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Interview – Frozen Records

Interviewé : Paul (Frozen Records + Aetheria Conscientia)
Interviewers : LB D + Mémé Migou

Nous sommes heureux, chez Memento Mori Webzine, de faire plus ample connaissance avec Frozen Records. Qui sont-ils, ce qu’ils proposent, leur philosophie ou encore leur oriflamme, voilà ce que je nous vous proposons de découvrir. 

Pour la petite anecdote, chaque fois que nous venons sur Nantes pour un concert, le passage obligé est d’aller Place Viarme, numéro 2 pour être plus précise. Notre chroniqueur LB D ne peut déroger à ce pèlerinage. D’autant plus qu’il a ainsi découvert Aetheria Conscientia par le jeu d’un autocollant offert… (vous ne vous souvenez plus de cette histoire ? Allez donc relire sa chronique, ici : https://www.memento-mori-webzine.fr/2024/12/29/aetheria-conscientia-the-blossoming/ ) Cet album est arrivé en tête de son top album 2024 !

Atheria Conscientia -Cold Crash -Frozen Night #15 Photos : Mémé Migou

Il me semble, d’ailleurs, que le groupe et Frozen ont des points communs… Vous comprendrez pourquoi il nous était important de venir à l’événement que Frozen organisait ce vendredi 31 janvier,* date à laquelle s’est produit sur la scène du Cold Crash (Rezé – 44)… Aetheria Conscientia ! Mais pas que … Et là, c’est moi qui suis aussi aux anges avec Movrir (que j’ai eu l’honneur de chroniquer) et Limbes (dont le dernier album a également été chroniqué par Seblack). 

En bref… Frozen Records : un magasin, un label et un organisateur de concerts. Eh bien ! Que de casquettes !

L’interview

Alors dites-moi, qui de l’œuf ou de la poule ? J’entends par là, quelle activité a vu le jour en premier et comment les liens se sont faits de l’un à l’autre ?

À la toute base, Frozen Records c’était une distro ambulante montée par Eddy juste avant le Covid, c’est ensuite devenu un tout petit magasin de disques pas loin de la gare de Nantes, ensuite je suis arrivé et au bout de quelques mois on a eu l’idée lumineuse de sortir en vinyle le premier Album d’ALT236, parce qu’on savait que ça allait cartonner et qu’on voulait l’avoir en physique dans nos collections personnelles. On s’est donc décidé à lancer un label, pour cette sortie, ensuite on a continué à fond la caisse. Pour le premier anniversaire du magasin, on a organisé une petite soirée, dans la rue du shop, avec un concert et des jeux. Ça a cartonné donc l’année d’après j’ai proposé à Eddy d’organiser un vrai fest pour nos 2 ans, et c’est comme ça qu’on s’est mis à faire des dates. 

Vous êtes deux gérants dans le magasin – Oh ! Mais, au fait, nous ne nous sommes pas présentés, Mémé Migou et LB D pour Memento Mori Webzine, enchantés. Je vous laisse le soin de vous présenter et nous dire, si vous le voulez bien, quel est votre parcours pour en arriver à l’ouverture de Frozen…

Alors dans Frozen Records on est deux, il y a Eddy et moi c’est Paul. Eddy a bossé 10 ans chez Greenpeace et a voyagé un peu partout dans le monde et fait un nombre incalculable de boulots différents, il a ouvert Frozen parce qu’il en avait marre de ne jamais être fixé quelque part et que la musique est sa passion, moi je viens du monde scientifique je bossais dans la recherche en santé mais je ne me suis jamais senti à ma place j’ai toujours été super passionné par la musique. 

Eddy a ouvert le tout premier shop, moi j’avais quitté mon taff, j’avais ma petite distro en ligne, j’ai commencé comme client puis je l’ai rejoint et après c’est parti en sucette total ahaha.

Donc, pour reprendre, vous êtes deux gérants… Comment vous répartissez-vous les tâches ? N’y a-t-il jamais de tensions entre vous ?

En gros Eddy s’occupe de la partie gestion de l’entreprise, du graphisme et majoritairement de la distro, moi je gère le label, les orgas de concert/festival et la communication. C’est à peu près comme ça qu’on se sépare le taff, après c’est assez transversal et on se consulte pour quasiment tout. 

On se prend la tête absolument tout le temps parce qu’on a des gros caractères de cochons ahaha, mais ça dure 30 secondes et le résultat est là. C’est comme ça qu’on fonctionne, au final ça nous réussit plutôt bien même si on dirait un vieux couple parfois.

Entre le magasin, la vente par correspondance et le label, comment gérez-vous votre emploi du temps ? Faites-vous appel à d’autres personnes pour vous seconder ?

C’est simple, on bosse tout le temps ! On fait vraiment des grosses semaines et on ne prend pas beaucoup de vacances mais on fait un boulot qui nous passionne donc ça vaut le coup, même si des fois on est crevé et on a la flemme. 

On fait tout à 2, normalement on sera bientôt 3 parce qu’on commence à avoir trop de boulot pour 2. 

Pour les orgas on a une asso, ce qui nous permet d’avoir des bénévoles qui nous aident sur les soirées parce que juste à 2 ça serait un peu tendu. 

Vous avez régulièrement des arrivages de vinyles… Vous travaillez essentiellement avec les labels ou également d’autres distros? 

On bosse majoritairement en direct avec les labels, on préfère parce que moins il y a d’intermédiaires, plus les prix sont bas, donc moins on met les disques chers dans les bacs et c’est mieux pour le porte monnaie des gens.

On doit être sur une cinquantaine de labels avec qui on bosse à peu près, plus quelques distributeurs quand même. Entre distros on se fait surtout des échanges de stocks mais ce n’est pas le gros de l’activité.

Parlant vinyles, c’est un bel objet qui revient à la mode en force, idem pour les cassettes. Pourtant, les vieux de la vieille étaient heureux de passer aux CD etc… Pourquoi, à votre avis ? Est-ce une hype ? Ou y a-t-il une réelle plus-value que ces objets (hormis la collection) ? Je pense à la dynamique du son, par exemple ? Ou est-ce que vous vous en foutez et ce ne sont que des objets comme les autres ?

Aujourd’hui, la majorité des gens écoutent de la musique en streaming. Les formats physiques, c’est devenu un truc de Die-hard, de collectionneur, et les collectionneurs aiment les beaux objets. les vinyles, c’est grand, c’est beau, tu as l’artwork en 30×30, un insert avec les paroles, des vinyles en couleur, ça fait luxe. Et le vinyle en général tu prends le temps de l’écouter, de le retourner, y’a quelque chose de rituel, alors que le CD ou le streaming, tu le lances et tu as tendance à aller faire autre chose. Le son du vinyle est cool aussi, il est assez doux, ample et plaisant à écouter, t’en prends moins plein la tronche que sur CD ou en streaming. 

La cassette c’est vraiment une micro niche, ça revient que dans certains styles, et c’est surtout le côté “régressif” et petit objet compact et pas cher qui plait aux gens. 

Après, avec l’inflation on voit pas mal de gens se tourner à nouveau vers le CD, parce que c’est sacrément moins cher qu’un vinyle. 

Vous avez aussi un salon de tatouage interne au magasin, est-il intégré aux structures de Frozen Records ou est-il indépendant ?

Yes, le salon s’appelle Frozen Tattoos, original n’est-ce pas ?

C’est indépendant, on bosse dans le même local et on se file des coups de main sur des trucs mais ce sont des structures différentes. 

Ils nous dessinent souvent des visuels de merch ou des affiches de concert, nous on leur expédie des commandes par exemple, c’est à la cool !

La dernière fois que nous sommes venus, il y avait la signature du groupe « Sang Froid » et de son dernier album, dans vos murs. Est-ce que c’est un événement que vous renouvelez régulièrement ? Comment vous communiquez sur le sujet ?

On fait ça de temps pour des sorties label oui, quand le planning du groupe et le notre collent avec la sortie et que les artistes sont dans le coin. On l’avait fait avec Neige d’Alcest pour la sortie de son dernier album, c’était très cool. On a aussi fait des expos au shop (Jeff Grimal, Phantom), on aime bien tester des trucs. 

On communique beaucoup sur les réseaux sociaux pour annoncer ces événements, et on colle des affiches dans la vitrine du shop, le classique quoi!

D’ailleurs, nous y avons croisé un youtubeur. Est-ce un partenariat que vous avez régulièrement ?

Je ne me rappelle pas de qui il s’agissait mais on a pas mal de potes qui bossent sur Youtube oui, Maxwell et ALT236 (dont le projets musicaux sortent sur notre label), The Doom Dad aussi avec qui on fait souvent des petites collabs (et on lui vole tout son argent en lui vendant des disques..)

Pourquoi avez-vous décidé de créer un label Frozen Records ? Et en quelle année a-t-il vu le jour ?

Comme je l’ai dit au tout début, Eddy et moi on suivait le travail de ALT236 sur Youtube et on aimait beaucoup son premier album, Leviathan, on a eu l’occasion de le croiser sur un événement où on bossait à Paris, je lui ai proposé de sortir son album en vinyle (j’avais déjà fait éditer des vinyles pour mon groupe donc j’étais à peu près au fait du truc), il a dit oui, on a lancé des pré-commandes, c’est parti en sucette total, on a vendu 3500 copies en quelques jours. La machine était lancée !

On a lancé le label fin 2021 pour une première sortie en 2022. 

Êtes-vous aussi les deux seules personnes à décider de la signature des groupes ? Et sur quels critères ?

Oui, on décide tout à deux. On a des goûts vraiment différents avec Eddy, donc si un projet nous parle à tous les deux, on sait que ça peut plaire à pas mal de gens. Pour qu’on se lance sur une signature, il faut que la proposition musicale nous plaise, que la direction visuelle derrière soit cool, que le projet ait une vraie personnalité, que ça accroche humainement avec les artistes derrière le projet (on élimine d’entrée de jeu tout ce qui est pointeurs, fachos et autres joyeusetés) et que le groupe fasse du live pour défendre son album, sinon la “durée de vie” de l’album est super courte vu la quantité de musique qui sort aujourd’hui. 

Avez-vous des petites anecdotes de label, des groupes qui vous ont démarchés mais qui n’étaient absolument pas dans votre philosophie ? D’ailleurs, quelle est la philosophie et la ligne éditoriale de Frozen Records ?

Comme je te disais au-dessus, pas de pointeur, pas de facho chez Frozen, déjà c’est la base, pas de pochette Midjourney non plus, des gens avec qui on s’entend bien, avec qui on partage des valeurs, pour qui on a envie de se battre quoi. Et sinon au niveau ligne éditoriale tant que ça s’inscrit dans ce qu’on appelle les “musiques extrêmes” (Metal, Hardcore, Punk, Noise, Neo-Folk, Trucs en -wave, Indus etc), ça peut rentrer dans notre créneau. On ne s’interdit pas non plus de sortir un jour un album de Hip-Hop ou d’electro si la proposition nous parle et que c’est un peu énervé, ça peut être assez large. Après il y a des styles qu’on aime ni l’un ni l’autre donc il y a peu de chances que vous voyez ça sortir chez nous un jour. 

Des petites anecdotes comme ça on en a un paquet oui, surtout des mails de contact complètement aux fraises, comme “Salut on est un groupe de Hardcore bien burné…”, autant de dire que je ne suis pas allé plus loin et que j’ai supprimé le mail, ou “J’ai entendu parler d’un disquaire qui se prenait pour un label”, bon, y’a mieux comme phrase d’accroche quoi. 

Il y a quelques jours a eu lieu la 15ème Frozen Night, pourquoi avez-vous décidé de créer ces events ? En quelle année est née cette soirée ? 

Pour faire vivre la scène, organiser des dates qui nous parlent, qui parlent à notre public, faire découvrir des groupes aux gens, on est disquaire à la base, ça reste la base de notre métier de faire découvrir des groupes aux gens. On a dû organiser la première en 2022 si je ne dis pas de bêtise, c’était une soirée Screamo à Nantes.

Limbes – Cold Crash – Frozen Night #15 – Photo Mémé Migou

Cet event est-il exclusivement réservé aux groupes du label ? Laquelle de ces soirées vous rend particulièrement fiers ? 

Non pas du tout, parfois ce sont des soirées avec uniquement des groupes du label, parfois aucun groupe du label, parfois un mélange des deux. Bonne question, je dirais notre premier Ferrailleur sold out avec Fange, Worst Doubt et Mourir, ça fait quelque chose la première fois que tu remplis à 100% une belle salle comme le Ferrailleur. 

N’est-ce pas trop galère, niveau organisation ? J’entends par là, organisation de la soirée en tant que telle, mais aussi l’organisation entre le magasin et la soirée à gérer ? Êtes-vous présents ces soirs-là ? 

Si, mais on a l’habitude de jongler entre plusieurs activités en permanence, label, orga de concert et disquaire. L’organisation d’événements fait partie intégrante de nos activités donc on prépare en amont au magasin. Les jours où on organise des dates, on ferme le magasin plus tôt, Eddy se colle au catering, la logistique et la gestion des loges, moi à la gestion technique, accueil des groupes, gestion du backline et on a des bénévoles de l’asso qui gèrent les entrées et qui m’aident avec le matériel, sinon on ne s’en sortirait pas à deux. 

Au gré des années, le lieu de la soirée a souvent changé d’endroit, pourquoi ? Notamment la précédente, la Frozen Night #14, qui a débarqué à Bordeaux….

Pourquoi pas ? Ahaha

À Nantes on change de lieu selon la disponibilité des salles et selon la taille du plateau qu’on fait jouer, selon le monde qu’on estime qu’il y aura dans le public. 

Dernièrement on essaie de sortir un peu de Nantes aussi effectivement, on a fait une date à Bordeaux, en collab avec un salon de tattoo de potes de là-bas, c’était bien cool d’aller tâter un public différent, c’était un plateau avec que des groupes du label, ça permet de faire découvrir ces groupes hors de Nantes ! 

Combien de bénévoles pour une telle soirée ? Comment les « recrutez-vous » ? 

En général on met 3 personnes aux entrées, 3 personnes en technique, 1 ou 2 en cuisine et ça roule toujours bien comme ça. Sur des grosses dates avec beaucoup de groupes comme le Frozen Fest, tu peux tout multiplier par 2. 

Pour le recrutement, c’est simple, on demande aux potes ! 

Movrir – Cold Crash – Frozen Night #15 Photo : Mémé Migou

Quelle serait l’évolution de ces events ?

Probablement faire des dates un peu plus souvent, avec des groupes un peu plus gros, et continuer d’organiser hors de Nantes, on a quelques jolies annonces qui arrivent bientôt là !

Souvent, on dit qu’il faut d’abord faire ses armes sur de « petits » concerts avant de s’attaquer à un Fest. Ces soirées sont aussi là pour amener de la trésorerie. Est-ce aussi votre façon de penser ? Ou vous tenez particulièrement à ces soirées parce que… ? 

Nous on a fait l’inverse, on a commencé par un festival sur 2 jours comme première orga avant de se lancer sur des plus petites dates ahahah. Ne faites pas ça, c’est super risqué et complètement stupide. On ne peut pas organiser des gros fests tous les mois, ça flopperait et ça serait beaucoup trop crevant et on n’a pas envie de faire un seul gros événement dans l’année, donc on fait un mix des deux, un gros festival et des soirées au cours de l’année.

Vous organisez également le Frozen Fest en juin, d’abord sur une journée en 2023, puis sur 2 jours en 2024. Qu’en sera-t-il en 2025 ? Toujours au Ferrailleur ? 

C’était déjà 2 jours en 2022 et 2023, mais avec moins de groupes, 2024 on avait fait 10 groupes sur 2 jours au Ferrailleur, pour 2025 on annonce ça dans quelques jours, spoiler, c’est nos 5 ans on a mis les petits plats dans les grands, toujours au Ferrailleur, pour le reste, vous verrez lors de l’annonce, pas de spoil ! **

Un tel événement sur deux jours demande une sacrée organisation. Quel est le type de personnes sur qui vous pouvez compter. Des copains ? Des bénévoles ? Des intermittents du spectacle ?

Les équipes du Ferrailleur sont au top, nous on est assez bien rodés sur les orgas, on prend quelques bénévoles parmi les potes qui ont un pied là-dedans et ça roule bien. C’est surtout en amont qu’il faut tout organiser au millimètre et ne jamais dériver du planning pour que ça se passe bien! 

Vous le voyez plus grand à l’avenir ? Souhaitez-vous tutoyer les gros festoches comme le Hellfest, le Motocultor ou encore le Muscadeath ?

Plus grand, sûrement, vous verrez cette année déjà, mais aucune envie de faire du outdoor, beaucoup trop de matériel à louer, les risques liés à la météo, on n’a pas du tout envie de se frotter à tout ça. 

On verra au fur et à mesure à quel point on fera grossir le festival, on a beaucoup d’idées pour la suite, je ne sais pas encore quelle direction on prendra. 

Nantes est une ville qui bouge bien, niveau Metal. La région n’est pas en reste. Comment on arrive à trouver sa place dans ce panel d’assos, labels, orgas etc. Existe-t-il une solidarité Loire Atlantique ? Allez… lâchons le mot, bretonne ? 

Chacun son créneau, chacun sa cible, le Metal c’est super varié, tout le monde n’est pas copain, mais il y a quand même beaucoup de synergies entre diverses assos / salles / labels,  c’est important de se soutenir, le DIY c’est une économie super casse gueule, c’est déjà assez difficile comme ça, on ne va pas se tirer dans les pattes en plus!

Qui rêveriez-vous de signer et/ou de faire jouer ? Des groupes autres internationaux peut-être ?

Je n’ai pas de nom précis en tête, on aimerait travailler avec / faire jouer vraiment beaucoup de monde, on ne se ferme aucune porte, on verra de quoi l’avenir sera fait !

Merci beaucoup pour toutes ces réponses et au plaisir de vous croiser vendredi 31 janvier à Rezé (et dans le magasin… tradition oblige!)

*Frozen Night #15 – Aetheria Conscientia/Mourir/Limbes – Cold Crash (Rezé – 44) Le Live Report bientôt sur Memento Mori Webzine

** L’affiche est tombée entre temps… Regardez donc :

Quelques liens :

https://frozen-records.com

https://www.facebook.com/frozenrecordslp

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