Genre : Black Metal
Note : 88 / 100 (LB D)
Label : Van Records
Sortie : 25 novembre 2024
Note : 95/100 (Mémé Migou)
“Dear disciples of the Great Old Ones, dear offsprings of their greatness ! For over 20 years lost in the Endless meanders of outer space, far from men's Devious existence, worshippers of their own Decline... I've been working, dead but dreaming, on the creation of a new Requiem beyond Light and Shadows. From my cosmic journey, a circle of four hateful bringers of blasphemy has been gathered to bring 8 Symbols of slimy and crawling ocular distorted art so called "black metal", the way it shall be... Today, with malicious pride, we bring you, dear disciples and dear toys, what many of you have been asking for these past two decades. And no one was better suited to bring this nightmare to your innocent ears and to sublimate it than the nonetheless well-known Ludovic Tournier who gave its final form to this new Stone, achieved and erected in 20 years from the Echoes of painful torments. A final shape of a nightmare that has gone through many manifestations... The chaos starts again exactly where it left off... Dear disciples, dear puppets, I have the great honor to introduce you to the new form of an old succubus: OMEGAETERNUM. May the Incantation begin... Spread their wrath!” - Sorghal
Lorsque les premières rumeurs ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux concernant un retour de Sorghal avec un projet comportant de nombreux points communs avec Nehëmah, cela suffisait déjà à nous mettre l’eau à la bouche. De plus, il avait été annoncé qu’Arawn, ami de longue date et guitariste live du groupe Savoyard, ainsi que Ludovic Tournier, le producteur emblématique seraient associés à ce projet. Si l’on ajoute la relative discrétion du chanteur bassiste Corven depuis 2019 et l’album Deus Sive Natura de Evohé (Il se murmure quand même qu’un nouvel album serait en préparation). Croyez-moi ou pas, mais, on était en droit de rêver, voire même de fantasmer (enfin surtout moi, lol!) sur un éventuel retour presque improbable d’une des légendes du Black Metal français des années 2000
Alors évacuons le sujet tout de suite, NON, il ne s’agit pas d’une reformation de Nehëmah, mais précisément la naissance d’une nouvelle entité au doux nom de Omegaeternum. Sorghal fera appel à des musiciens chevronnés de la scène nantaise pour compléter sa formation afin d’assurer la section rythmique du groupe. Ainsi nous retrouvons Oberkommander666 à la basse et Sistre à la batterie, deux artistes ayant déjà collaboré ensemble au sein des formations Les Chants De Nihil, Bestial Nihilism et Gotholocaust. Pour en terminer avec les présentations, on notera que c’est au label allemand Van Records que reviendra l’honneur de publier ce premier opus, intitulé tout simplement 1248.
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Avant d’attaquer le vif du sujet, une petite explication historique s’impose autour du concept album et de ce titre plus ou moins énigmatique. 1248, c’est l’année où eut lieu l’effondrement du Granier, montagne qui culmine à 1933 m dans le massif de la Chartreuse et domine la cluse de Chambéry. Un éboulement des marnes situées à la base de la montagne, consécutif à la chute d’une portion de la falaise calcaire, est à l’origine de cette catastrophe. Cette tragédie a enseveli et écrasé un grand nombre de villages et de paroisses, entraînant la mort d’entre 4 000 et 6 000 personnes, enterrées sous les décombres. Bonjour l’ambiance.
L’atmosphère froide, inquiétante et délétère imprègne l’ensemble de cet album, y compris le morceau d’ouverture intitulé “Ye Incantation”. L’introduction se révèle lente et troublante, les premiers riffs apparaissant progressivement, pour finir par se jeter sur vous. Ces derniers sont similaires, tant dans leur nature que dans l’ambiance qu’ils instaurent, à ceux de “Through The Dark Nebula”, le dernier titre de Requiem Tenebrae, troisième et ultime album de Nehëmah. Ainsi, la boucle est bouclée : Omegaeternum est bien le digne successeur des Savoyards.
— Ah ! mon cher LB D, quoi de plus naturel, au final, qu’un éternel recommencement, une histoire perpétuelle, qui se répète, une histoire sans fin, avec un nom tel que Omegaeternum. Peut-être aurons-nous plus d’éclaircissements lors d’une interview, mais on peut laisser notre esprit vagabonder dans les mots. “Je suis l’Alpha et l’Omega, le début et la fin”, raconte une histoire vieille de plusieurs milliers d’années. Omegaeternum, “pour toujours et à jamais”. Tout est dans le tiraillement de la dichotomie du monde. Et comme le dit Sorghal dans son propos introductif : “Le chaos reprend exactement là où il s’est arrêté”.
Dès les premières notes de « The Endless Quietus », une sensation de lourdeur s’installe, donnant l’impression d’une chape de plomb pesant au-dessus de votre tête. On perçoit une abondance de trémolo picking ainsi que de blast beats. La brutalité est omniprésente tout en conservant une dimension mystérieuse lorsque le tempo ralentit. Il ne fait aucun doute que musicalement, nous sommes profondément ancrés dans les années 1990. Autant vous le dire tout de suite, que la joie et la bonne humeur ne figurent pas au programme.
“The Devious Deceiver” commence là où s’arrête “The Endless Quietus”. Une légère dissonance apparaît au début du morceau, au fur et à mesure, le tempo se ralentit considérablement laissant la place à une atmosphère pesante, parfois à la limite du Doom. Les riffs de guitares s’assombrissent tandis qu’une voix malsaine surgit de nulle part, accompagnée par les premiers passages de claviers qui se dévoilent à nous, apportant un aspect plus atmosphérique au morceau. Cette piste est la plus longue, la plus épique et la plus mystique de l’album.
— Ahhhhh (bis), mon cher LB D… As-tu remarqué sur l’artwork, signé Ritual Art Spirit, tous ces symboles qui ouvrent les portes d’un monde chaotique, celui de notre imagination ou celui d’une explication apportée à un mystère, celui du Mont Granier, par exemple. Cette lune avec les tentacules, pour commencer. Les paroles de Sorghal en incise, quand il s’adresse à nous, ne laissent que peu de doutes “Dear disciples of the Great Old Ones”… Rajoutons le titre du premier morceau, qui nous place dans le mode incantatoire, que l’on retrouve avec ces voix fourmillantes. On comprend vite où l’histoire veut en venir : l’éboulement du Mont Granier n’est certes pas sans lien avec le culte des Grands Anciens, couché originellement sur papier par Lovecraft.
Après, on ne peut nier que les symboles y soient nombreux. Déjà le logo en lui-même, que l’on retrouve presque entre les mains de ce grand prêtre, un coeur très vulvé par où s’immisce un serpent. Je ne vais pas te faire un dessin, tu auras compris l’allusion. Et comme médaille au cou de ce personnage central, l’arrière-plan stylisé, c’est-à-dire un faisceau de sommets montagneux. Mais tu vois, Sorghal mentionne 8 symboles… Penses-tu que ces 8 symboles se retrouvent déjà dans l’artwork ? Bien entendu, on ne va pas jouer les naïfs, nous avons 8 pistes…
Au fait… la symbolique du chiffre 8, c’est bien l’infini (mets-le sur le flanc…) et le renouveau. Aussi l’équilibre, paraît-il…
“1248 The Symbols Swallower” constitue le premier des trois volets consacrés à l’effondrement du mont Granier. On observe une plus grande diversité dans les voix et d’un clavier à la fois sinistre et omniprésent, s’enchaînant directement sur le court instrumental faisant office d’interlude.
Intitulé “1248 The Silent Tears of the Stone Giant”, il se compose exclusivement de rythmes de batterie lancinants et d’un son singulier émanant des claviers. Les tempi s’accélèrent à nouveau pour la troisième partie du triptyque. L’alternance des chants se fait remarquer, oscillant entre le rauque et le crié. Bien que la première section soit rapide, la deuxième est plus modérée, marquée par l’apparition d’une voix claire sortie tout droit d’un office religieux voire d’un rituel de magie noire. Cette voix s’harmonise parfaitement avec le puissant son d’une double grosse caisse, créant ainsi l’un des passages les plus marquants de l’album.
Cet enregistrement comprend également deux autres pavés d’une durée approximative de quinze minutes chacun, intitulés “My Inner Decline » et « In Outverse Slumber », et qui viennent conclure cet album. Bien qu’ils présentent un certain intérêt, ils s’inscrivent dans la continuité des œuvres précédentes, épiques, mélodiques, mais toujours dans cette atmosphère angoissante. On notera tout de même, ce final qui nous rappelle le Black Metal Orthodoxe de Batushka (pour ne citer que lui), avec ses chants liturgiques, cette voix rocailleuse et ces nappes de synthés. Ce passage crée un climat tout particulier semblable à celui d’une période de deuil et de recueillement. Si je dois émettre une petite critique, c’est précisément la durée de ces deux titres qui me pose problème : ils sont beaucoup trop longs, on a du mal à rester concentré jusqu’à la fin et on finit par se lever de son canapé pour faire autre chose. À mon humble avis, ils auraient mérité d’être raccourcis afin de captiver l’auditeur jusqu’à la fin, évitant ainsi toute impression de monotonie.
— Ahhhh (ter), mon cher LB D permets-moi de m’inscrire en faux, tout du moins en contre. En ce qui me concerne, je me suis laissée embarquer dans cette aventure avec délectation. Je n’ai pas eu once d’ennui ou de déconcentration. Au contraire, dès la première écoute, je me suis dit que cette œuvre ne se laisserait pas facilement apprivoiser, et qu’il m’en faudrait de nombreuses autres pour tout appréhender. Et plus on met le bout de l’oreille dans cette cérémonie, plus on découvre de petites choses restées secrètes, discrètes ou passées sous silence par une attention occupée par d’autres aspects de la musique ou de l’œuvre.
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Au premier abord, cet album peut paraître fastidieux et linéaire, je conçois qu’il puisse en fatiguer plus d’un. Cependant, ces impressions seront vite balayées si vous persévérez dans le nombre d’écoutes et c’est seulement après que vous allez prendre conscience de toutes les subtilités que renferme ce 1248, hormis le petit reproche mentionné un peu plus haut. Cet album, je le trouve relativement bien équilibré, cohérent, oscillant entre des passages brutaux et des moments de tranquillité pour le moins sinistres. Il offre également de nombreuses montées en puissance imprégnées d’occultisme et de mysticisme. En exécutant des riffs froids et glaciaux selon leur propre philosophie du Black Metal, les musiciens parviennent à se forger une identité qui leur est propre, et ça, ce n’est pas donné à tout le monde.
Je reste persuadé qu’à l’avenir, Omegaeternum gravira aisément la montagne qui les emmènera vers les sommets du Black Metal français.
— Pour ma part, c’était la révélation de cette fin d’année…
Line-up :
Sorghal – Chant, Guitares, Claviers
ÖberKommander666 – Basse
Arawn – Guitares (solo)
Sistre – Batterie
Liens :
https://omegaeternum.bandcamp.com/album/1248
https://www.facebook.com/OMEGAETERNUM






















































































































































































































































































































































































































