux mélodies, l’ensemble sait aussi s’accorder quelques respirations, comme ces notes de piano sur “Thoughtless Light” ou l’interlude “Resurrection”.
Bien inspiré, superbement exécuté, ce deuxième opus est exempt de tout reproche. Plus sombre encore que son prédécesseur, il s’avère également bien composé et réfléchi avec, par exemple, cet écho entre le premier et le dernier titre qui renforce un peu plus encore l’aspect occulte et cérémoniel.
En résumé Bythos réussit avec « Chthonic Gates Unveiled » un joli petit tour de force en proposant un album de black metal à la fois classique et surprenant.
Quand on chronique l’album d’un groupe, et qu’en plus il s’avère être un coup de cœur de ce début d’année, que demander de plus que de sauter sur l’occasion pour le voir en live ! Alors imaginez la même en double…
Vous comprenez pourquoi, en ce mercredi férié, Mémé n’a pas hésité une seule minute pour sauter dans sa p’tite voiture bleue pour lui infliger quelque 300 km en direction de Nantes, où je retrouverai le copain Virgile Tollé de Nawak Posse. Lui, il vient faire des interviews… Mémé a donc insisté pour s’immiscer dans la conversation, mais voilà… Même après avoir reporté le rendez-vous de 1h, on a attendu… attendu… attendu…
Ahhhhh… Un début de long week-end sous un beau soleil, il n’en fallait pas plus pour que les Parisiens convergent vers les vertes étendues bretonnes. En d’autres termes, ça bouchonnait sur l’axe Est-Ouest !
Une bière plus tard, deux bières plus tard et un retour à l’hôtel pour se sustenter, voilà qu’un message nous parvient : ça y est… ils arrivent. Les deux groupes quasiment en même temps.
On n’ira pas de suite les solliciter pour une interview, devant jouer dans la demi-heure qui suivait… C’est donc naturellement que j’ai laissé Virgile à sa besogne, Virgile que chacun vient saluer, quand mémé se voit conférer un joli « Bonjour Madame » du bassiste de Demande à la Poussière. Pourquoi ai-je l’impression qu’il m’a prise pour la mémé de Virgile ?!
Allez… passons ces considérations et sautons à pieds joints devant la petite scène où, justement, Demande à la Poussière se met en place.
Quatre titres du premier album – Demande à la Poussière-, un du second – Quiétude Hostile – et quatre du dernier – Kintsugi. Voilà par le menu ce que nous allons découvrir.
C’est encapuchonné que le nouveau chanteur, Simon, viendra nous chatouiller les oreilles. L’ambiance est sombre, très sombre. Tant dans le visuel que dans la musique qui se veut d’une lourdeur à faire ployer le dos d’Edgar, le guitariste, et de Neil, le bassiste. A d’autres moments, nous sommes plongés dans l’enfer du rouge enfumé, ce qui se mariera à merveille avec la petite sirène que Simon fait beugler carrément depuis le public. Sur le fond, un visuel numérique vient souligner d’images variées autant que synchronisées le set.
Comment vous dire que l’on se retrouve complètement plongé dans l’intensité d’un set qui vous jette à terre, à mordre la poussière. Le seul petit bémol vient d’une sonorisation qui n’offre pas toujours « la visibilité » du chant, selon l’endroit où l’on se situe. A droite de la scène, tout devant, les parties parlées n’étaient pas forcément audibles – à moins que ce ne soit la surdité latente de Mémé ! Heureusement, il suffit de bouger un peu pour avoir son plein de growls et autres voix décharnées. Quel panel de techniques vocales !
La basse, les riffs de guitare font vibrer nos poils en érection de textures cinglantes qui résonnent à l’envi. Poils qui seront caressés ensuite par un jeu de batterie maîtrisé, au cordeau, de Vincent.
La scène étant assez petite, c’est assez régulièrement que Simon descend dans la salle, pour ne pas dire la fosse, et chante au milieu du public. Il faisait sombre, et l’une de ces descentes a failli tourner à la descente aux enfers avec un cassage « de margoulette » évité de justesse.
Après un court laps de temps dédié au changement de plateau, nous voilà accueillis par Vesperine. Directement, on est mis au jus : un cube troué de toutes parts gît en pleine salle, devant la scène. Tout est sombre, si ce ne sont les rais de lumière qui jaillissent dudit cube, qui sera la mini scène ultra personnelle de Rémi, chanteur de Vesperine, lui conférant une aura mystique assez bienvenue.
De toute façon, il n’aurait pu en être autrement, cinq sur scène, cela tenait du pari scabreux. C’est donc parfois face aux musiciens et à la scène, parfois face au public qu’il nous offrira sa voix post-hardcore reconnaissable et bien marquée. Certains pourraient être chafouins de voir le dos du chanteur faisant face à ses comparses, quand personnellement, j’avais cette impression d’être dans son clan. Pour un peu, je me serais bien mise à chanter aussi. OK… il valait mieux pas.
Je n’aurai pas la setlist complète, mais on reconnaît d’emblée quatre morceaux du dernier album, sorti il y a peu également, Perpétuel. En commençant par les deux morceaux du Mouvement I – qui sont pour ma part les hits de l’album – et continuant sur les deux morceaux du mouvement II. Le tout dernier morceau joué sera issu du premier album.
C’est donc une forme de release party qu’ils nous offrent, sur cette tournée. Ce qui est amusant, c’est le choix de commencer par le début logique, mais qui n’est certes pas celui de l’album, celui-ci commençant par le second titre du Mouvement III, offrant ce rythme de moto perpetuo.
On navigue sur des jeux de lumières qui collent avec l’intensité de la musique de Vesperine. J’avoue que j’appréhendais un peu le live du groupe pour la simple et bonne raison que le mix est si magistralement millimétré sur album, avec un jeu de batterie organique, que je craignais un sacré déséquilibre. Mais il n’en a rien été ! J’ai retrouvé en live l’exacte réplique de l’album mais la chaleur et l’intensité du live en plus. C’est tellement beau, qu’on n’avait pas envie de décoller.
Mais il le faut bien… Et c’est sur un p’tit nuage que Mémé s’en retourne à sa chambre d’hôtel, consciente d’avoir vécu l’un des concerts de l’année. Vous êtes passés à côté ? Tant pis pour vous… Je ne peux que vous encourager à scruter les agendas pour sauter sur les prochaines dates.
Le pari d’une tournée avec ces deux groupes pouvait sembler osé, diamétralement éloigné (je n’irai pas à dire opposé, il ne faut pas exagérer), et pourtant, ça l’a fait. C’était une soirée faite d’intensités, chaque groupe ayant la sienne en particulier.
Genre : Black Metal Label : Purity Through Fire Sortie : 24 mai 2024
Note : 90 /100 (Seblack)
Bon c’est reparti pour un petit tour en Finlande avec ce split réunissant deux formations relativement récentes de la scène du pays des milles lacs. La richesse de la scène finlandaise ne cesse de m’étonner. On pourrait se dire que la source va finir par se tarir, baisser en quantité ou en qualité. Mais non, il y en a toujours un, nouveau ou ancien, pour vous attraper par les oreilles.
Sur ce split sortant chez Purity Through Fire, on trouvera donc d’une part, Aesthus, quintet formé en 2020 et ayant sorti son premier album en 2022 et d’autre part le one man band Sieluhaaska fondé en 2019 avec une démo et un EP à son actif. Deux morceaux pour chaque groupe et vingt minutes plus tard, on est sur les genoux.
La faute en revient beaucoup à Aesthus qui décoche d’emblée un “Vihasta Ja Verestä” méchamment accrocheur avec son intro de basse bien nerveuse et un morceau que l’on peut qualifier de black n roll au sens le plus noble du terme. Une dinguerie comme diraient certains. Le second morceau est peut-être un peu plus classique mais il n’en est pas moins fort plaisant avec ce sens du riff et de la mélodie qui, décidément, colle plus que jamais à la scène finlandaise. Pour ne pas changer des bonnes habitudes, le chant est littéralement possédé et vous saute à la figure. Du très très bon.
Sieluhaaska ne démérite pas non plus, loin de là ! Son style est plus sombre, il est moins trépidant, peut-être plus reptilien, et distille son venin de manière tout aussi inspirée que ses collègues.
D’un ADN typiquement finlandais, la musique des deux formations n’a pas prétention à réinventer le genre. Mais bigre que ces quatre titres sont bien ficelés ! Au final, voilà donc deux groupes de plus dans la musette. C’est cela l’avantage avec les split albums quand ils sont bons comme celui-ci. Ne reste plus qu’à aller fouiner dans le discographie de Aesthus et Sieluhaaska et à attendre la suite.
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Tracklist :
1. Aesthus – Vihasta Ja Verestä (03:38)
2. Aesthus – Vapaus Ja Kaaos (04:08)
3. Sieluhaaska – Yli Sielujen Mustan Virran (05:26)
Genre : black metal mélodique Label : Season of Mist Sortie : 24 mai 2024
Note : 90 /100 (Seblack)
Avec ses trente-cinq ans de carrière et désormais quatorze albums, il est inutile de présenter Rotting Christ, tant la formation est depuis longtemps un pilier de la scène extrême. Si les hellènes avaient sorti ces dernières années un certain nombre de compilations et autres live, il faut remonter tout de même à 2019 pour leur dernier album studio avec le plutôt réussi « Heretic ».
Cinq plus tard voilà donc ΠΡΟ ΧΡΙΣΤΟU (Pro Xritou : avant le Christ) nanti de dix nouvelles compositions (plus deux titres bonus) qui vont être dédiées aux derniers rois ou empereurs païens qui ont résisté à l’expansion du christianisme.
Oui comme souvent, Rotting Christ se plaît à allier le fond et la forme, c’est un des traits de caractère fort du groupe et disons le, Sakis Tolis a mis les petits plats dans les grands pour ΠΡΟ ΧΡΙΣΤΟU, bien aidé pour cela par son label Season of Mist et une myriade d’invité(e)s.
Cela commence par l’artwork qui suggère l’aspect grandiose que le groupe entend donner à ce nouveau chapitre. L’œuvre choisie est une peinture de l’Américain Thomas Cole (1801-1848), nommée La Destruction, elle constitue le quatrième volet d’une série de cinq toiles intitulée “Le Destin des Empires”. Pour les besoins de l’artwork, la peinture a fait l’objet d’un traitement numérique confié à Adrien Bousson. Pour l’anecdote, cette même peinture avait été utilisée par le groupe de death mélodique américain Arghoslent pour son album « Incorrigible Bigotry » (2002).
Cette aspect grandiose cher à Rotting Christ, on le retrouve bien évidemment dans la musique proposée dans “ΠΡΟ ΧΡΙΣΤΟU”. Vous allez me dire que de la part du groupe, on n’en attendait pas moins, mais force est de constater que les Grecs n’ont pas fait les choses à moitié. Tout commence par une invocation des principales divinités du monde païen qu’elles soient grecques, égyptiennes, orientales ou autres, toutes sont convoquées comme pour une ultime bataille face au christianisme. Comme souvent, Rotting Christ soigne son entrée, de la même manière qu’il travaillera sa sortie sur un fond des plus guerriers.
« The Apostate » consacré au dernier empereur romain païen Flavius Claudius Julianus (355-363), poursuit dans cette veine majestueuse : mélodie accrocheuse, chant narratif soutenu par des chœurs. Assurément Rotting Christ prend un soin particulier à redonner sa grandeur à l’empereur Julien que les chrétiens ont surnommé « l’Apostat », lui qui fut l’un des derniers à vouloir redonner leur place aux cultes païens de plus en plus restreints depuis la conversion de Constantin.
« Like Father, Like Son », « The Sixth Day », les titres s’enchaînent dans un style assez similaire avec toujours une belle accroche mélodique et des arrangements somptueux.
« La letra del Diavoli » marque un premier tournant épique de l’album avec ces rythmiques nerveuses typiques de Rotting Christ et un dialogue entre chant et chœurs, là encore assez grandiose.
Globalement plus agressive, cette seconde partie d’album marque encore une montée en puissance en termes de mélodies et d’atmosphères contrastées. Difficile de choisir un titre plus qu’un autre tant « Pix Lax Dax », « Pretty World, Pretty Dies », « Iggdrasil » ou « Saoirse » regorgent de qualités, que ce soit au niveau guitaristique, rythmique sans parler de ces chœurs féminins ou masculins qui viennent totalement se fondre dans les compositions.
Plus encore Rotting Christ continue de faire voyager son auditeur dans divers horizons du monde nordique avec Iggdrasil au monde gaélique avec Saoirse. Comme à son habitude, tel le diable, Sakis Tolis n’hésite pas à utiliser différentes langues pour les parties vocales, l’Anglais reste le plus fréquent mais n’exclut pas quelques passages en Grec et en Latin.
En somme sur ΠΡΟ ΧΡΙΣΤΟU, Rotting Christ reste totalement et fermement ancré dans un univers musical et thématique qui est le sien. Mais plus encore que sur ses dernières productions, on soulignera le soin méticuleux apporté aux compositions : plus mélodique voire mélodieux que jamais, cet album est aussi servi par une production cristalline qui lui sied à merveille et parvient à transmettre toute sa grandeur.
Loin d’être une simple ligne de plus dans une discographie déjà bien remplie, voilà un album foisonnant dont la richesse et la beauté ne font que s’amplifier au fil des écoutes. Un grand cru.
Genre : black / gothic metal Label : Remparts Productions Sortie : 23 avril 2024
Note : 80/100 (Seblack)
Originaire de Sicile et Vénétie, Lutto est un duo fondé en 2020. « Coscienze Infelici » constitue leur premier album après un EP en 2021 et un split avec The Ineffable en 2023. Officiant dans un registre mélangeant black metal et influences gothiques, le groupe évolue donc dans un genre assez répandu dans les années 90 mais beaucoup moins en vogue aujourd’hui, si ce n’est dans les arcanes de l’underground. Pour l’occasion c’est Remparts Productions, le label d’Anne Couvreur, qui en propose une sortie en cd, Lutto rejoignant ainsi d’autres formations transalpines déjà publiées sur Remparts (Atra Maurs, Malauriu, Urluk…).
S’ouvrant sur un tempo rapide rehaussé d’orgue, la composition « Sedotto Dall’ Abisso » s’avère accrocheuse. Le chant rauque, voire caverneux amène ce surcroît de noirceur et les intonations en italien ne manquent pas d’attrait. En bref, les deux grandes influences musicales de Lutto se mélangent avec un certain équilibre.
Le duo puisant une partie de ses influences dans le cinéma ou la littérature d’inspiration occulte ou gothique, on ne sera pas surpris que sa musique possède un côté théâtral ou cinématographique. « Coscienze Infelici »va ainsi proposer un certain nombre de temps forts où le black va dominer tout en se mêlant à une lead guitare aux accents typiquement gothiques. La basse n’est pas en reste : d’une, elle est bien audible et mise en valeur dans les compositions, de deux, elle est veloutée à souhait et contribue à donner de la profondeur et un côté inquiétant à la musique.
L’album est aussi traversé de moments d’accalmies, de respirations où le black s’estompe un peu laissant la place à une instrumentation développant des atmosphères plus éthérées mais tout aussi mystérieuses. C’est notamment le cas de« La ballata di Elizabeth » et sur le morceau final « Stato di natura ».
Au final, ce premier album de Lutto est à mettre au rang des bonnes surprises. « Coscienze Infelici » s’avère d’un bel équilibre : ses influences gothiques et black contrastent et se marient fort bien. Une belle découverte.