L’évolution des goûts et des couleurs
à lire, savourer, méditer et commenter !
Une réflexion de WvG
Allons enfants de la puterieeee, le jour des glaires eeeeest arrivé : me voici reviendu, je suis de retour après un long moment pour se ressourcer, se revigorer, se… nan, pas du tout en fait, mais vu le cynisme ambiant des actualités qui dilatent le renflement brun plus que jamais, entre Trump qui considère mériter son Nobel de la Paix, Poutine qui veut s’approprier l’Ukraine en invitant son homologue en terrain neutre, c’est-à-dire Moscou évidemment, Netanyahou qui veut un plan de paix en annexant un pays voisin, Bayrou qui veut niquer tout le monde sauf ses potes à coup de mesures fiscales diverses et variées et la polémique sur les influenceurs Metal qui veulent faire raquer les groupes pour de la visibilité sur leurs reels, pour revenir au sujet qui nous intéresse… je pense qu’il n’était pas utile de rajouter une couche de sarcasme à un moment aussi crucial tant la réalité de l’humour noir et grinçant ne serait pas à la hauteur quand la fiction dépasse la réalité. Que nenni, laissons ces putes à leur puterie…
Fi de putes, donc, aujourd’hui on va s’intéresser à l’art de la critique et la critique de l’art, et donc l’évolution des goûts et des couleurs. Comme souvent, vous ne serez pas d’accord avec moi et c’est très bien ainsi : vous avez votre avis et moi le mien, qui évolue selon le temps qui passe mais ne remet jamais en question mes valeurs… Et quand un foireux est un foireux fier de l’être, je n’ai pas de souci à… l’ignorer parce qu’il ne mérite aucune promotion, adulation ou même oreille à l’écoute. Mais c’est aussi ainsi que j’entre dans le vif du sujet puisque me voici déjà critique sur des aspects bien nombreux.
« La critique est aisée mais l’art est difficile » … Vous avez certainement déjà croisé cette sentence, initialement issue d’une pièce de Destouches que chaque personne qui refuse la critique brandit comme son bouclier de Captain America, ou sa main en bramant « miroir, miroir ! » sans même connaître l’origine de cette maxime. À tous les coups, vous n’y avez pas échappé dans un commentaire ou post sur un de vos RS de prédilection…
Le truc, avec la critique, c’est de réfléchir déjà à ce qui est critique, ce qu’est la critique, comment c’est critique et comment l’interlocuteur va recevoir la critique… et en extrapolant à devenir auto-critique. On pourrait aussi pousser le bouchon vers la définition de ce qu’est l’art [mais il me semble déjà avoir abordé précédemment ce sujet dans un article… ou alors c’était un autre con que moi et j’aurais dû le citer sur un post FaceBook pixelisé fait sur Paint…] Tiens d’ailleurs, tentons de le faire.
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La notion d’Art est fondamentalement subjective, avec une honnêteté toute relative de la part de l’auteur ou du spectateur [oui, ça aussi, j’ai déjà dû l’aborder… ou alors c’était encore un autre con, M. Grincement qui écrit l’histoire et tape sur mon clavier… m’enfin des Grecs il y a fort longtemps avaient déjà commencé donc…]. Le péquin qui me dit « je suis artiste » ou celui qui admire me dit « c’est de l’Art », j’aurais tendance à remettre assez vite sa vision biaisée en question, soit à cause de son fanatisme pour le second ou son égo démesuré pour le premier. Ce premier, avec sa prétention, je le mettrais face à sa vision personnelle de l’Art et pourquoi/pour quoi il le pratique : pour être reconnu ? pour être glorifié ? pour rester dans l’Histoire ? Pour en tirer profit d’une manière ou d’une autre ? C’est concrètement et empiriquement difficile de définir réellement l’Art en soi, même si par le passé certains ont tenté de le faire en parlant d’« Art pur » et même dans ce cas, on peut remettre en question cette notion d’Art pour l’Art au regard de l’idée même de faire mieux que le prédécesseur, ce qui est finalement très égocentrique. Selon moi, l’artiste est celui qui ne sait pas ou ne se rend pas compte qu’il en fait, qui est « béni des Muses grecques » et fait ce qu’il a à faire parce que c’est désintentionné ou désintéressé ; sinon il/elle risque de rentrer dans des cadres pour plaire, satisfaire, se brider et ne devenir qu’un simple exécutant, un artisan finalement… De nombreux artistes, ceux qu’on dit « torturés », faisaient avant tout ce qui était dans leur domaine de compétence, donnaient le meilleur d’eux-mêmes sans se revendiquer artistes, voire minimisaient leur place dans cette case sociale, que ce soit des Baudelaire, ou des encore Gainsbourg qui considéraient pratiquer un art « mineur ». C’est effectivement applicable dans le domaine du Metal comme d’autres non mécénés par Euterpe : un toubib/chirurgien qui fait son taff avec dextérité et sauve une vie est un artiste, un mécano qui te trouve la panne la plus improbable sur ta bagnole et te la règle en deux-deux est un artiste, le mec qui change les pneus de ta F1 en moins de deux secondes est un artiste, le prof qui malgré les conditions les plus merdiques et en voie d’empirer trouve le point essentiel qui arrive à faire s’épanouir un gamin et l’ouvrir à la réflexion et la culture est un artiste, le cuisinier qui recherche la saveur qui manque pour que tes papilles limitées à cinq goûts s’extasient par illusion devant un sixième est un artiste… Liste non exhaustive mais la réflexion autour de l’Art est indubitablement personnelle et nécessaire, elle pourrait aussi se limiter à « donner le meilleur de soi-même et du talent qu’on cultive » [le talent n’est pas un don inné mais un travail constant, même si certaines prédispositions aident à le cultiver].
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Partant de cette définition, l’Art est de base difficile puisque difficile de savoir ce qui en est ou pas, selon son propre regard ou celui d’autrui.
D’un autre côté… Il y a ceux qui, donc, éprouvent leur travail d’« artiste » dans le but d’être vus/reconnus/admirés, etc. Admettons, si telles sont tes volontés et ambitions…
- Dans ce cas, tu te dois d’accepter que tu ne fasses pas l’unanimité, que tu ne convaincras jamais tout le monde. À titre personnel, on a essayé de nombreuses années de me convaincre que Bach est un génie, l’artiste absolu ; je n’y ai jamais adhéré : pour moi c’est un mathématicien qui composait pour obtenir la rédemption de son chef à qui il cirait les bottes dans le but d’avoir une place convenable à ses côtés… je parle de « Dieu », bien sûr… Mais surtout c’était une perte de temps puisque j’entendais des maths et pas de la musique, même si les deux disciplines sont étroitement liées. Le paradoxe metalleux entre ici en ligne de compte : vouloir convaincre tout le monde que le Metal mérite sa place au grand jour… mais qu’il ne faut pas parce que, sinon, ça deviendrait mainstream.
- Dans ce cas, tu dois également accepter, puisque tu ne feras pas l’unanimité, que même dans ton milieu tu n’auras pas que des admirateurs, par atavisme et snobisme de groupe souvent (j’aurai l’occasion d’en reparler plus bas), ou aura carrément des détracteurs, exactement pour les mêmes raisons, le groupe « hater » faisant la force.
Tu soumettras donc ton travail à la critique, dans le but [ou l’espoir] d’en tirer un bénéfice (visibilité, pognon, augmentation du nombre de fans, etc) qui te donnera une impression de valeur.
C’est là que débute mon second point : « la critique est aisée » …
Non. En fait… La critique n’est pas aisée, d’autant quand tu veux être un tant soit peu honnête en tant que critique et pas juste te fondre dans la masse des « j’aime pas parce que les autres n’aiment pas donc je vais le pourrir », d’autant si tu as une notion très relative également d’avoir un pouvoir ou un poids quelconque pour que ton opinion influe sur le reste du monde, d’autant si ton objectif de critique est d’être constructif selon tes normes et valeurs mais pas de descendre pour le plaisir de descendre ou par sadisme, d’autant, d’autant, d’autant… Tu te dois d’avoir un semblant d’éthique et de morale pour être critique constructif. C’est aussi pour ça que la critique n’est pas si « aisée », dans l’absolu.
La complexité de la démarche reste l’honnêteté [oui, je redonde] et surtout le fait d’éviter de tomber dans la mauvaise foi parce que la tempérance est tout aussi importante. Je vais prendre un exemple très récent, mon visionnage du Pauvres créatures de Lanthimos (déjà réalisateur de The Lobster entre autres), film que j’ai trouvé très féministe dans son propos, intéressant dans sa réalisation mais gonflant sous certains aspects visuels. Très, ou trop féministe selon les goûts et autant dire que ma partenaire de visionnage, elle-même de sexe féminin, donc à priori plutôt concernée par le fond de ce film, revisitation du mythe de Frankenstein avec une notion de liberté absolue d’émancipation féminine par tous les aspects, l’a trouvé trop féministe pour elle. Nonobstant le fait que je l’aie également perçu, ressenti (et sans avoir été spoilé préalablement puisque je le découvrais) comme poussé loin, il y a une ironie derrière cet exemple que je vous propose : suite à cette séance, qui m’a amené vers des tas de réflexions tant personnelles que globales et n’étant pas forcément obtus dans mon fonctionnement, j’ai regardé les avis sur le film. Pas ceux de l’ultracrépidarien internetistique mais des personnes dont c’est le métier, donc la compétence… Et j’ai ri jaune en lisant les critiques, dans la globalité dithyrambiques (quatre Oscar dont un pour Emma Stone dans le rôle principal), avec d’un côté ceux qui notent de manière manichéenne l’aspect féministe en fonction de leur appartenance et leur bord sur le sujet (et j’avoue avoir été décontenancé par la critique positive de CNews… comme quoi, hein…) mais, surtout de l’autre, des magazines très penchés vers le féminisme… qui trouvent que ce film est une daube machiste et misogyne… parce que c’est une vision masculine, donc inappropriée/inadéquate/appropriatrice, donc “tu peux pas comprendre, t’es pas une femme”, donc mansplaining, donc blablabla… C’est la raison pour laquelle je prends cet exemple qui démontre qu’au-delà du fait de ne pas pouvoir plaire à tou.te.s, les intentions réelles ou sous-entendues sont analysées et critiquées (à tort ou raison, je ne saurais dire, mais là n’est pas la question), biaisées de surcroît, et qu’émettre une hypothèse sans fondement est nettement plus « aisé » pour critiquer que se remettre en question ainsi que son jugement de valeurs et son échelle graduée attenante.
Parce que quand tu sens le foutage de gueule, oui, tu peux ou te dois (mais c’est selon votre sensibilité ou l’envie de le faire ou s’impliquer) de « balancer ton hypocrite ». Il m’est arrivé d’écourter des interviews pour la malhonnêteté « artistique » de mon/mes interlocuteur/s ; il m’est arrivé de refuser de chroniquer des « albums » dans le but de ne pas tailler le groupe qui voulait son quart d’heure de gloire et, comme dit en préambule, ce genre de guignols, je les ignore ; il m’est arrivé de devoir faire des chroniques de trucs que je n’ai pas aimés… et donc dire le mal (et le bien aussi, faut pas non plus déconner) que j’en pensais, particulièrement celui de la démarche « artistique » en me prenant des retours négatifs d’une façon ou l’autre par le label (qui oublie assez souvent que la promo faite par un chroniqueur n’est pas un honneur mais un travail et que la pyramide de Maslow ne fonctionne pas dans ce cas de figure).
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Non, la critique n’est pas aisée quand tu dois te censurer, pour tes principes ou valeurs… mais elle ne l’est pas davantage quand tu vas encenser, parce que tu n’as pour ainsi dire rien à apporter comme valeur ajoutée excepté ton avis. Ou alors, dans le but d’être constructif et pas simplement un énième fanboy, tu dois réfléchir sur ta critique, en admettant que la perfection n’est pas de ce monde, et sans pour autant pinailler, considérer que tu n’as pas forcément atteint l’extase absolue, le nirvana ou choppé quelque syndrome de Stendhal, donc chercher à comprendre d’où vien(drai)t la faille qui t’a empêché d’atteindre le seuil de l’Île des plaisirs [peut-être le fait qu’il n’y a pas de sangliers dessus…]. Ça m’est aussi arrivé dernièrement de chroniquer des albums que je trouve quasi parfaits… et vous noterez mon « quasi » qui fait que je ne peux pas donner de note optimale à un album. On pourrait aussi discuter de l’intérêt de mettre une note à un album, question qui a longtemps été débattue dans les milieux éducatifs « mais pas que… » (pour pomper le slogan de MMW, placement de sponsors oblige), a été tournée et retournée, pour arriver au constat suivant : on a tous besoin de chiffres pour se jauger, que ce soit en notes, en étoiles, en nombres de chiffres sur le bulletin de salaire ou bâtons gravés sur la rampe du lit/le côté de la voiture pour celui de mecs/nanas dans votre bodycount…
D’autre part, la critique doit aussi être tournée vers l’intérieur et pas seulement l’extérieur, la paille perçue avant la poutre, qu’elle soit de Bamako ou d’autre part. Savoir se remettre en question, être autocritique est essentiel pour (re)devenir un tant soit peu objectif, même si l’on sait en définitive que cette notion est totalement invalide en soi. Dans le cadre de cette réflexion me revient un moment, rigolo tant qu’à faire mais assez démonstratif de ce que j’entends par autocritique: le making of de l’enregistrement de Sadistic Sex Daemon de Misanthrope durant lequel le titre « Conversations métapsychiques » est en cours de mixage et l’ingé son qui le passe à la moulinette se marre à growler “conversation avec un cric”. Ce passage m’a fait marrer d’une part en imaginant la situation de ladite conversation mais aussi parce que tout sérieux que soit l’instant, dans un cadre tout autant sérieux, ce moment d’autodérision est salutaire d’une pour détendre l’atmosphère mais aussi de deux pour relativiser le sérieux : on peut faire des choses sérieusement et éviter d’être chiantissimement premier degré simultanément, mais ça nécessite du recul et surtout de ne PAS se prendre au sérieux. À titre comparatif, faire de l’humour (dans un cadre professionnel, j’entends), c’est sérieux, bien que ça paraisse paradoxal de prime abord : un humoriste ou aspirant humoriste passe un temps considérable, sérieusement, à étudier, analyser, construire, bâtir, s’entraîner, répéter, improviser… L’humour, c’est donc du sérieux, mais aussi de la remise en question (ré-écrire des sketchs, des vannes qui plantent, etc.) donc de la critique envers ses goûts, mais aussi son travail.
Rien n’interdit effectivement d’être critique même (surtout, en fait) parmi les choses qu’on aime, ne serait-ce que pour atteindre le niveau le plus épanouissant de satisfaction personnelle, sur un plan plus hédoniste : le chef-d’œuvre ! [Ah, tiens… j’en ai déjà parlé aussi… j’imagine que je commence à avoir fait le tour des sujets et qu’il va être temps de m’effacer avant de ne plus rien avoir de constructif à proposer jusqu’à tomber dans le pathos de ceux qui n’ont rien à dire mais le disent quand même…] « Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » selon Beaumarchais… ce qui complète assez bien la citation de Destouches tout en la mettant en porte-à-faux : si tu as conscience que ta critique est pragmatique, elle devient constructive. Je prends un exemple : j’aime Maiden [je prends cet exemple parce que je me suis confronté à cette réflexion durant leur concert à Paris]. MAIS je n’aime pas Maiden… J’aime ce que Maiden a fait jusqu’à Seventh Son, même si je n’aime pas du tout cet album mais je le trouve artistiquement honnête (voir définition plus haut, à moult occasions). No Prayer étant ma madeleine de Proust, j’ai du mal à avoir du recul même si je m’y force, mais Fear of the Dark, hormis quelques morceaux dont celui éponyme singueulisé… bah, c’est pas l’album du siècle ! Tout ce qui vient ensuite n’est que tentative vaine de perdurer, pas grand-chose à sauver, et surtout pas Senjutsu que je trouve artistiquement malhonnête, avec des morceaux pas inspirés, insipides, torchés, mal enregistrés, mal branlés, irréfléchis… une démarche pas du tout artistique mais mercantile. Et pourtant, Maiden a rempli deux dates d’affilée à Paris, deux fois quarante-cinq mille spectateurs, qui sont venus pour LE Maiden, celui qui s’arrête donc à… Fear of the Dark… Et même mon regard d’enfant émerveillé a constaté que, bah, le groupe dans son ensemble avait perdu de sa superbe, le plus pragmatique étonnamment malgré son caractère espiègle ayant été Nicko McBrain conscient qu’il n’était plus capable de suivre le rythme du groupe quand les autres continuent, quitte à tenter de faire survivre le mythe quand ils ne font que l’enterrer par orgueil…
Qui plus est, nos goûts évoluent avec le temps et il m’est aussi arrivé, en réécoutant un album que j’avais chroniqué (ou pas d’ailleurs, juste simplement aimé sans en dire mot), de me faire la remarque « t’as pas été assez magnanime/vachard » sur tel ou tel aspect, et la critique elle-même varie en fonction de notre propre acquisition de connaissances et compétences, ce qu’on appelle lapidairement « le Temps ». On en revient à la nécessité d’introspection et de recul.
Je lisais dernièrement un article de Télérama qui ressemblait presque à un mea culpa pour avoir taillé des « chefs-d’œuvre » de la comédie (un peu comme si les César se décidaient, mais trop tardivement, à en créer un pour la “Meilleure comédie”), ou d’autres journaux/zines/média lambda, mais en hype, qui réhabilitent des films/livres/pensées/compositions, etc. en se rendant compte que leur charge n’a eu aucun effet, pire ça a incité à ce que des œuvres deviennent cultes (Donnie Darko, The Big Lebowski, Last Action Hero, Scott Pilgrim VS the World… je ne cite que quelques exemples à la louche, transposables dans des groupes de Metal qui apparaissent dans des festivals dès lors qu’on a réalisé leur existence et intérêt musical) parce qu’on y a trouvé de l’honnêteté sans prétention contrairement à d’autres films poncés au laudatifs qui n’étaient que des pirouettes techniques sans saveur ni volonté autre que de s’inscrire dans l’air du temps… J’entends déjà mugir dans les campagnes les fans de Julia Ducourneau pour une critique de Alpha [quand de mon côté je ressens ma fin de sujets à proposer, mon oméga], ou les admirateurs des groupes qui « sonnent comme » et ont leur fanbase irréfléchie brainwashée au format qui plagie sans vergogne et se contente de ne pas pousser ses neurones au-delà du stade primitif voire fécal… mais qui ont voix au chapitre puisque suivis par la masse (oui, pas pu m’empêcher de tailler les « influenceurs » évoqués en introduction : n’est influenceur que celui qui a des influençables, ce qui est triste dans le fond… mais clairement, j’ai déjà la flemme de vous expliquer la loi de Brandolini donc je ne vais pas chercher à vainement vous convaincre pour certains ou enfoncer des portes ouvertes pour d’autres).
Prendre du recul sur ses idées, tempérer et relativiser peut ouvrir vers des directions positives et constructives, ne serait-ce que pour sa propre appréhension du monde (et aussi se rendre compte d’à quel point on peut se faire dilater sans réagir, à défaut d’avoir agi, mais ceci est une autre histoire et point de vue, qui ne feront certes pas non plus l’unanimité). Réaliser que son âme d’enfant ou de révolutionnaire n’a pas disparu pour autant en est une autre, co-existante.
Un vieux con, c’est juste un jeune con qui a vieilli… Rappelez-vous quand vous écoutiez votre « musique de barbares » dixit vos parents et que vous dites la même chose de la musique qu’écoutent les/vos gosses actuellement, avec la fâcheuse impression d’être largué parce que vos outils de comparaison datent et que « c’était mieux avant »… Evidemment que vos goûts évoluent, soit face à la lassitude [ça m’arrive assez fréquemment, tant à l’écoute d’un album récent qui « sonne comme », mais vraiment COMME, que dans le cadre de ce que je propose en termes de réflexions ou de baratin que vous lisez pour les quelques premiers paragraphes parce que je m’étends sur des formats très ou trop longs qui me soulent moi-même dans le simple cadre de lecteur, même si je suis obligé de développer ma pensée et que ça prend DES pages pour ne pas simplement tomber dans le pathos ou la régurgitation de connaissances non approfondies], soit parce que le monde évolue et change, et qu’il faut aussi se mettre à la page, pas forcément pour développer son esprit critique et se morfondre en « gneugneugneu c’était mieux avant, d’tout’façon » mais parce que certaines évolutions ont un impact positif et utile, n’en déplaise. Perso, pour les amateurs de 1349 résiduels, j’aurais moyen pas apprécié de vivre cette période [NB : on mourait assez facilement de la peste noire en ces temps de « c’était mieux avant »]. Au fait, puisqu’on met les pieds dedans… vous avez tous écouté des musiques « extrêmes » dès le départ ou vous y êtes arrivés par paliers ? 😉
D’ailleurs, pour enfin parler Metal en profondeur… Oui, il y a des jeunes qui viennent vers les anciens (on parlait de Maiden plus haut, il n’y avait pas que des soixantenaires dans la salle) mais, oui, il y a aussi des anciens, d’aucuns diront « vieux », qui s’ouvrent aux nouveaux courants ou descendants d’un genre qui est lui-même l’accumulation et la somme de sous-genres. Ozzy, RIP à son héritage et l’usure qu’en a fait sa chère moitié spécialisée dans le pressage de citron, était conscient que, tout pionnier du Metal qu’il ait été, il a été le parrain, le mentor voire l’Amphitryon de nombreux musiciens dans des styles qui ont succédé à son œuvre, adoubant certains tant par un featuring que par une invitation à participer à son OzzFest… l’ultime concert pré mortem est assez démonstratif de cette chronologie, me semble-t-il. Maintenant, prenons l’exemple des plus radicaux adeptes du « c’est de la merde », adage qu’ils se feront peut-être un jour tatouer sur leur petit cœur d’acier ou graver sur leur épitaphe : bah oui mais… si les autres sont de la merde, toi et le courant musical que tu affectionnes ne seriez rien sans les autres, soit par les origines soit par la succession, même si ce n’est que pour servir d’outil de comparaison.
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Arrivé à ce point, petit aparté : je ne considère pas que se renseigner ou écouter d’autres propositions soit une forme de progressisme ou, pire pour certain.e.s, de wokisme. Deux raisons à cela : la première est que de nombreuses idées qui ont de plus en plus le vent en poupe sont loin d’être nouvelles (et “ont fait leurs preuves » comme dirait Elie Sémoun parlant des fours crématoires de modèle allemand… si, si, il a été drôle et fait de l’humour noir) et d’être progressistes, mais plutôt régressistes dans des domaines sociétaux, politiques, promotionnels ou autres, si tant est qu’on considère qu’il faille choisir un extrême ou ne considérer que la voix de celui qui gueule le plus fort comme celle de la raison ; la seconde est la manière d’aborder plus ou moins intelligemment un concept, donc pas par le biais du prosélytisme ou du diktat, de la radicalité en somme du « ami ou ennemi, choisis ton camp !!! » [Je mets sciemment trois points d’exclamation pour souligner le ton de manière écrite, même si vous ne m’entendez pas ou entendez votre propre voix dans votre tête en me lisant… et de facto, c’est la vôtre et pas la mienne… ou alors vous fantasmez la mienne et arrêtez tout de suite : ça m’excite déjà]. Le mien serait simplement de n’avoir aucune envie de t’écouter et encore moins adhérer à tes idées vu comme tu en fais l’apologie avec brutalité… et si tu insistes, il y a de fortes chances que je t’envoie chier, radicalement pour le coup, comme on aurait envie de ne pas acheter un produit dont la pub est matraquée à longueur de temps sur des médias, même quand tu payes pour ne pas avoir à subir ces pubs mais qu’on te les impose quand même (coucou Amazon Prime et YouTube : niveau répulsif, je pense que ces boîtes n’ont pas encore compris l’effet néfaste).
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Mais revenons au sujet initial, les goûts, leur évolution et donc celle de notre esprit critique. « Et c’est le temps qui court, court, qui nous rend sérieux » … Est-ce que récemment vous avez réécouté un album ou morceau que vous chérissez et vous êtes dit « hé, mais en fait, c’est naze/chiant/mal foutu/ « de la merde » ? Soit vos goûts ont évolué (en fonction de la découverte de choses antérieures ou postérieures), soit votre esprit critique s’est acéré et vous vous rendez compte que la « perfection » d’antan ne l’était finalement pas… Un Painkiller, aussi « parfait » soit-il, ben en fait non : tu sens bien l’odeur et le goût du Médoc dans l’enregistrement quand tu tends l’oreille [NB pour celleux qui l’ignoreraient, l’album a été enregistré en 1989 aux Studios Miraval, dans le Bordelais, rachetés depuis par un certain… Brad Pitt]. Mais pour autant, est-ce qu’on devient plus ou moins tolérant, et est-ce que cette tolérance n’est pas elle-même biaisée par une forme de mauvaise foi ? Est-ce qu’on ne deviendrait pas trop sérieux avec le temps ?
A contrario, évoquons les groupes qui ont fait notre bonheur auriculaire mais dont les membres ont fait des choses qui ne correspondent pas/plus à nos valeurs, AKA syndrome de la distinction de l’œuvre et de l’artiste ; est-ce que leur musique/œuvre est finalement merdique et on s’est trompé de bout en bout, ou est-ce simplement un rejet lié à une autre raison ? Je ne donnerai aucun exemple tant la liste pourrait être longue selon les sensibilités et, selon la radicalité de votre point de vue, elle peut être infinie puisque nul n’est parfait par définition et vous ne trouverez rien ni personne d’irréprochable.
Si pour Brassens « le temps ne fait rien à l’affaire : quand on est con, on est con », je pense qu’il y a aussi à relativiser : la capacité d’évolution et de réflexion est latente si tant est qu’on y pousse ou cultive la curiosité, sans notion d’âge ou origine diverse… Mais tout est affaire d’effort personnel (et possiblement, à terme, collectif) à entreprendre et, tout comme tenter de convaincre un platiste que la Terre est en fait un donut [on le sait tous, arrêtons de nous mentir, nous sachons et renseignez-vous par vous-mêmes] est peine perdue, laisser trainer l’information plutôt que forcer à la lire va développer sa curiosité et son envie de véracité, au lieu de « vérités vraies que j’ai lu sur Twitter ».
[Kant on est con, on est con]
Et si jamais vous êtes arrivés jusqu’ici, j’ai peut-être déjà instillé cette idée dans votre tête : je vous le souhaite, je passe mon temps à re-réfléchir des tas de choses en m’efforçant de confronter la science et la logique à ce que j’aimerais être vrai ; c’est souvent décevant mais c’est un exercice que je trouve sain et qui permet même de terminer ce laïus puisque ça m’a amené à réfléchir sur l’Art, sa critique, la Critique et l’évolution de cette dernière, donc à l’intérêt de faire tout cet ensemble de choses en parallèle.
La complexité de mon long [avis personnel et autocritique] propos tient surtout en l’idée que je vois de plus en plus le milieu du Metal (ou des Metals, devrais-je dire) se gangrener par des radicalisations, des dénonciations, des susceptibilités exacerbées et que si je ne suis effectivement pas qu’amour et paix… Putain, de temps à autres, un peu de silence dans ce vacarme, un bon gros « fermez bien bien vos gueules ! » au centre du brouhaha devenu capharnaüm d’individualités, ça détend… mais ça ne peut avoir lieu qu’en bonne intelligence donc capacité à proposer de l’art, de la critique et de l’évolution. Je n’ai essentiellement pas vocation à devenir un influenceur [sinon vous pensez bien que non seulement je ne vous inviterais pas à réfléchir mais en plus je me ferais monnayer à votre détriment et n’hésiterais surtout pas à me faire connaître #fortuneetgloire], ou mentor, ou prophète, ou gourou, ou que-sais-je d’autre, mais je vous convie à pratiquer cet exercice, même s’il n’a pas vocation à être publicisé : écoutez un album que vous adorez, puis rédigez la chronique critique de celui-ci, mais pas en fan : en analyste. Alors, relisez ce que vous venez d’écrire : si votre propos tient en deux lignes laudatives, c’est que vous avez besoin de réfléchir encore et évoluer.
























