Genre : Black Metal expérimental
Label : Pelagic Records
Sortie : 10 Juillet 2026
Note : 100/100 (Mémé Migou)
92/100 Pour les quelques passages un peu trop avant-gardiste à mon goût (LB D)
Si l’amour dure trois ans, comme nous le suggère Fred*, pour ma part, il s’étalera sur quarante-et-une minutes et vingt-cinq secondes, le temps du nouvel album de Movrir, Nous, le venin, sorti le 10 juillet 2026 chez Pelagic Records.
Le coup de foudre, vous le connaissez ? Vous l’avez déjà vécu, ce maelstrom de sentiments et d’extase ? Ça brûle, ça consume de l’intérieur, ça tord les boyaux et les neurones. Ça fait mal et pour autant on continue à s’enduire de ce venin inflammable. On se rend esclaves de ce masochisme du cœur et des tripes et on navigue entre chaleur et douches froides, entre la joie et l’extrême tristesse. Et ce premier titre, dans Nous, le venin, « Feu d’un regard », en est le porte-étendard.
Ce qui vous chopera dès le départ, ce sont ces coups de boutoir sur la batterie, un cœur qui cogne sur un bruit blanc pas si immaculé, qui enfle pour venir titiller les codes d’un Black Metal nouvelle génération. Les paroles ciselées, dépouillées des scories superflues pour toucher en ligne droite notre chair de poule, viennent soutenir les accents exploratoires de la musique. On a une forme de “solarité” qui petit à petit va basculer vers le chaos avant-gardiste. Les amateurs de musique contemporaine vont tendre l’oreille et saliver. Pour autant, on va vite retrouver les codes du Black Metal, avec ses tremolo pickings, les voix décharnées, caverneuses de par la reverb. La douleur n’est pas bien loin. La voix est proche du décrochage (non pas au niveau de la justesse, mais de l’émotion intense). On va s’avancer doucement vers l’amertume de la routine et de la futilité…
« Ennui Ennemi » va venir nous engluer dans cet état avec une entrée en matière bien expérimentale quand « Mon Rêve Animal » sera un peu plus haineux. Tout ça est malsain, suffoquant, oppressant… Bien entendu, chaque titre peut être la continuité de l’histoire d’un coup de foudre, avec ses hauts et surtout ses bas, son lot de détresses. Bien sûr que l’on peut y voir l’allégorie de la routine ou encore celui de la « déviance », de la solitude ou de la mise en retrait de sa propre personne au profit de l’autre (« Je est Absent ») et terminer par ce constat indélébile avec « Nous, le Venin »… Nous sommes notre propre poison, pour nous-même comme pour les autres. L’amour, ce distillat de toxines qui nous éteint comme la flamme se consume. On peut… Mais ce serait oublier l’ADN de Movrir, qui aime à poser sur la société fat un regard cru, désabusé. Nous sommes le Venin pour la planète, pour le voisin, pour autrui, pour le monde animal. L’artwork enfonce le clou, avec cet espèce de Christ que l’on peut voir sur les peintures orthodoxes, descendu de sa croix pour jeter un regard las et désabusé sur l’évolution des Hommes. Et pour enfoncer le clou (dans les paumes de ce pauvre hère), l’outro en forme de psaume nous offre un Ite Missa Est qui vous laissera pantois.
Ce deuxième album de Movrir poursuit ses explorations introspectives et sociales par le tiraillement dosé au cordeau du Black Metal avec la déstructuration de l’avant-garde, les sonorités tordues par le Noise et les progressions parfois un peu jazzy (que l’on retrouve pas mal sur l’utilisation de la batterie). J’en connais qui parlent d’une marge de progression monumentale pour Mourir, ce que je ne partage pas complètement. Car dans cet album comme dans Insolence, tout est lié à l’ambiance désirée. Pour autant, je le trouve bien plus Black Metal dans l’esprit que le précédent EP, qui lui, avait un ratio qui penchait plus dans la balance du bruitisme. Certains apprécieront le break aux sonorités vibrantes du quatrième titre, « Je est Absent » – Moi par exemple -, quand d’autres se demanderont pourquoi il existe – LB D, par exemple. Malgré tout, entre les moments coercitifs et malsains, les guitares viennent vous balancer des mélodies toujours plus mélancoliques, mais d’une beauté redoutable. On est balancé entre sensation de noyade et le lâcher-prise qui offre des goulées d’air pour mieux appréhender le reste (Vers 4:50, juste après le break abrupt du premier titre).
Sur les six titres de l’album, on a clairement une première partie plus chaotique (dans le bon sens du terme) alors que la seconde reviendra plus dans les sentes du Black Metal. Mais un Black Metal qui flirte avec le Sludge, le Doom, voire le Funeral Doom (comme sur le début du titre éponyme). Je ne suis pas étonnée qu’ils aient pu tourner sur scène avec Fange. Les guitares comme la basse ont parfois ce son saturé, poisseux du Sludge. Et pourtant, je n’emploierai pas complètement ce terme, plutôt que d’aller chercher des émotions pour les mettre en lumière et mieux les accepter, ici on a les émotions que l’on expose au pilori, goudron et plumes au menu. On tire la détresse vers le bas, toujours plus bas. Un goût de fiel dans la bouche, comme lors du constat qu’une relation doit prendre fin. Et c’est la voix qui nous amène dans ces contrées retirées de la noirceur et du dépressif. On a un panel de voix passant du growl à la voix décharnée, passant par le screamo, souvent des voix qui finissent dans les aigus d’une lamentation, le hurlement à la mort d’un loup solitaire au sein d’une meute… De quoi vous faire dresser les poils sur les avant-bras. On ne peut rester insensible face à cette douleur mise en notes et en mots.
Je ne pourrais clore la chronique sans parler du jeu de la batterie. On a ici des propositions bien différentes que le simple blast-beat ou la pédale de double. Ainsi que ça a pu être mis plus haut, on a parfois cette impression de sonorités jazzy. Et ces rythmiques, pas seulement de la batterie, mais de l’ensemble des cordes, à parfois faire pâlir de jalousie tout match rocker qui se doit ! (Exemple dans la première partie du premier titre).
Ce deuxième album de Movrir, est une pépite – et le titre éponyme une véritable masterclass intelligemment ciselée, à la production parfaite, mais qui ne se laissera pas dompter aussi aisément. Et la confluence des divers styles le place à l’épicentre d’un genre peut-être pas complètement nouveau, mais qui fait de lui un groupe unique dans notre paysage Metal français. Aurez-vous la sagesse de lui laisser assez de place et de temps pour qu’il puisse enfler dans votre mélomanie ?
Pour ma part, Nous, le Venin est un réel coup de foudre qui vient raviver des flammes petit à petit étouffées par le trop-plein de sorties qui se ressemblent sans pour autant s’assembler dans le monde du Metal. On est retourné, chamboulé, on traverse des montagnes d’émotions fortes et on en redemande. À peine terminé, on repart du début. « Ne me quitte pas », pourrais-je dire, paraphrasant le grand Brel. Alors, je remets l’album. Une fois encore.
*Beigbeder, bien sûr









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