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  • Ars Moriendi – Leur esprit marche dans les ténèbres (2025)

    Ars Moriendi – Leur esprit marche dans les ténèbres (2025)

     Genre : Black Metal Progressif
    Label : Archaic Sound
    Sortie : 15  juin 2025

    Note : 95 / 100 (LB D)

    Purée, déjà vingt-quatre ans d’existence pour Ars Moriendi, vingt-quatre ans et quatorze albums au compteur. Enfin, le total s’élève à huit albums officiels, si l’on considère les six premiers comme des démos principalement orientées vers la Dark Ambiant

    C’est en 2008 qu’Arsonist, l’homme derrière cette entité, a amorcé une bascule vers le Black Metal avec son septième opus intitulé L’Oppression du Rien. Depuis lors, il n’a cessé de faire évoluer sa musique, progressant dans tous les aspects, que ce soit au niveau du chant ou de la production en général, n’hésitant pas même à prendre place derrière les fûts afin de remplacer la batterie électronique par un vrai son de batterie.

    La musique d’Ars Moriendi ne se consomme pas comme une musique ordinaire ; ce n’est pas celle que l’on met pour éplucher des patates, par exemple. Non, il faut s’installer confortablement dans son canapé, le livret du CD et l’ordinateur à portée de main. C’est du moins ma démarche car il est évident qu’il faudra consulter Wikipédia ou autres sites spécialisés pour des recherches supplémentaires sur les thèmes abordés. En effet, à travers ses albums, Arsonist, en tant que professeur d’histoire, nous invite à la découverte de personnages et autres événements historiques dont lui seul connaît l’existence. C’est ainsi que nous prenons connaissance de François-Jean Lefebvre de La Barre, condamné à mort pour blasphème et sacrilège, ainsi que de Jérôme Savonarole, prédicateur et réformateur actif dans la Florence de la Renaissance. À titre d’exemple supplémentaire parmi tant d’autres, l’histoire connue sous le nom de « sac de Brescia », lorsque cette ville s’est insurgée contre l’occupation française en 1512. Ces trois récits, parmi tant d’autres, sont particulièrement pointus et témoignent avec éclat de la richesse et de l’étendue de ses connaissances en matière d’Histoire française. Non, Ars Moriendi, ce n’est pas simplement écouter de la musique : c’est également une immersion totale dans un manuel d’Histoire.

    *

    Ce nouvel album respecte pleinement la tradition : notre artiste s’est intéressé cette fois-ci au massacre de la Saint-Barthélemy, un épisode sanglant survenu dans notre pays en 1572 dans le contexte des guerres de religions opposant catholiques et protestants. À travers cet album, on découvre également la famille Sanson, dont la profession consistait à exécuter des condamnés et qui s’est transmise de père en fils, avec cette illustre Abbaye de Monte-à-Regret, autre appellation donnée à la guillotine. La seule exception notable à cette évocation de l’Histoire de France pourrait être le titre “Sur la lune ou aux enfers”, où Arsonist aborde l’enfer des goulags, mettant en lumière quatre éléments particulièrement représentatifs de cet univers : la glace, le feu, le fer et le sang.

    L’album débute par un extrait du discours du poète français Pierre de Ronsard annonçant cette nuit tragique sur le morceau éponyme. Arsonist y intègre plusieurs autres extraits tout au long de ses compositions constituant ainsi l’une des particularités de cet opus ; ainsi, et toujours sur ce morceau éponyme, on peut également entendre une citation de “La Henriade”, un poème de Voltaire. De même, des passages du poète André Chénier figurent sur “L’abbé de Monte-à-Regret part.I”, tandis qu’Alfred de Vigny est présent sur “Puisqu’elle est éternelle”. Je vous avais prévenu qu’il y avait matière à effectuer (ou pas !) des recherches supplémentaires sur la toile. 

    Tous ces énoncés visant à renforcer la dimension historique des textes ne seraient rien sans la musique qui les accompagne. Depuis plusieurs albums, Arsonist propose une musique à la fois riche, complexe et audacieuse, reposant sur un Black Metal oscillant entre l’atmosphérique et le symphonique. Chaque composition est élaborée selon un principe de «chanson à tiroirs », où rien n’est laissé au hasard. Les passages purement Black sont fréquemment entrecoupés non seulement par les citations mentionnées plus haut, mais également par de nombreux passages parlés, réalisés par l’auteur lui-même, conférant ainsi aux œuvres une dimension plus théâtrale ou cinématographique selon votre préférence. Cette caractéristique se manifeste particulièrement sur les deux premiers titres, qui constituent véritablement la pierre angulaire de cet album. 

    L’artiste n’hésite pas à transgresser les codes afin de créer son propre univers, faisant ainsi évoluer son style vers une approche plus progressive en puisant ses influences dans le Metal, notamment auprès de groupes tels que Dream Theater ou Iron Maiden qu’il affectionne tout particulièrement. Il apprécie également de franchir les frontières qui le séparent de la Techno, en intégrant des boucles électro que l’on peut entendre à divers moments, par exemple dans “Trouver la fontaine” ou encore dans la base rythmique de “Puisqu’elle est éternelle”. 

    À propos de ce dernier titre, il est important de souligner la présence des deux invités intervenant sur cet album. Tout d’abord Maryline, sa compagne chargée de le seconder sur ce morceau en y apportant une touche féminine tout en chant clair, à la fois sensuelle et très aérienne. Le second intervenant n’est autre que Julien Hovelaque, une figure bien connue dans le milieu du Black Metal français, puisqu’il est l’homme à tout faire derrière le projet L’Eclat du Déclin. Lui, il a pour mission de donner vie à “L’abbé de Monte-à-Regret” en apportant, dans cette seconde partie du titre, tout son registre vocal varié et si particulier, qui diffère nettement de celui d’Arsonist. L’inspiration peut parfois provenir d’horizons divers, en témoignent ces deux morceaux entièrement réinterprétés qui concluent avec brio cet album. En premier lieu, “First Snow”, œuvre du compositeur Clint Mansell tirée du film The Fountain, utilisée ici en tant qu’outro. Ensuite, “The Reign of Chaos and Old Night”, du groupe franco-autrichien Elend, une reprise si habilement adaptée qu’elle pourrait être considérée comme un véritable titre d’Ars Moriendi.

    Finalement, la seule véritable surprise réside dans cette pochette quelque peu déconcertante : réalisée par son ami Christophe Goncalves, elle illustre le massacre de la Saint-Barthélemy avec des couleurs très vives et un trait inhabituel pour les artworks d’Ars Moriendi. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, une chose est certaine : elle ne laisse personne indifférent.

    *

    Arsonist a une fois de plus accompli un travail remarquable, tant sur le plan musical que lyrique. Il nous propose ainsi, pendant quarante-cinq minutes, un voyage captivant à travers l’Histoire de France, sans jamais susciter la moindre lassitude. Cette œuvre pourrait représenter un aboutissement dans la carrière d’Ars Moriendi tant elle est élaborée avec un soin minutieux dans les moindres détails ; seul l’avenir pourra nous le dire. Malgré ses vingt-quatre années d’existence et ses quatorze albums à son actif, l’inspiration est toujours au rendez-vous et ses créations ne faiblissent pas d’un iota, à tel point que l’on a du mal à imaginer qu’il n’y ait qu’une seule tête pensante derrière ce projet. Et ceci, n’est vraiment pas donné à tout le monde. 

    En guise de conclusion personnelle, je dirai que j’ai été encore une fois bluffé par cette nouvelle offrande. Mais suis-je vraiment crédible si je vous dis que je suis un fan absolu depuis de nombreuses années ? Une chose est certaine, je prends toujours autant de plaisir à écouter et mener à bien mes recherches sur les personnages et autres thématiques proposées par Arsonist. Cet exercice s’est progressivement mué, d’album en album, en un rituel auquel je me consacre avec un enthousiasme et une passion constants. Et je vous assure que cela n’est pas près de s’arrêter.

    Tracklist : 

    01 – Leur esprit marche dans les ténèbres

    02 – L’abbé de Monte-à-Regret part.I

    03 – L’abbé de Monte-à-Regret part.II

    04 – Trouver la fontaine

    05 – Puisqu’elle est éternelle

    06 – Sur la lune ou aux enfers 

    07 – Outro

    08 – The Reign of Chaos and Old Night (Elend cover)

    Line-up : 

    Arsonist – Tout

    Guests : 

    Maryline – Chant sur “Puisqu’elle est éternelle”

    Julien Hovelaque – Chant sur “L’abbé de Monte-à-Regret part.II

    Liens : 

    https://www.facebook.com/arsmorie

  • Ætheria Conscientia – The Blossoming

    Ætheria Conscientia – The Blossoming

    Genre : Black Metal Progressif
    Label  : Frozen Records 
    Sortie : 07 juin 2024
                     

         Note  :   95/100 (LB D)

    C’est lors d’un déplacement à Nantes en avril dernier, au cours  de ma visite incontournable au célèbre magasin de disques Frozen Records, que mon histoire avec cet album a véritablement débuté, et ce, d’une manière plutôt singulière. Alors que j’effectuais le règlement de mes achats à la caisse de ce fameux disquaire, l’un des deux gérants m’a remis un vulgaire sticker de Aetheria Conscientia, et n’oubliant surtout pas de m’annoncer fièrement qu’un nouvel album serait publié en juin. J’avais connaissance de ce groupe, pour avoir écouté l’album précédent sur les réseaux sociaux, mais faut bien l’admettre aussi que je n’y avais pas accordé une attention toute particulière. 

    Après l’été, c’est en retombant un peu par hasard sur ce fameux autocollant dissimulé au fond de ma corbeille de fruits (sic !) que je me suis enfin résolu à jeter une oreille sur ce fameux “The Blossoming”. Grand bien m’en a pris car à la première écoute, j’ai pris – et permettez moi l’expression – “une grosse baffe dans la gueule”.  

    Mais tout d’abord parlons un peu du line-up, s’articulant toujours autour de P.A Cantat et Tristan Brachi aux guitares et d’Alexis Pascal à la basse. Le groupe a connu un petit changement avec l’arrivée d’un nouveau batteur en la personne de Valentin Henault, et du coup Paul Breheret qui, lui, est passé de la batterie au chant principal et aux percussions. Pour la petite histoire, Paul, et je ne le savais pas à l’époque, mais c’est lui qui m’a remis ce petit sticker à Frozen Records. Comme quoi, tout s’explique. 

    En ce qui concerne cette nouvelle galette, il faudra noter avant tout, l’élargissement du champ musical opéré par le groupe. Une vraie réflexion a été menée par les membres à ce sujet là, l’objectif étant de ne pas se limiter à un simple remake de l’album précédent. Cela inclut notamment l’exploration du psychédélisme et l’expérimentation de nouveaux sons, en particulier ceux issus du Moyen-Orient. L’incorporation du chant féminin participe également au renouveau de la trame sonore des Nantais. 

    Toutes ces expériences se retrouvent au gré des titres, mais en premier lieu, c’est à Mastodon que l’on pense dès l’introduction de « Astral Choir ». Cette pensée sera de courte durée car elle est brusquement interrompue dans son élan par un saxophone rappelant celui des Ukrainiens de White Ward. Ces éléments très jazzy enchaînés à des passages Black Metal particulièrement virulents sont un vrai régal pour nos esgourdes. Ce morceau se termine sur une petite note sucrée, grâce à l’apparition du chant très aérien de Cindy Sanchez. Il apporte une sensation de légèreté, de féminité, dans cet océan de riffs acérés et de blast beats. Une belle entrée en matière qui vous donnera un aperçu de ce qui va suivre. 

    Car les ambiances changent sur “Haersperadh”, elles se veulent plus Progressives, allant même vers le Post-Rock. Le chant de Paul y est plus strident, mais rassurez-vous, les amateurs de Black Metal ne sont pas oubliés. Les accélérations sont toujours aussi efficaces, mais cette fois-ci, elles ouvrent la voie à un passage plus sombre, plus Doom, ajoutant une touche émotionnelle, semblable à ce que pouvaient réaliser les américains de Agalloch en son temps. 

    “Wrath Of The Virikoi” est le titre le plus court de l’album, un morceau de Black Metal percutant, somme toute un peu plus classique. Toutefois, l’apparition d’un son de synthé de science-fiction nous plongera directement sur le territoire du psychédélisme. Et ce, pour la première fois depuis la fondation du groupe.

    On change de face, ben oui, je chronique cet album en écoutant le vinyle. Le premier morceau de la face B (j’ai la flemme de l’écrire ! [NdMémé Migou : “Daimu Kadasdra Ko Antall] n’est pas chanté en Anglais comme les autres, mais dans un dialecte inconnu. Ce dernier résume parfaitement l’histoire, en étant la langue des indigènes qui vivent sur la planète Haersperadh et qui voient débarquer de l’espace un groupe de voyageurs en quête de refuge sur leur territoire. L’introduction se fait tout en douceur, à coups de percussions tribales, de solo de guitare très David Gilmour compatible et de synthé façon psychédélique année 70 (Hawkwind es-tu là ?). 

    On notera le retour des sons moyen-orientaux avec les vocaux tout en tendresse de Dolorès Anapeste, s’équilibrant merveilleusement bien avec le chant rageur de Pierre. Tout cela nous fera voyager dans des contrées lointaines. Ce titre met un peu de temps à démarrer, mais je pense que cela permet aussi de mieux apprécier en fin de parcours, cette déferlante de riffs à la manière de Enslaved

    Le principe est le même pour l’avant-dernier titre, “Endless Cycle”. Mise en route en douceur avant une petite montée en puissance et d’enchaîner sur un Black Metal haineux. Seul, le saxophone presque apaisant de Guru Pope nous procure une bouffée d’oxygène, nous préservant ainsi de la descente dans les abysses froids et dépourvus de lumière. 

    The Blossoming se termine sur son titre éponyme, et peut-être celui qui résume le mieux la musique de Aetheria Conscientia. C’est-à-dire, le parfait mix entre les sonorités extrêmes, progressives et post-rock, ponctué par les interventions du saxophone encore une fois très bien intégré aux structures musicales et du chant clair des deux chanteuses désormais réunies. 

    Musicalement parlant, les Nantais ont réussi leur pari de vous transporter dans leur propre univers. Éclatant au passage les barrières de styles avec brio, tout en enrichissant encore un peu plus leur Black Metal progressif, et tout ça, sans jamais ennuyer l’auditeur. Cette expérience musicale reste captivante de bout en bout, principalement grâce à des compositions plus courtes, (moins de dix minutes pour chacune d’entre elles), qui se révèlent ainsi plus efficaces et moins démonstratives. Alors, si vous aimez le mariage des genres, les ambiances à la Darkspace, Mare Cognitum ou White Ward, le Black Cosmique de Labyrinthus Stellarum, je ne peux que vous conseiller cet album.

    Alors que cette année il y a eu profusion d’albums de qualité, voire même d’excellents albums, aucun n’a réussi à me bouleverser ou à me faire décoller de mon canapé autant que “The Blossoming”. Ce fut un véritable coup de cœur dès les premières notes. Le nombre incalculable d’écoutes n’y changera rien, je ne m’en lasse pas, et éprouve sans relâche le même plaisir à remettre la galette sur la platine avec cette ferveur toujours intacte, et cette inaltérable sensation de le redécouvrir un peu plus chaque jour. 

    Cet album répond à l’ensemble des critères que j’ai établi pour désigner mon album de l’année. (Les frissons suscités dès les premières notes, un nombre significatif d’écoutes, ainsi que le plaisir constant d’y revenir sur le long terme sans jamais ressentir d’ennui…constituent mes conditions essentielles). Par conséquent, Mesdames et Messieurs, après concertation avec les membres du jury, c’est-à-dire moi-même tout seul dans ma tête, je déclare que “The Blossoming” de Aetheria Conscientia, le grand gagnant de mon TOP ALBUMS 2024. Félicitations à vous.

    PS : La morale de cette histoire, c’est de ne jamais négliger un sticker ou un flyer qu’on vous donne dans un magasin de disques ou à la sortie d’un concert. On ne sait jamais, ce sera peut-être, comme pour moi, votre prochain gros coup de cœur.  

    Tracklist :

    01 – Astral Choir

    02 – Haesperadh

    03 – Wrath Of The Virikoï

    04 – Daimu Kadasdra Ko Antall

    05 – Endless Cycle

    06 – The Blossoming

    Line-up :

    Alexis Pascal – Basse / P.A. Cantat – Guitare / Paul Breheret – Voix, Percussions, Programmation, Textes / Tristan Brachi – Guitare, Voix, Textes / Valentin Henault – Batterie, Programmation

    Guests : Cindy Sanchez (Lisieux, Candélabre) – Voix sur les morceaux 1 et 6 / Dolorès Anapeste – Voix sur les morceaux 4 et 6 / Hugo Champion (Lisieux, Plebeian Grandstand) – Synthétiseurs et Ambiances / Guru Pope – Saxophone

    Liens : 

    https://aetheriaconscientia.bandcamp.com/album/the-blossoming

    https://www.facebook.com/aetheriaconscientia/

    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/7bs8Ac2dYPjssMduDbmcWs

  • L’ÉCLAT DU DÉCLIN – Le Hurlement des sphères.

    L’ÉCLAT DU DÉCLIN – Le Hurlement des sphères.

    Genre : Black Metal Progressif
    Label : Percussive Spectre
    Sortie : 6 Avril 2024
    Note : 88/100 (D LB)

    L’Éclat Du Déclin est un One Man Band Français dont la tête pensante n’est autre que Julien Hovelaque. Le multi-instrumentiste n’est pas vraiment un inconnu dans le paysage du black metal hexagonal, tout d’abord, en solo dans MATER TENEBRARUM sous le pseudonyme de Daevhorn, puis dans le groupe MALEFICENTIA où il occupera le poste de guitariste chanteur. Sortiront de cette collaboration quatre albums entre 2001 et 2015. Puis vint l’épopée d’AVE TENEBRAE, avec deux albums à la clé en 2013 et 2016. On le retrouve aussi dans différents projets en tant qu’invité comme NUIT MACABRE ou WINTERMOON entre autres.


    Mais c’est en 2018 que le projet L’Éclat Du Déclin prend forme avec le mini Ep “Mater tenebrarum”, puis deux albums complets “Ainsi passe la gloire du monde” en 2020 et “Pâle écho de ce que nous fûmes” en 2022. Deux excellents albums qui ont posé de solides fondations, essentiels à la création de l’univers du one man band.

    Sur ce troisième album intitulé “Le Hurlement des Sphères”, Julien reprend les mêmes ingrédients qui ont fait la force des deux premiers mais en poussant la complexité à son paroxysme : un nombre incalculable d’écoutes sont nécessaires pour bien apprécier cette œuvre car beaucoup plus difficile à appréhender que les précédentes. Musicalement tous les morceaux sont travaillés de façon “chanson à tiroirs” et rien n’est laissé au hasard. N’hésitant pas à entrecouper plusieurs fois dans un même titre les passages de pur black metal par des moments plus paisibles, parfois mélancoliques mais toujours avec de belles mélodies, que ce soit à la guitare ou au synthé, elles sont très variées et omniprésentes, le quatrième titre “Anemonia” en est le parfait exemple. On ne s’ennuie jamais à l’écoute de cet album, il se passe toujours quelques choses auxquelles parfois on ne s’attend pas forcément comme, par exemple, les quelques beat technos par-ci, par-là, mais ils sont toujours bien sentis et idéalement bien placés. Ici le terme progressif n’est donc vraiment pas usurpé. Le son de batterie est bluffant et trompeur, il aura fallu que je lise une interview de Julien réalisée par François Karlek du webzine Satan bouche un coin, pour que je m’aperçoive que ce n’était pas une vraie batterie mais plutôt une programmation.
    Mais le plus gros du travail se situe surtout sur les parties vocales, on les sent plus posées, plus maîtrisées, le chant typiquement black metal est généralement suivi d’un chant que je qualifierai de hurlé ou d’écorché vif selon votre ressenti, le growl et le chant clair ne sont pas en reste non plus, ils apparaissent au gré des titres et sont parfois très inattendus. Le premier titre “Oracle Entropique” en est le parfait exemple avec un panel de chant très étoffé, ce titre restera d’ailleurs mon préféré de l’album.


    En plus d’être l’auteur, compositeur et musicien, Julien passera aussi derrière la console pour nous mixer et masteriser son propre album, pour un résultat remarquable et remarqué et ça, ce n’est vraiment pas donné à tout le monde, on est ici dans la définition parfaite du terme one man band.

    Pour résumer la situation, et comme je le disais plus haut, c’est un disque qui demande un nombre d’écoutes assez conséquent pour apprivoiser toutes les subtilités des compositions. Julien maintient le cap d’un black metal progressif, inventif et innovant, alors si vous aimez ce style de musique et que l’entêtement n’est ni un défaut ni un problème chez vous, dans ce cas, je ne peux que vous conseiller de jeter une oreille (ou deux) à ce très bon troisième album de l’ÉCLAT DU DÉCLIN.

    https://leclatdudclin.bandcamp.com/album/le-hurlement-des-sph-res?fbclid=iwy2xjawepi8llehrua2flbqixmqabhzlsvpwmoez0tfl8wlgnq5oivw4ah7zsupb2iiw23a_ggijfuh-anm1rqw_aem

    Tracklist :

    01 – Oracle Entropique (08:36)
    02 – Au Sein Des Panthéons (06:47)
    03 – L’Appel Des Mânes (07:48)
    04 – Anemoia (09:14)
    05 – Silhouette Errante (05:56)
    06 – Lux Occulta (06:03)

    Line-up : Julien Hovelaque – Tout

    Liens :

    https://www.facebook.com/eclatdudeclin

  • Sear Bliss – Heavenly Down (2024)

    Sear Bliss – Heavenly Down (2024)

    Genre : Black Metal Progressif

    Label : Hammerheart records

    Sortie : 28 juin 2024

    Note : 90/100 (LB D)

       Purée, déjà 30 ans que ce groupe existe, 30 ans et neuf albums au compteur, 30 ans au service d’un black metal toujours fait avec sincérité et ne dérogeant que très peu à leur conception de la musique. Certes il y a eu des hauts et des bas, les hauts se situant plutôt dans les années 2000 en publiant cinq albums en l’espace de dix ans, tous aussi inspirés les uns que les autres ; des années fastes pour le groupe, qui a eu sa petite heure de gloire lors de la sortie de l’album ”The Odyssey” en 2007, encensé par la presse à l’époque. Puis après ce fut un peu la traversée du désert, très certainement due à la difficulté à stabiliser un line-up fiable. Pas deux albums consécutifs avec les mêmes musiciens, après 2012 je pensais même le groupe perdu à jamais. Mais non pas du tout il s’était juste mis en sommeil pendant quelques années car en 2018 c’est le grand retour des Hongrois avec la sortie de l’album “Letters From The Edge”, album qui, oui il faut le dire, me laissait un peu sur ma faim. Je le trouvais moins inspiré et surtout je ne retrouvais pas le Sear Bliss que j’aimais, celui de la décennie précédente.

      Il aura fallu encore attendre six ans et 2024 pour avoir un nouvel album et je ne vous cache pas que le scepticisme était de mise quand il a fallu écouter ce “Heavenly Down” pour la première fois. 

          Alors rassuré ou pas? eh ben, c’est un grand OUI, et déjà une touche d’originalité dès le premier titre, avec un black metal aux riffs influencé par le Hard Rock des années 70 qui, associé aux cuivres, le rendra incontournable. Sear Bliss,  nous a toujours habitués à ce côté progressif dans sa musique et ce n’est pas cet album qui va me contredire. Tout d’abord, des parties électro, parfois discrètes sur certains titres mais qui accompagneront tout le long, le titre “Watershed”. Mais que dire du cinquième morceau “Forgotten Deities” qui fait ici office d’interlude, titre exclusivement Dark ambiant et que notre ami Varg de B*rz*m n’aurait pas renié en son temps, tellement ambiant qu’il aurait même pu figurer sur une de ses oeuvres.

         D’album en album, Sear Bliss nous a toujours habitué à surprendre son auditoire et ce sera aussi chose faite sur celui-ci, avec l’apparition du chant clair sur ”Chasm”. De mémoire je crois que c’est la première fois,c’est d’abord déroutant, mais au fur et à mesure des écoutes on s’y habitue et en y réfléchissant bien, les Hongrois ne font que repousser leurs limites du progressif, en s’ouvrant des portes vers d’autres sons, mais ça, seul l’avenir nous le dira. 

         Mais ce n’est pas pour autant qu’ils vont renier leur passé, avec les très black metal “The Upper World” ou “Feathers In Ashes” voir même “The Windir Path” celui-ci sera coupé en deux par une très courte partie électro, mais peu importe ces trois titres nous feront replonger directement dans leurs premiers albums et ce n’est surtout pas moi qui vais m’en plaindre.

    Je mettrai une mention spéciale à Zoltan Pal qui, encore une fois a effectué un travail éblouissant aux cuivres, principalement au trombone, véritable marque de fabrique du groupe, ces interventions sont toujours très inspirées, à tel point qu’elles sont essentielles pour le bon déroulement d’un album de Sear Bliss. Purée, écoutez moi ce passage presque cinématographique à 2: 50 min du titre “The Upper World”, on se croirait du temps des Romains, avec l’entrée imminente des gladiateurs dans l’arène.    

    On ne peut pas terminer une chronique d’un album de Sear Bliss sans mentionner les noms de trois personnages importants pour le groupe. Tout d’abord Kris Werwimp, célèbre illustrateur dans le monde du metal (Marduk, Absu, Afsky, Fellwarden, Horna, Moonsorrow et bien d’autres …) qui aura réalisé la majorité des artworks du groupe, dont cette magnifique illustration pour ce “Heavenly down”. Le deuxième est  Victor “Max” Scheer, producteur emblématique du groupe qui a produit sept des neuf albums dont ce dernier. Et le troisième, n’est autre que le Suédois Dan Swano qu’on ne présente plus, ici présent au mixage. Trois personnages qui gravitent autour du groupe depuis plusieurs albums et qui nous ont tous gratifiés d’un travail remarquable dans leurs domaines respectifs.

            Sear Bliss signe son grand retour avec un album brillant et très inspiré, sans aucun doute possible, on le classera à l’avenir parmi les meilleures productions du groupe. Par-dessus tout ce que j’espère, c’est d’abord de stabiliser le line-up et surtout de n’avoir pas à attendre aussi longtemps pour le prochain enregistrement.

    Tracklist  : 

    01 – Infinite Grey (06:16)

    02 – Watershed (04:42)

    03 – Then Upper World (05:55)

    04 – Heavenly Down (04:35)

    05 – Forgotten Deities (04:10)

    06 – The Winding Path (06:40)

    07 – Chasm (05:16)

    08 – Feathers In Ashes (06:36)

    Line-up : 

    Màrton Kertész – Guitare / Andràs Nagy – Chant, Basse, Clavier / Zoltàn Pàl – Baryton, Euphonium, Trombone / Gyula Csejtey – Batterie / Zoltàn Vigh – Guitare

    Liens : 

    https://searbliss.bandcamp.com/album/phantoms-20th-anniversary-live-at-kvlt-2016-official-bootleg

    https://www.facebook.com/searblissband

    https://www.instagram.com/searbliss